UNI
LE S 1 1:0 H Jî F S.
Quelques oiseaux égarés vinrent le lendemain planer sur la caravane, et plusieurs d'entre eux se laissèrent même limiter dans mis rangs; leurs ailes épuisées ne pouvaient pas les ramener a leur abri déserté 3 ils aimaient mieux si* livrer à nous que du lutter en vain contre la distance qui les épouvantai! el la chaleur qui tuait leur ém rgie. Un ibis déplumé, une hirondelle el un vautour tombèrent en notre pouvoir, et on leur lit grâce- en les achevant d"nn seul coup de couteau ; toute emsliance a droit à des égards,
Selon les calculs d'un chef eipën mente delà caravane, nous devions le surlendemain atteindre la Limite des sables mouvants pour nous trouver dans la 2011e pierreuse qui cercle presque totalement le l: i and désert ; maïs la main puissante de Dieu dispose seule des événements, et la joie de Thomme se change en désespoir dès que la parole du SOuverniu maître a retenti.
L'Arabe s'était trompé; les chefs, ses rivaux, le condamnèrent à poursuivre la route â pied ri les yeux bandés. Tu autre Arabe, insolent dans ses paroles, se mil en tête de la colonne : et voulant donner un énergique démenti à la science en défaut du premier, il ordonna nu quart de conversion» contre lequel les chameaux luttèrent inutile* menu.. Huit jours après il subit le sort de son camarade, et tous deux, bras dessus, bras dessous, furent contraints de s'avouer à voix basse leur ignorance- La nuit fut orageuse ( le ciel toujours sombre, les éclairs fort rapides, les tourbillons de sable et d'eau pénétrants. Arabes, noirs, chameaux et coursiers, nous ne savions plus où donner de la tète pour faire face 1 la tourmente qui nous envahissait de toutes parts. Les plus habiles d'entre nous conseil 1ère ni de suivre la direction de l'orage qui ne pouvait manquer de nous laisser le champ libre ; ils défendirent de dresser les tentes j on leur obéit, et nous voilà sans but, sans ordre, sans boussole, sans étoiles errant dans l'espace, el cherchant vainement un appui sur un -..1 trempé où U0U9 plongions jusqu'aux genoux. Wons allâmes ainsi r.mf >|n> nos forces nous !e permirent : mais au point du jour nous nous étendîmes sur le sable, el nous n'essayâmes plus de combattre les rafales capricieuses.
Il prodige! non loin de nous, dans une zone respectée par I orage, le lorse fatal se dressa toujours mobile â nos regards. La ps mre du damné n'.nait point Ke entendue de l'Eternel» et nulle goutte d p eau n'avalf rafraîchi sa léte, nulle rosée généreuse n'était tombée sur ses lèvres brûlantes!
J'essuyai donc à voix basse une prière bien humble, bien fervente à l'un des chefs les plus puissants auprès duquel je m'étais accroupi ; mais enrayé de mon audace, cl craignant sans doute pour nous deux un sort pareil i celui du supplicié, il posa sa main sur ma bouche et m'ordonna le silence le plus absolu, en irant d'un
ni investigateur que nul n'avn'il entendu mes paroles.
Pauvre patient! le TomVPuissani seul pouvait Le sauver j mais sa voix resla muette, il se retira dr toi, et quelques heures après lu dominas seul l'horizon immense au r 1 1 i I i ■ u duquel tu te balançais. Plus de nuages nu ciel, pins d'é- ■■ I ors dans l'espace, plus île brise i Pair . mais le soleil s son lever nous dit la route 1 suivre, et nous la pareuti-
OEUVRES DE JACQUES AR.WiO.
rfirnes d'abord avec assez de rapidité.*. Les premiers chameaux s'arrêtèrent» nous les atteignîmes bientôt : c'élait un camp où la mort mit plané en souveraine,
Des ossements de chameaux ri d'hommes fçisaienl çà oi la.
Etail-ce le tigre? était-ce le Bon?*.. C'était la soif sans doute, et je nui 'retournai involontairemeni pour voir >i je n'apercevais pas li-has, La -bas, !e pauvre Arabe condamne à mourir de la mort La plus horrible...
ftien ! rien !„.
