‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 66 sur 82 · CHASSE AU LION · texte numérisé non relu

CHASSE AU LION

NOTICE

Au premier ms|hvI on vnil que le lion esl le plus noble Ji-- i|n:idi upédoÀp qu'il commande et qu'on lui obéit, Sa démarche est gra*e, son «'il tranquille et p tvoix

rclmilissaute. Il n'a ni ta stature lourde ri colossale de l'éléphant, ni l'épaisse charpente du rhinocéros, ni Jes osseuses Errégulnrités du dromadaire, ni la le le hypocrite el basse de l'hyène, ni In démarche oblique du tigre. Au contraire, il esl dons les proportions lea mieux ordonnées pour caractériser la force ri li .souplesse*. H n'est char jii de chair ni de graisse* ses muscles se dessinent vives saillies el donne ni à comprendre la rapidité de sa course cl l'audace de ses bonds immenses. Sa queue peut d'un seul coup terrasser un homme, el, dans ses luttes contre les chasseurs et les lie les féroces, il s'en serl par* fois comme d'une massue.

Sa large face prend aisément tous les caractères de la

passi | ii ii le domine. Si prunelle fauve tlit sa colère ou

m's sympathies» son front est profûndémenl ridé quand il

menace, et ses lèvres (remisse nt es couvrent gueule

énorme dans laquelle vous voyez s'agiter une langui' rouge aînsî qu'une flamme ardente. Quant â la crinière épaisse qui orne son eou et ses ëpauhs, le Liou a aussi la racuhé de la mouvoir dans tous les sens comme des vagues, de la hérisser comme les flèches d'un porc-épîc,dc la faire retomber comme une cascade.

La taille des plus grands lions est d'environ quatre ou cinq pieds de hautr-tu sur une longueur dé huit à neuf pieds, i partir du m u seau jusqu'à la naissance de ta queue, qui t ■ 1 1 1 ■ même esl Inique d'environ quatre pieds cl ter* minée par lui gros Qocon du poils.

La Lionne est d'environ un quarl plus pet île que le lion, sans avoir cependant moins (Vaudaeeet di-lï-Hniiêque lui, surtout lorsque sésjeunes rejetons ont besoin de sa lu telle.

Àrtslole oit qu*il existait de son temps des lions crépus beaucoup plus petits et moins forts que ceux dont nous

v» ns de parler, Mais, jusqu'à présent, nul historien

n'est venu garantir l'assertion d'Arïsfcote, et les naturalistes modernes ont, je crois, quelque raison de U rê-

CUSi r.

Elien el Oppien ont osé écrire qu'en Ethiopie les lions lient noirs comme les hommes; qu'il y en avait dans les lu. les de parfaitement blancs, et qu'il n'était pis rare rlYn rencontrer tir r ichés comme le léopard ou de rayés comme le zèbre, maïs avec des couleurs rouges, noires ou bleuis. L'histoire naturelle de nos jours s est appauvrie de In perle de ces curieux individus.

iY;i-l-im pas dit aussi naguère avoir VU, prés de la rotante du cap de Bon ne- Espérance, des tigres recouverts de poils frises et lonjr*? J*aime mieux croire .1 l'exts te tu de l.i licorne, surtout si jem'appnie d'un dessin grossièreîueiri ébauché par un Cafrc, dans une des admirables caves de Constance, cl que le sauvage me montra un jour du

doigt avec orgueil, en me faisan! comprendre qu'il l'était croquée d'après nature.

Il y a aussi des lions en Amérique, mais ils sont pHiu, faibles et sans crinière, comme les lions i]< Indes; les Péruviens les appellent puma, et, dans tes chasses qu'ils leur font, ils ne semblent pas beaucoup craindre leur férocité*

Le lion de tous les pays de la lern- supporte la faim avec un grand courage, mais fort dithcîlenjenl la soir, et il se jette fréquemment a ver avidité sur tous les ruisseaux de la roule; il boil en tapant ainsi que le chien; mais, contrairement a la nature de celui-ci dont la langue courbe en dessus pour injecter la celle du lion se

courbe en dessous,

11 m besoin pmir apaiser sa faim de quinze livre* de viande par jour, el vous comprenez qu'il sail i\ merveille où se 1rs procurer.

