LE DUC D'A KM É IDA
les yeux, je Lui dis que lu ne l'aimes pas, et je lui déclare lon'amonr pour moi.
— Dolomioti, puisque mes prières ri ont aucune pui>sance, puisque vous voulez attendre ici l'homme généreux qui m T a conné son ho mr, je reste avec vous, a vos côté* ; et la, moi, devant lui dont je connais le cœur, lui, devant vous qui baisserez les regards, je lui dirai ce qu'il
■ h vro punir eue* vous, ce qu'il pardonnera chez moi : il s aura que je le vénère, que je vous aime ■ i que c'est la le l-liis grand crime qu'il aura jamais â me reprocher... Je l'entends**, que décides* vous ? Rester, c'est peut-être l;i mort!».
— Je l'attends» je reste, dit Dolomîeu d'une voix dé* ridée,
— André, sauve -loi, car je t'aime ! s'écria Julie dans l'exaltation du désespoir,
— Ce nVraît pas le due, c'était Pierre ftunueval r[ue smi devoir appelait au salon ; il entrait, selon son habitude, d'un pas timide e! respeclueus..* Un homme qu'il ncre* connut pas tout d'abord était la, près de la duchesse; il allait se retirer; un mouvement du Dolomîeu le retint 1 sa place; puisa, s 'élan ça ni, leeounaissaui son biave capitaine:
— Ciel ! vous vivant! vous b i !
— Mm 1
— (Jue je vous embrasse d'abord; que je vous rembrasse riicore; que je bénisse le diable ei tes halles purin- .-.ii ■"- ifo voits avoir fait grâce .. et maintenant que c'est fait, sacrchleuh.. maintenant que mon cœur s'est dilate,, iiH'r en arrirri' <i pas de charge.
— Que itis-in ' ^ — Je 'ils que votre poste dhouneur n'est pas ici, je
dis qu'il i->l ai s cas OÙ la mirai le est honorable, et que vuns devez vous mettre en mule â marches forcées, à cinquante snns par étape, à moins que vous n'aimiez mïeu* que Lucifer vous emporte sur ses ailes de llamme +
— Pierre, «lit la duchesse qui voulait essayer de calmer son fidèle serviteur, il faut plaindre un peu ceux qui ont tant souffert pour nous el par nous.
— Silence dans les rangs ! répliqua Bnuneval d'un ton Je commandement qui rappelait sou ancien métier; silence dans lis rangs! car i'i lé colonel, le général, c'est moi, <i les conscrits, c'est vous doux.
— \ songes- tu Pierre? dit Dolomieu que m- pouvaient ébranler les paroles de son sergent, je ne suis auprès d'elle
■ lue depuis un instant, et...
— C'est quarante-finq minutes de trop, interrompît Ronncval (pu tournait de temps ..» autre m-s regards inquiets Vers la porte du salon. Enroule, t capitaine!
toute halte c'esi mil'" faute, el vous ne devez en nvoir aucune i vous reprocher, vous que la compagnie ii le régiment ont pleuré comme un ami, comme nn Frère.,, en route.
— Pour ne plus; noua revoir? s'écria tlolomieu avec un accent de don leur do ut frémirent à la fois Pierre et La duchesse,
— Pour ne plus nous revoir, c'est possible, poursuivit Don ne val du ton le plus déterminée », il est des sarrili qu'il fii ni accepter, comme on accepte, en face de l'ennemi, les déchirures de la baïonnette on h s n ■■ île 1 1 balte... Cela brùk', mais ou a rempli son devoir et l'on crie :«Vive l'empereur ! »J*en reviens donc ri mon premier thème : 1 h rouie â cinquante sous par étape,
— Mais c'est la mort t dit André bien résolu : i ne point partir seul.
— Lh bien vous ressusciterez, capitaine; vous êtes déjà façonné â lo chose; il n'y a que le premier pas qui coûte.