J'écoutai, nul bruit n'arriva jusqu'à moi, et je souffris J'aurais eié mille fois plus heureux d'entendre le rugissement des hé les féroces ou le si IhV m eut du boa cousine* lor. ..; un désespoir eût été moins brûlant, une agonie eut été moins lente,
Il y a des gens bien mal heureux dans le monde; ils nV> ni connu aucun gjenre il infortunes. À de pareils êtres si l ri si e ment privilégiés, un peu de pîiie, je vous prie; pour eux tout es( rade et monotone,
À coup sur ils trouvent les eaux sans limpidité, les Heurs sans parfum , l'horizon sans majesté, la tempête sans religion, In tendresse maternelle sans magie.
Qu'est-ce que le plaisir pour qui n'a pas souffert?
Qu'est-ce i|ue le bonheur pour qui ira pus versé de larmes '!
Le repos sans sommeil, le baiser saris douceur, l'hiver sans frimas,
(Juani â moi, je n'ai à cet égard nul reproche à adresser au ciel ou â l'enfer, et i Jeri n"a manque â ma tie de ce qui devait la rendre agitée , turbulente, rude, ténébreuse,..
Lorsque je songe au point ilVi y suis parti , lorsque je voii le but que j'ai atteint, je Conclus qu'il y ri une parfaite logique dans les décrets élernels et que le mensonge m'eût été facile â prouver si un seul jour, nu seul se lui écoulé jjour moi sans un nuagu au ciel, sans une blessure au f-iiM.ii- s] 1rs naufrages n'avaient pus couronné mes pins Lointaines pérégrinations; sï les ouragans m'avaient ivsueclé dans mes traversées d'un pays <i l'autre; si la f.iiru, li soif, les typhons n'avaient pas sans cesse servi d'e scorie au pèlerin qui a su combattre sans se plaindre, et qui n'accuse Dieu aujourd'hui, ni du voile épais dont ses yeux sont couverts, ni de la certitude où il est que Lhoriwn ne lui sera jamais rendu. Toujours et toujours des querelles, des luttes ardentes contre Les hommes et les éléments : c'est trop, beaucoup trop pour qui n'a que deux bras, une poitrine et un civur,
Voici le désert et ses dépotantes calamités : vous ave* vu courir â ma suiie nu se poser devant moi les bêles féroces , les avalanches, les écrasantes a tic in les d'un soleil ;'i pic ; espérons que le mirage et le simoun ne me feront pas défaut et que de nouvelles barrières ne s'opposeront point â mnn arrivée au port.
Quand même Dieu m'oublierait, où serai r le désastre? Mriis l'Eternel veille et je chemine dans un océan rie saljle.
Pas un cri dans l'espace, pas un nuage I l'horizon, pas un ibis ou un vautour a l'air ; la colonne déûle triste et siîeneieuse.
Ici le cri des éléments et des bêtes féroces est lonjmirs h- prélude de quelque catastni]ibi'L aussi, char un f.niJioUil devant sm. derrière soi, de tous côb L s pour voir de quel point viendra le péril lr .
La nuit descendait, elles derniers rayons d'un soleil de feu s'effaçaient petit ri petit dans Les couches épaisses d'une atmosphère alourdie..,
On allait vers le nord, on se préparait au repas du soir quand un sifflement mLu, pareil â L aspiration d nu soufflet gigantesque, attira notre attention,
Tous les regards se dirigèrent avec anxiété vers l'csi, d ou venait le phénomène,..
Rien encore.,,
Mous aurions cru a l'attaque de quelque* monstrueux
bnns sî la vie du reptile eût été possible dan> rus sabïes sans enu. sans Insecte^ sans ma reçues, uns ton'; s, Qu'était-ce donc?
Loin, bien loin de nous se dresse une colonne. Sa base esl au sol, sa tête est aux cieux.
La colonne l'approche et s'élargit, elle tourne sur aie, elle pirouette, elle prend de l'élasticité, se rengorge, ■ courbe avec grâce » devient ondulcui ruban apr- s avoir été tube replier de fer,
Kt cite chemine toujours.
C'est maintenant une masse colossale qui se donne di'^ sœurs rapides comme elle et qui grandissent à mesure qu'elles avancent.
Nous Tondrions Les éviter que cela nous sérail impossible, tant leur élan a de véloi v
Non s devons les attendre et nous préparer an choc. Un effrayant spectacle se déroule à nos yens,
Dîx, vingt, trente, rem colonnes aspirantes forment des galeries, des souterrains profonds, Larges, étroits, coupés par d'autres colonnes lointaines courant après tes l-i'i ini.-v, r oui me pour les anéantir dans leurs Qaric
— Ceci, frère du simoun, me dir un Arabe agenouillé à mes côlés.
