U'HIS
ne lar
pin^e que
■■mis
et- VOUS,
Florida, que vous oe lV h Ees pas assez pour vous donner le
droit de recevoir ici, dans oe salon» ! une ni femme
sang m;i permissi m, suis cille de M* le duc. sans celle de madame la duchesse, Ceci, reienes-te bien, n'est poinl une oui portugaise, ou chacun a te droil de tenir Lu h ,-. . nanter el danser; ceci est nu lieu qui doil être cre pour tous ou ne doîvi ni retentir une des paroles bon* m. -ics, ou des pensées impies seraient un sacrilège*-- Ni corn prenez* vous, Florida?
— Tu y.' merveille, 13 nneval; maïs Lu as beau enfler ta grosse voix ci la faire menaçante comme un rouit ment tic tonnerre, je oe me signerai pas a l'entendre, elle ne m'épouvante pas, et je L'aime Lorsque lu me grondes comme l irsque i s care i
— Je ne tecares > v point, Florida, surtout en ce moment; je ne me i mr« na même pas que cela rue suit cncore arrivé* H je te répète! pour la seconde l'ois, qu'intendant de la ison du nobîe duc, je duU savoir loul ce qui
se fait du baul en bas de l'hôtel, el qu'on [jcul très-bien se i ïser des servît s de ceux on de celles qui manquent à leur devoir. Quant i aV ulrcs idées, poursuivit-il avec un peu plus decaime, moius t n'en parlons pas. TesTortugais oui tué mon capitaine, mon capitaine que j aimais près |ue autant que mon empereur; jamais une Portugaise ni 1 sera ma femme, fût-elle pins belle, plus radieuse, ni us coquette que toi... J'ai uni*
— Usuil gentil !<■ bourru ! dil Florida en Lui tendant in m 'in ci &vec un sourire provw iteur.
— Il esi ce qu'il est. répondit le sergent, il je te délie bien do le changer,
— Il est ce qu'il ne devrai! pas être, s'écria (a jeune ftllc poussée d Lout. Va est-ce que les cœurs sont français,
n^nols nu portugais? est-ce qu'ils tie battent pas forl sons tous ]'-s climats? est-ce qu'ils ne se réchauffent i â tous les soleils? est-ce qu'ils ue se baignent pas h l utes les sources?.*, Tu os beau imposer ilenccuu liiui, i parle plus haut que toi, il te dicte ses veloutés, i! le do- Niinc, cl le voila aussi esclave que mm qui me [«luis dus m i servitude.
— Même dons la servitude des visiteurs? dit Bonnevai avec un mouvement de jalousie qu'il ne pût maîtrisi
— Tiens, tiens, pensa Florida» il y revient encore ; donc il est jaloux, donc il m'aime. Pois, élevant la voix, saî<bien, Pierre, loi dit-elle, que tes menaces sont moins ■ ïfrayautea que tu uo veux les faire '.' Je ne te crains plus,
que tu me grondes de ton regard ou de la paru >oïs que lu me trapues de La main, li y a quelque temps >1 'i i que je me suis aperçu de mon empire; je te d ffîc bien aujourd'hui de me détrôner, et si jamais tu ressayes*..
— Eli bien! eh hicu iiii ta duchesse eu entrant dims le salon, il me semble qu'on se querelle.
— Qui. madame l.i duchesse, un peu. dit Pierre; je cherchais :ï Cuhre entendre \ Florida que Je n'étais pas d'humeur a me laisser aller aux séductions dune jeune lille dont tes compatriotes ont tué mon capitaine; ■ : a ce >
elle répond par un déluge de paroles que je nec prends
pas. que je ne veux pas çompn udre el où elle jette pêlemêle Jes mi. h brise, les évenLails, les baisers, les snufllets et Ils poignards. Je ne connais qu'une chose, moi, c'est que je veux rester Francaîs.el tue si j'épousais
jamais une Portugais ne Espagnole, je voudrais
qu'elle devint au moins aussi Françaï n- moi.
— Miiî>je lemande pas mieux* dit Florid , na-
d.mie la duchesse m'est Lémûin que je ne parte des Français qu'avec le plus grand enthousiasme, Si je les a! tous, c'e&l par ricochet, et Pierre comprend très-bien ce que je veux dire.
— Cela me parait assez clair, dit la duchesse eu souriant, et Pïi rre I" eval devrai! Itn 11 Lié des préférences
■nces u une jeu tu' ElLie aussi gracieuse et aussi bienveillante uuc Florida.
