‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 69 sur 82 · CHAS S G · texte numérisé non relu

CHAS S G

Lr* voilé dressant son rostre squameux au niveau des roseaux élevés ei des joncs élastiques du bord. Sybarite amphibie, il jouîl a la fois du calme de l'air et de ïa fraîcheur des eaux; il se baigne dins les dein èlf-meuis. Il a joies et ses ospérauers douilles, il trouve partout un sur 1 liment a sa voracité, el il parait que sa digestion esl prompte, car aux victimes qu'il vient de saisir succède promplerii'-ui une nouvelle proie.

Il y a frayeur sur le rivage lorsque l'estomac du h-: 1 i . ■•

1 1 iïle a trriji longtemps fait diète; et Ton a remarqué

que tous les êtres rampants ont encore plus de ruse que de farce el le courage pour s'épargner une vie de privations et de souffrance*

Le Jlem 1- pi h- lu milieu, son lit esl profond, ses

fi iliit.nils agiles, rares aussi, car le courant est un obstacle difficile à vaincre; et toutes frétillantes que soient certaii nageoires, elles ne se plaisent aoinl â une Lutte perpétuelle, i\ussi n'i vi.i e 1 a nu milieu d'un fleuve i|,itc vous trouves

■ l 'lin. iin- ni l'alligator, ei ce n'est guère que lorsqu'il le

traverse peur aller chercher sur Tau ire rive une proie Liante, que les barques voyageuses vonl se heurter contre le dos ilu crocodile qui, glissant sous la Lame, ressemble â une roche verdiihv.

Quelques-uns de ces audarieus amphibies, âpres ;i une 1 née qu'ils croient aisée, vont se soulever par un bond rapide, s accrocher de leurs pelles de devant à l'embarcation menacée, el allonger le museau pour saisir une victime. Mais l'expi rie née a appris ;ui\ unrius qu'il leur fallait des haches dans cette navigation si pittoresque, et l'imprudent cyucgyre des eaux replonge bien vite dans le Denve, lafs-

■1 après Lui une large traînée de sang, car sis dru* p.u upées sont restées dans le canot, dont le sillage n'a • >e qu'un seul instant suspendu.

Si pourtant, craintif devant une atta nie, il regagne pnigiclement le boni, vous le voyei IVeil ouvert, la gueule haletante, silencieux, immobi le." lilni li au milieu des j >ncs serrés, tourner la tête* droite, à gauclre, guetter le ■ | ■ 1 1drupède ou l'homme sut qui il va 'se jeter.

S'il l'atteint, ce n'est pas laque la rue aura lieu, c'est dans le fleuve, Nul être vivant ne peul lut 1er a ver lui au

:l des eaux, et il vient y jouir de sou bonheur dans to sa plénitude.

L'alligator n'aime point les combats et les jongues querelles, tï n'a de patience que pour l'attente, il na «le résolution nue pont -'■ chercher un refuge contre le péril, glouton a beau être repu, tout ennemi suriris dans le sommeil devienl sa proie, 1 t que

orsqu'il m voil attaqué qu'il retrouve des forer-, ] - la

ilêieuse. Mais nlnrs ses évolutions sont rapides, ardentes, es; et, quoiqu'il n"ait ni la souplesse ni L'élasticité

dn d t d'un seul 1 p de queue, aidé du mouvement dd

s'imprégnant dans Le sol, il fait volte-face et s*é<

OEUVRES lïE JACQUES A1UGO,

'ii nre avec la vélocité de l'éclair sur l'agresseur <[\\\ lehar» celnil par derrière.

Pour combattre sur un plus favorable champ de liai ni I h' Ir vorare amphibie» que Tait le sauvage habitant des bords des Meuves, souvent i rouble dans son repos? IL a saisi un quadrupède moffcnsif, lui a lié les pieds et l'a fortement attaché par la queue >\ nue longue corde dont il lient un des bouts. Ces préparatifs achevés, il place avant le jmir son innocente victime tout près des roseaux fréquentés par le càiman. Dés nue celui-ci, aux premiers ri chauds rayons, du soleil, savoure les. douces émanations de la brisé, il jelie un œil en rien \ 1 1 iimsii^aleur sur tout ce qui lVntmire, il cherche avec avidité su pâture imprudente, apec-

