‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 67 sur 82 · MIS · texte numérisé non relu

MIS

Le lion du ci md désert est le plus inexorable de tous,

il que l'aide 11 le soif dont il est sans cesse dévoré le pousse l ses violentes colères, soit plutôt qu'il s'irrite d'avoir trop peu d'ennemis ;i combattre- Au surplus, habitudes sont prises; il serait mieux ailh sans .1 uite; nmis il esl né au désert, il veut y vivre, il veut y mourir. C'est le Palagon dans ses pompas immenses, eWle L.q. m milieu de s>-> glaces, c'en le Hotteutot dans ses huttes souterraines et enfumées.

Quant au redoutable lion qui ravage le pays desCafi les bords des rivières de ïaïre el di T'Elép tant, ainsi que le voisinage de la belle colonie de Tnhle-B y, c'est, sans contredît, celui qui Joint à un ni us haut degré l'astuu l'agilité, la cruauté à l'audace. Lui, par exemple, il pa il va sans s'inquiéter du nombre 1 ennemis et visite meut les plantations tes mieux fortifiées. Les piques, lea tridents, Les fusils, ne Tarn-t-ni pas, il se rue dessus avec une iiUrëuidité aveugle, et l'on devine qu'il lui importa fort peu du mourir pourvu qu'il lue.

Je vous ai ilil autre part comment un colon de la tille du Cap osait approcher du lion, le regarder eu face, l'altaquer al le vaincre, Mais lui, M, Rouviére, est une exception crue la 1 as peine i cum prendre, et il Tint Lieu >\r.. sni'les pour la reproduction d'un pareil homme,

Voici le ruglssemenl du lion qui envahit l'espace; il n'est point couru rapide, saccada, comme lorsqu'il se trouve eji présence de son adversaire, mais long, grave, solennel* pareil au roulement de la foudre, lies qu'il ,1

Lenti, la population 1 ifre ae dresse, s'arme, si serre el rugit à sou tour. Hommes, femmes, adolescents cl vieillards sai -.i leurs tridents. Leurs flèches dent . ,

rs massues et leurs fusils, et se jettent an .]. de Leurs cases qu'ils ferment .solidement sur les enfants .m berceau ou sur les malades; et, sans ordre, .sans qu'un seul d'entre eux prenne le commandement, ils vont audevant de la bête féroce qui n'aime pas trop à se Taire attendre dans cet; rencontres terribles ou doit couler tant

de s.nig,

L» s voici en ; resence ! d'un cûlé, une armée ; Je l'autre,

un seul c battant au regard fauve, i la crinière hériss

â la gueule rouge, ii ta langue haletante. Sa face se ride. - m corps se raccourcit illonge ainsi que le (ail oeîui d'un reptile, m queue sifdeet I: Banc oc violence,

et ses ongles aigus entrent dans le sol comme aiin d"y

. um'i une fosse pour U -um-uis qu'il va tritura et dépouiller de leur chair.

Ou n lôlre façonné i In présence du lion, on a beau l'avoir i'<ud>..iiii plus d'une fols, il est impossible, eu Je retrouvant là, près de soi, libre, ardent a" la curée, mesurant l'immense espace qu'il va parcourir d'un seul bond .1 Agitant ses redoutables griffes, de ne pas .se sentir ii-.,! iquc ubattiu Si puissance e*i si grande! Il

difûciie .ï Luer?Une balle lui perce le cœur, > j t il ne tombe pas enootv <j iimi il meurt, il ne meurt jamais, ou jamais seul, Quand ion cadavre est immobile sur

ŒUVRES DE JACQUES ARAKO

'^îst

Ce n'est plus un combat, c*est une boucherie horrible 1

Je sol, c'est qu'il y a amour de lui d'attirés cadavres mutilés. Le lion ne tombe isolé que sous les coups >N In foudre mi de la vieillesse,

