‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 63 sur 82 · CHASSE AU BOA · texte numérisé non relu

CHASSE AU BOA

NOTICE

Combien faut-il encore de siècles pour que la mm de ces iitoii-tnii'ux reptiles disparaisse de la terre? La question ne i" 'H, ce nous semble, cire affirmativement rés 'In-, cl si noua la proposons il la méditation dea naturalistes, c'est seulement pour qu'Us -t'aillent bien se donner la peine de comparer le devin nu bna constrictor d'aujourd'hui a ceux autrement monstrueux dont nous parlent les historiens des temps passés. Ce sont !■' de. «-■- études spéciales demi le résultat n'est jamais stérile.

Quelle esl maintenant la phi* grande lai Ile probable lu boa? Quelques voyageurs la portent jusqu'à soixante et dix l jeds; d'autres plus timides craignent de In pousser jusqu'à cinquante, et cependant je nuis uflii mer que j'ai vu dans la ■ I' meure d'un des officiers de H. José*Pinlo*Àlcoforado-de- Aievedo-e-Spuaa, gouverneur de Die)hy p In peau d'un boa nui iviit cinquanic-dein pied* français de longueur; M, FirtlQ m'assura môme avoir envoyé depuis peu â Lisbonne un de ces montres dont h [aille allait jusqu'à einquante~cinq pieds*

tes chiffres sont une logique foudroyante, et Condillac lui-même ne me prouverait point que 'deux ri deux fonl cinq ou trois. Charles Owen f un des plus intrépides ch seurs connus, prétend que dans les environs de Batavia il

■i emparé d'un boa ayant plus de cinquante pied * .1. long; et votre raison ne reculera pas devant d'aussi grai témoignages, surtout lorsque vous lisez dans Pline le Naturaliste que ta dépouille o*nn srrpcni de cent vingt pieds demeura longtemps suspendue en forme de corniche dans un temple romain. Pline écrit encore que sous l'empereur Claude on Lua un boa de trente»six coudées dans le ventre

[uel on trouva le corps entier d'un enfant. Selon Ui •dore de Sicile, des chasseurs, encouragés par la munificence delHolcinèe, lui amener* ni d MciandYie un serpent long de trente coudées, Poui s'en em| rer, ils choisirent le temps ou le terrible animal étail sorti de son gîte : ils en bouchèrent l'entrée avec des pierres, tendirent devant l'orifice un solide lit formé de grosses cordes, et quand le reptile revînt, ils l'effrayèrent par mi grand bruit de trompettes ti les longs aboiements d'une meute de chiens; lis le li no lient a coups de (lèches, et, Min d'éviier le danger, le serpent alla se précipiter dans I j iege, qu'on referma sur lui. Ou le s-mmii ensuilc en excitant par des piqûres le$ vains efforts qu'il faisait pour se dégager, et enfin nu le lia avec de grosses chaînes» ei on le conduisit en triomphe à Alexandrie, où une longue diele apaisa férocité.

C'est surtout dans le royaume de Congo, à Angola et dans les sables bralanls de l'Afrique intérieure qu*o« trouve les plus monstrueux boas de la terre. Là, contradio toiieruent aveccortains voyageurs qui «-nt écrit que le J< u craignait les eaux, il est parfaitement avéré que ce reptile nage et qu'il nage avec une extrén e rapidité. Le l'ail d ailleurs ne peut plus être pour moi douteux aujourd'hui, puisque, pendant mon séjour ;i Timor, M. Pinlo et ses ofliciers me t'ont attesté de la manière la plus r siti

Les il es de La Gôte-d'Qr mangent la chair de te monstrueui serpenl et la trouvent exquise. Ici c immeoce là l.i'de, mais il faulse souvenir que c'est un moine espagnol qui raconte. Le père Simon i pporteque a dix-huit Espa-

gnols, étanl arrives dan* les bois d*» Corû, dans l.i province ne Venezuela, et m trouvant fatigués, l'assirent sur un

serpent assoupi, croyant que c'était un viens troue d'arbre : et, lorsqu'ils s'y attendaient le moins, ranimai c.iunmença â marcher, ce qui leurcaosa une ei trime frayeur.» Le missionnaire blonloya a vu un Indien dune la il le pins qu'ordinaire qui, dans Veau jusqu'à la ceinture ci occupe à pêcher, fut avalé par un serpenl Qui, le lendemain, le rejeta tout entier. Itons nue lettre d'André l'iêyerus, nous apprenons «|n .1 Amnoine une femme grosse J« plusieurs mois fut engloutie i^ir un de ces monstres.

