CHASSE AU JAGUAR
NOTICE
Le jaguar, nommé parles Brésiliens jaguara» a la robe d'un fond rauvfi comme te léopard; elle esi tachetée de imir d'une façon fort régulière ci harmonieuse. La queue est courle ci presque toujours dans une agi ta lion extrême; ou dirait qu'il veut scxeîter lui-même au mouvement h à 1 1 guerre. Jl est de la i ille d un gros dogue, ci sa vivacité est peut-être plus grande que tdle du rlincal et de la pan- Elirnr, C f esl l'animal le plus cruel du in u monde, ■ I m i J parcourt en véritable dominateur, tantdl sur 1rs
plaines du 1rs rv Lagnes, tnniôi aussi dans l'intérieur le
plus épais des vastes forêts vierges qui pèsent sur !e fi I américain. Lorsqu'il est repu, îL perd une partie de son courage et de son activité; quelques voyageura assurent nmim- iju'iiii tison enflamme lui fait prendre Là fuite ; je ne vous conseille pourtant pas du l'essayer,
il se trouva plus communément an Brésil, nu r.iti^uav, au' Tnrciiman, .1 In Guyane, au Mexique, au pays des Ami- 20 nés et dans tontes les contrées méridionales de l'Amérique. Son cri lugubre hou! hou! a quelquechose de grave el Je ptaintîfdevanï lequel s'arrêteitl les prudents voyageurs -
La couleur delà peau d« jaguar varie suivant l'âge : l jeunes t'ont d'un fauve treVfoncé, presque roux, même brun* Mais ces teintes s'éclaîrcîssent lorsque l'animal rieillil; et je me hâte d'ajouter que la guerre continuelle que lui foui Paulistes, les Gaouchos et les Pat&gons De Lui laisse pliure le temps d'arriver jusque- la.
CHASSE
Il y a des peuples dont la conquête morale est imposai]. • Sauvages comme leurs éternelles solitudes, ils mettent entre eux et la civilisation une barrière de sable, de rc -u de forêts vierges dont eus seuls osent
interi . le silence et la profondeur
l : -ni- explorateurs n'ont ni le temps ni le courage nécessaires a l'amélioration îles races primaires, dont I»
nts ennemis jus |u'â présent sont les bétes féroces ou venimeuses, el la colère des éléments, Là pourtant serait Ja vraie gloire 'lu voyageur européen qui comprendrai! l'importance de sa mission; là seulement il trouverai! le prix de ses travaux et de ses fatigues; là seulement il y lit uiiliiê dans le présent et dans l'avenir i*mr le prédicateur el le disciple, pour l'homme de Lu nature et l'homme
de nos cités*
Quand les navires ont laissé tomber l'ancre dans une rade, croyez que Le premier regard inl un rv 'nxd d'avidité* Si le soi est riclie, on s'en empare; s'il est abrupte, peine les cartes uauliques se uoiîiicnt-cllcs le soin d'en
indiquer l.i position douteuse. L'avarice a les bras bien plus longs que l'humanité*
Maurice, Hascarenhas, llndoustan, les ile* Malaises el quelques ;i u très archipels des océans ne sont pas restés longtemps sans dominateurs, des que les découvertes des Portugais les ont en signalés a VLiu'npp, >| .U demandez si des ex pédi lions se préparent pour soumettre les féroces insulaires îles Filgi, de Solor, de Savu et d'Ombay, on l'on In ij| |i- sa ni; J.itis le craint lIi-s ennemis v.iiun.is\ l/;m!hrn*
fjr>[ilî3^ie !!<■ noua occupe ginre. el il faut bien que les détails des cruautés dont sonl victimes les voyageurs qui louchent â la Nouvelle-Zélande viennent tous les ans
amuser nos loisirs. Nous Vivons SÎ peu '■! si ma] quand il ne lions arrive pas des antipodes des bulletins de meurtre et de snnç!
La Patagonie est une lerre libre et sauvage comme Uinli.ry n flawack : les voyageurs La laissent duis L oubli. Ne soyons pas aussi dédaigneux, et prenons étiez elle le second drame de la série que nous promettons à nos lecteurs.