L'histoire des hommes el des animaux ne dit pas qu'un seul monarque soit morl d'inanition.

CHASSE

Depuis l'histoire véritable du Ifon d'Àndroclés. et celle non moins attestée du lion de Flou i qui rendit à une mère êplorée son eu ta ni ;i demi englouti dans ta gueule du terrible quadrupède, on a raconte, tonjnurs escortées d'une foule ne détails authentiques, plusieurs centaines d'anecdotes fortinte nies où le lion esl m-intrê si Imn, si noble, si généreux, que les mérinos on tes gaietles en rougirnifut ue honte el de jalousie. V en croire certains historiens, jamais plus douées el plus caressa nies eivnluiNs n'ont parcouru les déserts sauvai! i vonscroiriei i m • ces redoutables botes de l'Àlirique Intérieure n'osent pas même n u uder de loin les caravanes aventureuses.

Oh! ce n'est pas ainsi qui! fuit envisager cet indompté promeneur, ce dévastateur intrépide qui, dès que lu foi m l'aiguillonne, s'élance sans compter ses ennemis, et, les prévenant d'abord pnr dis rugissements de tonnerre, va bientôt se mer sur les voyageurs armés du désert et jusque dans les cités les mieux défendue

La menace du tion esl un arrêt de mort, ci si Ftouviére, dont je vous ni parlé dans un livre, ne m'avait pas initié à l.i puissance de son courage, je ne croirais pas qu'il y

eût au monde un hoi ! assez audacieux pour oser renier

n m- tulle contre ce tire ni implacable dominateur.

Etudiez mouvements, sa physio nie, le jeu terrible de sa prunelle, les sifflements de sa queue ballant des lianes maigres et accentués ïvoyes ces membres co iris el musculeux terminés par des -nïfea effrayantes armi

CHÂSSES AI X nuits FÉROCES.

d'ongles qui entrent dans les chairs comme une pointe d'acier; nvrèU t-vous en présence de cette 1 irge face encadrée dans «ne crinière énorme se hérissant au prem ■ i

iii ut de colère, et disant par son calme ou son agitation si celui qui en est revêtu va combattre ou s'il refuse d'entrer en lice.

U v a une irn| - mv 11L et c'est pour

cette raison que nul être vivant ne regarde le Hun sans terreni sans respect,

Dû des plus magnifiques lions qu'on ait jamais vus en Afrique, ces! celui que possédait, a mon passage au cap i3e l>. » e 1 1 ^ ti -Us |iéranoej la ménagerie élevée dans le jardin de la Compagnie des Indes .^ Il n'éiait pas, comme nos tristes quadrupèdes du Jardin des Plantes, pressé dans une cage étroite, sans air et presque sani lumière; m il avait, au contraire, pour donner de l'élasticité A s<-s membres, un vaste espace entouré de grandes et solides murailles. A hauteur d'appui, d'énormes barreaux de fer |.. m m aux curieuse de s'approcher du monsire qui,

fort souvent, se cmn hait sur le banc circulaire élevé d sa retraite, Je l'ai trouvé plusieurs fois dormant la tête appuyée contrôles grilles, et lorsque j'arrachai violemment une Loulfo de poils de sa crinière, l'anima) demeurait parfaitement immobile, ei ses yeux ,'l demi fermés ne clignotaient môme pas. En d'autres instants, nous nous sommes réunis deux ou trois pour saisir sa queue de nos deui mains, et, lorsque la serrant de toutes un* forces nous espérions lutter contre lui, le lion donnait Je pet l tel sec> usses et nous étions vaincus ou renvera