— Ceci, vu déjà par vous? lui demandat-je d'une voix m: il assurée.
— Jamais.
— Comment savez- vous que ces trombes et Je simoun sont de la même famille ?
— C'esl que chacun tue et engloutit.
— Alors c'est noire dernière heure.
— Je Je pense.
— Pourquoi le pensez- vous ?
— Alun père me Ta raconté.
— Vo!rr père a donc vu de pareilles trombes ?
— Trois foi>
— El pourtant il en esl revenu. Espérons que nous aussi serons heureux comme lui.
Cependant l'avalanche était devant nous; ses pteds faisaient résonner le sol qui bondissait ; et dans l'in rieur de cee masses vésieulaires, diaphanes, comme tine gaze, nous voyions monter et se perdre dans les han régions de l'atmosphère des Ilots de sable et d parmi lesquels rollL'c-iieni deboul on couchés des animaux, insectes, poisson*, reptiles nu quadrupèdes que nous ne découvrions quVi de très-courts intervalles <
Cette attaque d'ennemis en fureur contre des adversaires \m molli les offrait un ma.uniJique tableau, doni nul uin-
cej i* reu-l-.i i [amais ta magie, car il y manquerait le
mouvemeni . h ira* les luîtes ardentes des colonnes s 'accostant, se quittant, se retournant el se fuyant lour à tour; Tune brûlant d'év entrer L'autre, celle-ci prête à être dévorée et devenant bientôt donmiaLrice,
Mn ri ins, ce peintre de l'espace, eût jeté loin de lui sa palette, ses pinceaux, ses couleurs,
Ces peu-- es, je ne les recueillis que Lorsque Le phénomène eut cessé.
Dans lai lente de L'invasion , je me tenais en haleine, ainsi que tous tes f 1 lies de la caravane, pour éviter leçontaei de ces singuliers et formidables projectiles k^sï meurtriers que Jes avalanches la: de fi crête des mon* ta £ nés, emportant as*ec elles les foréts 1 le* hameaui et leurs habitants. Cependant, nul de nous ne fui atteint, les colonnes étaient sï rapprochées l'une H<- l'antre nous aurions pu les toucher Je la main en ileux enjambées,
Dès que le danger n'exista plus, omis nous dressfl avec bonheur, nous suivîmes de l'cril I' 1 * trombes arec
fierté, nous insultâmes â leurs mej es, el je vis encore
près de moi l'Aral e effr.iyi mi ;i vofa basse quelques
versets d« Coran, nxqueis, sans douté, tl attribuait sa miraculeuse conservation .
Ce n'était pourtant pas la lin du prodige. [1 fil halte, vainni par an vent opposé: il gronda il s'irrita contre la résislance, il accepta 1a lutte qui lui était offert*, il serra ses rangs, il puisa sur le sol creusé de nouvelles forces; mais, succombant sons le poids même de sis munie ions, il s'affaissa e! porta un épouvantante désordre dans I ediflee.
Ûliî alors, ce furent les voix de mille batteries eu actîvîiéj des mitraillades Bans reUche; le ciel s'écroula sur In terre arec d'horribles craquements, on plutôt le sable aspiiv levinl dans son domaine il se dressa en mnula^ nés onduleuses sur le chemin déjà parcouru par les trombes* Tout Était sillonné» boulov<rsé; si des !'■ eurs avaient voulu ensevelir une cite pétrifiée, ils l'auraient jm s.rto» travail
Là on s'était abimé le météore, des collines yenaieni de se dresser, bizarres, fantasques, taillées en aiguilles, arrondies en dôme! allongées en plateau, conranl lui. toutes les direct îi »lis. et fortes et debout^ jusque ce que ïe simoun, qui iraime point les aspérités fes renverse el ! nivelle,
(Jiiand viendra ce jour fatal, nous serons loin, i'espéï et nous aurons déjà raconté a nos amis la visite des phé* no n i ê nés i e i res lies que I A fri i \ ue centra le jette d e va n t les pas des imprudents explorateurs.
h profitai du calme et de la stupeur de la caravane pour aller étudier les effet- «lu désastre ; mais l'Arabe m'accompagna, et comme h- péril n existait plus, le poltron jasail avec une infatigable volubilité.