Nous lisons dans Salmon qu'à l'île de Uua^nr il va dessinées féroces oui attaquent les voyageurs, surtout le> femmes, et les mangenl après les avoir déchirés; il ajoute que ces singés ne redoutent que le* serpents, qui les pourchassent a ver une \iicsse extraordinaire jusque sur les arbres. Aussi, dans la crainte il" 1 ces ennemis, ne vont-ils jamais qu'en troupes, ce qui n'empêche pas les boas de les avaler vivants quand ils les saisissent.

Le 1 11 in voir que certains naturalistes leur prêtent d'attirer dans leur gueule béante les oiseaux perchés sur les arbres consiste, selon eux, dans la corruption de l'haleine du serpent qui, Sciant l'air et L'imprégnant de miasmes putrides et délétères, étourdit les oiseaux, leur nie leur force, les plonge dans une espèce d "asphyxie et les connu a tomber dans ta gueule ouverte pour les recevoir. Le sommet de la tête du boa esl large, le front est haut el partagé par un sillon longitudinal; sel yeux sont tresgrOS, ses orbites en sailli.; le museau esl allnnsfê el 1er* mine par une grande écaille blanchâtre bigarrée de jaune, L'ouverture delà gueule est très-grande, ses dents fort longues; sa queue est dure, nerveuse cl neuf fms mmn* longue que le corps*

Ces couleurs de ses écailles sonl vives et variées; néanmoins elles pâlissent quand le boa est mort* Elles ne sont pa* tes mêmes dans ions les climats. Le dessus du dns N parsemé de lâches ovales qu'on nomme yeux, est symé* triquement lâcheté. Les tiches se dessinent sur le fond une bordure plus brune, Le il- -sus du corps est d'un ■ 1. Iré jaunâtre, marbré de noir; le venire esl d'une teinte claire de jaune-vert.

CHASSE

Vûillei à VOS pieds, veille/ sur votre l<"te. veillez auïour de VOUS : car I ennemi esl II. la et la. M esl immobile e] blotti e Mime s'il voulait éviter votre présence, allonge cumme s'il voulait opposer une barrière â votre cour ■■■ ■. unduleux rnmmi' s'il voulait vous séduire par une caresse ; el cependant il rêve de sauf, de bave et de mort. Oh f malheur à VOUS si vous êtes i portée I eu ci nies» car

j| étouffe sans colère G h il tue sans venin. Il e>E l ennemi de tout ce qui vit, de Lout ce qui se rticuU on dirait un il n'exerce sa force â chaque instant contre les troncs sei u<

taire* qui pèsent sur le sol qu'afm do s'assurer plus tard la victoire contre loul ennemi vivant qui osera l'attendre* Il nY>[ pas exact de dire qu'il rampe, mais il est plus vrai d'assumer qu'il bondît comme le tigre* se précipite comme îii gazelle ou vole comme le vautour. Je vais vous conduire auprès de Lui.

Voici un soleil de plomb, une chaleur écrasante, des eau* silencieuses, une odeur de soufre et de bitume s'cxhalant île toutes paris comme si k 1 pied reposai! sur mi volcan pirs de s'ouvrir, cl une Lassitude lourde cl pcuibic engourdissant les membres ainsi que le ferait une longue torture. C'est Le jour» cesoni les heures où le soleil» après n voir quelque temps obliquement regardé la terre, se lève dans tonte sa majesté pour darder sur elle ses rayons les plus verticaux et h calciner jusque dnn,s entrailles, Quand la nuit vient, quand Les sueurs du sol remontent ri des régions plus élevées, quand les oiseaux raniment à la brise de mer, un peu de repos arrive ù là me et au corps. On respire \ l'aise et l'envie voua reprend de vous meure eu marche comme pour insulter aux bon Fiées brûlantes uni vous ont emprisonna (Lins les cabanes ça et la éparses le long des places torréfiées.