On a dit que les Palagons avaient communément une taille de neuf pieds. Le mirage probablement avait fuse (né îes y eu x de t'o bse r va teu r . Le Pa tagon est, sans con 1 1 ed i t , le peuple le plus grand de la terre; mais sa taille, si c'est un mérite, est le moindre de ceux qui le distinguent. Ecoutez :
A ses pieds le désert; devant lui, sur ses 11 mes et apr qu'il a franchi un nombre immense d'horizons, le désert avec son silence, sa solitude, ses bruyères dévorées par un soleil, brulanl id, glacé ld; et puis, de lerups a autre, un roulement lointain faisant retentir le sol comme s'il répercutait la voix du tonnerre; des millier *. de chevaus sauvages à la crinière épaisse et flottante, aux jarrets iins et nerveux, â la queue oiîduleus<\ aux naseaux ouverts 1 toutes tes brises, coursiers infatigables façonnée aux bizarres caprices de la température de celle partie du nou-
courant en ecerveîés dune plaine ri l'aui tra ni â In nage les rapides torrents et les larges rivi s'animant et bondissant aux sauvages rauqueiinnis du jaguar indigné qu'on ose loi disputer Le large empireoùil règne en dévastateur; vi puis encore! l'effrayant pumpero t né dan- les gl tcei polaires, vomissant ses écrasantes rafales sur le terrain qu'il nivelle, semnararit des vieux troncs séculaires, les tordant en spirales ou les arrachant de leur berceau et les faisant tournoyer dans les airs au gré de sa Turie; le pampero, plus redoutable encore que le sirocco du désert de Surali,car il se déchaîne, lui t snns dire gare, éclate commune la foudre, m- n-munte jamais comme le fait le brûlant sùnotm t et ne s'arrête qu'a | >rês a v u i r re ci ve rsê les j 1 re i 1 1 ic re s l>ar riéres d e s fo rëls éleruellcs qui^ au nord de laPlata, séparent le triste Paraguay du Brésil aux villes royales, aux solitudes embaumées.
Eh
>.i iju|ii.<"
homme
qu'il n'a pour compagnon qu'un ami, mais un ami Fine le, soumis, dévoué, reconnaissanl In voiï qui ranime, qui le seeonde dans son entreprise téméraire et qui mourra sans
! Lsscr le indre gémissement, surtout s'il a le boubeur
h sauver son maître. Car lui, voyea-vous! il ne demande
bien! là, là et là le désert, ici des chevaux inés h plus loin le jaguar, partout Le pampero. Ki un ,e s élance; il s'élance seul ou presque seul, puis-
OEUVRES DE JACQUES AÏÎAUO
J,/ '*UttzF^=
Lo m .îltrc, c'est le Patagon; J 'esclave, c'osl k cour*.
pas mieux que d p êlre esclave, quoiqu'il ait longtemps et rudement lutte pour son indépendance.
Le maître, c'est le Patagon; l'esclave, c % cst le coursier.
ils partent Le premier ne dit jamais adieu m sa famille, qu il laisse là dans une ville a moitié européenne, mais il lui dit ■ .-Jw ri /Wr; cl son excui ^inii cependant sera peut* «'tre de quelque mille lieues au travers des pampas désolées, qui ont donné leur nom nu veut meurtrît r sous lequel se courbent si prés de leurs ti^es ta têtes desséchées des bruyères dont cotte partie du monde est cou* romice.
Au nord, la rivière de h Plata, aussi large que les nûlres *nnt l.miîurs ; à l'est, l'Atlantique, dont les iles sont de lu* iiinii -. i ; ■ uest, la Cordillère neigeuse avec ses crêtes aîgtrês, ses volcans d'air et de lave, ses lacs nu-dessus des nuages et ses cascades retentissantes i au sud, la renc-de-Etu ri le dé! mit célèbre par lequel Je Portugais [Magellan arriva si heureusement à la découverte du vaste océan Pacifique,
Voyei, Je lUédlre est immense ï toutes les populations
du globe pourraient s'y promener à l'aise. Eh bien! un seul homme pari, vêtu de son poncho de drap, assis sur un recado, couverture de ïaîne bigarrée sanglée tmiiinent sous le ventre de son cheval, à Inbii du soleil sous son chapeau a larges bords noué au menton par un ruban noir, n'ayant pour toute arme que son escopette» deux poignards enfermés dans une gaine cousue 5 ses boites laites de la peau du jarret d'un cheval, et quelquefois aussi un lacet pareil a celui des Gaoucbt>s, et une (torde îmw exlri'mitàs de laquelle sont fortement assujetties uVm houles en Ter qu'il fait tournoyer sur sa l£te ri qu'il lance avec une adresse r eut veilleuse aui jambes du ligre, du r lirv;il sauvage, du lion ou de l'autruche, souvent plus dangereuse dans sa déférente que les redoutables quadrupèdes qui peuplent ces diserts.