' Quels périls assez grands?..,
— ItssojilircimenseS] interrompit Pierre, >^ u ï ne voulait lias lutter davantage el devenait brutal à force de loyauté. Vous, madame, diL-il en regarda ni In duchesse d'Alméida F.-ice â face, vous risquez votre réputation, si pare jusqu'à ce jour, vous risquez la dignité d an honnête homme, du noble due dWlmeiua votre 'poux,
— Il m'enlève relie que j aime.
— 11 fatlaii rcsler mort !... Ah! pardon, dUBooneval ,ivm- une grosse larme sur la paupière, pardon, mon brave capitaine, vous avez Uni fait de revenir; mais, voyez-
vous, Pierre Bonne val, votre sergent, aimer a il mieux mille fois vous savoir à dis pieds sous terre , bien cadenassé, que devons voir déshonoré... si vous saviez, poursuivit-il
d'une voix fraternelle, comme le 'lue est nnhle» hon ei généreux! Si vous saviez comme il aime sa femme; il ne lui proie qu'à deux genoux, le cœur à la main, son Âme dans bol regard,., tVuuc seule amertume de madame la duché-- . monsieur le duc d'Alméida voudrait faire mi 11-: amertumes pour lui seul, et de toutes ses félicites il n'en larderait aucune pour lui île peur d'en appauvrir sa femme* UhJ cela esl beau, cela e>i touchant, cela esl sublime, el j'aime le duc d'Alméida comme j'nime mon empereur, connue je vous aimerai, capitaine, si vous avez le courage d'être ce que unis avez toujours été.
ynajil ,1 vous, madame. poursuivit Pierre en basant un peu la voix, vous n'aimez pas monsieur le duc el vous avez torL Aujourd'hui, vous aimez (ou jours mon lieutenant de l'aiilre momie, et vous avez plus Nul «rucure.
— Mais in sais que sa more me l*avoU promise, el que rien au monde ne doit être plus sacré que la volonté d'une mère!
— Pourquoi ètes-vous revenu de la-bas .'Ce n>>l pas dans l'ordre, dît Pierre en se jetant nu cou de son vieux compagnon d'armes.
— tu ne nous aime donc pins, mou lu-ave ami '
— VA\ : si je m- vous aimais plus, je vous dirais : Aimez* vous'*,, mais c'est parce que vous élis tous deux au boni de ce cœur de soldat que je m* veux pas vous voir dégradés l'un et l'autre... Ah! juriJun, mad< ■ ta duchesse,
pardon, lieutenant, je vais un peu li-op loin sans doute ; mais je ne cache pas plus nies parole* que mes sentiments, et quand je souffre, ça faïl explosion, c'est un boulet qui part, c'est une bombe qui éclate,
— Mais in ne comprends pas..,
— Je comprends lout, e.Vsi-;ï-ilire i|ni- nous marchons sur un volcan, et que le brigadier Kueifer s'esl mis di- la parité. Mais silence !,.. ou monte, je crois... oui, c"e.st lut, c T est monsieur le dur, timi est perdu ...
— Que faire? ô mou Uicu ! s'éciïa la dm , l mbîaule comme le remords... que và-l-il arriver?
— Un malheur horrible, si vous ne m"'uV'i>se/ pas... Vous ici, lieutenant* dans celle chambre... Vous, madame, dnns votre appartement, et que le cie! nous vienne en aide!*.. Trop lard! poursuivi l-il a voix liasse, Ne bougez poiul, il ne vous reconnaîtra peul-êlre pas, il ne vous a vu qu'un jour, quelques heures; la misère vous a visité.,, S U née.
Ke il ne euhii.
Élu premier coup d'œîl il vit l'horrible malheur qui le frappait: la stupéfaction de ceux qui ne l'attendaient pas. la terreur de sa fi m me qu'il lui était impo* iMe de déguiser, l'immobilitode BunnevnKei, plus que toul cela, cet instinct de fatalité qui nous domine quand l'infortune s'altache â nous , tout apprit au due d'Alméida que ses luîtes pour conquérir sa dignité perdue sei aient autant de iléfiittes.
