CHASSE AU LÉZARD DES PAPOUS
NOTICE
C'est avec la racine de eurcuma que les Indiens se guérissent de la morsure du Lézard venimeux qui s'abrite amis leur* éternelles forets.
Le lézard dont je parle est le gecko de la grande espèce; son cri ressemble à celui de la grenouille <m d'un petit baudet. La té te du uecko est presque triangulaire et tort gronde; ses yeux sont en saillie, et sa langue» très- Longue, est revêtue de petite* écailles; ses dents sont tel— leutent aiguétf, quelles laissent leur empreinte sur les pierres les plus dures; son corps est rouvert de petites verrues , ses pieds sont larges. sa queue est plus longue que son corps; elle est ronde, couverte d'anneaux visibles ,ï Tieil jlii a quelques pieds de distance, et la couleur^ nérale de ranimai est d'un vert clair tacheté d'un rouge vif, Haseelquita et boulins regardent comme un des poisons tes plus corrosifs l'humeur ^ l u u n E e ijui le couvre; les habitants de Java s'en servent pour empoisonner Leurs Hoches.
Il y n cïiu'i (imite- cinq espaces connues de têtards., Celui dont nous partons 1 et qui a trois pieds et demi a quatre de Longueur, se trouve d ans l'Inde, en Egypte, dans les Moluques» et .surtout à h terre des Papous, ou il \\\ù été permis de r étudier.
t'e .s ru il li de ces devoirs difficiles et pénibles â remplir; ce sont ta de ces recherches qui l'aligneraient des nommes plus patients que moi, mais dont les résultats, quelque faibles qu'ils semblent huit d'abord, n'en sont pa.s ni ■ h us d'utiles enseignements pour de plus précieuses
recherches*
Plaignet-moi de n'étudier presque jamais que La super* fie le des choses*
CIIASSK
Si cet animal rongeur n'est pas une h** te féroce qui attaque eL déchire les hommes, e est du moins un lu eu importun et bien dangereux reptile. 1J tient du lézard européen par L'astuce et La Souplesse, et du crocodile par l'hypocrisie et h voracité. On a peur de Lui sans trop savoir pourquoi L'on a peur; un le fuit avant de s'être bien assuré qu'il a du venin â jeter dans les plaies faites avec ses crocs: aigus; et, quoiqu'on Le trouve calme et bavant au soleil, on s'en éloigne en tremblant comme si Ton sentait déjà sur les chairs le froid de son ventre gélatineux* Voyez comme il incruste ses griflVs dans le sol, a lin de vous faire sans doute comprendre qu'il est sa propriété, son thmiiiiin\ Il ne veut pas qu'on le lui dispute; il rampe sous les Heurs il les imbibe et les flétrit de sa jaune salive» il ronge leur tige et rend fétides par son contact les parfums les plus suaves de ces terres privilégiées, Ou dirait que |mui vmc il a besoin que tout meure et meure I mr lui.
11 n'y a point â Rawacfc, à Timor* a Waiggïon, un seul ardre dom ce hideux léi:nd n'ait gratigné mutes les branches, dont il n'ait souillé les larges feuilles et empoisonné les fruits les plus purs. La flèche élancée du cocotier lui sert souvent de lit île repos; et. s'il y nasse le temps des ténèbres, c'est qu'il s'y trouve plus prés des oiseaux imprudent* qui viennent y chercher un refuge au milieu des grandes palmes lunlulmises qui couronnent la tète de ce roi bienfaiteur.
Toutefois, quand le ciel est lourd, quand L'horizon ronge l'ail présager une colère atmosphérique, aussttôl linr! usinent reptile, dont la demeure est menacée par les eaux, descend vite, vile du belvéder aérien qu'il s'était choisi» regagne son L'itc, s'y glisse. In queue en avant, plonge sous )â voûte sinueuse, joue avec vivacité des pnii de de va ni, cl parvient, en se faisant un rempart du reste de son corps, â fermer l'orifice de l'antre aux envahisse* ments des eaux.
L'orage a passé, Le ciel a fermé ses cataractes; el lorsqu'à l'abri de l'inondation, sous un riche bananier, vous regardez le sol déserté par le déluge, vous remarquez, se mouvant petit i petit, un large espace di< [n'erres ammi
celées. Elles glissent et se sé| ni d'abord, se réunissent
plus lard â la surface, se groupent, se soutiennent les unes par les autres, forment une haie ouverte au milieu; et a l'instant* comme pour saluer le retour du soleil, ou plutôt pour chercher une proie, le repiile s'élance et pivote sur Lui-même, fait mille évolutions fantastiques, pousse un léger sifflement, signal de sa joie ou de son impatience, s étend de tout son Ion;; sur le dos, et s'épanouit aux douces impressions d'une chaleur renaissante.
Et cependant il est imprudent de tolérer dans le voisinage des maisons, bâties on non sur pilotis, ces visiteurs insolents qui, dans leur rapacité, se jettent souvent sur les mets préparés aux cuariuuis ardents, et répondent ans coups de massue ou de baguettes de Lataoji i par des morsures cruelles contre lesquelles on n'y pas toujours de l'-Niedes eJliCiices. Ll-ui venin est actif, il tue en quelques minutes un enfant mordu dans les plus fortes chaleurs de la journée.
Je me luite d'ajouter que j'ai vu un jeune Papou âge de dix ans mordu par un de ces gros têtards au-dessus de la cheville; que son pure d 'accourut â ses cris qu'une heure après, l'événement; qu'il frotta vigoureusement la plaie avec une herbe dont plusieurs bottes étaient enn enées sur une natte; et que le Papou en fui quitte pour quelques vomissements* A la vérité, le ciel était couvert et le soleil se Levait à peine.
M. lîerard, un de nos élèves, fut aussi mordu un jour au dor^t par un de ces reptiles qu'un naturel nous appnrta â bord après lavoir solidement Lié a OU gros bâton ; et, malgré la promptitude d'une cautérisation assez profonde et presque instantanée, noire ami se vit c on irai nt de garder le lit pendant huit jours sous les vives atteintes d'une Bêvre fort douloureuse.
A Jj ri h •!, la familiarité de ces dégoûtants reptiles va souvent jusqu'à l'impertinence* et ce n'est que par de minutieuses précautions que nous pouvions mois garantir de leur voisinage. On nous avait donné pour passer les nuits à Cou pan g une vaste salle close avec des bambous fort arlistement liés entre eux; et, soit par insouciance, soit par ignora nec du péril dont nous étions menaces,
CHASSES Al X ItÊTËS FfiHOCES.
nous étendions presque toujours nos matelas par terre nu lieu tic suspendre à quelques pieds du sol nos cadres ou nos hamacs.
Un soir que, sous la flamme rougefllro d'nn hojs résinnn ( j'achev"iis de compléter mes notes de la journée, j'entendis presque â mon oreille un cri pareil au ht ÎCment d'un ane. Je l'avoue, je lundis «[frayé ; je tournai La lèle vers le point d'où était parti ce cri lugubre, et je vis, cherchant à se blottir sous mon drau, un lézard iJc |*Hiâ de trois pieds de longueur, qui semblait bien aise de se voir laisser le champ libre.
je réveillai mes camarades, je leur montrai le reptile, dont les yi m suivaient avec inquiétude nos mouvements précipités. Nous fermâmes les issues d'une porte presque inutile, nous nous armâmes de baguettes do fusils, nous nous précipitâmes tous à la Fois sur le lézard ainsi que d'agités cardenrsî et, quand noua crûmes avoir achevé L'oeuvre de destruction, nous cherchâmes à saisir le cadavre en lambeaux: nous ne vîmes rien, nous ne trouvâmes rien. mon matelas seul avait reçu les êï rivières.
Le lendemain, je demandai â M. Tilmanii, secrétaire il h gouverneur, si ces animaux étaient nombreux duns l'île : ït me répondit t|uc la quantité en cto.il immense, surtout auprès des rivières» mais qu'on ne cherchait jpns a les détruire, par suite d'une ancienne croyance religieuse qui dit que ces lézards» servant de pâture tus crocodiles. fournissent ainsi des vivres aux rajahs vertueux changés en alligators.
Je crois lavoir écrit autre part, les hommes n'uni adoré les Êtres bienfaisants qu'après que les libres, les lions, les serpents et les crocodiles ont eu leur cuite et leurs autels.
La chasse à ces reptiles est active a Itawack et â Warig- -i <u; elle l'est surtout iei en dépit de l'indolence des naturels, parce que. Là aussi, ces reptiles ont plus d'adresse, plus d'audace, et ne craignent point d'attaquer les homn il est menu- rare que, loî-a d'unecxpédilton contre le gitedn |i tard, il n'y ail pas quelque sauvage mortellement atteint par ses dents el ses griffes, habiles aussi i déchirer lr profondément les cbnîi >.