Biais l'espace qui sépare la horde farouche Je s Caftes du terrible ennemi s'est rétréci, les flèches pourraient porter, le fer entrer peut-être de» us le cuir. Qu'est-ce, bon hirn! des pleures légères qui ont à peine le pouvoir d'occuper le quadrupède, lequel, dans son insiinrt de fierté, ne daigne pas même songer à son adversaire. Il dovine que ce n'est point de celle arme que lui viendra la première blessure qui le fera bondir et lui arrae!:* ra une douleur* Il cherche de son regard de feu les ennemis proli'jîés |iài le fusil et le trident de fer; c'est sur eux qu'il se ruera tout à l'heure, c'est une ou plusieurs de ces poitrines quil lin tarde d'ouvrir avec ses dents si niques el si êclalaulcs. Aussi voyez comme les combattants Les mieux armés serre ul maintenant leurs rangs! Voyea comme ta soin de leur conservation les rend liahilcs .î la défense! Tant que le Itou a clé éloigné, Uni qu'on a eu

F^imir d'éviter son ntlaque, ils se sont tenus an milieu de

la foule compacte'

Mais, lîrs que la bâte furieuse avance encore «l'un é|;m, ils se groupent, se serrent el essayent de ne faire qu'un senl corps, une seule muraille, afiu d'opposer une plus solide barrière â qui ne connaît point de barrière alors qu'il a résolu de vaincre. Quant ri la Huile ambulante, presque hébétée, qui est venue à la rencontre ilu lion comme powr lui dire qu'il ne manquerait pas de vivres, elle respire a son tour plus librement, el cependant prépire i seconder contre ce terrible souverain les efforts de ses frères devenus chefs par privilège de danger

On s'est ohservé de part el d'autre; on a bien mesuré ses forces, les fusils solidement appuyé* sm- l'éj-ank ronl envoyer ïc plomb brûlant. Le lion est couché el occupe le moins d'espace possible ; i! se fait peUl pour devenir colosse un instant plus tard. Il e*i immobile el silencieux rivant ou il devienne cataracte ou volcan.

Les balles ont sifllê, des poils fauves se jouent i l'air,

CHASSES AUX BETES FÉROCES-

Us Aribea de l'Allia combattent lo Lion à cheval el annis de fusth ■ i tte pi |ue*. [Page 26,)

le sang coule, !.i douleur est morte* (lo iTesl pns assez, c'csl ri.i|i peut-être pour lui, me hi 'lunli-ur ilu limi, ■ ■"■ Ki dernière heure de celui qui l'a causée.

Il s*esl redressé. Son éprise chevelure se hérisse comme U> flèches, d'un porc-épic en présence du serpent, les poils de ses lèvres vibrantes mblent a des glaives i|iii se heurtent et se croisent; il ne donne |kls Ii< temps i son ennemi de recharger t'arme; il se baisse, s'élance comme une bombe et lue lIc Lt déni el des griffes. Ce o*eai pins mi combat, c'en une boucherie horrible! et pourtant eVsi s-i-nUfriurni .ilis «pie le quadrupède v.i succomter. Les dards lîgas s'altai henl a sa face, les casse-tetos se brisent sur son Iïojil i .v. , -■••; reins el ses jarrets nerveux sont épuisés sous la niasse qui les accable... il l ..min-, ei hs v.iimpicurs nagent dans mj-: nuire de sang,

V croyet pas toutefois que ces jours de dés dation et île carnage se renouvellent souvent : ils sont rares, tu contraire, même parmi Les Cabres, aussi sauvages, au -i agiles, auiii indompté mie les lioUcntots se mon ire nt paresseux,

faibles et lâches. Non, ce n'est pas toujours ainsi que le lion est combattu au milieu de ce eppes effrayants, ou ,iu sri n de ces forêts silencieuses qui cerclent te nord île

colonie anglaise; et de semblables événements ne se révèlent mie lorsque le rednui ible dominateur de ces contrées vient ei rimproviste s m -prendra une bourgade. Quand

il H |e t .m contraire* qui va au-devanl de lui, elle i recours i la ruse, qui lui est si familière ] lutter contre

Les hommes, et le lion, qui ira que L'instinct de sa puis* sauce, est presque toujours victime de sa vanité royale. Dans une plaine Labourée par k^ bonds du lion ou tiu Ugre,

CaEres crensenl des trous profonds qu'ils I^tï^-ni .pi-lquefois de piques aiguë* Ni pointe en raîr. Cela fiii» ils h-s couvrent de brandie'; d'arbres avec leurs feuille.-;, pi m mit rlrssus un cadavre de bête fauve el regagnent leurs nuit Dans su voracité, le lion bondit contre sa proie, qu'il ne

il pas se donner 1 1 peine de réveiUcTj et qui tombe avec lui, car U'.s Uranchea ont cédé a h secousse. Brisé, blessé par Les Fers aigus qui ont pêmifê ses chairs» il rugit d'une

OEUVRES LM JAI IjUES ARAtiÔ.

façon terrible, car il seul que sa force lui esl désormais inutile, L« -s Cafres accourent alors, contemplent avec joie, autour de Su fosse béante. Leur ennemi vaincu, cl attendent pour L'enchaîner que la faim Lui ait ravi toute puissance.