lâchasse Jti uaoucho, je vous l'ai dite antre parj É ci vous ate* sans doute été épouvantés de l'audace de ni indigène du Paraguay venant apportera Buenos-A^ns ou à Montevideo le produit de ses courses aventureuses.
CUISSES \V\ RÉTES FÉROCES,
Le poignard du Patagon a pe"ucU<j dan* ka entrailles du tigre. Page 11.)
Le Pai.-u nu jiii nrrî*ft de l'extrémité méridionale de l'Amérique jusqu'aux bords de la l*l:it m se proclame et se croît le fils aine du Baaucho; cl s'il ne lest point par le courage, il lest du moins parla vigueur de ses muscles et L'imposante majesté de sa taille de géant- Le Gaoucho esi petit, osseux, parleur; le Patagon < j st colossal, charnu, taciturne, sis rheveui sont luu-s cl itollanls, et sa poitrine velue comme celle d'un ours.
Nul être au monde n'est moins marcheur que le Palagou, qui croit ou Dieu cl pense que l'Etre suprême n*a
b le cheval tjue pour les seuls habitants de ses déserts. À qui a vu Le Patagon essayant La conquête d'un cheval sauvage, La fable des Centaures nesembV plus uoe fiel ion. Tant que ranimai sera, sur ses pieds, il aura le Patagon pour Jominoleur; et quand le Quadrupède se couche pour dormir, il n'est pas rare de voir le maître, étendu sur le sol, reposer aussi s «ris cesser d'en fourcher son inséparable coiupriEfimu,
11 n'y a là, pour psrler avec justesse, qu'une seule
pensée* une seule vie, une seule Ame pour ûYui rnrps.
Le langage du Patagon tient de la nature du climat qu'il habite : il esl rapide, saccadé, turbulent; maïs, comme la rafale, il cesse btenlûl, et L'on dirait que les longues conversations I' 1 Ldi'v-eul. La périphrase n'est point dans BOti i liome, que vous diriez composé de monosyllabes, Dans les querelles , le Patagon bourdonne quatre mots, s'arme de ses deux poignards, les agite, frappe, Lue ou est tué.
Quand on habite un si vas le pays, quand on a un ai long chemin à parcourir, on n'a pas «le temps â perdre; et» d'ailleurs, la prestesse des mouvements du jaguar, si m» ennemi naturel» l'a déshabitua de la réflexion. Les Napolitains m- sont lents et assoupis que parce que Le Vésuve les menace longtemps avant de Les frapper; el le Caire, si souvent traqué par le tigre et le lion» imite en loul le Patagon dans sa marche alîiére et dans sa façon de combattre.
Le Patagon s est mis en route eu allumant sa cigarette et en sifflant uu air d'indépendance; son courtier s'est
lu
ŒUVRES DE JACQUES A II A (il).