Ji- lui imposai silence en ne lui répondant pas, et nous arrivâmes an pied des collines nouvellemeul dressées. Oh ! merveilleux spû i ■■■ !<■ ! le sol s'agite, le - Me monte, s'affaiss*\ n-lmndii el retombe en secousses Inégales,
l'étudié le phénomène, je touche de la crosse de mon pistolet un monticule plus agité que les autres; une vive résistance m'est opposi ■ je déblaye l'obstacle* »> c'est un horrible, un monstrueux Crapaud.
Nul doute, d'autres animaux sont enfouis dans les tourbillons qui les ont saisis a îlteu de leurs demeures bu sein
de leurs ramilles ; ■ t. en effet, ici, la. partout i des cadavres meurtris un en lambeaux de chauves-souris, de lé/ar-l de rats, de de vipères, d'ibis, de taupes, en-
veluppés dans le même linceul et réunis par la même catastrophe.
D'uii •'■t>ieiit parties les trombes aluimres ! où avalentri les pris ces vivantes nourritures ? Quels incroyables accouplements ! Lr comme reptiles el qn;idnip<'i]i^ dev lient avoir été surpris de se rencontrer dans ces ûiwr* éléments, drm< ces températures et dans ces zones si variées !
J'aurais voulu n unir dans un même vase les animaux el les insectes que je remuais incessamment, mais le signal du dépari appela mon compagnon si je rejoignis k caravane, après avoir rempli ma casquette tïe quelques poignées de sable dans lequel, à mon grand désappointement, je jai' Irouvai que les débris d'une araignée et trois plumes dibis,
* i r--:iRiT|t, — nru.
J^nore ce que Ifl cîelroe destine dans un avenir lointain on ra| proche; mets ee ijue je sais aujourd'hui, c'est qu'il ne me refuse sue des émotions douces ou violentes,
calmes ou fiévreuses qui remplissent la vie, et je le bénis ilt? ne nu* laisser presque ja m ni s seul avec moi,
Un bonheur non partagé n'est point un honbeur, N'estce pas un bien froid < ^ Vis me que celui qui Cail dire â
l'ho e r « s> ni j'ai vu ces grandes choses, seul j'ai été
témoin de ces magnifiques phénomènes, seul j'ai fouille sol abrupte on parfume. »
Bêlas l c'est parce que j'ai compris ■ -omhien une tristesse â deui est préférable * une joie isolée, que je me suis souvent écrié, en prési née d'une colère atmosphère m
d'un sourire «In Créateur : Pourquoi suis-je seul pourtant de majesté ■
Pourquoi an autre D 'est-il pas à mes cotés pour prendre une part de mon admiration et me donner la moitié de la
lienneî
Ce matin, pr.r v\* mule..-, oh ! ce malin, mon crayon ne doit pas rester oisif; il fïuilquijVs-tye de traduire le sublimé, le magique, tableau qui se déroule ri mes ynx. Les gens de la caravane, Arabes on Mimes, s'endnrmVnL ainsi que les chameaux, a la splendtuir du phénomène-
lilôîtie n'ai pas asse* de sens pour en jouir ; rua Min, mes oreilles s'enivrent -h- [oésie; mes doigta rafraîchis i*a inœnl pour saisir In brise qui se promène en sotipiranl depuis le sable jusqu'au i régions les plus élevées, Vous croiriez la voir, capricieuse el mutine, cimraui n t.rnv ers les fleurs ou h chevelure des grands végétaux dont la terre se pare avec le plus •! Hrjin-n . Vous snnlez In vie circuler dans \"S iirtêresî l'avenir ne sera point, le passé n'a jamais été, tout le présent esl dans l'espace qui sépare deui battements de votre co»ir; et cela e-L si doux, cela e*i si [iliiu. >i compl et. que vous ne vous arrêtez pas i cette penser que cela unira un jom . Vous n'êtes ni for! ni faible, vous m 1 vous appartenez point, vous devenez esclave, et
cet esclavage «si si dominateur que vous m- le rlniuirii-z
r In idii 'air, la terre, les eau- pour domaine,
ias coutn- la plus large liberté : celle qui vous donnerai!
Et ces sauvsgtt qui m'eutonrenl n'ont plus une iilêe a eux: ils Boni la, prés de iruu. comme s'ils nV étaient pris, comme si le Tout-Puissant n'avaii ni force, ni grandeur, ni majestés
— Pardon, Tégî, je ne t'avais pas vu: que fais-tu der ri ère moi?