Ce qui surtout do il étonner dans ces ardentes rencontres de J "ho m me et du lion, c'est l'admirable courage et la sioïque résiliation du Cidre en présence de la bêle féroce, lorsque seul il se Ironie avec elle au sein du désert, lui toujours si brave ei si téméraire dans les luîtes sans lin qu'il .1 à soutenir contre les peuplade* qui envahissent su n royaume, et même conir« nombreuses troupes

anglaises forcées souvent de venir opposer une puissante digne il ses rapines et a ses menaces. Si un l'afre isolé est traqué par nu lion T il est rare qu'il songe à la défense par la lu ite ou par les armes ; il s'accroupit, il ferme les yeux ri reçoit te coup mortel comme le ferait un Ihdtcnl'i : il pen se peut-être que sa soumission lui vaudra sa Lîr.ice- unis la générosité du lion n'est que dans k& récits dis liororm

Sur le bord de la rivière de Zaïre, et même dans quelques parties de l'ouest de la Cafrerie, on combat le lion et le tigre d'une manière isseï ingénieuse, mais qui parfuia ne laisse pas que de présenter d'immenses périls. On noue fortement un bu file par les naseaux ,i un tronc vigoureux, Dés que les animaux domestiques annoncent par leurs cris i i leurs iiTjii£[iements l'approche de l'ennemi, des chassaurs agiles escaladent avec quelques vivre s 1rs arbres les plus élevés, s'y h lot tissent \n\ milieu de l'épais f« uillaire, et attendent que le lion s'empare de la bête musclée, fies coups «le fusil partent alors de chaque retraite, et il • i i n *\[\r le lion ne trouve pas la mort au milieu de son festin. Si cependant les coups n'ont point porté, et si l oudre est usée, le Lion attend là quelques jours que le chasseur descende de son gtte; vous comprenez des lo que la bète féroce manque point d'aliments*

Us Arabes de L'Atlas, des monts de la Lune, du nord du Sahara, combattent U lion à cheval et armés de fusils et de

[ues. Des que les hennissements ot les mouvements fébriles de II ii s coursiers les prèvioumml tU la uréseï

d'un lion au fond d'une caverne, ou couché a dieu des

>r -|i| es, ils cerclent l'espace ou repose leur ennemi, el ne

oignent cependant jam . &s les mis pour

qu'il*, ne puissent se prêter secours en quelques minutai, Aussitôt que la bête féroce m réveille, se redresse et se voit menacée, die calcule l'imminence du danger, et s'élance vers celui qui lui pareil le [dus difficile \\ vaincre. (ma remarqué, diseur Boulin et Clapporion, tous deux vn ■ limes de leur zèle ardent pour la science; oji a remarqué,

iih ut-ils, que si un seul cavalier arabe est dans la plaine, el que, non loin de là, un groupe d'homme* armés se présente pour l'attaque, c'est contre ceux-ci d'abord que le lion vient se ruer avec fureur. On croira il qu'il mesti ses forces a la grandeur du danger, et qu'il sait bien qu'après ce triomphe il viendra aisément à boutde ses ,iulres adversaires. An surplus, H est juste d'ajouter que ces rencontres son] souvent provoquées par les Arabes ou x- mêmes, qui n*nimenl pas à se réveiller h il sous leurs tentes aux rugissements du Hon. On a observé encore que la l cle téroce s'attaque d'abord au cheval, ot qu'alors que le fer du cavalier fouille dans sa poitrine, le terrible dévastateur n'abandonne sa première proie qu'après qu'elle est étendue sans ■ i'-sur le sable*

iïfuiwe Ii en* effet les habitudes méditées du lion, et n'y aurait- il pas audace â les citer comme authentiqua

S ' ■ nudqui, ainsi que je vous l'ai dit, ai vu au cap de

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