‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 52 sur 82 · LE DUC D'ALMÉIDA · texte numérisé non relu

LE DUC D'ALMÉIDA

ILLUSTUATIOKS lM3t '.-.v CE U CE,

CO.N FlI.rM.lv S.

C'claii un premier amour, «ne de ces chaudes passions

qu'un regard fait Mitre, qu'une paroli • nase, ou' -

espérance rend éternelle* Fortune, condition, renoraro

tout tombe, tinii s'efface, (mit disparaît devant cette première j eosce du cœur qui dît à l'hont) [ue legi i une csl

un vice, l'isolement vue faute qui porte avec elle son clrt* liment de chaque jour, et que la soeîëLé, quelque ridicule qu'elle soiL dous esi imposée comme un bienfait. Pt!s d'un col in I mort ;i Hivulî, orphelin et riche d'une le fortune, André IVilomicn se lil recevoir à l'ecota mi iilairede S .tni-Cyr; car, à cette époque de gloire cl «l. grandeur, l'aigle dis Cèsnrs nmiliÉ^ail les Ijofîïous plus vin l'aigle roi de* airs, et lajeuneaseJrauçaise uVaït

i iilS. — nn- m TON hAÇOÂ ■ i I

UEUVllBS UG JACtJUfclS AIUUQ.

qu'une idée an front, un seiiiiment a l*mc\., une bataille, une viciotre i

Après un sentir de deux ans à Vêcole militaire, Dolomien en sortît, et, mois mois plus tard, il avait conquis ■i Waçram L'épaulette de lieutenant et le ruban range pour lequel alors on se jetait sans hésitera travers les escadrons et La mitraille.

Blessé bu bras, André obtint la permission de retourner h Paria, où rappelâtes d'ailleurs les Intérêts de sa fortune

conijirûiiiis'- pur d'aûdcs spéculateurs*

Il y arriva, insoucieux des débats qui allaient s'ouvrir, et presque honteux de se voir jeté au milieu des clik-ai dont les hommes de loi fatiguaient sa mémoire.

Il accepta cependant la nouvelle vie qu'on semblait vouloir lui [aire; et, résigné par nécessité» il se laissa doucement conduire au milieu du labyrinthe ouvert sons set pas*

Lui qui ne s'était plu jusque-tt qu'aux intimes causeries des bivouacs, nu cliqui-tis des sabres, au roulement des tambours, an siftlemcnl des halles, il suurioSt avec, dédain aux arguments opposés de celui qu'il avait pris pour arbitre el de ceux qui le combattaient. Aussi regrettait-il il de s'être engagé '.buis une lutte qu'il appelait une haltf sans périls, sans péripéties, sans émotions.

André Dolomieu, vous le voyez, aurait voulu autre chose; maïs force fut à lui da se soumettre, et il s'abandonna au torrent, persuadé que la crise nesernii pas de longue durée.

Une assemblée fut convoquée.

On avait discuté avant de se mettre à (able, on avait disnid'- pendant le diner; on discuta longtemps après cl madame Leclère, amie de la famille dés Btrague. Quelques mots bien calmes auraient mis les parties d'accord; mais chacun voulait donner son opinion , surtout ceus qui n'en avaient pas, el l'on renvoya nu leiulomnin | . ■ conclusion que tous, excepté Dolomieu peut-être, avaient désirée la veille*

Le lieutenant ne dormit pas; il pensa beaucoup a une jeune femme qu'il avait peu vue, qu'il avait en tendue à peine, et il songea moins que de coutume ;i son épauletle. a su croix el aux batailles ou il s'était proposé de conquérir de nouveaux grades et de nouvelles distinctions.

La guerre qui, jus fue-la", lui avait paru nn jeu de souverain fi souverain, un délassement de peuple à peuple, lui sembla une cruauté que la diplomatie devrait rayer de son code, et, tout en fouillant dans les annales des nations, il acquit la certitude que vainqueurs et vaincus se sont presque toujours repentis, a la conclusion de la paix, d'avoir ouvert une campagne*

Une mère, que vims eussiez dit la sœur de sa lille H s'était trouvée dans h' sali kl de madame Leel rrc : d la d xi» sion des juges conciliateurs dépendait Min bien-être. Si In tranchait la question en faveur de Dolomieu, le travail était sa seule ressource, el, par malheur, -. g droits lui paraissaient fort discutables; aussi n'alla-t-èl te qu'en tremblant au rendes-vans qui avait été assigné pour le lendemain chez madame Leclére**.. André Dolomieu y était déjà.