Miiis le noble Portugais avait la léie moins haute que le cœur et lise garda bien dédire toutes ses craintes, de laisser apercevoir ti>ut< amertumes; et, maichaul
d'un pas mesuré et calme vers la duché»-
— Lu eirangerî dil-il avec un sourire lout imprégné d'une profonde iiisiesse-
— Mon mari!... dii madame la duchesse en prenant la main d'Alméida qui tremblait dans la sienne plus treniblantc encore.
— Silence, dit toul bas Bon ne val n siui lieutenant, vous
iiYtes [>as rec in... Oui, monsieur, le duc poui -suivit-il
d'un accenl qu'il s'efforçait vainement de rendre frane et .1. cidéï monsieur tsi lé capitaine d'Assas, capitaine que nous aimions tous el qu'il faisait grrkn 1
111 lion
s parce qu'il se b.iiinîi comme laisail grâce aux ^ iinrus... 1! étaît l.'i-bas aussi. Portugal, avec nous, et comme ita su tuer que jétaiM votre service.., il m'a lait l'honneur de venir me vuir a lin
de me presser la mai» et pour savoir des velles... de
sim ancien frère d'armes, le lieulenanl Dolomieu,
QEUVItES DE JÀCQCES AÎSÂGO,
— Je me soutiens a peine, dit Julie d'une vuix qui ne
pouvait êtri- nirendue i|ii^ ih' Sun eamr.
— Vous ne pouvez pas me démcniîr sans me déshonorer, poursu ml Donneval eu ^adressant î'i Uolr>m ii-n qui allait prendre la parole et mettre feu au baril de poudre,..
Un regard tmploraleur de la duel obtint le silence vainement demanda par Pierre, tandis que d'Aï ni rida, qui devinait le mystère, m montrait généreux encore et réfait 'le clémence plulôi que de châtiment; niais, taisant un effort sur luï-mème et honteui du rôle qui était imposa à sa femme ;
— Ah! monsieur est le capitaine d'Assas? dit-il sans le reiï.irili t de pnir que son émotion ne le trahit.
— Oui, monsieur le duc, répondit Bonneval, le rouge au Front, h désespoir a Pâme.
— Et vous parliez de vos vieux camarades d'armes? dit d'Àlmèida dont les dni«u déchiraient la poitrine.
— Oui, monsieur le duc, répond il Bo ival toujo
prêt A couper la parole à Llnhinieu, qui, cependant, voulut pas accepter pins longtemps encore le cara< odieux qu'on ne manquerait pas de lui reprocher plus lard
t — Blessé pendant l;i i L» iu ii i > ■ < am pagne de Porliu dit-il -ans oser jeter un regard sur la duchesse dont la l Sieur devi riait [Wide, laisse pour mort sur le champ de itfi.iiHc à l'Âlcala, où nous avons éprouvé de ; erles si douloureuses, sachant le brave Ponneval a Paris uans votre hôtel, m "ii sieur le dur, je suis venu cherchi p des nouv elles de tout ce que j'ai aimé dans ma vie de soldai,
— Oui, monsieur le dur. continua Pierre ; le c pitaine d * A ssa s- . . q u e voî là , o t a ï t d c mon i ■ g i ment : i l fais o i i comme les autres, il m'aimait beaucoup! cl je te lui rend.iî.s avec usure* aussi je me serais volontiers lait casser lu léte pour lui épargner nue eslaiilade,.. il ni ma il au- i beaucoup mon lieutenant, André Dolomicu, du menu que lui. du la même taille, de la même ville, je crois... ils se ressemblaient comme deux frères.
El vous avez combattu avec le lieu i ennui André M<>lomicu? dit le duc en appuyant forlemenl sur chacune de si 's paroles.