*— Allés» a I1e$, madame, continua la camériste, it né
profitera pas du conseil, a moins que vous ne lui doimicz l'ordre exprès de me doter des n nom... madame Pierre Bonnevai! c'est joli d porter,
— Nous en causerons plus tard, 'lii la duchesse; mais laisse-nous, Florida, j + ai à parler un moment à Pierre; bisse-nous, va choisir parmi les robes qu'on a portées à mon vestiaire celle qui te conviendra le mieux.
— [■■ \ isâl'onîeé, madame, di ' rida avec une petite moue toute charmante, je vais y attendre Pierre , grondez* li j beaucoup, ue le gardez pas trop et qu'il revienne avec une résolution plus conformée mes désirs... C'est drôle* pourvu i vît-elle à voix basse en sartanl du smI.hi, elle se plait lien avec lui. cela m'agace, cela me taquine, cela me jette au cœur d<-s i tées qui me font mal t ., i)li ! si ji- | -
vais ne pas aimer !
la dni'hi sse, Pierre Bonnevai s*attendil à une vigoun use attaque et se prépara uèrement â la résistance, llcjà plusieurs fois il s était tenu en garde contre les pièges qu'on tendait -« si lovante; >oti respect ]iour la noble dame inq-oah silence d ses douloureuses réflexions, et il comprenait é merveille qu*il oc pouvait pas lutter ;'! armes égales avec sa protectrice. Une victoire lui eut serahLc une J iule; il ne ^outaîi pas, pourtant, uned faite uni aurait eu les plus graves conséquent s, et aujourd'hui, plus .(ne jamais, il était décidé d sortir, battu ou triomphant, de la iio-ltiou iliflicilc qu'on fui faisait,
C'était un brave soldat que Pierre Bonnevai, •-'ciniiune de ces granitiques charpentes que 1rs passions seules I ivaienl entamer, mais surtout les ] assions de roux qu'il avait aimés jadis dans sa vie tumultueuse de soldai, qu'il .lim il aujourd'hui dans sa vie plus posée de citadin.
Deboul et en hue eu présence de la duchesse, il attendait Passant corn nu* :mLn I 1 ":- il attendait le feu de bataillon, L'arme au bras nu sur l'épaule, selon lu commandement uni lui était laïL.
— ïlndame a-t«etîc quelque ordre pressé ; . me donner ' demanda-t*it d'une voix respectueuse a la duchesse. Tan! de set-.iLf ura sont ici a ses ordres...
— I-] 1rs- vous donc fâché de la | réfêrenre que je vous accorde? dit madame d'Alméid* avccunacceni île bienveillance qui toucha | rofondément Pierre l! mneval et b< fit j resque renoncer ii si [neiuiére résolnlîpu de fermeté - Mais, se ravisant et songeant au d ic sou maître ;
— Oui, madame, réji mdit-il, fàchè et vexé.
— Pourquoi cela, Pierre?
— Pour irenteHHX mille et une taisons, puisqu'il faut que je le dise.
1j d'abord voua êtes triste, votre noble époux e4 (rïste, ça faii que je spis triste nussî, el ([ne toutes ces irfcl en faisceau fout de celte maison plu lui un cimetière qu'un l.ùtd et de ceux qui Phabilent plutôt îles fanlùmes que ii us bien portants et pleins de vie,
— Ne dois-tu pas felre afllige un peu, mon brave Bonueval t d'avoir |>erdii cet homme qui t'élail si cln r, ce capitaine qui a combattu si souvent a Les cotés el que la mort a si cruellement arrête aux premiers pas dû sa carrière?
— Jetais sur que nous allions parler de lui, madame, interrompit le soldat avec une larme aux yeux, avec nu
l ir ,f.i . .r ir ■ h voila* ce qui me désespère. Il faut attacher : pensée sur les l'euillcs qui naissent, et ] ûsser les feuillrs mories dans L'oubli, ou, du moins, n'y songer de n . : i j - ,i ..lire que pour se dire (pie le malheur irréparable
est celui qu'on supporte le mieux. Quant à moi, madi •.
j'ai des alfecl ions qui ne coûtent rien â m* dignité; que j'ai une fois estimé, je 1 estime encore ; L'avenir ; trouvera dans la même voie, et je ne changerai de route fie ,i liii-u. que je croîs juste et bon, me rend un jour haineux el méchant.
— Il r,i donc été bien radie d'oublier Dolomieu : dit la duchesse résolue n compli 1er sa peos ■■.