— Ce que tu fais toi-même, j'admire,
— Quoi?
— Le désert.
— Plus rien?
— Si, Dieu se repose.
— Ce silence et cette majesté, e'est donc Ip repos de h 1 .'
— Vois-tu, chrétien . Allah ne peut pas avoir dans pen ; îées : il a voulu, enjetanl les mondes dans l'espace, qu'il . eût -ut- le nôtre un grand désert, et que, dans ce d
le pèlerin pûL une fois l'an, une seule fois, le remercier de -i miséricorde- — Eh bien! remercions-le aujourd'hui, car demain....
— Que m i i 'I' in iin?
J'igi ce qu'il sera, car le prophète n'en a point
parlé; mais demain!... Ne fouillons pas dans les ernts de [lien,
L'Arabe venait de détruire le charme : je le priai df
laisser â mes méditations intimes, et -I garder
sur le papier quelques-unes de ces profondes impression* qui devaient bientôt médire adieu,
Le soleil se lève, .-r v.rtre n "'1 n'en esl poinl bli vouspouvea h suivre dans tous les pas île sa course im- ;s rous demandez si lastre éternel n'- r pas changé u ealure, s'il n'a pas abdiqué sa puissance lumineuse ii i- génératrice.
11 mon le, il monte loujnmrs,
Sa forme esi la même, son disque est In même: il n*a pas de rayons, il est sans chaleur j Ces! un globe de feu,
fui
OBUVHES DE JACQUES ARAflO.
<■■ rrAuce
T:'"ji
rouge et terne ;i In fois; on dirait tjuHl son d'une four* naise; on devine ifu'il brûle, mais |i;ir 1j i nmlael seul
Qui doue r» dépossédé de cette atmosphère de lia m t m s rï laquelle nous devons nos saisons si régulières et fa succession constante du jour d h nuit? Dieu rt-L-il modifié ses ]i;viméres pensai ^ ri wui-il q^ Les étoiles trouent toujours brillantes au flrmameutî
Voyez encore :
Canapus n'est effacé qu'à demi; les astres (k moyenm intensité conservent leur chatoiement ; des met lumineux ïigïaguenl h-s espaces, Vous les escortez dans leur course capricieuse, et lorsqu'ils s éteignent â l'air ou &ur Je sol qu'ils frappent avec tracas. L'opacité n'a pas vsrii c'est encore nu crépuscule, mais un n opuscule Lonji dense comme celui des régions polaires*
J'étais en cslase, et j'attendais une catastrophe de ce phénomène éthêréen, quoique le sommeil &< ■ gens de la caravane dût nu» rassurer*
Hais pourquoi cellr clarté *l uieuae? Pourquoi ces ténèbres diaphanes?
Point de oiiajms, jioînl de brouillard; la poitrine esl libre, lu respiration facile, mille électricité â L air
Dieu se repose, m'avait dil l'Ai tbe Togi : pourquoi donc redouter une de ses colères) Levés h - yeux, faites comme moi, cherchez â traduire In forme, la couleur de c« que nous appelons le ciel. S:» nuance est tellement uniforme ijti'olle aéfieraîl la palette du peintre le pins habile. Ce n'est ni terne ni douteux, et pourtant il est impossible de lui assigner une nuance précise*... Que Je soleil nous re-
rde obli [itemenl ou qu il plane verticalement sur nous, rien ne se modifie, ni loin, ai prés de sa masse mouvante. Lui seul est huilant, sans éclat, tandis que le voile qu'il parcourt, ne gagne et ne perd rien ri sa violence encb Linéé.
Clapnerton a déjé vu le phénomène ; Hnutin et Belzonî root vainement attendu ; Tegi seul Ta traduit : Dieu se repose.
D'UN l'OLE A L'AUTRE
Son arme recourbée a profondément ouvert L& Ihnca .i- jfêgl ( Puj
Qit esi-re encore que îc silence au milieu duquel migrnt nos méditai s .' Toul dort auprès de vous, li- sable» le réseau lumineux. ^dromadaires vaincus, les Arabes abrulis; cl cependant une musique pleine de magie s'empare de vous et vousjelta dans ..'. itase.