— Uni, monsieur le duc, rcpnndil André en voyant c neeler madame d'Àlméida dontit eut pitié, nous avons fail les mêmes campagnes, nous avons triomphé dans les moines attaques, nous avons clé blesses du us les mêmes ai' tait uni- sainte fraternité que la noire.
— Cela est si beau, en effet, deui cœurs battant dans l;i même poitrine, dit le duc d'une voix brisée; c la csl si t ihant deux affections pures, deiu âmes loyales ouvertes -\ tmi< les nobles dévouements!..* Vous avez bien pleuré sa morl| n'est-ce pas, capitaine d'Assas?
les deux derniers nuits prononcés avec force (Urenl un ana thème sur Dolomieu, sur Pierre Bonneval, sur la duchesse d'Almêid.i.
— C'était un homme de rieur, poursuivit le dur. qui attendait enfin une révélation dont il n'avait i»ns besoin, c'était un noble jeune homme, ù ce que m'ont dii sôuvenj mon fidèle Bonneval et ma bicn*aiméo épouse qui l'a pleuré avec mpi, car je l'avais vu aussi, cor j\ivnis c<nnn mec à friiim-r. lantil avait été cher a madame, jadis m fiancée, aujourd'hui duchesse d'Atméida.
Pierre, qui voyait lien que la foudre allait éclater, es saya encore un instant de l;i conjurer en donnant a la cmiM-r^ii iiui mu' diriTii ornelle.
— Oui, capitaine, dit-il en se tournant vers tlolomn u et en jetant sur lui un regard d'intelligence, mon lieutenant mort, bien mon. entciTé loin de son pays, la guerre
achevée, r écurie duc conduisit à Paris madame la du*
ouesse, où ils me permirent de les suivre, car je n'avais plus rien là-bas & chérir*, cl maintenant, la religion, le devoir, la reconnaissance.., cela fait qu'on s'aime, qu'on
est I vu*, trés-beureus h que rien au monde ne peut
altérer ce bonheur si noblement conquis... Puis comme re qui n'e>i • uYsl plu&i couvnie f>n ne doit que d larmes à la tombe, on si" retrempe dans le pr. s» ni, on sourit â un brillant avenir et Ton oublie h- passé.
— Pourquoi doue oulj ier le passé? dit le Uuc d'une voix grave. Quand Lu conscience est en repos, que risque-tan
de fouiller dans les jours éteints .' S'il y a un autel pour les vivants, il y a un culte aussi |iour les morts, et ces dru?; religions sont lilïea du même Dieu, Monsieur le capitaine d'Assas, poursuivit-il avec une émotion fébrile qu'il ne put déguiser, vous serez toujours le bien accueilli chai nous; vous parlerez avec moi du Portugal, ma patrie, où
a conï ace mon bonheur présent; vous parlerez avec
Bonneval de votre ami Dolomteu, mort glorieusement sur le champ de bai ai Ile... Madame la duchesse parait un jinti souffr mte, permettes-moi de la conduire dans mui ai p .rtcmenL
— Prenez ma main, monsieur le duc, dit madame il Alueida qui eut besoin du liras de son mari pour at ver jusque riiez elle.
Leduc l;i quitta brusquement a la porte et sortit de l'hôtel s lus oser rc farder en arrière.
[testés seuls, Bonneval et [lolnmint se regardèrent avec un morne silrmv : le brave sergent le rompit le premier :
— Ouf! dit-il, il me semble que j'ai le mont Blanc de moins sur la poitrine; cela i-si lourd, une mauvai e action! cela écn je, in mensonge L,. encore quelques minutes et je n'y tenais pins, et je mettais le ton aui poudres, et i! y avaïl explosion, cl nous sautions tous en l'riir,.. Teneï, lieutenant, une relraite fui moins de mal, une dér <">i moins honteuse j je a'oscrai plus roc regarder eu i .-' .