Dés qu'on est certain qu'un de ces lézards repose au fond de ces larges rigoles^ pïusii urs hommes, courbés sur les bords de l'orifice et armés de glaives en fer on de tranchantes spaluks eu buis fort dur. appellent mi dehors leur ennemi. Pour cela, assis a genoux sur le trou, mais dans une direction opposée û celle 1I11 gilc, un d'eu* présente et fa il même pénétrer à quelques pouces de L'ouverture une douzaine il iu- bourdonnants, liés par Les pattes â des brins d'herbe. Mus L'animal gluant, attiré par ce bruit, qui lui annonce une facile capture, monte lentement, avec précaution, et se glisse plutôt qu'il ne ri m relie. Eu ce moïuenl un bu m me. 1 Hieille â terre, écoule et devine, pour ainsi dire, la marche du reptile; il louche du doigt l'épaule du principal chasseur, lia bile a retirer les insectes prêts à être saisis. (J'ai si bien et si sérieusement examiné !)
Le lëtard entend les victimes effrayées, dont les mouvements fébriles et plus bruyants accusent la terreur; on les relire, on les rapproche de l'air, du jour; les glaives sont levés, les spatules, tenues des deux mains au-dessus de la ferre, lombent en même temps, pénètrent le sol, el forment presque toujours une barrière que h 1 reptile ne
fieiii franchir. Parfois aussi il arrive que, pris par le miien du corps, le lézard a les reins brisés et meurt en jetant amour de lui une bave ferdfttre.
tir pendant, je voua l'ai dit, le trou du lézard est toujours creuse en zigzag; de sorte qu'il arrive souvent que le reptile fait retraite et échappe ainsi aux armes meurtrières, se tenant dès lors en garnV mnlreune nouvelle attaque. 1 .
Hais, si, surpris par un élan rapide, les chasseurs ont laissé sortir de son cite le reptile Irrité, gare ■■ celui qui, le premier, sentira les pointes aiguës de ses dents creuses, sur lesquelles dort le venin dans un tube capillaire! La cautérisation â l'aide du feu doit être faite sans util retard, on il y aura proli il.!, mmi an bout d'une heure un cadavre roide et gonflé sur le sol,
rette étrange et dangereuse façon de corn bal ire le lézard des Mohiijties, mi plutôt celui dt'LUwack, de Waiggiou el de toute la tenr des Papous, n'est pas la seule employée
p rot ce leurs- nés du quadrupède recueilli; notre tenant Lamarchc lui donna le nom de l'Ile
par les naturels de cet archipel, sî enorgueilli de là richesse
du sa végétation réchauffée par un soleil a pic, et habile pourtant par des hommes courts, laids, trapus, inaclifs, hideux â voir, plus hideux encore â touchée.
On fait, à t'aide de l'éeorce tressée des bananiers, des filets â mailles extrêmement petites qu'on étend à terre sur nu gaion uni; on lie dessus des grenouilles, des crapauds, ues insectes, que Ton excite de lois à l'aide d'une ocelle invisible* Lorsque le reptile s'avance avec rapidité pour saisir sa proie, nu violent coup donné an Met lui fait taire la culbute, cl le lézard se trouve pris. Il faut toutefois se hâter daller l'emprisonner par une barrière plus solide, car de ses dénis eldc ses ongles il déchire très-vile les mailles et reprend sa liberté. CWt lorsqu'il se débat sous le réseau que les sauvages se jettent sur lui, le saisissent de leurs doigts avec une extrême précaution, et lui appliquent sur le dos un fort bâton* Ils le lient aussi avec des joncs el le portent triomphants a leur brasier, où ils le font cuire pour manger sa chair; nu bien ils le vendent pour quelques pièces d'étoffes, du m bac, un briquet, des couteaux ou un peu d>* poudre. .m\ naturalistes européens une l'ardeur de la science pousse jusque dans ces archipels de feu.
Nous poursuivîmes un jour â Rswack» et nous ne tardâmes pas a nous en emparer dans les bois, ou il tomba uv lassitude el peut-être de faim, un chien sauvage qui se laissa doucement conduire à bord, où il fut reçu avec toutes les attentions imaginables ; les restes les plus succulents de notre dîner, composé de biscuit, de tromai:e et ib- bceuf conservé d'après la méthode d 'Appert, lui furent généreusement présentés. Notre nouvel hôte accepta sans façon, ou pluloUvec une joîe qui tenait 'lu délire, les débris de notre somptueux festin; et il y eut dés lors accord parfait cuire 1rs bn-nf.ulenrs ri l'obligé. >' ■"> dmnmes ;^
brave lieuiiu nous r,;- m
vio us trouvé; 1 s L'aidâmes ù vivre; et. il faut le dire à'
La louange de la race canine, il se Dl chérir sur la corvette j ai- m*s gentillesses ci Icsrhnsde la reconnaissance lapins espaosire. Bientôt Itmvtuf, devint notre ami de creur, • donl Mrru, chienne loulouuaisc partie avec nous d ■ I rance parut vivement inquiète. Petit â petit cependant les deuï rivaux d'affection sentirent qu'il pourrait y avoir près de nous un trône à partager, je veux din» une niche commune : ils se prêtèrent de fort bonne gricu à cette rivalité que de bons chrétiens auraient envenimée, et peu de temps n| 1 - - Méra l'ut mûre* Hélas! qui u'& pas eu ses moments de faiblesse sur cette terre de tenlatiuo .'
Quoi qu'il en soit de mes réflexions philosophiques eu présence d'une boule que nous primes à tâche d'oublier, cl de mes digressions, pour Lesquelles je vous prie, cher lecteur, de recevoir mes ferventes excuses, vous saurez que, soit a bord» soit â terre, il n'entra jamais dans la pensée de It.wack de nous faire repentir de notre humanité, et qu'il chercha sans cesse à nous amuser par ses joviales gambades. Historien Adèle, je me hâte d'ajouter qu'eu quittant celle terre parée des col"- m- les plu* élégant à et les plus majestueux, parfumée des exhalaisons les plus balsamiques, Kawacl ne jeta pas sur elle un dernier regard de douleur, el ne nous par ni point regretter le berceau de ses p rem i enjeux. Nul être n est parfait ici -bas, pas même le chien Le plus dévoué a soit maître. Ainsi de la pauvre h un Lan il é '
Ur donc, maintenant que j'en ai fini de mon héros du Ua^vack, j'ajouterai nue, dans une de mes courses quotidiennes au boni du canal tranquille et bleu qui sépare Waiggiou de l'ile où nous étions mouillés, je montrai notre conquête à quelques sauvages papous qui étaient venus là dans Leurs pirogues voilées ri laide d'une branche de cocotier, et que ceux-ci me tirent comprendre à merveille, malgré leur native stupidité, que celait avec de tels animaux qu'on faisait a Waigguju une guerre h tu le aux grands Lézards, Mon parti l'ut pris r L L'instant même : j»' présentai aux sauvages deux mouchoirs, un couteau. In
ou quatre poîgi s de poudre, cl je leur dis i|ne tout cela
leur appartiendrait, s'ils conseilla ienl à me mener avec eux â Waiçgiou el s'ils me faisaient assister â une de ce»
chnsses si curieuses. Us naturels ne se laissèrent point trop prier; je payai devance le prii de leur promesse encore incertaine, el mous voila tons dans de frêles pirogues ou l'on peut ri peine se tenir accroupi, u évitant dans le frais canal dont je vous ai parlé* Deux heures après nous arrivâmes à terre, tanl iî}es gaillards menaient damourpropre à pagayer avec vigueur, et ils me conduisirent en gambadant auprès do la facile aiguade où les navires font remplir les barriques, et que je recommande aux navigateurs, car l'eau y est infiniment supérieure d celle quon trouve sur la plage de Rawack» n droite des tombeaux des naturels adossés a un magnifique bouquet de cocotiers. Arrivés là, 1rs sauvages poussèrent un cri trois fois pété avec une certaine modulation, ci bien toi une demidouzaine de leurs camarades cachés dans les bois vinrent nous rejoindre. Ceuï-cî amenaient, libres et vigoureux, quatre ou cinq chiens de h race de in ►ire B&wack ; et quand mes nouveaux amis eurent montré mes libéralités princicres, nous nous enfonçâmes dana une petite allée m ri n îc âge u se o ù d "éi lormes trous - a faisaient i e ma ri i u er ç I ei là, À nu grognement guttural poussé par celui ibsualurels • | l i i me semblait commander aux autres, les chiens se placèrent à r orifice du gîte -in lézard, ci ils défilèrent sans faire entendre un seul cri. Nous allâmes â un autre trou, puis a un troisième, puis a un quatrième sans que les chiens, par leur impatience ou autrement, nous donnassent le moindre indice de la présence d'aucun reptile.
Je IV \ je me crus imslïlié; mais un des chiens que
j'accusais si témérairement s'clançnnt tout ri coup vers un
\eau trou à demi caché par des toufTes épaisses de
verdure, poussa un Lugubre gémissement et tourna la lele ver- son maître. Celui-ci s'avança vers mot ei medem mda si je voulais que |r •- ntbal ■ ûi vu u enln son chien seul et le lézard on eu tic le lêiard et tutu les chiens réunis. Je
éférai la première proposition; et, comme In me tendait fa main pour me demander un cadeau, j ôl i ma ers va le, que je lut donnai rand cœur.