Alais voyez le contrôle ! Tandis que, dévoré par l'ardeur d'un ciel de bronze, te peuple ailé se tait sous fa verdure dont il serait un vaste parasol, tous entendez, au sein IHu chaos de feuilles a demi pulvérisées, bruire un frôlement prolongé ; et si vous avez le courage d'interroger du regard les souples mouvements qui ondulent ta distance séparant les arbres les uns des autres, vous remarquez des courbes harmonieuses serpentant dans une allée, etreigunnt un from: vigoureux, d'abord lentement, puis s'agi tant avec violence, et parcourant, ainsi que Le ferait im dard Inncë dune main robuste, un espace à fatiguer votre \uc. C'est le boa.

[lés qu'il s'éveille cl rlmmino, lou-s tes reptiles de second ordre, ainsi que les insectes épouvantés, cherchent â fuir; mais, cloués à leur place par une peur invincible, ils s'agitent fébrilement et vont pour ainsi dire d'eux-mêmes s'engloutir dans la gueule béante du monstre qui règne eu dévastateur dans ces forets éternelles, L'île dont je vous parle, cl où Le voyageur remarque cette immobilité et cette vie, est appelée Timor, Timor, conquête h ri tarde des Hollandais défendus â Coupang et des Portugais parqués â liielhy; Timor, aux crêtes noires, aux volcans ton» jours «n colère inspirant leur turbulence aux anthropopliages habitants de M al m rang ou de Ua longue Je* cônes éteints résonnant sous les pieds comme une iieau de tambour ; Timor l'indomptée, riche de la plus belle végétation du globe, sans cesse menacée par les terribles tremblements de terre qui ravagent même les îles les plus éloignées de sa base rocheuse,

la sombre forêt où j'ai vu ce une je vous raconte s'élève â peu de distance de la petite ville de Dielhy, que j'appelle ville parce que notre langue est pauvre pour exprimer certaines choses que nous ne pouvons traduire que par des périphrases. Sur le petit terrain où sont groupées une cinquantaine de bâtisses entourées d'enclos, et plus bizarres les unes nue les autres, vivent et meurent quelques Européens maladifs et un assez grand nombre de Malais a la tournure guerrière, au teint cuivré, au regard fauve, a ut dénis noircies par Le bétel, l'arek et la chaux. Ils vivent là, et prés d'eux, pouvant les atteindre d'un seul élan, vit aussi le boa, le terrible conslrklor qui ne s'emplit de myriades d'insectes qu'alors seulement qu'il n'a pas cerclé im bu file dans sa course rapide.

Le buffle est la nourriture du boa. Dès que celui-ci en saisit un par Les lianes, il Le traîne contre un des plus épais géants de cette forêt, il l'entoure, le presse, V ciuuffe en dépit de ses cornes aiguës, de ses horribles beuglements et de la vigueur de ses épaules ; il bave dessus ; de sa langue raboteuse il le caresse et l'injecte â la fois; il le pétrit, il L'allonge, il triture ses os; et quand ces h M eux préparatifs sont achevés, quand son instinct de reptile a compris que la victime peut être dévorée, il la laisse tomber, se place tout de son long en face de la tête du buffle sans vie, ouvre ses mâchoires dont l'élasticité épouvanter la raison, fait crier ses anneau* en les rapprochant les uns

des antre*, aspire encore; le quadrupède entre par saccades; <*t quand celui-ci est ri moitié englouti, le vorace boa se calme, s'assoupît et s'endort enfin comme - il succombait â h lassitude d'une lutte qui aurait épuisé ses forces, Si le boa était seul avant l'attaque, si sa femelle dort loto de lni T approchez-vous maintenant, vous n'<

■tvt-7 rien i

craindre de sa force, de sa bave et de sa gueule ouverte comme une large fournaise : il dort, je vous l'ai dit; mais il serait plus exact d'écrire qu'il cal mort, car il est l.ï aussi insensible qu'un tronc d'arbre.