Us sons ei l'harmonie vtennenl .1.- partout; t'orenestra cstçfl et ta, sur voire lête, , vos côlés, Loin de ions: il vous dit de os phrases et de ces modulations que vous ti'avei entendues nulle part, uitmielNsniLis donnez mu sens une pensée, un corps, mm ftmè.
Si des atomes de sable se tussent déplacés, si quelques xones, pins ou moins vaporeuse* nue la masse générale
a eiaienl jouées ij iravei i phare, s i des oiseaux pé-
l.ii'iens eussent il ■ • ïpace, j'aura fa compris peutêtre le cona ri divin donl (e m'enivrais; mais non,» hi...
reimsa.it, m avait dit r Arabe, el le soleil qui se couchai i a J horizon nous laissa il dans e même eadn sans noua donner un enseignement pour le lendemain, sans nous venir en aide pour les médiiaiiuns de la journée.
Tégï se leva el vint se rasseoir à m*s cotés d\in air u* lUfaît,
— Dieu se n|'>>» i i i-il demain? lui demandal-je en souriant.
— 1 aifn t a fini sa lacîie, me rép njdit-il ; demain le soleil sera encore le soleil, d < U du son sera le <h ; vert t de* ttL.iMi li! Sahara redeviendra le pays mnttdil ilu prophète.
— Dis-moi, Tégi, m me parais triste?
— C'est que i<- irais tuer quelqu'un.
— Que t Vr-il fait ?
— A moi, Heu : mais il plaîl à celle que j'aime, et cchi me l'iiir monter le sane ani veux.
— Cependant tu ne peuï pas l'assassiner?
— Non; mais son yalagan, aussi effilé que le mien, n'arme [i;is un bras aussi fort, • i puisque le prophète m'a f:i if -i i 1 1 s i „ je dois profiter de cet avantage. J'ai propos ■ un duel -i Tackjar, il nel*a pas refusé; Kalida ne lui appar^ lie mira pas, ou je serai mnit
OPUVKES l»E JACQUES ARAGO*
— A quand ce duel ?
— An lever du jour,
— Tes frères !e permet lent -ils 9
— Mes frères m'aiment beaucoup ; ils savent que je souffre, et ils font des vœux pour que je trio m plie,
— Si Allah le donne la victoire, Kalida sem-t-elte tr conquête?
— Je ne crois pas. Kalida aime.,,, maïs le désert esi grand; il y a loin encore dici É Ali roc, m les libres n*ont pas intijours une chair aussi fraîche que celle de Kalidn.
— Tu nu l'aimes donc pas?
— Puisque je In tue, puisque je la donne eu fur ut-eaux bêtrs féroces, tu vois hum que j'en suis fou.
— Est-ce ijite le prophète ne punit pas les meurtriers
— Quelques-uns ; mais si ma main devait peser sur ceux qui oui du cœur au cœur, pourquoi nous nonne- t-il des passions qui sont les ouragans de la vit»? D'ailleurs, chrcli ii. je ne croîs au prophète que dans le bonheur; lorsque l'infortune me frappe, je blasphème*
— Lspêrcs>tu que les Arabes, tes amis, permet tro ni W corn bal ï
— Us sont prévenus, ils l'autorisent, et prien! en ce moment pour moi.
Le malheureux Tégi me quitta do nouveau, cl j'allai, moi, visiter une tenté voisine de la mienne pour y élu ici la physionomie de celte jeune Bile, Ganse Sun amour profond.
J'en loi ;ifnvs avoir frappé (rois petits coups dans ma main.... Kalida était assise sur une peau de chameau, et buvait en ce moment quelques gorgées d*une liqueur suiri-
rm 13 sf que lui avait envoyée Tackjar d:ui* nu eoco uariaitentent ciselé.
An premier aspect, la fille arabe me parut justifier ta wssion dis du ix rivaux, et je compris leur ardente jalousie.
Petite, trapue, sale, xieilloLle, elle n'avait presque ms de front, el ses pieds présentaient une surface hyperbolique, et vous ne sauriez croire t'exiguïtè tic ses jn mites et de liras anguleux ot ornés de taches blanchrUres, accusatrices indiscrètes d'une lèpre native, domptée jadis par le fer rouge el h:^ prières à Mahomet*
J'étais vaincu, aussi n ms-je pas le courage d'envier le sorl du triomphateur.