îl saisit alors le chien par le cou, lui mît le nci au bord du »iie : et excita L'animal par des grognements irés-|icu harmonieux. Celui-ci se nul alors à gratter la terre de ses deux pâlies, et, ta rejetant an loin, s élança impatient â la recherche du reptile, sans que ses camarades lui vin-seul m aide quoiqu'ils fussent en liberté,
A T ardeur toujours a mie du chien chasseur, et i mesure que La rigole s'élargissait, on devinait aisément que la lutte ne tarderait pas a avoir lieu. Bien lot le chh u s arrête, s'accroupil; il flaire ou plutôt il renifle avec une effrayante rapidité; la terre se meut, se sépare, sesoulét le lézard s'est élancé. A son tour, le chien ouvre la gueule cl cherche à saisir par les lianes son agile adversaire, qui le mord ans jambes, qui le mord au cou t et qui ne h pas. Le chien pousse d'affreux hurlements et ne quitte pas non plus le champ de bataille; il pose une de ses rohustes pattes sur le corps glu nul du reptile, qui s'aplatit el échappe a la pression. Les dents du chien ont cependant saisi la queue de la bêle venimeuse, qui se recourbe et rend mnr* sure pour morsure. Le chien lâche prise et cherche un endroit plus commode ri broyer, Le voilà : Le lézard, en
élançant, tombe entre 1> s dents du rluen harassé; le quadrupède serre le reptile sans que la tête de celui-ci puisse faite un seul mouvement; tonte respiration lui est interdite, les convulsions le saisissent ; il ksîvyc encore de
défendre à Taîde de ses griffes- îl dévie ni flasque, pu i ru mobile, puis il change de couleur... il est mon. Un in-
ut après le chien tomba pour ne plus se relever» Pendant la lutte les sauvages inaltentlfs causaient familièren m- 1 1 r entre eux, tandis que moi, lout entier occupé de l'ardente querelle, j'écrivais ce que je publie aujourd'hui*
CHASSE A I/OL'ItS BLANC
NOTICE
Le plus dangereux u,mid ru pède des terres septentrionales est sans contredit l'ours blanc Continue) Le m eut • n -uerre
avec tous les éléments du sl>1 lourn qu'il habite, il
f.iui bien que l'instinct de sa défense le rende féroce et lui fosse prendre en haine les hommes uni vont le combaitru el les animaux qui le redoutent et quil regarde comme ses ennemis. Quelques naturalistes ont prétendu que, malgré sa fourrure blanche, longue et soyeuse, il était delà même race que l'ours européen; mais des éludes approfondies ne laissent plus aucun doute soi la difTérenoe^ui existe entre les tien \ espèces.
L'ours h fa ne du Word a h uHe beaucoup pins longue que notre nuis el le corps moins ratn I© poil plus simple et le ci ri ne iiiummcnl plus dur L'extrémité de ses pieds n'n rien de commun avec celle d<** pieds de l'ours terrestre i ii s pieds de celui-ci offrent quelque ressemblance avec la main de l'hommt:, tandb qui L extrémité de ccui-là est faite I peu prés comme celie d^ grands chiens oh des autres animaux carnassiers de ce genre.
Gérard de Vera, qui a longtemps habité les terres polaires, assure qu'ayant lue un de ces ours blancs et L'ayant
mesuré, il lui a trouvé vfogl4roîa pfeds tir longueur : JUJérnrd s'expose ri trouver bien .les incrédules, quoiqu il demeure parfaitement avéré que 3 '< li!l> Wane du pôle est beaucoup plus gros el plus long que l'ours des Pyrénées, des Alpes OU de la Litliiinnie,
iMIASSK
Veille! veille! veille!
Bt des hommes de for, hissés sur le beaupré, grimpes but Les hunes el accoud-s aux bastingages de tribord et de bâbord, ont l'œil ouvert sur Les récits au milieu ili-sipii-Ls. avec Le moins de voiles possible au vent» vogue lentemi clI le navire. C'est que les récifs signalés sont des bancs de glace uni ouvrent d merveille les bordâmes des plus solides baleiniers; c'est que, si les lianes cuivrés qui viennent Le braver se déchirent au choc, l'équipage n'a plus qu a lever
CHASSES Al X BÈTES PÊROi i
l- ■ j eux au ciel et .1 songci imille et à c|iii
n ■ sauront peut-être jamais quelle mer l'aura
Dans ces périlleux aux pôles Lotil ■.-,,>. rag • ou
large cal une catastrophe terri bl quand on .1 i malheureux |»o u r se jeter sain cl sauf dan un canot afin de tenter un abordage sur quel [ue lerre éloignée, tin cnitemi plus reduuîable encore que les glaces angiili lu montre la\ debout, prêl d se ruer sûr vous, avide de votre
- h i r qu'il vent mâcher, île voire sang qu'il veut boi n' songea al qu'au festin que vous aile* lui procurer.
Un 'iinemi, c'est l'ours blanc.
Le cfel esl bas. froid rrè; il jette sur toute la nature une teinte blafarde qui n -■ ■ 1 1 ^ attriste* nu dîrali un vaste linceul couvrant la terre «■: Les eaux p iur leur demies obliques rayons d'un soli us couleur : cela fait mal ;'i r/nrie.
Si le calme règne a" l'air, -i les Qots sont sans Lurbuleu ions vous i ■ i'!\ premiers jours d' n m ton encore Imparfait l:»n il< [in vous en! nire no semble achi Les moniagnes de fia itent lentement comme des
fantômes oui des (ormessihi *, si capricieuses, qu'on jurerait qu'elles souffrent de leur grimaçante irrégularité ri >.Ji % I m' immobile mou ement. La rnern'apoinl de couleur décider, la terre au lui m fe ligue l'œil qui veut y trouver une tuile contre ta stérilité la plus uniforme, tondis que les arbres couronnés des neigea qu'ils portent avec effort sont | rivés de sève e( de verdure, ils se trouvent y • ■■- h sur des pentes, ainsi que b s [iharcs sinistres indiqua ni aui navigateurs la roebe sous-marine qu'ils doivent red ' ; et ^'iïs ont résisté aux jours tero] » v c'est que te veul n'a nulle crise sur leurs troncs déch 1 1 passe s us pouvoir les - Hais quand l'hiver ■■■ d quand il vomll si écrasantes rai x pôK
quand le soleil sous l'horizon laisse pendant la moiti< lai la terre dans un lugubre cercueil, quand les i
gués erïenl et tombent vus les violences des agans
qui poussent devant eux coin nu- -]. 1 flocons de neige les nochers immenses de places se heurl nt avec tut horri les uns contre les anip s, ei font nue car
strophe lu en il le ,ohi alors le chaos est la ,1e chaos et son redoutable i l sur b sflotsi dp h
terre ivec d'affreux gémissements, Ce sont dessjuU -uts
horribles, dessecuu i ouvrir les montagnes ;i t des volcans d'air et d'eau qui se mélenl misent, se battent • i m i fo n 1 1 en ( . Le j o u r u 'a rrt va po i 1 1 1 a 1 1 i n i 1 i < ■ u d e ce
desordre et de ces terreurs, cl pourtant vous voyez comme si de v in J -lires flambeaux éclairaient l'espace, car l'étincelle électrique pétille im essamment pour tint' unis puissiez bien distinguer votre lombe. Puis vient U nuit pi fonde avec loui îuêbi ■ vous attendez >|
navire démâté se déchire el s'engouffre. Le lendemain, des de bris de mits, des lambeaux de voiles, des bordai
« leur cuivre enroulé flotte ni sur ■ in niaise; mais
s hommes, point ! destad ml tout est redevenu
sîleii. jeux *\ Iroid.
il 'est qu'au milieu des yahles convulsions d'i nature Apre el rude, un seul être est là msou |L i tranquille. Que lui imnortenl a lui I jeuis el les flagellations des rafales déchaînées? Il est toujours dans ses domaines, il trouve partout une retraite assun Lorsque la terre est envahie, il voyage avec les flotl d minateurs, Si l'ouragan refoule la mei vaincue, l'ours
blanc ne cjnUte point le sol, il se blottit oonchalamn i
sur la jiei^r i u la mousse et attend sans impatience le re* tour des lames voyageuses*
Indolent comnin l'unau, sournois comme ses ns
bruns on noirs des Alpes on des Pyrés , industrieux comme le c . nageur comme la dorade, cruel comme
Lrgre el riiy ne p fours Mai ! sans contredit le plus privilégié des Irtipi-uV*. Il ne craint, lui, ni 1'. Manillon qui déchire les lianes du coursier, ni l'ingratitude du ni litre envers son chien fidèle, ni le plomb du t sur
3 ni tous les jours siffle et tue, H est presque seul au milieu e es; i! est Je pins fort <ui du moins te
plus habile; el s il nous arrive quelques-unes des fourni épaisses qui le vêtissent, ■ esl q Ta frappé au
eaMir, c'est qu'il n'i pas daigné lutte ira»-
tages contre une de ces rares el hasardeuses attaques dont uni êti e -mi monde u'esl affranchi ; el plus souveo parce que la vieillesse est venue lui ravir son énergie, el 'I' 1 ']' ■ •■ 'i enfin «[ne la mort cl lit le rep
pendant, comme le lion api . colère, l'Oei in a aussi ses heures de généra D montagnes
[nouvantea ont poussé leurdernii re sec ■ i i isqne s
1 iiai*es es du rivage, on voit parfois ato • anls -t taciturnes, des hommes de fer, des explorateurs intrépide des marins infatigables, n-| ai ml el demandant en vain un peu de nourriture ■« o j ii.- terre marâtre el inliospitali Te,
A cjiù s'attaquei ? -i quelle bienfaisante r cîne quêter un sue vivilhui ' ;i quelles branches pendent des fruil ureuxî ,. .L'hiver a pas •■ par li avec ses ailes de nei^e et sou Kaleîne ■! n- o Loul y esl ridé, froid el m iri.
