‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 49 sur 82 · II'UN POLE A L'AUTRE · texte numérisé non relu

II'UN POLE A L'AUTRE

échappent de ce silence, vous entourent, voua caressent, vous enivrent. (.'I vous redoutes le jour rjiti v;i si* lever avec s splendeurs cl ses rayonnements*

J'avais vu les éternelles nu ils des régions polaires: dans chaque minute est une douleur, dans chaque heure est une torture : j'appelais alors de mes vœu* les plus fervents le grand flambeau du monde caché sons L'horizon : aujourd'hui les objets qui cessanl de s'éloigner me jettent la terreur â l'âme, et je voudraîsque l'arbitre souverain changeai ses immuables décréta et Décolorât plus la mystérieuse ttmosphi n .îi Mit le désert s'est revêtu.

Hais, hélas : les livres de Dieu n'ont poînî île ratures, et je me h&ted'étre heureux, r.w \\w ïone légèrement tinpourprée colore te brumeux horizon, el unes yeux se fermeront aux Haches d'un soleil vertical qui crevassera mes membre

Sous les tropiques, je l*«i dit, la nuit succède au jour el li 1 jour i l.i nuil avec une grande rapidité, il n'y sque

point de crépuscule! la transition est pour ainsi dire m* siantanée. Eh bien! ce passage, si rapide qu'il soit, est un des phénomènes les plus curieux â observer, c'est un (les plus difficiles i décrire; essayons»

Vous voyez parfaitement à vos pieds , vous pourriez pivsr|ue cormier les grains de sable on s'imprègne votre corps; i\ quelques pas de là, toute couleur s efface, toute nuance disparaît, rien n*est distinct, dessiné ; c'est quelque chose et ce n'est rien. N'interrogea pas vos souvenirs, ils vous tromperaient ; ne fouille/, point dans le passé, il n'offre aucune analogie avec le préscnl ; fous »"■■- - «I us un nouvel univers, vous n*avea aucune similitude à lui opposer; il n'y a pas seulement contraste, mais mensonge, impossibilité Ce qui fui n'esl plus, et ce qui est cessera ilïiir dans un instant; les ondulations du terrain cheminent ;ï vos yeux, et cependant vous 1rs savez immobiles : i-e n'esl pas le jour qui marche, r'esr Le sable que fes rayons commencent i pénétrer, el telle est la réalité du mir.ii^' que, par la pensée, vous cherchez un refuge pour vous abriter contre fe [lui ipii va vous dévorer.

PÇe vous flattez point d'échapper au prodige par la rêfleiion; il s'impose à la philosophie, il se dérobée l'analyse, il soumet la science, et vous le subissez comme ces cauchemars fantastiques qui traversent vos nuits et vous poursuivent jusque dans voire réveil.

Les chameaux seuls, ces un vire-: du désert, ne semblent pas émus du phénomène; Les Arabes, même ceux 4111 nui plusieurs Ibis sillonné Se Sahara, s'en abreuvent avec voluptés ils i 1 uillenl tournés vers l'Orient, et vous les wiyez, fébriles el soucieux, se dire à voix basse leurs émotions et célébrer leur extase.

Quand vous savez qu'il \ous reste encore bien des horizons a franchir, . qua nd les soufTrances de la veille vous prédisent infailliblement celles du lendemain, ne vous > niez* vous donc pas heureux de voir imite la nature vous venir en aide el vous montrer le port que vous craigniez de ne l'-i- atteindre ?

Qu'importe ijiie la déception arrive quelques instants plus tard 1 La joie est toujours une visiteuse bien venue, et, même à son départ, roua la salues de la main et du cœur.

Homme In vie est impossible an milieu de cet immense <., «au de sable dont vous ne voyez nulles bornes, vous comprenez la grandeur du bienfait qui vous arrive par un généreux mensonge, et les instants dérobés à la douleur

■t des lai vous enrichissent sans coûter un re-

mords à votre eo 11 science.

N'interrogez pas les instruments crées par la scien pour expliquer et préciser les phénomènes méléoroka qucsdoui notre univers es! le théâtre, vous leur donneriez un démenti, car ils jugent parla raison el von- par le -entimeni, presque toujours ■ n désaccord avec celle-là.

Le baromètre dont je m'étais muni indiquait zéro i^laee. et mon front se baignait dans une douce chaleur, et mes légers vêtements me éevenaieni importons.

Le désert se joue de l'intelligence, le disert porte nu

insolent défi au génie} le désert, comme l'immensité, bouleverse la raison.

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