— Quelle torture! s'écn.i Dolomieu eu se Erappnntlc
front cl se pn. uni ni â grands pas... Il est la*., lui, ce
duc vomi par l'enfer; il est seuL. seul avec elle?**, lui parlai ii sans doute de son amour ci de nu torture •
— Ouc voulez-vous? it y a un an que e*csl cotniri
un .m ni plus ni mnius.., pas de remède possible, Lh'> u même n'en trouverait pas; ce qui a été a été*
— Ce qui a été ne sera plus! sVcria le fougui ux ln s u- Eenant doit chaque feuséo bridait le cerveau.
— Voulez-vous bien vous lain.' il nous écoute peutêtre !
— Eh bien! tau! mieux! le rôle que je viens de jouer est indigne de moi : j> vais lui dire mon nom.
— C'esl la mort.
— Je vais lui dire mon amour.
— C T es' l.i mort d. 1 madame la duchesse.
— Ont-ils pitié de moi?
— Vous n existez plus...
— Oh! je leur prouverai bien.*,
— Quoi donc? interrompit Bonneval de sa voix dr s ddat; que vous êtes vivant? ça aéra possible, j'en convji ns; mnis vous leur prouverez aussi, a l'nu et n l'autre si dignes de i- L et de vénération, que vous êtes tans cœur, sens dignité .. que vous avei ressus i ■ sans la permission de celui qui est lâ-kaut; et, s'il est vrai que» pour sou malheur, madame la duchesse vous aime encore un peu, pas beaucoup.», ce peu di.-jmraiira devant cette action <li* malhonnête homme : et vous, une fois parti, ou ni' pensera pas plus au lieutenant Dolomieu que jr no
moi, « ma première cartouclnHirû 1er, — y ne Taire? o Inignéa de larmes.
yue Faireï o mon Dieu! s'eena Dolomieti k* yens
— Vous connaissez; le chemin, il faui le i '\ rendre, me serrer la main, m'aimer toujours-, moi qui ir.ii pas été votre Hanc4lo. m'embrasser bien fort, et ne plus nous revoir...
— Iliwnrval. ' ucore un instnnt.
— Pas une minute.
— Lo temps île lui écrire un dei nii-r adieu,
— .le m Vu charge, je serai éloquent comme le pelii caporal, je le ferai avec un roulement de jurons... Par file 1 gauche et pas de charge!
— Si lu me refuses, Bonneval, je reste.
— fi'i bien, soit!... je vous obéis parce que *ons él mort; sans. cela, sacrcÛin :..* Tenest, Iri, dans cette chauihre... mais quelque chose <l<' bien court, quatre lignes.** n-. lis... deux... oui, quelques mots,., ^i\ seuL, Aliînar
i tnj \r. aussi long que vous voudrez, «t vingt-cinq points d'exclamation.
— Oit: je ta verrai bien encore, dit le licuicnanl qui suivit Bonneval en tremblant, et qui aurait v.udu effacer
le un: ii'almi tus.
de sa vie tes instants douloureux qu'il venait de traverser, Après avoir rcïléçhi - 1 »"■ i ^ minutes .m vigoureux parti qu'il allait prendre, il ns l'intérêt tic mad un- h duchesse, qu'il vénérait comme une madone, dans celui du duc et eflolomieu, qui Ini étaient également chers, Pierre Bonneval se pril -< se parler à luî-mfeme comme pour se frayer un chemin a travers tant de périls.
— Mi r». v- tous, dit-il les hrns croisés, de quel côté Mm'/ Ici âcs Anglais, là des Cosaques, d'autre pari des Prussiens, e! pas de réserve pour opérer ma retraite* ma chère rcuînji d mon magi [ue castor tricorne! ù mon empci eurl je ne sala pas trop comment Eu te serais ii iv de celle-ci**,
H achevait sou pittoresque monologue lorsque Floride, ouvrant brusquement la porte, se trouva bientôt à ses côtés.
— Kt moi donc? dit-elle h il voix si bien timbrée.