Ji me Lromjic pourl ml. D'un énorme qe irtier déglace arrivanl un corps blanc comme l'asile «u il
lonnê se jette i l'eau, quijatltH amour de Lui en brillanh
C du naufrage des fusils et de la poudre; .m a
gli l"'l- s dans les c i ■ on s i : > contri
o amphibie, qui chemine avec calme, ignorant du *J inger ,uî le menace. Les balles sifflent, elles perecnl I pais vêtement du mon&tre, el si La tête ou le cceur est leînU "ii a des \ï*\t< pour quelque* jours, et l'on se lai doucemenl aller â L p espôranci
Il y a là aussi "I s bouleaux, des lichens, des fougères, un peu de mon- les branches solides qu'on implante dan- le sol; ou sern celles-ci les unes contre les autr on jette par*dessus de ! rges fragments d'écor ce, on les ra isltque â l'aide • ■ si d'un peu de terre imbih
nu l'ïiii.- ,iu m ni 1..11 i s les issues "n n'en g irde q seule étroite cl basse par on l'-m segli bé el avec
effort. Quand on est bien euferrm \ cetir porte
naine â l'aide d'un lambeau de mile A voïl> , on dépèce la
lime du jour; un trou profnud esl creusé au milieu du
palais boréal, ouvrage de quelques heures de patience, du
y esl jeté, Te feu s'en empare, il pétille, monte
d'abord eu spirale blanchâtre qui s'échappe à travers lus
>u' t la voûte.., La Bamme des charbons
forment, ci sur eux noircissent el se racornis» m des tranches d'ours fraîches et huileuses sur Lesquelles on se jette avec voracité. On n vécu un jour, le lei >in s'offrira sans doute esi des mêmes n sources, et l'on se laisse douo menj aller a E'es|)éranc4
Mais la unit vîeut, nuii profonde el solennelle troubl'seulement pr la branche qui cédi eusse sous le poids de ta ne moneel e el Le -'-nUlu ]*■>}*• qui éparpille devan L lui les nii,i èle. Les voyageurs alors idem dans leurs demeures réchauffées, se ra}'j'rnehf j ni uns des antres pour comlmrrn l'hiver qui vient les visiter; ils parlent de leur pairie absente, delcnrs amis dans rinquiétudej usemere priant j'^ i\; ils s'en-
dorment dans des ideesde bonheur, n ■< ■ laissent aller .'i l'< spér m
Si je vous dis toutes ces choses, moi, que ic les
connais, Si je vous les dîs avec ions leurs tristes oétaus, ce jj'»- ; p s au moins pour vous décourager les voyages; au contraire, r'est p .m- vous j exciter, pour vous pousser
'l'une- ïone i l'autre* L-i mom ie i est la torpeur, le
contraste c'esl la .i'-. lîieu ne doit être fal uume
un bonheui sans m ■! ■;■..■■ un pa lin m continuel dfivw drait un supplice. Souffrir est une colère de Dieu, aviûr Souifert est un de ses liieul-ols.
IL est imjNJ • que v.ms ayes oublia L'admirable drame que le poétique pinceau de Biard traduisit sur la toile il j
\ ans à peine : cela faisait mal à voir, tant il y avait la d'horreurs et d'agonies pre^si}e> les unes contre les autres, lih bien! ce drame lout chaud, lout palpitant, est mi des •mille épisodes Lugubres do ut témoins tes sinistres parages du Groin and, du SpïUherg et des regi >ns polaires, ■■dans ce c ie^é'par la foule cmne le
miroir par fa U dei sones glacées dont je vous parle. Une bande d'ours affamés se rua ni contre des hommes abandonnés dans de fragiles embarcations, des mal ux transis de froid, à demi nus, voyant venir â eux la mort av. n liid.'ux coi la mort sans espérances, sans
rr
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m i if +^ F" m W ^ ^P" ! » • *m ■ ■ -an
ŒUVRES M JACQUES ARAGO
Vous
coupez la ^riiïf énornic qui se crampanne i votre embarcation.
consolations, sans prières à [*h«ire suprême! L'ours est dans son élément. Depuis longtemps privé de nourriture, il voit r't sa poriéo cTc la chair fraiehe à dévnrer; sn glouton tieric naturelle s'accroil encore de Iq facilité d une conquête; il nagr, il nage ïïeil cnllnniinè, la gueule huante; et le pauvre mnrlyr peut déjà voir les dénis ai pi es sous lesquelles , &'ê teindra son premier ri le, entre lesquelles s'exhalera son dernier soupir,
il n'y a nulle supplique a tenter, mille grâce A attendre. L'ours blanc est le îilns sévère des juges, le plus Implacable des bourreaux* Il sait que vous ne lui accorderiez point merci dans votre triomphe, i] n^nse doue <i ne de rë<i] incite eu vous brisant Ses os et ru fouillant dans vos chairs palpitantes. T'est en vain qu'armé d'une hache bien aiguisée vous cmipea la griffe énorme qui se cramponne i votre emharCiiliiui et lente de l,i chavirer, l'autre va la saisir à snn tour; et quand vous Pauri i abattue, ce sera encore ■ recommencer, car Tours n*esi pas venu seul â la curée. Ses amis, ses frères huit suivi, chai- un a voulu sa
iuk .|:ins h fêle, ili l'y sont conviés ave* défi ffrogneiBeofo pareils :iui glapissements d'une eau cru u pin et fangeuse tourbillonnant au fond d'an ègout; et vous épuiseriez en vain vos forces û cette lutte où vous devez succomber. Je vous l'ai dit, nul être vivant n'a U permission de se promener avec sécurité dans les domaines de Tours, et ses domaines sont la terre et les flots. Vous n'êtes que des hommes et vous voulez combattre Tours bl-wc ! Mais vous ne savez donc pas jusqu'où va Tardeur de son courage? Une haleine glisse sur les eaux ei fait trembler d'un seul coup de sa queue gigantesque les rochers de glace au milieu desquels elle navigue; une baleine, c'est-à-dire le plus monstrueux enfant de la créai ion et dont la puissance est telle que le Détacë peut faire en vin-l jours le lour du monde. Bi bien ! Tours blanc entend retomber sur les Ilots ta cascade vomie par les auvents du colosse; vous croyez qu'il va prendre la fuite et éviter le eombal ï non, non : il s'élance au contraire vers le roi des mers, M l'accoste, plonge, remonte, s'accroche de ses dents et de ses griffes
Imprimé par II. l»itlot, KesuiJ (L-lniv), srjr la chcticsdi-s tllUtiurs.
CHASSES AUX BÊTBS FÉROCES
Une i>i«jiie lui perce h poitrine. (Page lo.j
sou dernier soupir,
N • si-ce point a ces audacieuses attaques que nous devons d avoir trouvé parfois sous des ïones tempérées des ours blancs pour ainsi dire perdus dans ce inonda i reau
'i eui el dont nos balles de plomb onl fait prompte et bonne: justice? donncz*moi une plus logique explication, i« I accepte, l
Mata levcm du nor.t j.ii,- de i ngiïdes bouffées, et, sedé-
.eant du pnl.v s'étend» se développe avec un horrible
fracas sur les itagnes déglace, il 1rs précipite les unes
contre lus nuire* m chassani les saillies - 1 - celles-ci dans ]^ar>IYacliio*ités de celles-ll, il les clone comiite avec des etaux et dm chaînes, il Les contraint a ne plus < <|uittcr p a vivre el A mourir ensemble comme dcns amis d voués ou phi loi connue deux ennemis irréconciliables; cl quand
i! a promené dans tous les sens son haleine frémissante, vous regardez autour de vous et vous voyez non un horizon lointain, maïs un horizon i deux pas "m- >]i i.mce, vous avez :i |Jtiîiede quoi respirer, vous ne pouvn .*. plus rieudrv bras sans toucher â ce redoutable mur que vous tenteriez en v.iîu d'ébranler ou d ouvrir. Une heure a loul changé; un monde m ouvan lest devenu un monde immo* bile, L'Océan e&t déglace, le ciel déglace, In terre de glace, et le iinvii ■■ sous des verrous de glace, attend pend des mois entiers qu'un craquement universel le rend- In liberté ou au néant.