élance dans l'espace, docil" 1 â la parole du maître plus encore qu'au frein et â l'éperon; et bientôt cavalier et t lure ralentissent leur marche, car ils sont loin de
il imiii, et IViirimnii peut les guetter à quelques pas d'eux dans le creux d'une roche ou derrière une touffe d'arbustes rabougris. Tout à coup le cheval s'arrête et frémit, non nV peur, mais d'impatience; ses oreilles et ses naseaux son! sans un perpétuel mouvement, ses jarrets tremblotent, ses poils se hérissent, et d'un bond il fait f;n-4* .1 l'ennemi, que son instinct a deviné*
li Pal igon a rejeté le refile de sa cigarette, il essaye les ]«• i.tiiir.ls de sa bûEU? .-m Lent aiséim nE de la gaine, si Le lacet fatal a l'élasticité voulue el si les ressorts de redoutable escopetle sont en bon étal. Vous croyez qu'il se prépare à la lutte comme le fait un de nos soldats, silencieux et résiiii- s<uis les armes? Non. Le Pàtagon c|ui attend le jaguar a pris Le parti de se parler A lui-même comme s'il y avait deux volontés distinctes en lui; et puis il s'adresse au cheval, dont il caresse 1" s précieuses qualités et dont il gourmande ks défauts. Tout cela se fait comme s T il récitait a demi -voix une leçon, ainsi que les dévots répétant une prière par habitude et toujours sur le même ton* C"e*t une sorte de bourduu mènent monotone» pendant lequel toutes les mesures de sûreté sont admli btemenl prises. Vous croiriez que, pour mieux se souvenir, le Pàtagon a besoin du ténioiijna^e de ses lèvres: « El mon lacet, se dit-il tout bas, esl il bien a Ui 4 i ne se nninM-il pas dans ses sinuosités? Allons! allons! In pointe des poignards est aiguë, elle entrera froide au eœur. Ali! ahf rescopeUe qui ne in a jamais fail défaut me sera fidèle encore cette fois.» Tiens! el mes deux boules si rapides que j'ai bis oublier presque, ingrat que je suis! » \i\ il applique ses lèvres sur ses deux unies .].fer. * tU loi, Ben ! «lit- il encore à son cheval attentif, soudes -y bien : si tu tournes le dos au Jaguar, tu n'auras plus de défenseur et lu mourras comme un tàelie. Fais comme moi, regarde-le en face; présenta -lui ton poitrail. et, s'il s y précipite, sois sans inquiétude, mou bn compagnon : Les halles de mon escopetie sont de plomb < I ■- ■ > j j i droil au but quand nn m u.ûl les dirige* Maintenant j'entends les bonds ue notre ennemi .alerte! et à nous trois! a
Le jaguar s'est présenté en effet; mais, en face il "un adversaire qui ne fuit point, il fait balte a quelques \ de distance, couché ventre à terre afin de donner munis de prise â la balle; car lui aussi, tout brave qu'il est, a l'instinct du danger qui le menace.
Vu us savez car je vous lai raconté dans la chasse du Gaoucho, comment le lacet, après avoir tournoyé sur la têle, se précipite etétreînt le terrible jaguar; vous saves aussi rnjhiin ut il arrive parfois que les houles em prison -
al les jarrets de la br-te fui ■■; mais ici te Pàtagon s imaginé une nouvelle manière de combattre qui tient du prodige, et il l'emploie aiin de ne pas gâter la belle fourrure (te sini ennemi, qu'il s'est engagù a porter intact' luH'uos-Àyres en m me un trophée de sa bravoure.
U is qu T il esl sur de n'avoir qu'un seul adversaire â cornbattre, lePatagon descend de son cheval, auquel il dit toul l'as à l'oreille : a Ne bouge pas, mon ami; je suis l.i pour te protéger. » Cela r it, il s'assied d'abord à terre, à la lêle du cheval immobile, mesure de l'œil la distance Ir.inchir. puis il se couche sur le dos r U j lace! ;i boules ï son côté, l'escopetle meurtrière dniK ses mains, le doigl sur b ressort, et il attend le jaguar. Celui-ci jette un regard fauve sur le coursier, qu'il croit sans protecteur; il
■ lentement, gratte le sol de ses îles aigus, agite
h v lèvres furieuses, clignote pour affaiblir les rayons du jour qui blessent son orbite, pousse nu Lugubre ivuiquemeiji, s'élanct' rninme un trait... Lt c'est alors qu'il plane sur le Pa lagon que celui-ci décharge son arme, l'atteint sous le ventre et retend roide sans vie. Si le coup n'a pas li ii -n porté, les poignards font leur office, et c'est une nouvelle Lutte à soutenir. La béte féroce a des dénis et des ongles acérés, mais le Pàtagon aussi a des lames ef fil et un bras robuste. Lesam; dé l'un et de l'autre t\ nie |i r
is d'une large blessure, et, dans ce choc ardent, il fa ni qu'au moins une victime meure.
Pal un dernier effi rt, le tigre se dresse pattes
de derrière el se pile sur son jouteur. Celui-ci, au
lieu de fuir, se me à son Iout sur te poitrail ensanglanté de son féroce ennemi, et les deui poignards, à la fois pé-
tr ni jusqu'au euuir, vont y chercher un dernier h ment.