Il n'y a nulle gloire, vous le comprendrez, â merle bon dans cet état de torpeur où le jette ce repris commencé; 'mais comme rc n'est pas La gloire qu'on cherche dans ces corn bal s de chaque jour livrés a ce hideux repli le, on et Fagc de le saisir la au milieu de son festin, de s'agenouiller depuis sa tète jusqu'à si lianes, de même >|u'on se tiendrait devant une idole vénérée, puis de placer sur une corde lu île d intestins de poissons nue liée lie aiguë, empoisonnée, et, à un signal du î, de lancer tous les dards

â La fois contre ce Lucullus rampant qui trouve la mort au sein de l'orgie,

Ainsi en agissent les Malais de Timor cl ceux de Coupang, mais surtout cens de rétablissement de Dielhy, dès nue le rugissement d'un troupeau de buffles aux abois leur dit par une halle Instantanée qu'un de Leurs camarades vient d'être saisi dans les plis du terrible consli icior. Mais cela ne s'appelle point une chasse cela s'appelle une rencontre; et, quand le monstre a cessé de vivre, on le laisse là afin que lui et sa victime servent de pâture aux autres reptiles qui, u leur tour, subiront tôt ou tard le même sort»

La citasse au boa est autrement périlleuse, et pour moi j'aimerais cent fois mieux avoir à combattre un tigre ou un Non aiïamé dans le désert que Le redoutable constri* lor au sein de sa forêt. La balle est i m puï ssan le con ire celui-ci; car le moyeu, j« i vous le demande, de pouvoir la bien dïri* ger au milieu de ses rapides ondulations pareilles au caprice de La flamme/ Et puis encore où est votre ennemi? Vons croyez l'euieuiin'^<i 1er sous vos pieds, tandis que, accroché par les derniers anneaux de sa queue à une branche élevée , il se balance comme la fronde du Haléare, et se précipite pour vous enlacer et vous broyer ainsi que je vous ai dit qui] le faisait du buffle. Peut-être, puisqu'il n'y a pas de venin d redouter, aurez -vous assez de sang- froid pour séparer, à l'aide du glaire dont vous êtes armé, le corps du reptile; mais moi je me déclare vaincu par lui des que son ventre gélatineux me serre dans ses replis, et je ne croirai au snnvs de votre défense que si vms m'assurez que vous êtes Malais et que vous habitez Timor.

Cependant la guerre faite aux bu files npreirienant eux Européens ei aux rajahs tributaires du résident de Dielhy par ks boas de la forêt qui touche presque à cette colonie, devenait si meurtrière, que le gouverneur José-Pinto-Al- Cûforado-de-A/<veil<'-e-Souza résolut enfin d organiser des chasses pour la destruction ou du moins réloignemenl de ees reptiles, M enrôla pont cet effet, au pris ile quelques étoffes fabriquées dans le pays, des hommes de cœur et d'énergie qui ne craignirent point de pénétrer le jour et ia nuit dans la forêt ténébreuse et d'y combattre ces terrible dominateurs. Leurs armes élaienl le redoutable cris h, dont la lame ondoya nie est presque toujours trempée dans la gomme jaunâtre du bohon-upas {moins meurtrier cependant qu'on ne Le eroil en Europe), ei îles flèches aiguë-, denlelées, courtes et placées en éventail devant leur pi.itrïnc, et qu' fis lancent contre le monstre lorsqu'ils Je surprennent endormi. Mais Je reptile Ut tant de victimes qu'il fallut bientôt renonceri ces attaques, pour lesquelles on employait souvent des hommes condamnés à de sévères châtiments, IH. l'into m'a dit que, s' étant trouvé assailli de trop de demandes pour aller â la destruction du boa, il se vit contraint de diminuer la solde des combattants façonnés aux grands périls, et âpres à la curée des pièces d'eluiïes données par le résident.