ruii h' qundrupeik» L,L|itii', el se ti'iiim- s-mt-ile n! ri <.U"\-

> pi émeut vers Lui, Le chasseur alors, à l'affût derrièr

arbuste ou un rocher, pose légèrement sur la corde tendue et à demi cachée sous l'herbe; il .* i Lin- bon du Ueuve, sur un terrain sec. le crocodile guetteur. Dès que celte manœuvre est exécutée, des i[ue le hideux amphibie, trompé dans son ai tente, peut être attaqué avec succès, puisquil ne sait aisément se mouvoir que dans les eaux et les endroits marécageux ; d'autres chasseurs, placés en embuscade sur te chemin i|n'il Juii parcourir peur gagner son asile naturel, Vent ornent, le cerclent en poussant de grands, iris, L'assaillent de coups île piques, cherchent à L atteindre an défaut de l'épaule, laissent le fer dans la plaie, et lui présentent ri l;i gueule une sorte de masse d'armes formée de pain tes aiguës : h* monstre presse et mord, et sesdeui màckmiros sont horriblement déchirées.

Vous comprenez qu'avec un adversaire aussi redoutai il e que le caïman, dont la force est prodigieuse, il y a quelquefois un grand nombre de victimes, et que tons les combattants ne rentrent pas dans leurs cabanes. Mais

dîots la lutte CSl chaude et vive, je vous le jniv. car lis Indiens, i L'aspect d'un de leurs camarades en péril, ne l'abandonnent pas sans secours au triple rang du dents <lu monstrueux amphibie.

Voyez quelle ardeur et quelle auilacv de la part des lï liants! Voycx quelles merveilleuses évolutions de lu part de 1 eu v ad versa ire 1 Tous les darda frappent â la lois; vingt masses lombenl comme nn roulement, vingt pointes aigués sont dirigées contre ses yeux, tes fers glissent sur les dures écailles, tm léger mouvement du monstre rend inutile l'adresse des pointeurs qui cherclient â Lui crever les prunelles; ce sonL des ci is de rage

d'une parti ce sont des sonfftemenis saccadés de L'autre; ici c'est K 'espérait ce du triomphe, là c'est la craiule de la défaite; et, quand le sang du crocodile aux abois commence à couler, quand il comprend que ses forces s'epuisenlâiine Lutte inégale et que la barrière de fer qu'on oppose â sa retraite est infranchissable, il se résout â la

ri; mais il veut une victime, et si l'aura- Les masses Je

fer ou de bois tombent toujours, les pointes algues pénètrent» la terre sanglante est profondément déchirée; Les dents tranchantes du caïman se sont usées à mordre des objets durs comme elles, la gueule est ronge, il s'arrête palpitant, il ue bouge plus, il ferme les yeux. Les vainqueurs satisfaits s'approchent alors pour mesurer la longueur du cadavre el assister aux dernières fureurs de J'agonis Tout! coup le cadavre se redresse et s'élance, il saisit

par la jambe un des chasseurs, qui crie et Loi ni te, La gueule du monstre s'ouvre de nouveau, et va saisir et broyer le cou de son ennemi. En vain les Hïnrisdi's Indiens essayentils de disputer In victime an caïman; en vain ont-ils rein uni'* toute leur énergie pour la ven-eaiice, il y an ni deux corps inanimés, ru utiles et déchirés sur le sol. C'était ce que voulait le crocodile avant de mourir. Et cependant, VOUS le savez comme nmi< les animaux voraces des Amériques sont ïiiliuiment moins cruels et moins vigoureux que ceux des Indes nu de L'Afrique. Leur taille est moindre aussi, et la guerre que leur déclarent les peuplades sauvages est également moins chaude el moins meurtrière q ne celle qu'on leur fait a AuLiule, ;i liambie, cht ■/ les Ci lies, au \ Mol m pies et dans tout VIndousfan*

Les migres du Sénégal, nui estiment fort la chair du crocodile, provoquent ce reuou table amphibie pendant son sommeil. Pour cela, ils vont â sa recherche dans des maré-

cages presque desséchés et dans lesquels le crocodile peut a peine nager, Ils s'avancent iI.hs braveim ni vers lui, le bras gauche enveloppé dans un cuir épais; ils l'attaquent a coups de lance nu de sagaie, ■ ni de lui crever les yeux; puis ils lui ouvrent La fj île qu'ils tiennent plongée sous les llois. pk-nri-ui entre michûirei un fer aigu qui les empé •■ un rmer. el le crocodile, suffoqué par le manque d'air et l'eaa qu'il avale en abonda née. meurt après une douloureuse agonie-