— Je ne l'ai point ou madame, répondit Bonnevai
ŒUVRES DE JACQUES ARAIÏO
avec une énergie puisée dans sa droiture; je ne lai point oublié, ce serait de l'ingratitude ; je prie pour lu ■„ chaque malin chaque soir; je lui parle comme s'il était In, comme s'il réécoutait, comme si m m s nous pressions In main, comme s'il m'appelait son ami, soit frère... et je pleure, et mon cœur se dilate à l'aspect «le tout ce qui m'e Meure, car cet hdiel nesi peuplé i|ue d'êtres généreux dont la vie ne devrait être qu'un long sourire,
— Il était si brave! si dévoue
— Vous avez bien raUon, madame, C'était un piU chérubin, un petit ange du bon Dieu.,, pi* devant l'ennemi, par exemple... oh ! I£, c'était un diable, un brisc-loui... mais le v lu mort comme tout ce qui a du cœur, comme tout ce qui a de l'énergie. Si vous le permet lez, madame , j*y penserai pour vous el pour moi ; c'est une t .1c lie rude, douloureuse, dont je me ferai un besoin afin de vous soufagî r.
— Est-ce que les souvenirs s ont un cul le qu'il faille abjurer? Est-ce que les premières années de notre vie doivent disparaître de 1;* mémoire parce que le temps lésa d'AiiiYus:' réponds, Bonneval, c'est ion cœur que j'interroge.
— Pardon» madame la duchesse d'Alméida, ce n'est pas ;i un conscrit comme moi de trouver a redire à ce que lensent les antres; vous devez savoir mieux qn<* h- brave ISonnev.il comment il faut se conduire quand on est l'épouse d'un homme de bien qui vous aime comme les anges aiment Dieu... Pardon, madame la duchesse, si je ne vo dis pas tout ce qu'il y a II, dans mon cœur ; mais, vnyrzvoiis, c'est plus fmi 411e moi : je peus*», je souffre, je s ittffre beaucoup el je m'en vais...
— Mon chagrin te fatigue donc, Bonne val ?
— Non, madame, mais U m'étouffe... c*esl pourquoi je vais prendre l'air... N'est-ce pas, madame, qtie vous cherrherez à guérirV î^Vsi ce jus, madame, que. dans votre I ciiséc, il y aura désormais plus de place pour les viwinls et un peu moins pour les morts?... Gli ! si L'un pouvait les
raviver!,.. Ad'eu,mnd-.tin-. cachez vus il on leurs .1 r sieur
le due. il en mourrait. voyez-vous, et il faut qu'il vive
pour ramener à la raison et à La santé ceux qui s oeil Omis
épuisent leur énergie â la m'en vais» madame»
le délire, ceux >pii é| uisent leur énergie à la Lutte... Je
— Ainsi donc, tout h 1 monde me devine! s'écria la duel :esse resiée seule dans le salon ; ainsi donc tout le monde m'abandonne... Ils souffrent, discutais... el moi» ne suif- !r -je fiîts aussi plus qu'eux tous .' Ah ! te n*csl pas l'a* tenir, rc n'est pas te présent, c'est le passé qui lait la vie, c'est lui seul qui nous brise H nous tuç.»- Est-ce ma faute? û mon Dieu ! el n'ai-je pas lutté contre mes souvenirs de Imite la puis5 : iuer de mon âme? Dolomien mm;,., mort â viii-t-cini[ ans. avec son amour, avec ses espérances; mort quand il m'appelait sa llancée, quand mon Ame recevait les émanations de la sienne, quand ma mère à la t imbe nous appelait tous deux dans le ciel!... On donc est La justice divine?,..
La duchesse tomba épuisée sur un fauteuil, les glaces du balcon volèrent en éclats, [>ûlomieu se trouva en sa présence.
Une éternité de délices et de douleurs venait de s 1 ouvrir sur Julie de Birague» épouse du magnifique due d'Ahnéida; dès ce moment, sa vie p-iss-T >*> dressait devant elle avec 10US ses en 1 lu ri S€ t r 1 1 ■ 11 1 s , y.i v ic 1 1 rés c u te a v ec ton les ses tortures : elle élnil pâle et immobile ri m une la statue du mausolée; ses yeux regardaient sans voir; de ses lèvres, entrouvertes, sV-rliappail un souffle brûlant que vous eussiez dil sortir d'une fournaise; son cteur battait a briser sa poitrine; ses doigts crispés s'attachaient à un meuble qui tremblait sous sa fébrile pressinu, el tout son corps frémissant accusait une crise que Dieu seul pouvait m aitri se 1,
Quant à Dûlomieu. immobile au milieu des débris de la glace qui lui avait ouvert passage, il seul a il ses forces s'en ;illei dans La violence même de son action, et le releulir se gravait sur sa mâle ligure. Julie euious seuls aurions pu y reçu un ai ire tout ce que Le destin Lui avait infligé dr rieui ui>.