Apri's ces teiitnlives qui auraient fini par dépeupler la colonie plus rapidement que les fièvres pernicieuses et la dysseulerie, M> Pinte se décida â porter la flamme dans le bois infesté et à exposer 11k n un incendie général. Il usa

<. pendant de prudence: et ili's que les buffles qu'il entoyaii

CHASSES kV\ RÈTLS FÉROCES,

en holocauste au* re|ili1es Lui attestaient la présence d'un on do plusieurs de ces monstres, il faisait circonscrire l'en* droit désigné par une coupe immense. Or, comme après son repas le ser]«pni resie dans l'engourdissement pendant quelques m tin, le travail des courageux bêcherons n'était interrompu que pur Les reptiles â jeun, oui tous n'usnieiu pas s'attaquer â une armée d'hommes prêts A les recevoir*

Sitùl que 1rs troncs séculaires étaient abattus avec 1 1 ■ n rs rameaux si rkhes, si bizarres, si variés, d'immenses brassées de feuilles sèches étaient jetées au milieu: le feu y pénétrait, maintenu, rapproché par un nouvel aliment lancé au delà de la première ligne; et c'est alors qu'on voyait, â travers les ondulations de la flamme, se dresser dans le cirque embrasé les retient a blés hoas tourbillonnant pour échapper à la mort, firimper d'un seul jet au sommet des arbres, atteindre h* branches les plus élevées et es» sa ver de franchir les flamboyantes barrières qui les olreig n'a ie n L Efforts i mpu issa ois ! i I s io m lia ie u l etlra y es , à moi t i é décorés au milieu de la fournaise, et rendaient le dernier soupir dans de hideuses contorsions attestant Les horreurs de la torture.

On eu a vu cependant, me dit M. Pinlo, s'élancer au delà des llammes, et. loin de fuir h 1 daujer auquel ils venaient d'échapper, se précipiter alors sur 1rs Malais intrépides 1 1 eu immoler plusieurs avant d'être vaincus eux-mêmes.

H lis c'est Lorsque le boa, impatient de jour et de soleil, s 'êe happe de ses sombres et silencieuses foréT-f pour par* courir la plaine, que la vie des hommes court Je grands risques jusque dans Ses habitations les mieux closes. Ainsi mie le chacal et le tiçre, le constrictor a des ruses et de

I hypocrisie; il se irai n sournois ;i travers les barrières,

eJ ses niidul allons suivent exactement les sinuosités du terrain, afin de. ne faire aucun bruit en heurtant Lesobsla* ( les. Il courbe la tête sous les branches *■( les feuilles des arbustes; cf. quand il la relève. e>s( HV6C prudence,' in nt bien d'abord s'il n'y a pas là prés de lui une proie facile i saisir; puis il rampe encore vers le lieu qu'il ;i choisi pour son attaque, et c'est dans ce moment que, par des bonds rapides et des évolutions dont La lia in me ait Li'.iin! in, H d'un navire peut seule donner 1 "i ■ l - ■ * » il tourne a droite, â gauche, devanl lui, derrière lui. comme s'il rifiit atteint de vertige. C'est que le boa. dans cette fièvre ardente, choisit sa victime, et son œil avide a parfaitement jugé relie qui lui procurera nue plus Longue digestion*

Aussi, qu'ont imagine les naturels de Timor occupés des plantations ouvertes â tonte attaque? Ils ont fortement lit' 1 par h 1 naseau et à I -ri i ■ I ■• - cL ■ • cordes solides un 1 j ■ - l'île à un arbre ou li une roche, et se sont préparé pour eus des re*

ites assurées dans de petites cages dentelées, à travers lesquelles ils peinent suivre la marche de leur ennemi. Le boa s' élance, et les beuglements élouHés du bu file mti nient pas â annoncer le triomphe et le repas du reptile.

Toutefois, quand la faim aiguillonne un peu trop Le niorisrre, il ne faut pas croire qu'il appelle a son secours la prudence dont je vous parlais lout â l'heure : au contraire, ses allures sont franches et décidées; il se dresse li ne ment au-dessus des hautes bruyères, poussa ni à l'air des rafales pareilles aux sifflements de la tempête, et suivant nue liiiiie directe comme un trait lancé d'une main vigoureuse.