Kl pendant cette éternelle captivité sous laquelle liée h il iiiir de couragq et de patience, qu*a fiùi l'équipage du baleinier oadu vaisseau explorateur? M i fermé les sabords, i] ii hermétiquement calfaté toute* 1rs issues, il s'est isolé de l'extérieur, et, résigné à la tombe, il s*est croise les liras. Si je puis m "exprimer ainsi, il n emprisonné !•■ I» hors pour se s. piriT de lui, ei il s'esl Irislement prépare â la cala* stropue terrible qui le menace,
OEUVRES DE JACQI AttAGO.
Voyez : officiers et matelots se regardenl d'un œil terne et viirilié, ils inierrogeni silencieusement tt: ciel blafard .i travers 1rs épaisses lentilles gui leur apportenl un jonr douteux; et quand î.t s^ onl bien lu la-haut leur arrêt, ils
chercl r â donner un démenti a a destin a l'aide de U
science donl Lis se sont fait un inutile cortège. Hélas! l'arrêt de hi science csi plus fatal encore et sa parole plus solennelle* Le baromètre et le thermomètre sont immobiles, le more nre est glacé dnns les tubes, la tête tombe morue sur la poitrine Jigée, les bras se roidissent; et pour
3inl.|Hi's instants du moins le désespoir fait oublier II ouleur. Mais re iruc la brise et le froid n'ont pas eu le pouvoir d'exécuter, Tours blanc, toujours aux aguets, pecraint pas de l'entreprendre a?ec la certitude duneréussitccomnlêJc. IL n'esl pas seul non plus contre un si puissant obstacle; ils M- fuir bandes ;,iï min'*, haletants, iVil
glauque ouvert à toutes les heureuses probabilités, prêts a I- ■■■ saisir et a ne plus lâcher prise 411e le succès n'ait couronne leur attente. Lis bondissent l'un après l'autre, aviûi - de destruction, sur le pont muet du navire qu'ils oreu- ■i de leurs oncles longs et durs; ils flairent avec ardeur a travers toutes les écou tilles, ils mâchent les cordages,
les tolets de fer f les prëlarts goudronné! c me pour
aiguiser leur appétitj oi, furieux de l'insuccès de leur ten< lalive, quelques-uns des pins ;iudacieux se suspendent ans porte- hauban leerocbent aux bordages, glissent leurs griffes dans les plus imperceptibles fissures, les élargissent el montrent enfin aux prisonniers atterrés nn ennemi de plus à combattre.
On se ranime d mis l'a batterie, on s'excite mutuellement à nue vigoureuse défense; on s'arme de sabres, de crocs, de s, de pistolet* el rie lus! Il ; tous se pincent en bataille en fore du monstre affame qui les désemprisonne il lin qu'ils lui servent de pâiure. Tout » coup arrive à l'équipage Le jour moins sombre, mais plus froid aussi, un sabord s'est ouvert sous la puissance uc fonn blanc, une pique lui perce In poitrine, une In Ile lui ouvre le front, il tombe ^nr la glace qu'il rougit et son dernier grognement diinande un vengeur,,. Le voila. Il se jjosc bravement à la brèche agrandie, rêvant aussi de sang et de carnage: il saisir d'une griffe vigoureuse le fer dont on cherche à le frapper; son adversaire surpris veut faire résistance cl sert
in-i de point d'appui nu redoutable quadrupède. Déj.i matelots el voyageurs ne songent plus aux glaces contre Lesquelles ils auraient vainement épuisé leur énergie. Celait un grand péril sans doute, mais c'était un de ces périls qu'un chaud rayon de soleil aurait vaincu peut-être en quelques heures' Ici chaque ouverture faite aux lianes ou sur le pont du vaisseau va bientôt introduire l'ennemi d.ius la place assiégée. Les débris des bordages déchiquetés crient et bombent de toutes parts ; le^ ours voraces s élancent sur les prisonniers déjà soumis par le froid: et peu de temps après, si les glaces Couvrent et permettent au vent de lancer le navire» c'est une immense bière qui passe et qui va s'échouer snus piloh -mr une terre désolée.
Les peuples nés prés du pôle arctique portent empreint sur leur charpente frète ce caractère inachevé que nous avons signalé dans la structure du sut qu'ils foulent d'un
Iiinl nonchalant. Ils sont industrieux par instinct comme e Castor oui le premier peut-être leur a donné de» leçons de ri Mi- ni Let licence animale dont il doit tant s'eûor- -in'iljir. Leurs cabanes ou pluiot leurs huiit-s ■ • 1 1 : d<- l.i solidité, niais elles sont incommodes, malsaines; nn dirait des loml a ou dr> vivants veulent s'ensevelir; et si depuis dis siècles celle architecture de brute n'a fait aucun grés, c'est que le progrès est enfant du génie et que le lie ne croît presque jamais que sous un soleil régénérateur*
Petits, trapus» osseux et le Front déprimé, les Uroënlanliais sont les frères des Lapons el des naturels du Spïtxhorç. Chez les uns et les autres il y n paresse dans les ha* blindes, paresse dans les mouicnienls, paresse aussi dans les jobs. Ils porienl sur leur physionomie jaune eltanuée un caractère endolori qui voua lirs ferait prendre pour des ladea en convalescence, Dix Européens armés tenterai* 1 ut lu "in 11 « ment La conquête d'un bûur£ islandais ou lapon.
Eh bien ! dans ta chasse à Tours blanc, ces naturels, si 1)1 es 1 i si timides en i uce des hommes de la civilisation, trouvent une force et une énergie vraiment mer* veilleuses contre certains périls, L'habitant du Sptlïberg iTaiteud pas que l'ours blanc vienne lui chercher qui autour de sa | aisiblc demeure ; il va, lui, armé de pointes do fer incrustées sur un morceau de bois fortement lié à si m estomac par une courroie bouclée aux reins, provoquer le monstre ;m m .ment où celui-ci descend au rivage après sou aventureuse course sur quelque banc de glacé; la, loin de fuir, il attend son ennemi de pied firme. Courbe et pour ainsi dire accroupi quand Tours s'appuie sur ses
quatre pattes, mais détail aussi quand ion adversaire se
;. C'est dans précipite cl un seul bond, ses pn de
. i-lli' |"Mlluii
dresse pour lutter corps à corps. ' favorable qu'il se précipite d'un si fer en avant, et les fait profondéimiiE pêmHrer dans les flancs de Tours qu'il embrasse en ayant soin de poser - m crâne soua le cou de la bêle féroce* Vous comurem 1 Tau premier choc il doit y avoir une victime sur le sol; car si le coup est mal porté par le Spiubcrgcnk c'en est fait de lui, Le monstre commence son nqi is
Les hamschndaies font a ce dangereux quadrupède une guerre constante et acharnée. Un district souvent sel ai masse pour ces sortes d'expédition* où le sang coule de part et d'autre* Les chasseurs, armés de flèches, de piqm^ en fer P de fusils et de tridents, se jettent pêle-mêle sur un de ces monstres un ris ne tanlenl point a dompter, quoiqu'ils fassent stupidement entre eux la pari de la vaincue* Knenre faut-il que le quadrupède Succombe à la première blessure; caria douleur le rend furieux; els'il se me alors s - adversaires, il y aura bien des membres broyés avant sa dernière agonie, La longue agonie Je Tours blanc est presque toujours la punition d'un outrage reçu
Lorsque les armes manquent au Karnscuadale, il se sert
fiour combattre Tours d'un moyen commun a presque tous es peuples de la terre pour soumettre N s bêtes féroces. Sur des branches mal assujetties il dépose un cadavre en 1er faction ; Tours blanc se précipite dessus el tombe avec sa proie dans une fosse profonde nu un l'achève .1 coups de pierres, ou bien on l'y laisse mourir de fini. Quant au* fourrures qui deviennent leurs emiquétes, fis les portent aux comptoirs les plus voisins où ils b mgent contre
de la poudre, des armes et des pi r étoffes* Le vêlement «e Tours est U foi lune du Kamschadale.
Outre les moyens nue je viens dN signaler el â Taidi
desquels les Kattschaaalgs et les haliilnil- de In Situs'emparent des ours blancs, il en est d antres fort îtig t Lieux qui proeurent aux chasseurs les mêmes bénélh sans les exposer au moindre danger; par exemple, ils dressent un échafaudage traîtreusement formé Je grandes pièces de bois taisant bascule sur Lesquelles grimpe le mon s ire sans dé lia 11 ce et d'où il ne tombe que pour ê écrasé par les charpentes mêmes culbutées par Le poids de son corps.
D'autres fois les Korïaks choisissent un arbre incliné en forme de potence et au sommet duquel pend une corde terminée par un nuBud coulant. Prés de ce nomil des vinndes sont placées par le chasseur, de sorte que Tours» qui
ni 1»^ saisir à l'aide de sa griffe on de sa gueule» glisse et se trouve souvent suspendu par la patte ou par le cou. Vous comprenez que dans celte position difficile il lui est impossible de se défendre, et qu'il devient ainsi victime de sa gloutonnerie.