Le lion ne court pris, il bondit, et chacun de ses bonds creuse ta terre. Tous les autres quadrupèdes choisissent par iiisiinct le lien uni convient le mieui A leur repos rarement ils s'en éloignent sssex pour ne pas le retrouver Il ouït. Apn iivîi de la journée le lion se couche

a tout hasard auprès d'une habitai! le pl-micur, sur la

lisière d*un bois, au milieu du la forât, m .sein du désert

nnmet d'une montagne* Comme il .1 le sentiment

de sa force, il ne craint pas ju'on vienne troubler son

eil, el son repos est celui du maître du monde,

Entendez sa respiration, c'est un Loi» Jonnement mo-

■ , . .u . élément creux, profond, sonore» mais caUne,

lier. On dirait un être bienfaisant rêva 01 de paix ei

de! heur. Le Ligri ,au< traire, respire paraoubriaau

il s'agite fébrilement et élargit de temps à autre ses griffes, il ouvre ses yeui et lea referme, il se roule sur le -, l, el quand il s'est bien repu dans lajourn . - nuit esl une nuit de turbulence, image lidêle des heures de mr -I de cari qu'il vient de passer. Dans Loute espèce créée, si Le premier est noble et magnanime, le • ■■il esl vil et cruel. Après I fcigle, le vautour; après le lion, le tigre*

Il y 1 des lions en Amérique, mais ils sont beaucoup plus petits et moins redoutables aussi que ceux d'Ani \\h.> ou d'Asie. La, le jaguar ne craint pas un Le! sdversaire, el c'est presque toujours celui-ci qui est vainqueur dans lie, En Asie, l'éléphant el le rhinocéros peuvent seuls lutter contre le lion, el c'est à peine si te ti^re du gale, aux allures si souples, à l'adresse si prodigieux

or sa présence.

Les historiens ont- il s menti, ou est- il eu effet bien constaté que, dans les fêtes celé i Rome, plusieurs centaines de lions étaient souvent immolés au prolil des ^ 1 1 1 1 p v. 1 . i r . ■ ■ M un venaii cette immense quantité de bêles i- '1 ices? Quels uavii & portaient d'Asie ou d'Afrique? Far quels yens s'en empara iL* on au milieu des déserts ou au sein des montagnes? Il y avait donc di

1 peaux innombrables de lions el de tigres? Kt ces trou-

e laissaient ■ parquer comme des bêtes de

s-uiiii ■ be au 1 traire que La race de© lb!cs

quadrupèdes ne oit point abâtardie; où était la séeu-

ili-s - cura et des villes Comment et par quelles

.innés opposer une digue à une irruption de lions af*

famé^ se précipitant sur une cî 1 1- ; car cela devait fré-

qtiei enl arriver, puisque le désert, qui était leur do-

ine, n'offrait pas alors plus qu'aujourd haai les aliments à leur voucilé de chaque jour.' Se médites

- qu'ils se servaient mutuellement de pâture, car encore je vous repondrai qu'ils auraient dû se détruire, et q

■■ conséquent, les eiruui la cité éternel!* l 'eussent point --ii- témoins de ai imposantes bécatombi ^ Va pourtant, tons les historiens sont d'accord sur les faits ■'■■ riis, el nous sommes bien forcés de courb ir no front devant leurs récits, alors même que la raison dit de nous tenir en garde cou Ire tant de témoignages.

La taille, la force et la couleur des lion* jns va-

rien! dune façon singulière, Le i ur qui n'aurait vu ces bâtes dangereux que sur rÀUas chercherait Ion temps à eu découvrir la dans l'aspect des lie,,

abyssiniens, de Sahara, du Sénégal eide la Cafrerie« dirait encore que leur vêtement et leur férocité de la nature du sol qui les i\ vus naître,

Dans le nord de l'Afrique on les croirait en quel sorte civilisés, car ils osaient, surtout avant nos con pién s'aonrocher aaseï des caravanes pour laisser suppos >[u ils voulaient voyager avec elles, et venaient i parrois se livrer au sommeil Jusque sous les murs des villes ara lu

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