Le regard de m .- ■ ! ■ -i ■ ■ ■ ■ i ■<*-■!«- Julie de Biraguc, qui avait accompagné sa mère, erra d'ab -td incertain sur taule l'assemblée, et ne se reposa que sur celui de Dolomieu, qui l'avait cherchée aussi à son arri< 1 : t)h ■ dés lors la guerre parut a André nue cruauté in nie; il ne pardonnait pas aux princes d'envoyer â une sanglante boucherie les (ils, les frères, qui doi\Vni î i ■■■ les soutiens naturels des familles; il croisa son hahU, a lin de cacher son ruban, et» je ne sais pourquoi, mademoiselle Julie de Pirogue devint pourpre après ce rapide mouvement de Dolomieu.

André se levai il dit quelques mois â l'oreille de son homme d'affaires, et, dés lors, la discussion se trouva sin-

gulièrement éclairciç. Les droits de ma hune de [Singue lurent universellement reconnus, les prétentions du lieu* tenant reji tées, et Ton décida pourtant que les liens qui avaient uni jusque-lé les deux familles intéressées ne seraient point rompus.

Dolomieu n'avait pas voulu d'à unes bénéfices.

Dés que les s lurent tignés, le lieuti nanl s'approcha de ses adversaires <t s'assît entre madame de Birague et sa fille : celle-ci pâlit: U mère tendit sîi main à \i ou ne fut pins adversaire, on fut amis, ri, quelques instants api --, Dolomieu et mademoiselle Julie suivaient se parler sans que personne ft 1 occupât de leur conversation.

— lie pardonnerez -voua, mademoiselle, dil le lieutenant d'une voix qu'il s'efforçait vainement de rendre assurée, les ennuis que j m causes â madame voire mère? Mes pr tentions m avaient parti belles à défendre, un seul moment

de réflexion m'a appris mon erreur.

— Vous iMvii-zdQttO pas réfléchi, monsieur, répondit mademoiselle de Birague sans lever les yeux, aux périls des discussions d'intérêt f

— Oui, quelquefois, mademoiselle! mais elles ont aussi leur prou" I et leur charme, et lu vaincu n'est pas toujours le plus ri plaindre*

Le regard de mademoiselle de Fi ira g ue appels sa mère, comme si l,i pauvre enfant avait besoin d'une protection.

p— Voulez-vous que j'aille U chercher 7 demanda André,

— Vous m'a VOS donc comprise, monsieur?

— Est-ce que les yeux n'ont pas leur éloquence? est-ce que l'intelligence du co&ur est toujours assoupie,'. „ Won, non, mademoiselle Julie, clic a son heure de réveil, et la mienne est venue.

— Qtii vous a dît mon prénom ? demanda mademoiselle de Diraguc, dont le cœur nattai! à bristi miritie-

— Mais i ml le monde, je croîs : il est, ce me semble, dans les actes qu'on nous a lus.

— il n'est dan- in, monsieur*

— n'est qu'alors je l'aurai rêvé peut-être; tant de consolations nous viennent pendant le sommeil !

— Yiiye?., monsieur, je crois que tu ■ mère rue cherche, dit mademoiselle Julie d'une vois faible cl timide*

— Désirez -von s que je la ramène? demanda André en tremblant*

— Non, monsieur i elle cause avec votre défenseur, et je serais vraiment enchantée que toutes ces vilaines discussions d'intérêt no se renouvelassent plus*** elles laissent qui chose de pénible à L'Ame*

— Je ne Vous comprends pas, mademoiselle,

— Vous mecompreiiiz. monsieur André.

— Elu quoi! vous savez aussi mon prénom? Oh! merci, mademoiselle, merci du bonheur 411c vousmedom ms le savoir, sans le vouloir peut-être*..