Lis Egyptiens ont recours .4 une autre ruse : ils creusent d'abord une large el très-profonde rigole qu'ils cuivrent de feuillage el de sable- Ensuite ils effr.iv. nt le crocodile par leurs cris el le poursuivent de lelle sorte « 1 1 u 1 soit dans L'înévîta hic nécessî té d e passe r su r I e pi ége qu'ils lui ont tendu* L'animal tombe, et alors il est assommé nu fait prisonnier dans de solides filets.

Les sauvages de la Floride ont une nouvelle manière de lutter avec plus d avantage contre ce terrible amphibie qui vient aux jours de disette assiéger les habitations isolées. Ils vont par troupe a sa rem: intre, portant un tronc qu'ils ont auparavant taillé en pointe; des naturels lui enfoncent rapidement l'arbre dans la gueule béante, tandis que d'autres se précipitent sur leur adversaire et Le frappent au défaut des écailles- Vingt historiens dignes de foi racontent ce [ait, el cependant je ne crois guère ri sa véracité,

Si maintenant nous descendons les larges fleuves américains el nous m mis laissons entraîner par ces grande* routes qui marchent, et si, traversant L'Atlantique, une brise d'ouest nous pousse vers le cap île Bonne-Espéram

dès que nous l'avons doublé, t s remontons vers Je nord»

est et nous voyons poindre à I horizon une terre rouge, sauvage, marâtre : c'est Madagascar, Madagascar si fatale aux Français qui cherchent eiî vain depuis si longtemps y planter Leur pavillon dominateur et a la civiliser par le commerce et l'industrie. (lue l'Européen s'éloigne sans regret de ce sol ingrat et destructeur; les populations v meurent plus vile encore que sous la zone torride du Sénégal !

Là, dans le sud >l> •< > ite ile immense, découpée du continent africain par quelque colère océanique, signalée encore .m \ navigateurs par les formidables ouragans qui s'engouffrent (fans le canal de Mozambique* vous voyez Farafangane, rivière calme et profonde, et des tentait • L crocodiles, iuoflensifs tant qu'il- trouvent des vivres au milieu de leurs épais mseaux, sortir le matin de leur retraite silencieuse et s'assounir pendant mie grande partie de la journée sur la plage déserte.

Vous savez que ce sont Là des botes el des voisins dangereux: vous savei .'ils aimant à faire leur repas de chair InirmiLiM.- : eh l.imi, ;'i moins qu'un capitaine de navire OU nn naturaliste étranger ne veuille acheter a prix d'or nu d'étoffes la dépouillé de ces monstres à L'insouciant Ululécasse, celui-ci, couché dans sa huile, les Laisse dans leur repos, qu'il semble craindre de troubler.

La superstition de ces peuples indomptés jusqu'à ce jour, ennemis de toute civilisation, entre pour beaucoup dans les motifs de leur triste apathie. Le crocodile est chez lui en certaines occasions l'auxiliaire obligé de la justice des hommes- et il serait plus exact de dire que c'est â lui seul qu'est réservé le droit d'absoudre m» de punir.

Quand une femme est accusée d'un crime, ou que ses juges naturels ne sont pas bien convaincus de s,i culpaiu^ litéj la Hn dé cassé es! condamnée a subir une épreuve que le caprice du crocodile rend décisive.

Jl y a au milieu du fleuve* à quelques Ih-ues de son embouchure, une île de joncs serrés et droits où vous vuyei s'épanouira L'air une innombrable quantité de ces mou strueux alligators ; c'est vous dire aussi que les eaux du fleuve eu sont Infestées, La femme pie les lois du pays n'ont pas usé frapper est forcée, pour prouver son innocence ,' de Iimwm r |i< ildive a la nage, de s'asseoir devant la population attentive >i côlé de la première barrière de joncs dressés sur lile, et de ne regagner le rivage que deux heures plus tard. Si l'alligator respecte la voyageuse, elle est conduite eu triomphe â la bourgade, et nul iudi-

Séné, depuis ce moment, n'oserait lui reprocher un criim; inl les crocodiles l'ont déclarée non coupable*

CHASSES AUX BÈTES FÉROCES

Vous conviendrez que c'est prendre pour arbitres de singulières intelligences *

— Maïs voulez-vous une lutte plus curieuse et plus irrrible que celle ijni a lieu sux bords des fleuves .imerïcams? Voulez-vous voir ans prises 1111 de ces redoutables amphibies de trente ri ircnle*sfa pieds de long contre tin seul hfiriiine fjui O&e Pattir'i" ri lui, l'attendre et le vaine Venez.