ïtens la Sibérie, un moyen non moins singulier, mais plus nii;i icralement adopté par les intrépides
chasseurs de Tours, [lus ( ruel dans celte contrée que dans toutes les autres parties du Word. Sur le bord escarpé d'un
Jiréçipice, et dans le sentier même que l'ours est e- un int le parcourir pour ses voraces pèlerinages, on attache â un bloc de pierre fort lourd une corde solide terminée aussi par un nœud coulant très-adroitement disposé auprès de
anelquGs fragments de viandes fraiches. Le quadrupède se ébat contre lohslacle qui retient les vivres trompe irs, le nœud se serre: et, en Luttant pour ressaisir sa liberté, il 1 jt tomber dans le précipice la roche qui entraîne ranimai après elle- Léj il est bientôt achevé el dépouillé par
Ml A A IX BÉTES KLI\<
d'autres chasseurs qui no lui donnent pas le Len
prendre haleine*
In vous-nou* croire cependant aurécil «le quelques vngeurs très i ridirmes sur d'autres deuils, mais qui assu-
■it que cton* in Kamtschalka on trouve des ours blancs si débonnaire e, pour I imeilre, le chn s ourles attire
.1 lui par des gestes raiv^-mtSj par la d lourde sesp
rôles; i e c'esl seulement lorsque le quadrupède en
aut roule tout joyeux sur le sol, que son perfide ennemi lui briïle la Cervelle à L'aide (LU ri >1et ou lui perce Le cceur avec une pique? Pour moi, je crois qu'un aura pris une exception pour une ré^h sque générale; quelque ours blanc, vaincu par la vieillesse ou les maladies, sera venu se jeter aux pu'ds d'un chasseur pour rendre son dm nier soupir, et je ne conseille a personne de croira à la bénignité de ec redoutable ■ . Lires polain
Si c'éiaii ii ira nnir du Nord qu'eussent voulu pari les hardis explorateurs auxquels j'emprunte ce détail, ils me trouveraient moins rétif à leur assntnm, Ceux-ci, eu effet, descend. . nr par lin ides énormes des limites montagnes neigeuses, et viennent à rapproche du printemps h ire de grandes excursions dans les plaines et prés de L'embouchure des fleuves où ils se nourrissent des myriades d< poissons que r Océan leur apporte a chaque marée. ' ours uni beaucoup moins de férocité -(u^ leurs frères vêtus d'une Fourrure btanche; et il i ■ ' » - 1 pas rare d'eu voir un on deui se détacher parfois de leurs camarades pour venii prendre leur nourriture dans la main d'une femme ou >\ un enfant assis sur le rivage.
Un s'est fort souvent demande pourquoi L'Islande rece« v.iii sî rarement l'importune v-\ e des ours blancs, tandis I te les autres îles du pôle boréal en sont infestées, surtout au temps des hivernages, !.■ cause en e.$t p selon moi, tort aisées' irouver, et peut-être parviendrons-nous par rapprchemenl Ignaler un nouveau moyen de faire a l'ours blanc mie chasse productive el peu dangereui
Vous connaisses l'allure paresseuse 3 te bâte féroce qui, pour vo) iger, se perche joyeusement sur les bancs 'h h ginre comme nous le faisons, nous, daus nos chaises d< poste; v rvefc qu'elle ne s'émeut el ne s'anime qu'alors
que la faim la pousse, on quand les men les -n*
in'iin deviennent trop ardentes, tusoffriesi* l'ours
hl-tuc. iUrs visu-- iv. ii pour chacun de ses repas, vous le verriez tranquille dans son charnier recevoir sans grommeler sa pâture et y mourir, comme un sybarite glouton, d'indigestion et de vieil I
Hais les tortures de La faim ont un aiguillon oui pénétre
ut dans les chairs; et 11 n'est point de faible et frêle niiitiial ici-bas qui ne soil p issédé de violentes colères contre loul adversaire qui veut lui disputer sa vie, Jugea
3uelle doil être l- rage de celui qui peut se protéger et se éfendre en nppelanl I son secours ses ongles aigus, dénis tranchantes et ta vigueur de ses muscles!
L'Islande e*l un volcan. Le mont lleela. dont la cime se perd dans h 1 pins liantes régions du cieî P voit son front toujours couronné de neiçf\ tandis que de sa bouche énorme s'échappent souvent d'effrayantes gerbes de feu vernissant au top des masses imposantes de lave envahis* sanl les eaux au fond desquelles Dieu le* laissait dormir depuis la m stion. L"ik tremble sur sa hase bitumineuse, les ni s'amoncellent, poussées par des courants invisibles et capricieux, l'Océan fiiitet revient avec un horrible \ un déluge généra] rhcrvli ni en vain ,ï > nindre le vaste incendie qui L éclaire et le domine; c'est un chs sans issue; un meurt sans pouvoir lutter conl qu'il embrasse et dévore* El lorsque nâécla, épuisé de ne, se repose au milieu de l'épouvante qu'il o jetée jusque «lins les Iles les plus éloignées, vous lianes crevassés,
ja ho se en désordre sur le bord des lac s qu'il a crv au rivage bouleversé et jusque dans Les Ilots océaniques, s'agiter comme des imes en peins des langues de feu jau~ nes t bleues, muges, vlol&tres, puis dispar ara et .se remonti ius jes formes ]i us fantastique
Quelle serait, je vous le demande, In puissance de l'ours blanc contre ente querelle si violente des flots, de la terre el di> feus dévorants qui s'en échappent? M i compris irar je ne refuse l'intelligence à a être vivant), il a com-
pris, dîs-jc, que l'Islande était pour lui un sol sacré; aussi le voit-on souvent, porté par une glace voyageuse que le
vent pousse vers L'Hecla» quitter sou giic ave roui el se
diriger à La nage ver* une terra plus tranquill
is ce qui, dans ce terrible combat des éléments, épouvante le plus le velu quadrupède, ce m 1 sont ni les envahissements '1<' amoncelées* ni les avalanches tourbillonnantes, ni les secousses d'un sol prêt a disparailre dans l'abîme; ce qui surtout a fait reculer de terreur l'ours blanc, c'est Ja lave rousa qui calcine La végétation
sur son passade, c'est le bilu pétillant qui chauffe ht
mer jusqu'au plus lointain bon* ml les gerbes en-
llamméea du volcan qui vont alimente* le tonnerre jusque dans ses domaines.
L'ours blanc î doue p»-ur du feu- le pétillement des lia m mes . I ' éc! a t des c h ar bo n s em bi , e i pe i il»t Ire aussi les ombres fantastiques projetées sur toute la nature par les capricieui reflets d'une lumière variant â chaque instant ses couleurs et son intensité, tiniicclri, disons-nous, l'épouvante et lui ravit son énergie e< sa voracit
Eh bien, pourquoi n'essayerai . la nuit, i la lueur
de cent, torches résineusi s, quelques chasses -i ces implacable quadrupèdes? Craint-on d'en appauvri rie pùle, et ne doit-on pas jilniôi tenter une lutte si utile dans un pays où les animaux, la mer, les vents et le ciel immolent chaque année tant ■!<■ victimes? (hi j sim-i-rn rpiandla frayeur it île nouvelles catastroi - lurooï Appris aux Kuropéens ce qu'il eu coule pour l'exploration des terres et s boréales, alors qu'un inllexihle lûver a tout ar- 'His son haleine déglace.
Si L'expérience du maflieur est La plus eflicace, elle est aussi la phis lente.
Je donnerais le souvenir de bien des heures de bonheur dans ma vie, s) pauvre cependant en |i. lisibles émotions, pour avoir assisté -i un tombiit de deux ours blancs égaux i n et voyageant de compagnie. On sol mouvant pour
champ clos, un abîme pour barrière, mi ciel p;ile pour témoin, un océan pour lombe. La scène doit en être imposante «-i solennelle à la f r » is*
Comme faible compensation, disons i nos lecteurs la
guerre achi to que fait souvent Tours IiIauc au phoque
alourdi qui vient iioiichahmmciit sur h plage respirer l'air du matin et se reposer de ses longues courses* sous-mari net, L'issue n'en est pas douteuse; ei pourtant il arrive souvent que l'ours vain i| m un 1 se repeut de snn tri nui plie. Des qu'il v.iir le monstrueux ampbima assoupi, le quadrupède, avec sa gloutonnerie nrd inaire, se ^lissi- furtivement entre lui et la mer alin de couper toute retraite. Quoique lent dans sa course, il l'est beaucoup moins que le phoque, dônl les moiivnmcnts sur Le sable sonl parfaitement seuiblnl eux d'une lourde gaharre »u roulis. IMacë en
euiliuscade, l'ours arrive presque couché | nstre,
sur lequel alors il s'élance avec voracité. Le pho pie chi i ■ che d'abord n regagner leseruu 1 ou *;es moyens de défense sont moins paralysés; mais son adversaire" lutte dans un sens opposé. L'ouvre de ses dents, le ilèelùre de ses grifl et esquive d'une manière merveilleuse le corps du cet qui voudrait l'écrtser de sou poids.