Oh! alors malheur â l'homme rmitr.- lequel va se ruer le uideiit reptile! Rien ne le sauvera de larououtableelremtej et L'on a vu souvent plusieurs individus lm servir de pâture dans celle course de géant bien autrement rapide que celle du tigre le plus a «île. On a peine a comprendre l'immense élasticité des mâchoires du boa. [-a tête n'est pas plus grosse que les deux poings réunis d'un homme; eh bien! ja gueule s'ouvre, se dilate sans beaucoup d'efforts et englouti! des masses énormes* Aussi, quand le corps du hnlîle a pénétré tout entier dans ce tombeau vivant, vniis voyez des dûmes se dessiner sur la peau écaillée, et les cor nés de la victime se dresser comme les cr A tes aiguës prêtes â percer la dure enveloppe qui h ^ emprisonne.

Tout cela e*t imposant et terrible â voir, tout cela tient en haleine les haro i s explorateurs, qui ont assez â lutter eu u Ire les maladies de ce pays, si funestes surtout a la des Européens, pour qu'ils n'aillent pas encore tenter des

excursions pins périlleuses en Ira. pi oit le bon jusqu'au sein de ses domaines.

vi.ijs nul spectacle au monde n"e*( plus curieiu ei ping effrayant â la fois qu'une lutte entre deux serpents h nour la possession d'une femelle ou la nui d un

buffle. Voici ce mie nous conta â cet e'^ard M. Pinio. Un soir il osa, mais de bon seulement, assister à un pareil combat qui lui avait ete annoncé par la fuite rapide des Malais, habiles ,i prédire ces f»rainls événements dans |-, forêt au bord de laquelle ils se reposent avec leurs iron* peaux.

M. Pinlo était sur son belvéder, et de la, quoique éloigné de mille pas du lieu de la scène, il entendait, semblables a de violentes rafales, les sonores aspirations des deux monstrueux reptiles qui allaient en venir aux prises, Il vit les rameaux épars sur le sol s'agiter, tournoyer dans k airs nar les rapides évolutions des deux adversaires irrites, ei s'élancant plus tard tels que dc< fusées envahissant l'espace. Les deux boas atteignirent d'un seul bond les robustes branches de deux arbres voisins l'un de l'autre y eut ici un moment de calme trahi cepi ridant par la vibration fébrile des feuillages épais au sein desqui-Ules jours s'étaient enroulés.

Tout ii coup les arbres frémissent, deux cibles vigoureux : s'élancent l'un sur l'autre, et ces ■ (blés sont les deux reptiles admîmes qui, suspendus par les derniers anneaux de leur queue, se tenaient cul. mes l'un à l'autre ainsi que les pierres cimentées d'un pont planant sur l',l, me. La courbe se dessinait tantôt de haut en bas, tantôt d,. htsm liant! souvent et Longtemps immobile» et potirta uis cette apparence d'immobilité se pressaient, se bj eut, se trituraient des anneaux durs et serrés; sous ce calme apparent it y avait aussi de la douleur, de la rage, du désespoir. Uïi cadavre de boa devaii tomber .i terre, et l'autre s'assoupira ses nii.-^ La lutte dura il depuis plus d'un quart d'heure, quand les deux champions, comme s'ils en Hissent convenus ri l'avance, se dénouèrent el regagnèrent leur première station en attendant La reprise des hostilités, biles s'annoncèrent par un troisième sifflement étouffé et plus prolongé que les deux premiers;

apivs quoi les monstres glissèrent le long du Li ■ li

de l'arlire que chacun d'eu* nvaïi pris pour champ de bataille, et la il y eut attnqtlQ violente, prompte n mme IVelair; il y eut, pour ainsi dire, coup fourré et dernière nie île l'un des combattants. L'un d'oui, en effet, au lin â lui son adversaire, dont les anneau* de la queue cédaient petit à petit le terrain* Les corps si monstrueui se trouvèrent alors placés côte à côte, de boni en l t , mais

ui-ci immobile, l'autre plus mouvementé que jamais et se roulant avec de grandes précautions autour de l'arbre, el y étouffant enfin son ennemi vaincu.