J'ai dit comment les naturels dé Timor, sur la plage de Boni, s'emparaient par la ruse et l'audace des crocodiles qui infestent la rade île Coupang, Kh bien, â Solor, à Sa» vu, â Kén, iles sauvages, sol brûlant, rouge et foncé, abrité pourtant par les immenses parasols d f une verdure él cruelle, une rencontre entre les farouches M a bis et le terrible crocodile fini veut A ren ■.-•v le jour sur le .snble du rivage son un drame plein d'intérêt et de curiosité.

— Ce ne sont ni les habitants de Goupang ni ceux plus intrépides encore de Llielhv que je vais vous montrer a l'oeuvre : les uns ei les autres façonnes â toute sorte de périls viennent â boni du crocodile â l'aide d'un moyen qui, s'il expose In vie d'un homme, permet au moins î ses compagnons armés de venir A son secours mmnd le monstre est prés de remporter la victoire* Dans les deux établissements dont je vous ai déjà parlé» les chasseurs, qui ont vendu d'avance à quelque capitaine européen une enrapar-o d'alligator, s'emparent de l'amphibie vivant en

■ Dtraînant loin des Ibis dans un lieu sec et ouvert. Là, t.indis qu'un seul homme l'occupe en imitant un cri niai mil d'enfant, d'autres Malais, armes de crins et de Qêcbesem- I ii h sonnées, entourent le monstre auras que le plus audaeou\ ries chasseurs lui .1 saule sur le dos et passé dans In gueule ouverte en rude Icilojs noueux qui lui sert de frein et nue deux mains vigoureuses placera nux deux extrémités n'abandonnent jamais. Lorsque L'alligator s reçu assez de blessures dans In gueule béante, sur les Hoirs cl an défaut delà cuirasse, le cavalier sais il un moment de rimos, ilêscn fourche l'amphibie er s'éi lniq-e. Libre alors, le crocodile retourne dans - empire, et peu de temps après il

nage sur les finis, dévoré par le poison du Bohott'hupas que les llêches ïiï^ms et les lames ondoyantes viennent de déposer dans ses entrailles.

Certes, cela est he; 1 curieux a voir; certes il faut dis

courages de Malais, des crihs de Valais pour mener à boul de si audacieuses entreprises,

Mais les guerriers de Solor ont encore un degré de plus d'énergie et de témérité que ceux île Dîelhy et deCqupang. Lé on dirait qu'ils ne se servent point du glaive pour se défendre, mais seulement pour attaquer; et la cruauté est l'iii-r-ire une vertu chez ces peuplr- farouche-;. Ombav l'anthropophage est n très -peu Jç distance de Solor. Ici, dis que L'alligator devient importun cl trouble le sommeil rie l*n d'.-'-i.i- i-i ndii dans sa case bâtie sur pilotis, le naturel se 'dresse irrité, ar sa main droite ou redoutable

crihs, prend par le milieu et dans sa gauche un instrument en fer pareil à un pilon raccourci <l terminé aux deux bouts par -les pointes dentelées, liés que les deux adversaires sont en présence, l'amphibie, étonné qu'un seul homme ose l'attendre, agile fébrilement sa queue aux fiemisse nts anneaux. Le Malais, Indigné aussi qu'on veuille se

sou

office 1 il fouille dans les épaules de l'ennemi h demi vaincu et va déposer dans ses chairs le venin destructeur. Vous cooipr /. le danger de ces merveilleuses attaques, car il n'est pas toujours bien certain que Le crocodile morde a l'instrument qui lui esi présenté. Oh! alors c'est nncombal bien plus rude, bien plus ardu; la lutte s'engage terrible entre les deux jouteurs, et t tout brave qu'il est. le naturel de Solor est presque toujours forcé de succomber.