Le ^ ndavre esl sur le sol*
Taudis qu'a lieu ce dernier combat, qui parfois dure
pince qi
assignée le ma lire, suivant seulement de l'un! les chaudes alternatives de la querelle, comru^ le ferait le témoin impassible d'un de nos duels européens.
Il arrive parais aussi que, dans ses courses au tra*' du désert, le Patron fait la conquête de quelque peau de jaguar sans qu'il en coûte rien â sou courage. Un cheval blessé ou malade est resté sur le sol : deux libres haie* i sont rués sur la victime, el les voilât furieux,
au refusant tout partage, cnumençanl entre eui
un terrible combat qui bissera au vainqueur deux proies ■i dévorer* Si vous frémissez au tableau d'une bute i-ngagée entre un Pa lagon et un jaguar, juges combien le drame est palpitant alors que les deux bêles furieuses déchirent de leurs dents et de leurs ongles avec de rauunes ru aient»! Le premier festin esl oublié, ei les fauves prunelles des deux libres en fureur ne cherchent plus un ennemi sans défense. Le PaEigon peut s'approcher alors sans coi nie des deux athlètes : û peut ju^er de lu vigueur de la défense et de L'attaque, on ne son pointa l'in | r; et si les deux champions, après la tulle, ne sont point étendus sur l'arène, le vainqueur sera nue proie fn Me pour le Pàtagon, gui méprise pourtant de semblables triomphes. Ce qu'il faut d'abord à celui-ci, • est un danger; ce qu'il veut ensuite, c'est une peau de jaguar bien conservée uii'il pui rendre [iour quelques
istres nu profit de sa famille.
J'ai vu à Mo n Le video un de ces indomptés promeneurs du désert qui refusa dédaigneusement trois piastres pour deux de ces peaux de tigres déchirées, et qui nie lesoffrii gratis un instant plus Lard parce que, me dît-il, il les avait obtenus sans le secours de ses lacets, de sou i pelle el *ii poignard*
— Elles ne me coûtent rien, poursuivît-il en les jetant à mes pieds, je vous les laisse au même prix. An reste, monsieur, me dit-il quelques instants plus tard el Lorsqu'il me vit prendre ues notes sur mon calepin, je tiens ■ me justifier auprès de vous de ce que vous appelez sans doute ma malearesse ou ma couardise, Etes tous homme . me suivre d quelques lieues de Montevideo'/ je vous promets de vous faire revenir de votre premier jugement sur mon compte.
— Je le voudrais bien, mais je ne sais pas mouler â cheval.
— J'en aï un fort docile que vous ère?, comme mi mouton. Ainsi donc, vous ne me refusera pas ii service que je vous demande?
— Ain foil monsieur, sous votre escorte je ne i \m rien, el j'accepte.
\a' Pàtagon me mena dans nu vaste hangar où plusieurs chevaui ne petite race, mais d'un modèle parfait, m an*
tient dans un rAielîer en pierre, lien tir seller un, le conduisit dans la rue, el nous partîmes. A peine hors des murailles, Le Pàtagon prit Le galop; mon cheval imita son exemple, et il était si docile et moi si bon cavalier, que nous ne tardâmes pas ri faire séparation de corps.
Cependant, grflee â ma bonne volonté et protégé par tes conseils de mon guide, noua nous trouva rues henidt en rase cjmpngne, seuls et sous nu il peu .;. Vers le
r je demandai grâce, je refusai d'aller plus avant; el, au risque de me perdre, je déclarai à mon Palagun nue je vi' niais retourner à Montevideo.
— Vous frtes bien Européen, me répondit- il en souriant. 1E est .: Litd dommage que nous n ayons pas ici des lièvres el dos lapins a tirer... Mais j'entends du bruit dans celle clairière, dit-il : attendez encore cl suivez-moi.
* i^FiJI . m 9 9*û
C LUSSES \l\ BÈ M. S l-Kltnil.
Ce n'était poinl un jaguar, c'était une autruche, une autruche vieil e, |»elée. qui Devait sans doute plus la fo de chercher sa nourriture
— Mysiifii «via le Patagon désappointé. Je m'aticn'l luelque chose. Cepend nt, comme je ne veux ]'.' i I- s bras croisés et que ceci est curieux enemv. ii .: ii.l.^-inoï.