— Je disais, monsieur, que vous avez voulu perdre voire cause; qu'un mol de vous à votre homme «"affaires a rendu la noire meilleure, et je cherche encore à nfexpli-»

3 net le motif d'une détermination si généreuse de la part D u homme i[ui ne nous connaissait pas, qui ne nous avait jamais vues,

— Hier ne date pas seul 1 tuent d'hier, mademoi répliqua Dolomieu, encouragé dans& • gpérance*. On 1 - nse si vite quand on 1 ■ [unir la première fois* Hier f c'est ma vie passée, c'est n présent, c'est mon avenir; hier,

« 1 mou malheur on ma félicité : je vous ai vue hier, nia* demoiselle, je uni pris d'autre souvenir dans la léte, je :i i [lis d'autre dans Je cœur.

h silence de mademoiselle de Birague fut une réponse:

LE DUC D'ÀLHÉtDA,

i profonde émotion fui une BSpéronce : Dolomieu voulu il I . voir se confirmer.

— Mademoiselle, dît-il de cet accent qui va d'un cœur ■i ou autre cœur, Los payions vraies ne nni>seuj jmuais de l.i réflexion; à peine nous ont-elles trappes qu'elles sont puissantes, dominatrices, et je c> imprends que mon amour pûnr vous ne unisse plus grandir. Quelque? res nul su fit pour me donner l'expérience delà vie, vous avez réalisé les rêves brillants de mou énonce, vous avea cimr LoiiL mon rire*.. Gloire, fortu ne, grandeur, je n'envie rien, je ne I- sire rien; vous éics seule, â (ont jamais, t'arbitre de ma destinée; mon boohew eai ■ u vous; dites nu mot, et ma vie est une extase; relirez de la mienne cette main que je n'ose presser, et je maudis ma destinée* Je tous aime, Julie : voulez-votia le nom une je porte? me refuser

* rîevvous cette Ame qui vous ennoblit?

La mnîn de mademoiselle de Bïrague fit un léger moument pour échapper â celle de Dolomieu, celui-ci ta

laissa en Liberté, elle ne quitta pas s;i place, et deux cœurs

battirent dans In même poitrine,

— So u s ferrons-nous demain? demanda mademoiselle de Birague d'une voix tremblante,

— Demain et toujours! ... Mai. s votre mère, poursuivit Dolomieu, espérez- voua qu'elle exauce ma prière /

— Elle connaît déjà mon amour; hier, pour moi aussi, monsieur André, hier ne date que d'hier.

— Eu bien! dit le fongueux jeune homme, qtii voulait une ivresse complète, et qui regardnU tout retard comme un vol l'ait à son bonheur, vous al lez juger r Ti nstnnl même des sentiments de Dolomieu.

—Messieurs, dit-il d'une voix haute ei en se levant, une trop longue discussion a divisé jusqu'il présent les intérêts de mademoiselle Julie de Birague cl les miens; nos deux fortunes n'en feront désormais qu'une- Si madame de Direçue y consent, je lui demande In main de sa llïle.

11 y cul nu Imi; silence pendant Icnjucl tons les regards se portèrent sur mademoiselle Julie , qui se soutenait i

freine et dont la pâleur dirait la vive émotion. Elle était 'ii'n convaincue de l'assentiment d i tri-' ru, die se BeoUil heureuse de l'empres ennui de Dolomieu, mais cette tén - même accusait sa leiu . ri elle n'aurait pas voulu se voir en présence du monde qui l'entourait- U ire comprit ee ipic cette position avait de pénible pour ■i enfanl itdoréi ; et, bien certaine de ne pas éive dêmenlie par Dolomieu ;

\],- sieurs, dit-elle, la résolution du lieutenant m'était Ciniii m j j'ai autorisé M. Dolomieu à In confiera ses amis, ei je n'ai pas en la moindre peine & faire accepta pur ma fille les sentiments de notre adversaire.

Un regard d'André implora cl obtint son pardon, mademoiselle de Birague l'avait accordé d'avancé ï et, bientôt encouragée par les témoignage de sympathie Qu'elle reoevaîl de louiez parts, elle reprit les fraîches couleurs qui

valent abandonnée.