— Bon ! fil Bonneval qui iilail peut-être s'inspirer, roîci la réserve demar i ■■•..". Que voulez-vous? poursuivitil bonillnni d'tmpaiict ce*
— Vous venir en aille si vous êtes gentil.
— Eh bien, je suis gentil; parles, [ne yquI^ï-yous?
— À la bonne heure, Pierre. Je veui vous dire tout d'abord que monsieur le dur. triste el inlc comme les stalues de son jardin, vîenl de descendre u'un pas rapide par l.i porta de L'appartement de madame, cl qu'en bas un
mute lui a remis une lettre qu'il si ouverte en tremblant, qu'il Ta lue... puis, lorsqu'il a voulu parler au porteur, iut*ci était dtija loin.
— Et monsieur le duc, |*avez-vous suivi? savez-vous ce qu'il psi devenu?
— n est remonté en si frappani ta poitrine et en essuyanl les larmes gui coulaient sur ses joues.
— S rite, Fonda, car ii tant absolument que vous me rein m-. icx cel homme, ce porteur de totale nouvelle.*. il doit rôder autour de l'hôtel* Si vous me le livrez., je me dan U i ■ mse*
— or iloraje le trouverai, dit la belle caméristeen
boiuliss.int de e; et il -. .-. ni vous saurez, lîon-
ncval do mon ime, que je le soupçonne envoyé parle :-' û'-r Piuto
— L'ancien l'into de malheur? le bandit portugais? demanda Bon ne val a ver tin accenl de menace et de stupeur
à la Lui
— Oui lui, pour, ni vit Florida qui voulait effacer une faute; il (Hait ici ri- matin <jh muL yous êtes entre,
— El fous ue me l'avez pas dit, malheureuse ï vous êtes laide o faire peur, vous Ion . voua boitez, je vous liais, je vous méprise, je ne vous épouse fins,
— Epousez-moi toujours, Boimevnï; =■■ le retrouverait
je vous le jure sur ma sainte putr Et elle s'élance
corn nie une fuséi
lierait temps, le duc entrait. Pierre l'aperçu) avant
qu'il franchi I la porte du salon, et, s'accow ant sur <
table en lïLn ni de se parler à lui-même :
Quel ii mine! miel Inpin dii*il dit manière >i êtn entendu Aujourd'hui il déjeune à Uarengo de plus de vingt mille Autrichiens; le Lendemain il dîne en Egypte de vingt - cinq mille mameluks; et quelques semaines après il soupe a Moscou de deux cent cm |uante mille Rus* ou Cosaques. Quel estomac . f quel appétit!. ■. Je ne «munis pas d'ogre de cette trempe .. (fêlait mi nvalc-
lout :
— Que disais- tu là? demanda le duc en s 'approchant de son fidèle serviteur.
— Je parlais de loutre, monsieur le due, répond il Bonneval en balbutiant, de celui que j'aime tant, que j'aimerai toujours.
— De Dolomieuî dit le duc encore plu* du regard que de la parole.
— Ue mon empereur].*, aujourd'hui a Sainte Hélène, sur ce rocher de lave où ils l*ont si lâchement cadenas*
— Il Tiiir penser un peu aussi aux morts, interrompu d'Aliflêida d'un accent lugubre,
— lime donne la chair do poule, lit BonnévaJ du bout de ses lèvres.
— Quel brave jeune homme que Ion ancien lieutenant! n'est-ce na
— Oh ] oui, c'était un noble eeeur L.
— 1-1 1 la mon *:sr venue l'arrêter au début de s;i car* riére, quand la vie s'mi vrai tri peine devant lui. ip;nnl sans doute il n le |) inheur et de gloire ., Il y a de bien er n cl 1rs destinées I
— Que voulei-vous, monsieur le duc? la mort ne son prend presque jamais aux lâches»
— ■ ?fi aux iiiLi- ts,
Bon neval frémit de ions ses membres, et dès ce momi ut il comprit que le cratère allait vomir ses laves.
On est madame? demanda le duc de sa voix la plus paternelle et avec un profond soupir.