Ces querella n uére de loncue durée, car l'ours
blanc est li terreur du phoque 1 qu'il ses! habitue a regarder comme une victime dévouée â ses app>
EU bien, tes peuples du Nord errants sur les rivages de *w ne deiii.'uvh'iii. pas mieux qm 1 d'assister â
[jEireil eoinbat, car la voracité du vainqueur *^i telle, que, or sq ii n u; la chair de IViiiipbibie, il ne daigne même
pas s'occuper des chasseurs qui vont le frapper au milieu imphe.
Serions-nous forcés de croire â la tendresse extrême de Tours blanc pour sa compagne, et devons-nous adopter autrement quecomnie uih* rare exception le récit d'un fait extraordinaire rappelé par Andersen* un des plus hitiï'pi- ■ t « v. des plus instruits, des plus veridhjui's explora Leurs anglais? Il rapporte qu'il a vu dans la Finlande deux o\ lilnucs. l'un mâle, 1 autre femelle, se ruer une â'dc ardeur et cote a cùtc sur une proie étendue nu bord d'un pïëge; îl ajoute i|ne tous deux tOUlbêrecit d.ins un fo profond, qu'ils y demennuenl sauf nourrilure peinlauE
ŒUVftES DE JACQUES À1UGO.
dïx-sepi j s, et qu'ils se laissèrent mourir de faim sans
exhaler anémie idamic, sans se livrer le plus petit combat Mua m â moi, je* recule devant une aecus.it mn rie mensonge dirigée contre M, Andersen; et son récit, m ut extraordi* Jia ire i[n'il paraisse, me semble ri e voir être accepté par ebacnn de anus comme n» fuit avéré.
Et pourtant, ce qui n'esi pas moins positif encore, cTesl que deux ours blancs en rivalité (mur la conquête d'un enni-nii mort se déchirent à lui I ■ - dents, eL que presque toujours l'un des deux sert de pàiure a l'autre.
Mh! rassurez- v mis toutefois, curieux explorateurs, la race des bêles féroces n'est pas encore prés de s'éteindre; et, si voua consentez a passer un hiver au S'pitiberg, au Groi-nlaud. en Laponie ou dans la Finlande, je v.ms réponds que VOUS serez témoin de certains épisodes qui adoucirnnl i'.mn'i tumu de vus craintes. Ue n'est imint nar elles
que s'effaceront de la lerreles races Immense et malfaisantes, et nous if as me ï-mômes ni assez. d'ènerjjH» uia«sCi de patience pour essayer de les détruire ou d Vu diminuer 1 e nombre.
Longtemps encore le jaguar parcourra les sol lui des du Paraguay, je lion syrien poursuivra les en ri runes d.ins le désert, le rhinocéros bouleversera les plantât ions africaines, l'éléphant dévastera II s villages hotte n loi s, k ernemlile infestera le iNii. et les rades malaises, le tigre royal proménera ses fureurs dans ton! l'Indousinn, et L'ours blanc attaquera les navires Linlciniers emprisonnés dans les glacer des pôles. Nous allons vo ton tiers â ta conquête de quelques pieds de terre» mais nous laissons en toute liberté Les dotes dnngereu* qui la dépeuplent et la ravagent.
^ n il est le plus coupable, un de la bêle féroce ou de l'homme.'
COMBAT WH Tir.llE CU.NTBE UN LIOX
Mi
Ceci n'est pas une chasse, t'est un combat* C'est une de
ces luttes terribles qu 1 voit qu'une fois dans une vie
séculaire. Celle imposante majesté vous poursuit dans vos insomnies» au milieu de vos terreurs du moment. C'est une scène de carnage et de mort qui se retnme .ï voire mémoire il y laisse, sans que rien an monde puisse les affaibli r„ les impressions instantanées qui vous ont saisi i oui d'abord; vos yeui, votre cœur, votre rime, se repaissent du tableau.
Oli ! ne me dites point nue vous avei vu des tigres, des Lions, vous qui n'avez, étudié ces redoutable* r^intïnipèdes qu'au sein des ménageries et dans des cases solidement bardées de fer. Ce qui! faut nu lion, ce qu'il faut au tigre ■-"il riva], c'est de l'air, c'est de l'espace. La, mais l.i seulement, ils marchent, ils courent, ils bondissent, ils trônent. La baguette du gardien les n mi Irise dans leur prison; au désert, une armée ne les fait point reculer. Voyez ces deux monarques se promenant avec pravilé dans leurs do* maines; on devine an premier coup d'cail leur force, leur puissance et presque leur caractère.
Autour du lîiui ri il ii tigre royal il y a toujours une odeur de sang qui s'échappe au foin et épouvante les populations; le massacre est derrière eux, et devant nu encore sont des victimes, des lambeaux de chair et I' >s . ment S broyés. Le lion tue et laisse la sa proie s'il n'est point aiguillonné par la faim. Quant an tigre, il a beau s être repu, il tue» il miche, il triture, il se mule dans le ïang, et m- s*i n va que vaincu par l.-i lassitude ou l'appât d'un nouveau triomphe, Ijc tigre n'a pas même de générosité pour le cadavre,
nous descendions avec le flot sans jamais éloigner nos regards de celte riante et fraîche végétation des bords du Minier. 1 1 1 1 milieu de laquelle s'échappaient cornue par enchantement des aiguilles aiguë* <m des dômes réchauffés par un large soleil. Tout était calme et silencieux dans la
rapîde barbue, les courtes pagaïes des ra urs sifflaient
seules si ii les Ilots â coups monotones et, cadencés comme le tic tac d'une pendule, car l'extase était dans loules les âmes.
Le mifljjc vert, comme les Si payes appellent le redoutable choléra, avait passé depuis peu de temps sur la ville en deuil, les cadavres amoncelés donnaient sous la terre refermée; l'épidémie ne menaçait plus l'active popuLa lion de ses exhalaisons félidés, et le bonheur inespéré ete n'avoir pas été frappé par le fléau destructeur apportait quelques
consolations â l'âme de cens qui s'étaient vus prives d'un ami ou d"uu frère. ILulas! il y a de l'égoïsroe dans toutes les affections.
Nous savions que nous serions reçus par le major Lïng avec une cordialité toute britannique 5 car en Angleterre
OU fait bien les choSCS, qu. ml on veut les hieu faire. ftmiS
allions nous trouver bientôt a table â côté des dames tes plus aima blés de Calcutta, et, quelque variés que fussent
les fiavsa^es qui i -mi et fuyaient vile derrière nous, nous accusions Û tiédeur îles liras neneux <pii faisaient
glisser l'embarcation comme un oiseau péiagïen.
Cependant au loin sur la rive gauche, à demi caché prir an magnifique rideau de cocotiers auxpanacbe^ toujours verts, poinl bientôt l'élégant kiosque ou nous attendaient de joyeuses soirées. Nous hunes â l'instant même debout pour être plus lui aperçus et pour voir de plus loin. Une heure après nous sa luîmes de h main un -coupe de personnes qui nous attendaient auprès d'un facile de bn rend n et qui mmsioonlraieui déjà, sur leurs traits épanouis, h le phisïr qu'elles avaient a nous bien accueillir. Celait l'Europe dans L'Inde, maïs l'Europe des salons élégants, l'Europe artistique, bien élevée, heureuse, ride' et parfumée, l'Europe comme on la rêve alors qu'on en est sépare par le diamètre de la leire.
I erei est un tait a constater, enr il n offre point d exception, <m du moins je ne lui en connais aucune. Nous
quittons notre pays parce que la vie i s y semble trop
régulière* irop compassée; nous le quittons, nfflk'es que nous s niMM - des grandes petites choses dont ou cherche a occuper notre oisiveté et notre paresse. Terres, chfltëanx,
palais, spectacles d> imites sortes, mi menls immortels
d'une gloire immortelle, tout nous déplaît, tout mms assoupit, tout nous écrase. Nous quittons celle Europe pour ainsi dire tirée au cordeau, ci a peine sommes-u>> us | <-
.sur un sol abrité par une nouvelle vègélaUon, chauffe par un autre soleil, naigno par d'autres Hols, que omis
dierel s, f.uis d'une singulière espèce, â nous rebâtir le
inonde dédaigné que i s venons de fuir.
Le souper fut délicat, sans faste, sans prodigalité, ordonné avec un goût exquis et assaisonné par ►conversation loule cordiale et pleine de saillies Apres le «juper, il veut jeux et concerts» cl Ton se relira tort lard dans des chambres élégantes, lo . \ posées â la brise du Bord, sous des galènes spacieuses où l'air n'est jamais captif.