Mademoiselle Je Btrague était [Jus que belle» elle était ic; on l'aimai! avant de Ym\ mirer, et il semblait qu'on aurait du la plaindre loin d'abord, tant se lisait sur son ovale nn peu allongé un scuiimcut de douce mélancolie.

Rien n'élail suave comme la suavité Je son regard, si ce n'est l'harmonie de son organe et la douceur de sa parole :cela éiaîl limpide et chaste ,i la rois, cela fjissit rêver el bénir; vous auriez dit, en étudiant cette chevelure blonde et onduleuse qui lui serval! Je couronne, un rése u de fleurs prin tanières nouvellenw ni arrachées de leur lii tant il y avail l.ï d'heureuses nuances et de rellels cl itoyants*

Quant rî sa laille el â sa démarche, vous ne pouviez U < voir sans tomber en extase devsnl ce qu'elles i eut de noble et de pur; l'élégance n'a jamais emprui té de formes plus enivrantes, le mouvement ne s'est jamais révélé

plus toupie et glus gracieux, La bouche de mademoiselle de Birague avait quelque chose d'enfantin et de Imudeur qui lui donnait un charme tout particulier, ei. dés i[u ? elle s ouvrait, vous deviniez qu'une céleste pensée allait tomber ijp ses lèvres \ei rnillonmVs... ainsi se rêvi-h de loin le j ar-

m de l.i Heur,., Je vous t'ai dit, on l'aimait avant de I admirer* Dolomieu devait s'incliner sous la même puissance; el noos qui avons tu ma demoiselle Julio de birague alors qu'elle n 'avail pas encore seize ans, nous eompi'C-

..s que, dans h cran Ire un pareil trésor, le

lieutenant ait oublié les convenances pour demander h ralilïcation J'ui bonheur que la jeune lille. lui avail permis a 'espérer .

La voiture de Dolomieu conduisit la belle enfant d sa m ffeçîlCî elle-; on se sépara, on ne se quitta point,

i N K l*\ l.ï, — r N 1i. i 1GE.

Cependant le drame politique, dont les divers épisodes • ■ joualeul -i Ses distances si i loignées, approchait île son dénomment: l'Europe entière ressemblai! a un vaste aisenal, chaque homme a était fait soldat pour la défense ou la conquête; les grands chemin?; crîaîenl sous les pas (tes chevaux et les roues des canons béants; les mères abniidonnas demandaient au ciel fia lin de leurs larmes. On parlai! à voix basse d'une paix prochaine qui devait raviver le commerce el L'agriculture en deuil ; mais U vois des obusiors étouffait celle dos citoyens avides de repos, et les i. ngs dévoués des protecli urs du paya renaissaient Ionjours plus forts el plus pressés. La Russie avait commencé la r.-i i nce, la Prusse el l'Autriche lui ifounérenL la main, el bîcnlôi l'Espagne et le Portugal smvirenl l'exemple i]iiï leur était offert. Aussi la France héroïque si* imuvaii-elle partout, se ballant toujours, presque loujours victorieuse; maïs elle se senlaii ,n ablée par tant de fali-

es el de dévouements... Au surplus, pour la jusiïùcation lie Dolomieu, murs rappelons ici en peu de mots le drame dont rEuropeenli tc était le ihéaire : le tableau est vaste, il appartient à l'épopée. (Ju'uu burin plus hardi le grave dans les mémoires ; u mis entrons dans la vie intime que nous avons mission de retracer.*. Ecoulez :

Tandis que le Lieutenant lout entier a son amour s'occupa il des préparatifs du mariage oh jet de ses vceui le 5 » plus ardents, son régiment traversait le llliin etalbit ijoindre l'armée française eu Portugal, ou ràngleteme venait de débarquer ses plus braves soldats et ses plus babil pilnines; l'alarme volait sur des ailes de feu depuis la ïloskowa jusqu'au Tage.