Aussitôt il poussa uti cri îvteirtissanL L'autruche effrayée se leva aussi vite que pouvaient le lui permettre nés forces épuisées; et, voyant son ennemi si près, elle s'enfuit avec: â&sea d< I* tête à demi courbée vers le sol.
Le Patron mit sou cheval nu trot, agita 4 l'air >i-s di-rtx
bu tables boules, 1rs Lança, et l'autruche, saisie parle cou, s'abattit pourneptus se relever.
— Ainsi aurais-je rail du jaguaf, me dit le Patagon avec fierté, Ll certes, si vous mu./, vu d l'œuvre, vous n'auriei pué tracé tout a l'heure les notes sans doute injurieuses que je vous ai vu prendre sur votre Livre.
Pfoujrei lûmes sur nos uns; et, je le dis a ma gloire, je ne tombai plus que deux mis pendant le trajet.
Je fus tin outre jour te in, dans un café, de la cun-
vei i suivante entre un Pa lagon et un Gaoucho, ions deux intrepidi n a mmés i : • de jaguars. Elle
cul lieu, ou reste, avec un calme et une politesse de manières qui donnaient un parfait démenti â la vivacité des expressions «NjjjL chacun des adversaires semblait vouloir adoucir l'amertume.
— ÏA\ Vu n, Biarchcna. dit en ricanant le Patagon, quelqu'un vient de (n'assurer que lu avais fait, Le m us pass % une chasse magmBque*
— Un t'a menti, Llaurcns, répond celui-ci sans ûter de sa bouche n petite cigarette : jamais je n*ai i i moins heureux.
— Pourtant tu as apporte A Montevideo trois | eaui de jagua s, et tu n'esn rue dix jours absent.
— Tout cela esl ^rai: mais les trois peaux étaient
trouées air-dessus de l'épaule, el m L'une d'elles avait
le frnni déchiré.
— Tiens! m n'étais donc pas en v<
— Je ne sais ; mais, les jaguars esquivant rtdroHemeût mon lacet, je me trouvai dans la nécessité d'avoir recours au poignard*
— Trois Fois de suite? G'est jouer de malheur.
— Cefn peul arriver à tout le r 1 1 ■ i « • I ■ ■ ^
— Cela ne m'est jrin i moi*
— (lela peut l'an iv. r ilcinaiti .
— Dans ce cas, je renoncerais m métier.
— Pourquoi donc, puis nue je le continue?
— Chacun a^it ,i sa manière,
— Du m'a dit, poursuivi! M:m henn eu pinçant ses lèvres, que. dans ti-s courses, tu n'aimais guère ^i t 'éloigner *\v Bucnos-Ayres EsUce ^r i.
— ■ Si peu vrai que j'ai fait mes dernières prises â deux cents lieues dons Liniërieur des pampas.
— Personut: nétait là pour garantie de lés paroles.
— Le jaguar dont j'apportais h |> ,n on était une suffisante,
— Andreu me dit qu'il te l'avait vendue trois piastre Les deui interlocuteurs se levèrent, et le poignard des
bottines se trouva dans leurs mains. Des voisu s s\ i sur eux, un tes calmai et le riisuit.it de ces provoca-
lions lui lêti accepté de part et d'autre svec une in
Icnce de regard admirable
Ils partirent le Lendemain : huit jours après, tous deux furent trouvés i sur le bord de l.i Pîata, et Ltorrïb ■ ment mutilés* A cote de leurs cadavres presque méconnaissables gisaient sans sic deux jaguars cribles de b| sures, i '-j ! ■■■■Je don! isaî parlj avant la conversation pré* :ir\. i vrai dire, qn un jeu, un divertissement,
peut -être même un ennui | r cet iu trépide nomade qui
userait rapidement sa vit- i i;i tiédeur de n is cités. Ce n'esi pas assez d'un j .isjuar pour Luller avec lui d'adresse, d'agilité, de force et de courage : ce qu'il veut encore, ce sont des rencontres plus périlleuses, test une bataille et
non pas une escarmouche, Après avoir vaincu un cuin-nii. Loin que ses forces soient épuisées, il préteud que li- vi «il ■ i n train, et il accuse la disette d'advers : il
ius il il que l'appétit vient en combattant, et â peine si un '-"Livre de jaguar étendu sans vie i -i i s pieds a necupé a m énergie. 11 n'oserait pas, jevous L'attesl i \wr à Buenos*Âyres avec une seule peau de victime, comme té jaîl cependanl chez nous Le chasseur qui dans sa journée de fatigue n'a vaincu que le chardonneret dï< la route