CHASSES AUX BÈTES FÉROCES
Le lendemain* chacun élail del tde bonne heure; Plie
soleil avait ;i peine mon i ré son disque resplendissant, que les allées lits jardins qui cerclent la ludie habitation du colonel étaient parcourues par les visiteurs* U journée
semblait vouloir être brûlante, l'air était ranci e me le
feuillage, It y avait dans l'atmosphère uoeaorlede torpeur qui nous gagnait petit â polit, i?t nous nous stations ta gués comme si no sis venions d'achevi r une pénible course. Tout & coup, deux superbes chiens qui nous accompagnaient et jouaient dans les contre-allées s'arrêtent cl
j ssenl ensemble de douloureux aboiements. On veut
ietti Imposer silence, on les menace, on les rudoie, ils ne changent point de pince, et leurs cris deviennent plus fréquents, plus eildohu is t
— Ce sont les tristes symptômes d'un ouragan, dit le colonel, allons nous barricader.
— Non, ce n'est point ainsi que hurlent les chiens, répondit sa femme, quand la tcnifiéie mais menace; el cependant j'ai peur.
Un esclave malais accourut en toute hâte et s'écria du plus loin qu'il put se faire entendre :
— Lion : Itou là-bas ! sur les bords du lleuve, uti gros, un terrible lion J
Baison de plus pour nous barricader, poursuivit le colonel; reniions, mes amis, et armons-nous : le lion esi un importun visiteur,
les solides portes do l'habitation furent fermées en eiïet ; tes esclaves en armes veillèrent an rez-de-chaus^ e el nous, impatients de bien recevoir un pareil bote, nous mon Urnes dans la galerie à petites Houilles qui dnminait Le Gange, Un lion monstrueux se nromenaît gravement Bans (urine regarder autour de lui s'il avait un ennemi â combattre; il allait à petits pas ainsi qu'un philosophe, el seulement de temps â autre il frisai! halle pendant à peu près une minute, puis il poursuivait lentement sa route.
Arrivé an pied d'un magnifique cocotier planté pour servir de signal la nu il auNeuiliareafnui* ■ |ul sillonnent le fleuve, il s'arrêta, pivota deux fois sur lui-même, cboislJ sa place a l'ombre et s'y coucha. C'était «ne quiétude de monarque généreux qui ne craint pas qu'un vienne troubler son siHiJim-il : c i-r îi il U' ronns du iuslc.
Ce fui une commotion électrique; il y avait n peine dix
minutes qnc Le li riait assoupi qu'il .se dressa prompt
comme lu foudre, poussa nu lugubre gémissement, gratta la irn. de ses deux griffes de derrière, baissa la lêleel sélanra d'un seul bond à une grande hauteur sur le Lronc du cocotier. Là il lourno ses regards â droite et a gauche, retomba sur le sol ets'aecroupildC'nouveau, l'œil toujours lise vers le même point de l'horizon.
— Ij] ennemi se présente nous dit M. Ling, un ennemi formidable. Si j'en juge par l'attitude du lion, la hutesera .inleiiie, et bien des riches donneraient nue fortune pour se trouver en ce moment auprès de nous.
— Pourquoi, répliquai-je, li-s riches de Calcutta ne se donnent-ils pas quelquefois ce plaisir que selon vous ils achète rai eut fort cherï
— Ali! ali! c'est que celui dont is allons jouir est
rare, Ûe n'est pas contre des hommes que va combattre le lion, c'est contre une hèle féroce aussi puissante que lui peut-être : un rhinocéros, un éléphant, un tigre.
— Un tigre, en effet, poursuivit II. Young en nous montrant du doigt au loin un de ces dangereux promeneursdu désert qui venait de notre côté par bonds retentissants comme \ cascade. Mous avions lecnu tendu,
nous respirions à peine, nos regards allaient sans cesse du lion au tigre et du tigre au Lion toujours aux aguets.
lait déj.î un terrible spectacle, car nous comprenions quelle en devail être l'issue,
Voici les deux adversaires en présence, lis se sont vus. ils ne se quitteront ulu> désormais (pie l'un dis deux ne soit un cadavre.
Le tigre était monstrueux par sa taille, majjniilgue par les ligues longues, noires et régulières qui zébraient son dos jaune vivement accentué; sa gueule «Hait béanU\ sa queue basse ainsi que sa tête, dont les yeux r ■ iys lancent de rapides éclairs. Nous n'étions réparés des adver-
saires que de deux cents pas tout au plus, le soleil le plus aident les; frappait â plomb, et nous ne perdions aucun de leurs mouvements , nutn 1 nmir kiitaii vue et fort, je vous jure,
Le tijjre gagnait toujours du terraiik U- limi i hii^
le Laissait venir. II y avait dan* celui-ci le i aime de la force, l'attitude de In puissance, oncroyaildevincrcluft celui- la les violenis efforts u. relui qui à assez de cœur
I r a HVrtn ter un péril imminent, ei qui pourtant ne
llatU: (niiiit de le vaincre Sa marche était tortueuse. mais il s'approchait de sou ennemi, Un certain frémissi-meut se faisait sentir dans ses jarrets nerveux, et cependant il u'- lovait point. Eût-il êiè satisfait île voir le lion lui laisser I '-champ libre? Je le pense, • i c o-l p ■ cela que j 'admirais eu ligrc royal pré! a -e jeter dans une fournaise plutôt que de se laisser taxer de lâcheté-
Le lion n'avait point bougé, mais sa crinière hérissée disait assez ce qui se passa fl dans sojj à me, ■ 1 • - 1,-mps a autre un soubresaut de ses lianes amaigris indiquait un rugissement comprime ; il ne voulait pas, Lui, le roi des quadrupèdes, qu'une frayeur prématurée arrachât quelque chose à l'audace d. ■■■ lui qui venait â sa rencontre. Ses griffes el ses dents hû suffisaient, un combat à deux étail arrêté. Pour le li^re, c'était peut-être mi jour de gloire; pour le Hou, c'était, â coup sur, un juin- île {Vu-.
D'un élan, ils peuvent se saisir, se mordre, se déchirer. D'un élan ils auront franchi les vingt pas nui les distancent. Ils se, sont élai clmè terrible est i n- il à celui de deux navires qui se heurtent au milieu d'un ragan. Vous entende/, crier les os sous les poignantes étreintes, vous voyez les la m beaux de chair fumer el tomber sur le sol profondément creusé. Eui cri, malades glapissements ténébreux attestant la rage et non la douleur. Ils sont colles l'un .i l'autre ainsi que deux solides béliers dont on veut essayer les forces à peu prés égaies, et l'immobilité des lié tes féroces accuse précise me ni l'instant des plus incroyables fureurs. Xul n'a Je dessu . mais nul n'a ployé les jarrets : on prévoit à qui demeurera la victoire, et quand vous croyez le tigre vaincu, il ressaisi J sa place, perdue par un mouvement qui, â tour, ébranle 11- lion étonne*
Depuis j i " » i - il«- dix minutes le combat durait sans jn-nlre de sa violence, et, comme d'un commun accord, le lion et le tigre se quittèrent enfin pour reprendre haleine, C'était r immobilité de la rage, c'était le repos du volcan.
Quelques instants après, un incident nouveau, imprévu, donna plus de vie encore à ce terrible draine qui approchait du déuoâinent. Le tigre, qui prévoyait non sa délai le, mais sa mort, saisit le monieui ou son adversaire léchait de sa lau-iii' tahoLeUM! une large entaille sur sa cuisse, S*é lança sur le troue du cocotier à plus de dix pieds de hauteur et s'y maintînt cramponne avec ses ongles* L.e lion regarde devant lui ut n'aperçoit plus sou adversaire: il rugit, lève la tête et s'élance a son tour au niveau du tigre. LL n'y avait pas moyen de combattre dans cette
SosHion, etj toutefois, il était bien décidé maintenant que es deux bêles féroces une seule devail rester debout. Le tigre le premier se Laissa limier, le lion le suivit à une demi -seconde de distancé, et relie fois ce fui lui qui éprouva ces mouvements saccadés que nous avions d;i-
bord remarqués dans le ti^re. Une longue lutte dei it
impossible, trop de sang inonda il ]>.: »i|. irop de dents s'étaient osées à mordre, trop d'ongles s'étaient émons^ â déchirer; une nouvelle commotion devait être la der* niérCi
Voyelles deux jouteurs se tiennent debout el pressés, les deux mâchoires -oui enchâssées Tune dans L'autre et serrées comme des étaux, on seul les os qui craquent i : se brisent. Mais le liçn: recule, il faiblît, il chancelle, il
j mu lu- Kl le lion", avec mi Icrrible rugissement, le
prend à la gorge et semble vouloir | w Je vaincu de sa
longue résistance.
Il ne liehail point sa proie, l'impitoyable roi des forcis, |<> monarque redouté de^ déserts il la tenait toujours la sous si puissante grifTe, il la déchirait par lambeau s, il broyait sa tète osseuse, et il allait donner son dernier
\M V 11 SlS hl- JACQUES AKAliU,
coup de mâchoire quand un mnnsirueux crocodile, sortent vivement des eaux t sYlani;a sur Le quadrupède vainqueur, h* saisit par les pâlies ensaugla niées et l'entraîna au fond dis eaux
Un cadavre seul resta sur ta plage nu pied du cecolicr et» Quelques Instants après, une large traînée sir ri *t dessina sur le Gange et énonça te repas du vornec amphibie.