A cette époque de mïserc eldcçr.indeur, il eût été impie â un eblaui de France d'abanu>mnrr sou poste, car le péril se dressail chaque jour plus menaçant, Dolomieu nvait bien s ngé a donner sa démission, puisque son passe garantissait son avenir; mais ce u était pas nssez, k pays

ait droil i iU u mu veaux sacrifices, et le lieu le liant n'osa point déposer L'épée*

Kncore quelques jours, et les papiers dont il avait bc-

ln pour la conclusion de son mariage lui étaient remi-..

l'u ordre de dépari lui arrive, son n l'imcnl va francliir la

frontière; Souli ai ÎVellinglon vont sa trouver en |nèsenci.,. Il doil obéir*

Ijc cdfcur brisé, le sein palpitant, il voie ches^a it-mf-'-e el lui montra I ordre du ministre de la guerre :

— C'est ma moi i , lui dit mademoiselle de Biraguej

saisie d'un tremblement ooifvulsif-; mats vdusdevei quitter votre dette: partes, tiolomiru . une vie comme la vôtre doii rester pare de toute accusation,

— Julie, si je restais, m'accuseriez- vous?

— Je vous plaindrais, André, car nu premier désastre il ii pays vous maudiriez noire amour*

— Encore lui il jours et nous étions heureux! dit Audi 6 avec un profond soupir,

— Kncore un jour et vous êtes peut-être déshonore !

— Adieu dimc! Julie, une cruel le doilnée semble pi sur nii'ii existent.

— El la mienne . e'écrâ mademoiselle de Biraguc les yeux baignés de pb-urs, croyez-vous qu'elle se dessine plus tranquille et plus conso ante?

— Oh! La guerre! lo guerre! que de calamités dans ce mot !

Les adieux furent déchirants comme une séparation éternelle; sans s'être rien dit, tlolomieu et mademoiselle ri*' Biraguese rencontrèrent dans une même pensée de deuil, et peu s'en fallut que le lieutenant, vaincu par un

pressentiment fit.il, ne manquât A son devoir,

■— Allons, Julio, dit-il â sa lia urée avant de mouler en voiture et les yeux gros de larmes , courage, amie! si le ciel nous «prouve, c est qu'il veut assurer notre bonheur A venir,

-— André, il est des . preuves qui sont des châtiments, et je me demande ee i[ue j'ai Diïl a Dieu pour qu'il me punisse avec tout de rigueur.

— M. lis tu gardes près de loi, mou en Fruit, une mère adorée; vous parlerez do Dolomieu, vous prierez pour lui, et il est impossible que vos voeux ne montent pas au ciel,

— Ce départ me désapprend la joie el je ne croîs plus qu'A l'infortune, dit mademoiselle de Birague en tombant A ycEiiiux anime pour demander des forces à Dieu,

— Songe, mon amie, que l'injustice commande la punition, ci puisque dans des rimes comme les nôtres l'amour in- peut s'attiédir, il y a des consolations dans l'absence même; les pensées voyagent si vite.,, Encore une fois, Julie, courage et adieu!,,.

Les chevaux s'élancèrent* iJolomieu se mura dans ses souvenirs puni- se retrempera l'énergie, et la pauvre Juli« de Birague, qui croyait avoir perdu sa foi, monta dans sa chambre el invoqua le ciel avec toute la ferveur de la piété la plus évangélique.

Vous savez les principaux épisodes de celle guerre désastreuse qui a coûte tant de sang et pendant laquelle les noms Les plus obscurs jusque-là ont conquis une si belle place dans l'histoire* C'était des escarmouches de ions les jours, des ci m n lui s cuuii miels, dés batailles rangées bu le nombre avait souvent peine a Lutter contre le courage, ou le stylet a trouvé plus de i "Urines que les baïonnettes. Je n'ai pas mission d'écrire cette longue et pénible guerre que les Anglais ont rendue si fatale ; j'écris un drame intime et je ne quitte pus Dolomieu, qui vienl d'arriver â son régiment, dont il était l'orgueil et l'amour a la fois.