Voici donc deux adversaires redoutables qui s'offrent ..n Patagon : Le jaguar ei sa femelle ardents â la curée, h
eule béante exhalant une baleine Mi de de chairs c irrompue®, les lianes ruisselants d'une lueur [anni yeux lança ni des Hommes- La renconïre terri le. Oh*
si pour le coup «pie le Patagon récite â voix basse et ra- |i l' m. nt ses conseils et ses oraisons de haï aille. Plus te péi i éminent, moins rudes el moins âpres s'échappent ses paroles; el t'est pour cela peut-être qu'elles ont plus d'énerg
l."i deux acharnés jouteurs s'avancent cote ï cote comme des sobj rcés. el L'escnpette du PaLi^uu lui
ni in Ride, ainsi que le lacet qu'il a d'abord dédaigné et le cheval généreux <jui luit pas fois quand son martre \ ■ être vaincu, n[\n de 1 isser émue au jaguar qu'il <m prél Lui-même é Lui servir de pfiture. Mais lès choses tournent rarement ainsi, car le Patagon u deux poignards, deux I v ets deux ceaurs pour auxiliaires, .-t il n'y i Là devant lui que deui tigres forts et robustes, harmonienscmenl tachetés de noir. Lesadver lires ne sonl rés les uns des autres «pie par une douzaine de i^s. Il tant que La pi micre balle qui frappera soil mortelle, ou ta vie du pilon court le plus grand danger. Le coup est jiarti : un des jagu rs pousse un cri. tombe et se redresse. Ce n'est I i- a lui (iue le Patagon doil ivoir affaire maintenant; le ]i li trn h a bien porté, la bêle [éroce exhalera encore quelques sourds gémissement s ri jiunlx-ra plus tard : le combat
• entre deux antres jouteurs; el le duel â mort termine presque toujours i l'avantage de l'homme, car ■'iu adversaire est à demi vaincu par la chute de son partner i l'agonie*
Ce sonl là deux épisodes assez communs de la vie du Patagon. Hais c'est lorsque trois ou quatre jaguars ;i pour le carnage se ruenl sur un seul ennemi au milieu du désert que le moment de la luiieesi effrayant' Le Patagon qui a vu de loin la meute affamée n'aurait pu m pic témoin de sa Fi ■ î : ■ - que I* 1 cheval ipill a doninié : eli bien! il ne peut se résoudre ;i tourner bride; il reste U d'un pied ferme, et pourtant il pressentie son qui va l'atteindre* Presque nu hasard il fait partir sa redoutable escopette, mais les balles sont souvent impuissantes contre le trgi la race en est vivace comme celle de tous les animaus meurtriers, et il faut aller fouiller profondément dans ses ibues pour v trouver les dernières sources de h vîe, Le |ilnmb a été bien dirigé, tant le Patagon est habile, même ■ I .u^ son insouciance. Il a également envn e lacel a boules ainsi que la longue courroie bouclée q La sangle du rec^lo. Miinlenanl il serre de ses doigts crispés le manche de ses deux stylets» il frappe, il troue, il refrappe en- o les griffes el l'es dents des tigres le déchirent, et il frappe
-jours. Les deux autres adversaires, irrités pai la perte i[u'ils viennent d'éprouver ai par l'espérance d'uni* vie* loîre facile, bondissent a ver une rage et une sotfde meurtre que rien ne peut assouvir; ils \oliiijent i droite et â
iche du cavalier, ils déchirenl les flancs du couiM qui ]i T a de foi qu'en son protecteur* Le poignard du I
•. o pénétre dans 1^ entrailles du tigi pen lu à. la « roupedu clievnS, et qui glisse presque sans vie s^ir te sol
profond mt laboui tandis que le troisième jaguar
achevé sou iruvre de destrnciion. Le Patagon el son :uui perdent leur sang par vingl larges entailles, ils fléchissent, ils lombenl sans pousser une plainte, ils exhalent enfin un dernier soupir. Un horrible feslin a lieu, et le lemlr-
i ii Les i et Les vautours qui planent dans l'esj voient sur le sol des débris effroyablement mutiles et deux jaguars repus couchés dan- le s 115,
la vie du Patagon est complète,