Ils gardaient tous deux le silence, silence tumultueux
au milieu duquel jji-uj dissent les passions les plus exaltées <|ui devaient l'anéantir sons un coup de tonnerre.
Arrivée â son paroxysme, toute douleur fortifie, et Julie et Dolomieu, d'abord accablés, reprirent peu a peu cetie énergie des âmes nobles, i|uï égare parfois, mais ne dégrade jamais.
Il est des positions suprêmes qui poussent jusqu'à l'exalta tu m les âmes les plus faibles; jugez de leur puissance sur doux caractères aussi tranchés que ceux de Moin ml eu et de Julîe t façonnés depuis longtemps aux rudes épreuves de la vie.
Dolomien rompit le premier le silence :
— C'est moi. moi André; mnî, ton Itancê de va ut Dieu qui m'écoute, qui n'a pas voulu m 'appeler à lui sans loi.
— Je suis iieidue, dit Julie de sa voix la plus doulonreuse et sans lever les yeux.
Puis, essayant ses forces et regardant Dolomien d'une prunelle jne^ue éteinte :
— Mon Dieu ! que vous devez avoir souffert l lui dit-elle» mon cœur seul a pu vous reconnaître.., André, si j'ai besoin de courage contre le bonheur que vous m'apportez, je n'ai plus besoin d'un corps contre les malheurs que je prévois.
— De la terreur ï dit Lloloinieu toujours debout a sa pince sans oser faire un pas vers Julie; delà l erreur! quand je 1 iens demander nue extase ! Ne craignez-vous pas, madame ïa duchesse, l'anathème de rolre mère qui nous écoute?
— Pitié, André, pitié pour celle qui n'ose pas sonder sis pensées et qui n'a j.as même la force de subir cette épreuve du ciel,.. Tool un passé qui renaît, avec ses il- In siens! toute une vîc qui recommence avec ses |iorplcxilés!
— Lh bien ! madame?
— Ne m'interrogez pas, André; le mensonge ou le crime, voilà ce que ma conscience me dit de ne point accepter; voila ce uni, dèsiirm.us, Rattachera à mou chevet, Comme le remords ou la honte au chevet du coupable,
— Le cri int! dis-tu; il u'v a pas de crime â obéira la voix de sa mère : elle t'avait demandé de L'amour pour moi, ton ccenr mit répondu à cet appel, m ne peux donner un démenti a ta mère, tu ne peux le le donnera toimême, el le parjure seul e-l un deshonneur.
— Dolomien, répandit Julie avec une force puisée dans la résistance de son Dancê, tes serments lai [s a ma mère, je ne les ai point trahis. Je vous ai aimé plus qu'une smur n'aime son frère; mais vous mort, Je ne vous devais que des larmes , et sans cesser de vous chérir, j'ai compris que la reconnaissance m'imposait île nouveaux devoirs.
— te devoirs odieux, interrompit André avec un peste qui était toute une prédiction Je viens les rompre, je viens briser tes chaînes, |e viens te reconquérir... Oui, Julie, lu ne l'es puiut donnée, tu t'es offerte en holocausic, *- fc t je ne veux point de ce sacrifice L..
— Ahî monsieur, s'écria Julie avec nn frémissement convnlsif et en songeant .ï |.i dignité menacée de son noble époux, cette demeure doit être sacrée pour vous; un moment de plus esl une profanation.
— Je n'eu sortirai qu'avec vous, répliqua le fougueux André ^ui ne s elait pas attendu à cette résistance, je n'en sortirai qu'avec vous, et les balles portugaises ne m'auront pas fait grâce pour que vous me soyez ravie une seconde fois.
— Le mépris el la hnnle si je fuis!
— Le de* spoîr si vous restez!
— Eh bien! oui. le désespoir pour moi. André! car au moment de vous dire un étemel adieu, je ne veux pas vous cacher ce que mon cœur l'en ferme de régi els et de tortures,*. Le rer "ds est une expiation! Je l'aime, André, je taime comme aux jours de nos belles années; je t'aime pins peut élre. car je l'ai perdu, car je t'ai pleuré
r I . oui, je l'aime André, el c'est pour cela que je le
fuis, c'est pour cela que je ne dois plus le revoir...
— Tu me suivras, Julie, tu vas me suivre sans retard, a l'instant même, ou j'attends ton mari, le duc d'Alméida, le rausM-iir ,U> ma lianiée; et l.i, moi. devant toi quin'o-
ras pas le démentir; toi. devant lui qui le fera baisser