Ici, comme en IVnsse el < n Allemagne, dés que le canon avait LLund/. il fallait obéir, il fallait se laisser aller au torrent qui entrai miit les hum mes et tes choses*

Ouï certes il y ÛTa *t Wcn des tristesses dans les familles, bien des mères" pleuraient leurs enfants loin du foyer et les pleuraient encore plus tard dans l'exil on A la tombe; mats le mot gloire vibrait dans toutes les jeunes âmes, et DolomieUp à peine âgé de vingt-deux ans, cou rail â tnvrrs les péri I s ^i mime si la rie lui entêté nu fardeau.

Soldat par dévouement à son pays, il joua un des plus aux rôles dans toutes les affaires où l'on eut recours â

beaux

son patriotisme, cl ce n'était guère qu'après la bataille ■l'i'il pensait à son pays absent et aux qu'il avait

quittés.

Cependant un cri de joie retentit enfin dans le* deux armées : le léopard ferma sa griffe, l'aigle Impérial ploya ses ailes, le blason de la famille des firagauces se vofla sous Les plis des drapeaux enfermés dans chaque arsenal silencieux, el un armistice fut publié coin me le prélude d'une paix prochaine.

Madame de Birague recul une lettre ainsi conçue :

i Je vous attends ; venez, un armistice vous protège, la paix vt se conclure ; vous voyez, mes amies, que nous avions calomnié la bonté de Dieu... Vous, auge protecteur, vous, Julie, vous comprenez mes torture ridera \ itre mère , vous 1 n i d i re i q u e ri en n e s o p pose

dés lis à ce que mademoiselle de Birague soit madame

Dolotnieu ; il le fini, arrives, je* de viens fataliste et je : persuade que mon bonheur et le vôtre doivent se ratifier en Portugal*

« In mol de vous et je vais vous attendre à la frontièi • |ue n'êtes- vous arrivées déjà 1 Se réunir, c'est ne point s être quittés. »

La réponse ne se lit pas attendre, et la mère et les deux fiancés comprirent, pour la première fois, qu'il y a du bonheur dans l'absence,

Deux jours après, la voiture roulait sur la route de

ne. elle franchi îles l'y renées, et le lendemain, hélas!

elle emportait deux fiances en deuil et le cadavre d'une re que In balle d nue e c >petle venait de mut.

Si Je désespoir ne faisait grâce à pus roue, André et Julie auraient accompagne madame de Birague a la tmnh mais les rigueurs du destin ont parfois leur générosil deux âmes se retrempèrent dans la grandeur nu' me de leur infortune, tontes deui se prêtèrent mutuellement des forces et quand les fiancés arrivèrent à Coïmbre, le due iI'A.;m ida, qui leur avait noblement ouvert son bétel, se joignit i\ eus pour prier et pleurer.,* les larmes peuvent être une conso ■■ l L- 1 1

Nous sommes die?, le dur.

Laconvcrv, lion Ha il calme, elle n'intéressait point les cœurs, elle courait rapide sur les fronts des convives où elle ne laissai' Aucune empreinte: vous eussiez dit une de ee* tristes et froides soirées de famille que la régul rite rend éternelles, qui pèsent sur 1 existence, qui Passont» prissent et lui font préférer tes ennuis de ia solitude ou le fracas dis passions tumultueuses. On se questionnait comme si on n'eût point voulu de réponse, les regards se croisaient sans se comprendre, les paroles tombaient inarticulées, les sourires él aient sans poésie ; et ce peu (huit l;i haine dans tout ce qu'elle a de plus vivace, rameur dan* tout ce qu'il n de plus brûlant, l affection dans tout Ofi qu'elle a de plus paternel, nvniiMil pris place autour de In table du due d'ÀLméida, grand de Portugal, dont le nom. ;i Coïmbre, ne se prononçai! qu'avec une respectueuse vénération.

C-était un homme fort et droit par la violence même des orages qui avaient pesé sur sa tète; l'habitude in ces* saute de la résistance lavait dressé, pareil a ces vieux chênes dont les bras vigoureux attestent une vie séculaire el Hjui insultent aux ouragans impuissants â les décapiter,

Leduc d'Aliué'tda croyait au malin m longtemps avant qu'il se montrât à l'horizon , il doutait de ta bunne fortune t alors mente qu'elle avait pris place an foyer ; ses traits m il" i ''alun s disaient une vie pare, une conscience intacte.