Nul spectacle au monde n'est curieux comme une joute entre deut boas mnonreiiv préludant â leur union. Ce .soin des sifllements aigus et fébriles, des bonds rapides, des tournoiements dans les airs* des gueules s ouvrant et se fermant vingt fois par minute. Ce sont encore des ascensimis jusou";ins branches les plus élevées des plus grands colosses Je la forêt, des élans monstrueux qui huit franchir horizontaïemen! aui reptiles enflammes au vol, eu ■ ■■on me s'ils avaient des ailes, des distances énormes. Il y a l.i des échanges de regards de feu, une coquetterie incessante, et du repos jamais; jamais de calme, c'esl la lièvre, c'est le transport ; nu désordre étourdissanl auprès des feuillues qui servent de champ clos, nu chaos in on a* gimihle d* s rameaux épais qui rouvrent le sol; vous jure* liez uni: terre et un ciel eu ébullîlion, tant le vertige des deux reptiles se communique à tout ce qu'ils touchent, à tout ce qu'ils approchent; et quand ces préludes de folie ardente ont eu lieu, quand l'ivresse de l'amour a atteint son paroxysme, quand le moment qu'ils appellent de tous leurs vomx sera arrivé, vous verrez les jouteurs s'élancer l'un vers l'autre, former des nœuds qu'eux seuls peuvent délier, îles tresses qu'eux seuls peuvent défaire; tantôt allonges Lie toute la grandeur de leurs corps, ils imitent le jeu lii'/arri: de h vis d'Archiméde, tontes les cûurbi ■ ■■■ suivent *ans se loucher; tantôt en bloc, on ne sait ou esl leur Léte, ou est leur queue, c'est tout au plus si on de-

n:n m. s de JACQUES au ai; a

Mue qu'ils sont deux, on les prendra il plu lui pour un amis île boucs gluantes ou de cables ^oudronnés^ Tout \\ ■ - ■ ■ i« i ■ la masse s'agîte, elle se développai elle M montre dans toute s« terrible étendue.*. Un ennemi de plus va bientôt se dresser contre les hommes et les bu files.

.M. Pi ni», témoin plusieurs fois de ces commis pleins ■ 3 ■ h passion 11 pins extravagante, avait essayé, i l'aide du l'usai ci nu'- lut- iin brait de l'artillerie, de mettre un frein ii in turbulence des deux amants; il m*a assuré que jamais il lie Les avait fus s émouvoir aux plus terribles vibrations,

— Je suis certain, poursuivit-il, qu'un milieu de leurs plus intimes étreinte?, lu feu misa !ït foret viendrait les et* teindre si us qu'ils voulussent chercher à éviter le danger. Quelques Malais audacieux, contlnua-MI encore, nul udans cei moments terribles, s'approcher des de us reptiles, '1 tes attaquer de leurs llécbesemp tisonnées, Nul, jusqu'à ce jour, n'a eu à se repenti r de sa témérité.

Au surplus, les observations scrupuleuses et fréquentes ■ lu minveiueur de Dielby n'ont jamais pu le conduire i la découverte de ce problème : a savoir si le Ima qui vient de posséder est jaloux de sa comp;igfle. H pense que le conelrictnr l'est avant sa complète 'et non après; cela prouve qu'il n'y a point de reconnaissance chez les &erpenJL

Quoique plusieurs voyageurs aient assure que le boa constriclor n'osait jamais aiït'onter le passade des rivières, je puis encore, sur la foi de S\. Pinlo el d<- ses officiers, attester ipie non-seulement le monstrueux reptile s'attaque â ces obstacles, mais, que souvent un» me il s élance dans les Unis océaniques alors que la tempête les agite, et qu'il se perd dans ) horizon pour revenir après [in! pies heun s dans ses tranquilles solitudes, comme de retour d'une promenade ou de ta conquête d'un empire en révolution, .M. h util ajouta que ces expéditions si téméraires se faisaient quelquefois par landes, et que jamais il n'avait été témoin d'aucun combat de ces reptiles sur l'Océan.