Ha Ion s -nous d'ajouter pourtant que jamais refiard plu. s
limpide et plus suave ne tomha d'une prunelle plus noire
et plus veloutée ; cela était doux comme une caresse de
i . comme nu souvenir d'amiet cela était voluptueux ei
chaste à la fuis; cela donnait la vie et Le bonheur.
Où avez -vous déjà vu des sourcils plus soyeux et plus pressés, des arcs ûVébéne ulus harmonieux Ijuc ceu* qui encadrent avec tant de richesse ces yeux allongés et provocateurs?
Nulle part.
Où feriez-vous l'acquisition de perles plus éclatantes que les dents cm aillées de kalida ?
Nulle part.
îhlas ! j'ai dit toutes les perfections de la jeune Arabe ; j'ai a peine esquisse la dernière partie des misères et des hontes de cette charpente crétine dont je m'effraye | firmes souvenirs.
L'heure du combat était venue, on Tain ça au son de
la trompe, et. a ce signal redouté Kalîda ne 'parut nu] h ment émue. Je sortis de la tente singulièrement touché des verlus de la jeune Arabe,
Tégi cl Tarkjar se rendirent chacun de son côté sur le terrain choisi ; la caravane entière lit cercle, et Kalida uni s'asseoir sur une peau de lion qui lui avait été offerte par son heureux vainqueur.
Les deux jouteurs tournèrent trois fois sur leurs tâtons, invoquèrent Mahomet, el se jetani a genoux, ils attendirent l'ordre du chef...
Cel ordre est donné,
— Renonces-lu à Kalïda? demanda Tégi d son adversaire,
— ïïon.
— Y renonces -tu ?
— Non
— Y renonces-tu?
— Non*
— Alors invoque le prophète !
El son yatagan voltigea autour de sa tête comme une flamme; agitée par le vent.
Kalida souriait «h- mépris.
De son céié t Tackjar, calme en apparence, se tenait à peu prés accroupi, prêt à répondre au pu roîer choc, et jetait de temps à autre un rapide regard sur sa future compagne.
Les yatagans se croisèrent aux lugubres accords d*une musique monoliuM 1 et glapissante, entonnée en chfeur par ies Maures el les Arabes, impassibles témoins du spectacle.
Les rombaManis ne }nuiHnienl pas, ils tailladaient ain i que le fait un découpeur du tu- table prïnciére, ei déjà plusieurs saignées avaionl déchiré lescliairs: mais T.-jii, i gardant une lente victoire comme une défaite, pousse un cri formidable, se cour Le, se redresse, s'élance, le yatagan devant lui, et va tomber sur Tackjar..».
Celui-ci a prévu le coup; il s'est couché presque rentre a terre, et son arme recourbée a profondément QUVerï les lianes de Tégi. qui tombe avec un sourd rugissement.
— Je meurs, dit-il, mais je voudrais rend te i. .1er nier soupir aux pieds de cette que mes prières vont recommander à MahomeL
les vœux de Tégi turent exaucés y on le traîna aux pieds de h jeune Arabe, et là, se soutenant â peine, le malheureux essaya quelques paroles d'amour et de repentir; puis, s'agenouillant, il plaça sa main droite sur son cœur, et, saisissant un poignard caché sous son kauen*$lïmout, il le plongea tout entier dans ia gorçe de Kalida, qui n'avait pas la force de pousser un cri
lieux fosses furent creusées; on y enterra 1rs deux victimes tête contre tête, et. le lendemain, lorsque je voulus porter des paroles de consolation dans l'âme doTackjar, on m'apprit qull avait disparu.
yue de terrible itères dans le désert de Sahara !
OASIS. — SIMOUN. MlflvfiH.
Dien Ta voulu,
h i du sable, là du sable; plus loin» autour de vous,#u delà de l'horizon et des horizons qui le circonscrivent, du
île, toujours du sable, et le silence du désert, c'est-àdire celui de la tombe...
Eh bien ! Dieu l'a voulu. Comme un vase d'eau pure â In lèvre brûlante, comme un rayon de jour à L'aveugle, comme un doux regard de la mère à l'enfant qui pleure, comme une fnroteile pardon au rlnmné, In main du Tout- Pnissant a jet»- ( i et là, dans ces immenses solitudes, de
petits coins de terre nu croit le g3i0n, on a'é| suit la
tlur, on se dressent foriez et suons utes les grandes familles des palmistes, ou la brise "fraîche se joue avec