J'ai cru l'entendre chez elle, répond il îl on neval, qui félicita il déjà de voir achever ce pénible entretien,
— Comme elle m'aime, Boonevall
— Ali f monsieur le duc, elle vous aime comme on
h 'n me pas.
Tiens mon brave Bonne yûI, je croîs que si je mourais je reviendrais sur la icrre pour lui diro que je L'aime encore»
— ( É !n serait difficile. Les morls sont bien morts, mon-
■ — Les morts peu vont pourtant ressusciter, poursuivi! d'Atiuêida en appuyant sur chacune de ses paroles.
— Oui, ïmiIi 'l'ih. quand il y ara il des ni nées en ce monde; mais aujourd'hui la chose est phu rare.
— Cela se vi mi cependant..* la puissance de Dieu esl si grand
C'est fini' dil Bon neval ;i voix basse, il saïl tout.
— Il es! lard, laisse-moi, Pierre; |e veui être seul .. j'ai besoin de me recueillir Lin us mon bonheur... laiss moi,
— Oui, monsieur le duc, dil Bonneval, qui, à la porte du salon, laissa tomber ces mois: Cette résurrection ouvrira la tombe de quelqu'un, je vois en.
Ue pauvre duc, en proie a toutes le agitations de son âme loyale, se repentait d'avoir favorise le stratagème dont on av;iii voulu entourer sa crédulité. Il s'était dallé, dans si droiture, qui I Serre, Dotomieu lui-même et surtout la duchesse abrégeraient par une ConÛdencc complète es m 'iiM-nis d'angotsse qu'il aevail éprouver. M gnanime jusqu'à L'abnégation doses privilèges, il suraîl voulu laisser ;i ions les bernons qu'il se sentait en droit de leur ravir, mais il compril trop tard la faute fjull avait commise; e!, t- imme !e retour deveu;iit impossible, îl se laiporter par le courant qui l'entraînait et médita sa ven-
ii ■■■-■. Chemlnanl à grands pis dnns le salon témoin de .iii.-nis es, il s'arréi i en face du port rail de la duel s yeux se baignèrent de Larmes; rnii>H refoulant en lui même sa géi méconnue : —àiagnanimité
■ •■••i faiblesse, alors suri -r qu'il s'agii du châtiment des Ingrats.*. Cet homme n'est pas sorti, j'en suis sûr; cel homme c'esl Dolomint lui-même que te ciel nous a rendu dans un jour décolère- Lu lettre que je viens de recevoir, h n connu qui me l'a remise, le niystcrequi m'enlonre.. ■ dans un torrenl de feii..* L'uis. Eirraclianlde
i ^\u le billet qu'il nvaît caché, il le rein' A liante vois :
« Le balles portugaises ne tuent pas iouiî ceux pi'olles : ,,;t... Dieu n'a pas perdu sa puissance. N les
■ ts ressuscitent encore à In rulmiie du ciel onde
« Tenfer, »
— Infernale révélation! s'écria-t-il en frap| anl du pied, lait-ce pas assez d'une torture?.,, n'était-ce pas trop
.1 ; • j Le ne pas êlre aimé, quand ma vie entière est le
respect et l'adorai ion?
Uélasl vous le saveK comme nous, quand une idée ÛJae nous domine, elle ne nous laisse ni trêve ni rej lie nous écrase i «r lous les sens. Ce sont des tenailles d'acier [|iii brise ni nos membres.
U doc d Almëîda éprouvait ces èlreiM. -, il se loruaït contre toutes les douleurs: m i- ■•■ efforts n'aboutissaient qu'à élargir l.i plaie et a la rendre incurable. Il lui semblait que" ers héros, ces capitaines, ces poètes dont il i;laït mi :.nv, h ? raillaient de ses tortures, cl que cette femme, la duchesse il'Alun-ida, devant laquelle il s'était si souvent
OEUVRES DE JACQUES ARAiin.