La peur est mère do l'exagération, et je craindrais d'ajouter trop de fol aux assurances que m'a do ïestt. Pinlo

que le nom b il' de ces monstres dans les forêts >|ui a voisinent Dîelliy était immense. Les voyageurs doivent s'abstenir de répéter de pareilles assertions, sous peine de se voir appliquer celle maxime si connue de 11 sagesse des nations : a À beau mentir qui dent de loin* »

Ni aCoupang ni â Diellvy, nul des officiers de M. Pinto,

Sonverneur de la ville hollandaise» n'a vu de vipères ou 'autres reptiles que le boa. C'est que toutes les autres races inférieures auront disparu dans les entrailles do ce vorace dominateur,

(JiinnJ hs Nui ip' les océaniques nous ont longtemps bal* loués, quand un soleil à pie a écaillé notre peau, quand les glaces polaires ont u'ije noire sa ni:, quand 11 rivons eu tant de peine â résister aux atteintes des fièvres devo* rantes, du scorbut, de la dyssemerie et de la nostalgie, le plus mortel ennemi du voyageur, ne nous reprochez pas

un peu de pusillanimité en face de certains i.lvnisains si hideux à voir, si d illicites â vaincre, 00 ne nous tccusi 1 qu'après avoir tous-mêmes essayé davantage J'ai témérai* renient étudié certains actes de la vie du boa Gonstrictor qui épouvante Dielhy; les autres renseignements m'ont ■ te fournis par %\ t Pinto; el je ne crois guère iu mensunge que lorsqu'il rapporte au narrateur gloire ou bénéfice ner-

uiel.

Jai vu (je voyais alors!) le peuple malais de Timor, j'ai vêtu .ivi c lui, jai assisté à ses joies qui sont des tempêtes, a ses fêles qui sont des meurtres, à ses orgies qui sont des massacres * Je me suis longtemps promené coude â coude avec ces hommes de lavi qui s'endorment sans jamais s'émouvoir aux rugissements des volcans sur lesquels ils reposent, cl qui ne craignent mis d'attendre a quel mes pas d'eux les redo niables cro eod i le i do nt I a rad e de C ou pa : est infestée.

te premier mouvement dn Malais â son réveil est une caresse â ses armes empoisont 1 dernière pensée, alors

qu'il s'assoupit sur la terre humide ou sur sa natte de

Minillf . i-st un regret ou m ords quand son erîsh ou

son javelot ne garde lucune 1 ce de

Dois je rapporter ici les récits de quelques voyageursattestant que dans une partie des ilesmalaisi ï ils oni vud naturels, armés de leurs crisb et de leurs lléchcs, aller â la chasse des boas et veuii \nv toujours à boni de ces

dangereux reuiiles? Les Reçues, an lieu de pointes d'os ou de fer, étaient armées d'un croissant. très-lr.iudiajit qui arrêtait le monstre dam sa course rapide; et les Hâtais, i l'aide de leurs crish, parvenaient a briser un anneau du constriclor, ou séparaient mémo, le monstre en deux parlies. Je ne sais quelle foi il faut avoir eu ces faits merveilleux.

Quanta moi, qui ai vu a l'œuvre M. Bouvière au cap de Bonne-Espérance, qui ai étudié les mœurs belliqueuses du P :i et du Gaoncbo allant défier le jaguar au sein des plus vastes solitudes, je crois tout possible en r. ■ a 1 u\mil " ci de succès, lorsque entrent en lice des hommes tels que ceux qui vivent ci meurent à Timor, tels que ceux encore» qu'on trouve jetée ça el la au milieu du vaste océan Pacifique.

C'est que chez nous, dormant sous la lassitude de la pa* resse et du désœuvrement, on ne se réveille guère qu'au* ridicules ï\ icrelles de ménage, aux cris d'une meute de elnens criants, aux disputes de deuXCôchers avinés ou aux reniements des tambours annonçant une parade; c'est que chez nous, mollement étendu sur la soie ou le velours, on aime le repos parce que rien H mus La vie n'a assea d'intérêt ou de majesté pour nous forcer a nous tenir debout ri en aie rie. Les pays dont je vous perle n'ont n,h. W même privilège, et les hommes qui les parcourent sont lui n ment charpentés que nous ne le sommes. Des ouragan* à luire trembler les montagnes, des volcans à soulever ou a entinuiirdes îles immenses, une loue de feu, et le boacon* strictor qui se promène au milieu des populations^

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CHASSES AUX BÈTK< FÉROCES

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