Devons-nous ajouter foi aux récits de quelques téméraires voyageurs qui osent assurer que si plusieurs hou $

et une seuil- femme se baignent ensemble dans les Ilots, la

femme d'abord e4 victime de La voracité du c "lile? Ce

sont là de ers observations qu'il est aussi difficile de constater quede combattre ; ce sont. 14 de ces faits douteux que propagent sans doute de vieilles traditions mi peul-êlre même L'antique religion de re< peuples. Mais RLTIiilumnn,

rétaire du gouverneur de \l\m\ ir, qui habite la colonie

depuis un grand nbre d'années et -m près de qui j'ai

voulu prendre ce curieux renseignement, n'a pu attester ni détruire l'assertion de quelques explorateurs. Au surplus, la galanterie du crocodile esl bien capahk de d r

gain de cause aux historiens qui ont pris la peine d'étudier su vit- d'embûches et de meurtres,

J In m mes ou femmes, ne vous baignez jamais dans la rade de Uoupang; si le vorace crocodile fait un choix, t seulement pour saisir h proie la plus facile et la plus volumineuse.

Sa vu est tout prés de Solor, Sun la riche, la parfumée, la diaprée, baignant ses pieds rocheux dans les eaux diaphanes de Kéra aux ombrages délicieux où 1 m ou In m >e promène eu souverain le monstrueux boa, Savu csL tributaire de Timor au gouverneur duquel il envoie des guerriers, dès que quelque raja li insoumis !é\c contre la dominatînn européenne une tête audacieuse.

À Savu, le crocodile vient se reposer te malin et le soir de ses Lointains pèlerinage* dnns les rades et les criques éparses au milieu de ce vkhc archipel. Kh tiien, U sauvage indigène de Savu, plus téméraire encore que celui de Solor,

de Ouupang et de Dielhy, dédaîg I attendre le crocodile

sur la grève dans tes allées de cocotiers qui ombrai les

habitations. Il va, lui, anuë d'un ["ÙL'uard empoisonné, le chercher au SL-in de son empire, il s'en approche â la nage, il suit ses rapides mouvements sous Les eaux, et quand les deux corps se louchent, le naturel de Savu plonge, remonte pus pic en même temps, enfonce le dard ai»u dans le vintre de l'amphibie, le retire, l'y replonge encore et ne songe à h retraite que lorsque les Ilots de sang rougissant les eaux annoncent nue les derniers soupirs de I amphibie rendent inutiles de plus grands efforts de courage* Savu est une des plus petites Iles de cet archipel malais que je vous ai fait connaître; Savu en est sans contredit la plus remarquable par L'audace de ses farouches habitants*

Dans ses luttes terribles au milieu des eaux, il arrive quelquefois que H d trépide combattant, vaincu par l'agilité de son adversaire, plonge sans pouvoir rencontrer en nmontant à fa surface le ventre qu'il voulait percer. Alors le crocodile aux aguets se précipite a son tour vers son ennemi pris an dépourvu, le Saisit dans son immense

défendre contre lui. pu se un genou en terre, plongeant

ardent regard dans le regard glauque du crocodile : et les gueule par le corps ou par l'un de ses membres, l'entraîne

voilà tons les deux n petits pas comme deux tigresses qui au fond de Pabime, et, dès qu'il l'a ooïé,rn prend avec sa

s'observent, prèles si se déchirer de leurs dents et de leurs proie la route du rivage ou il va la dévorer sons l'épais

ongles, se rapprochant insensiblement, rampant L'un vers feuillage d'un bananier au pied duquel il laisse de hideux

l'autre; et des qu'ils ^ont assez près, pour sentir la chaleur de leurs corps en baleine, le naturel de Solor présente audncieusenieui sa main gauche â li gueule du monstre : elle s'ouvre, elle se dilate : le poiny armé y pénètre, les mâchoires se referment avec fureur, et quand les doux dards iuir pënètrë itessus e( dessous, nul effort du monstre ne peut les arracher de la plaie. Le erita fait alors sou

débris signalant une victime du redoutable alligator,

Dnns une promenade i[inje fis un Jour a Savu, je trouvai sons un ru 1 1 i i i me rima îles ossements humains horribk-1 ment mutilés m d<-s lambeaux de chair en putréfaction, C'est qu'un crocodile était venu là quelques jours auparavant compléter son déjeuner aux rayons d'un soleil généreux* Chaque race a ses joies et ses fetes,

OEUVRES [1E JACQUES ÀRAGO.

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