Nommé gouverneur d'une province, il devail s'éloigner quelques jours après l'arrivée d ses hâtes, ci nous ne nous tromperions pas en avançant qu'il ne panait pas tout entier, car rangélique beauté de mademoiselle deJirague n'épargnait perso une.

Slaisla pairie avait des |»9nirs ;i cicatriser, le» duc pîeuraif sur tous ces déchirements, et il eût regardé comme une faiblesse comme un crime peut-être, tout sacrifice dont son pays aurait eu â souffrir.

C'étaii une nature à part au milieu des natures paresseuses et endolories c|iii faisaient dire que l'Espagne abâ* tardie s'était réfugiée au pied des Algarves et sur les bonis «1 ii Tage parfumés des plus poéli pies souvenirs.

03 1HT. — L P S &F.VAI] S i

USE CA Tïï.

I'm bru il sourd comme le dernier écho u"un éclat de tonnerre se (Il entendre, et, quelques secondes après, le palais d'Alumida éprouva une violente secousse. Il élail unit, quatre convives entouraient la table, et l'obseï - U ur aurait pu remarquer te sentiment de joie satanîque qui se lisait dans le regard du c mledii l'inio, tandis qu'une profonde anxiété se peignait sur Les traits d'Aimé ma, d'André D lomi i de mademoiselle Julie âeBirague, Quatre valets i-n grande livr ■ i rvaienl, pas un ne bougea, ils nitciidaicntun commandement pmirohéîr.

— Ester qu'il y a émeute? demanda le duc avec vivecite.

— Non, monseigneur, répondît Manuel Iriarte, chef du service; avant-hier nu a fusilla six ctudiants de l'université, hier «m ri (H-Li-lu deu* dragi as, cl aujourd'hui on a jeté [l.'nis un cachol dii officiers de la milice; Goïmbre est I :n i Litement tranquille*

— Bt Lisbonne? poursuivit le duc avec inquiétude] je

n'ai |-:is lu lis j ri:iu\ rc malin.

— Ils sont tiedes, répondit Dolomieu ; on dit même que h paix esl près de succéder i l'armistice el quctessold de Soult vont quitter 3e Portugal*

piniu sourît, Alméida poussa nu \ refond soupir, et Julie de Biragne ei llolomieu échangèrent un coup d«HI qui disait nne esp éri nce d 'une p nr t , i me i v re ssc de I "a a ! re ,

— Ainsi donc, poursuti it le 'lue, le lieutenant Dolomieu fuirait le Portugal avec bonheur?

— J rai toujours par la pensée, répondil Duloiuicu d'une voix persuasive. Je vous dois, monsieur le duc, la plus généreuse hospitalité, n in-sen tentent pour moi, m encore pour mademoiselle Julie de tiîrague, ma fia nu « . Tandis que nous nous battions 4 outrance, corps a corps, dans les fossés t dans les ravins, pour des intérêts ignon pour des raisons politiques dont pas un de m jus ne connaît !«■■ mystères, vous, nmii> : i ■ur It? duc, vous avez protégé mademoiselle Jutie de Birague confiée â ta noblesse de. vos sentiments; je quitterai donc voire pays avec regret, car j'y laisserai un ami.

— Et moi, senor, dit le comte Pinto en se tournant vers Dolomieu, ne serai -je pour rien il as vos souvenirs?

Le retentissement d'un second coup de ca i arrêta la

réponse de Dolomieu et fit tressaillir les convives; une Ile terreur s'empara de mademoiselle Julie! et, rompant e silence des principaux acteurs de rclte -• u - :

— Voulez-vims mon opinion sur ce qui se passe au^hors? dit tUerre Bonne val, servent dan* le régiment 'I* 1 DoSmnîeu, et qui s'était tenu accoudé au balcon de l.i aile ■i manger.

— Oui, parle, diL le Lieutenant*

Ainsi, ;t ion avis, le Portugal in si peuplé que d ils «i de scélérats, dît le duc d'Àlméida d*nne voî

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