CHASSE AU TIBRE
NOTICE
On ne en m prend pas la force mu m lai rc du lîgrc quand on envisage sa chai -poule.
Son corps est trop long, ses jambes trop courtes, trop i pusses; sa tête esi nue, osseuse, articulée; son fronlcn saillie, ses yeux sans cavité, Tu il fauve, ardenl, dans un mouvement perpétuel, comme s'il demandait un ennemi. Sa langue, rouge comme du sang, raboteuse, est toujours hors de la gueule.
Le tigre "royal est d*une férocité telle, que sur la moindre contrariété, sur un obstacle de sa roule.il se jette avec rage sur ses petits ci les dévore malgré leur m ère, rjui cherche toujours a los défendre.
Le gîte l'.ivini du tL f re rsi te bord des sources et des rivières; et, comme lo pays qu'il habile est équaioml, il a plus d'occasions d'augmenter le nombre de ses massacres dans los lieux mi les animaux plus paisibles viennent se désaltérer.
Ir tigre a toujours soif, mais pins soif de sait» que d'eau, Quand sa gueule en est inondée, quand il ne peut plus en boire, il plonge sa tête dans les entrailles ouvertes de ses victimes, et pousse, alors d'épouvantables rauqucmenls de bonheur.
Dés qu*un cheval ou un bu Nie est écorné par le ligre. celui-ci ne le déchire sur place que lorsqu'il est bien certain qu'on ne viendra pas k di -ranger au milieu de son repas; s'il craint des importuns, il emporte ou traîne le cadavre vers un bois épais avec une vitesse qu'on a peine a comprendre.
Le tigre n'a guère que sept ïi huit pieds de longueur depuis le museau jusqu'à la naissance de ta queue* Quelques voyage tirs assurent en avoir vu d'aussi grands que aes bu files, M. Lalande-Magon, qui a longtemps voyagé au Cap. écrit qu'il en a mesuré un qui avait quinze pieds de longueur; mais il a oublie de dire si la queue êl .ii comprise dans cette mesure. Le plus grand tigre royal du musée de Paris n'a qu'une longueur de sept pu ls ii'dcmï, la queue non comprise.
CHASSE
Tout va bien à ce formidable dominateur, qui n'est peal* Être si cruel et si sanguinaire que parce que son
instinct de tigre lui dît qu'il y a de par le monde un Ctre plus fort, plus puissant, [dus redouté que lui.
Le calme imposant des cimes les plus élevées où le vent seul fait crier la neige, le silence religieux dos profondes vallées, In solennelle majesté tes forêts séculaires, le bruit nii utissnnt d'une armée B liant â In D |uèto d'une province, le fracas -lis villes, l'attitude guerrière des caravanes voyageuses, le roulement dos tteuves au travers des rorbes granitiques, la vois sonore de la cataracte qu'étouffent d'autres rois; tout lui va bien au tign pourvu qu'il rencontre dans sa course r<n ennemi à combattre, une chair J mâcher, un gang » boire.
Le tigre royal du Bengale est le symbole vivant de h destruction, lVut*élre passera- 1- il sans vons rien dire .si vous oies immobile: et encore non. puisqu'il se rue sur les cadavres d'hommes ou d'animaux en putréfaction, h
3u'il broie les cailloux et les galets de la plage, lorsque ans sa rage il n'a pu trouver des membres palpitants â triturer.
Après son repas de chair humaine, le lion se calme el s'assoupit.
Après son hideux festin d'os et de membres mutilés, le tierc se sent en appétit et se mol soudain m quête de nouvelles orgies. Il ne faut pas que chez lui 1 odeur ou la trace du sang s'efface; sans cela sa fureur ne connaît point île bornes. Il s'attaque a la terre qu'il gralte et creuse de ses ongles tranchants avec des rauquemenis lugubres, il émousse ses dents a dépouiller de leur solide écorce les troncs robustes des forêts, il miche, pour ainsi dire, la brise qui se promène sur sa face tourmentée; et, quand tout est mort dans la nature, il s ennuie de vivre
il, il se décourage, il se couclic et s'endort dans Je désespoir du repos.
Vous voyez que. si le tigre est le plus formidable des quadrupèdes, il en est le plus malheureux.
Pourquoi donc lui déclarez- vous la guerre? Pourquoi cet immense arsenal de piques, de poignards, de balles, de gros fusils? et pourquoi traquer l'infortuné jusque dans sesreiraites les pins reculées? Ah" c'est qu'il y a U en présence l'une de l'autre deux terribles et ja luises rivalités, deux forces à peu prés égales, deux volontés constantes et bien arrêtées: il y a là, ennemi du tigre, l'homme superbe, si implacable dans ses haines, si implacable dans ses violences, et qui ne veut pas que le sol sur loque! il pose lui soit disputé.
Ainsi le plus redo niable adversaire du tigre, c'est l'homme. Vous voyez donc bien que le premier ne fait qu'user de réciprocité en vous broyant entre ses mâchoires lorsque l'occasion lui en est offerte.
Montrons maintenant les deux ennemis eu lutto.
CHASSES AUX BETES FÉROCES
^-.A.ari
Le capitaine Fieuïhi^ mit *<>n fusîl eii jonc [P»> ■ ■' J ' )
Je n'ai jamais entendu dire qu*nn chasseur fut parti seul pour aller â la rencontre du tigre royal du Uençale, et je ne crois pas que le Patagon où le Gaoucho, armu de se* lacets, de son escopetle et de son poi&nard, mit le
tenter avec succès. La balle doit aller fouiller pvni' 1<>
ment dans 1c» lianes de la bête féroce si elle vent y atlaquer les dernières sources de La vie. El puis, qu est-ce qu'un jiiLn.tr mi un puma auprès dn formidable rival du lion, dont L'aspecl seul jette l'épouvante jusque dans les villes les mieux défendues? hu cbal d'Europe au jaguar américain il y a la distance qui sépare celui-ci du tinn du Jïeiïgale : c est le ruisseau et la cascade, c'esl la brise du malin el Imir.iLan.
lits que la présence du li«re est signalée quelque part et qu'une poursuite e^l décida, vous voyez les chasseurs B'armantde leurs meilleurs pistolets, de leurs piiucs, de lents tridents les [dus aigus, de leurs glaives les plus tranchants, essayant à l'envi rcicellcncc de leurs lames d'acier, caresser du la niain et de la parole la meute
aguerrie qui a lc> suivre, cl se préparer a un triomphe don! cependant ils déplorent d'avance les sanglants sacrîj M- aonl trop nombreux pour ne pas vaincre un ennemi solitaire; mais ils ne reviendront pas tous de l'rx- [i-'ililiou. et il '■•' • «r.ivancc quelque chose 'I' 1 triste et d'amer dans le récit, 1rs émulions et le< j"îos qu'ils se promettent Les enfants chantent quand ils ont peur: 1rs chasseurs du tigre royal de l'Inde sont loquaces comme les lier os d'Homère; et c'est -i coup sur pour s'épargner la douleur do la réflexion â rapproche du danger au-devant duquel ils courent, bien aises (ju'îls seraient qu'on les arrêtât au moment du départ. dénudant* comme il y a toujours mie certaine gloire au bout de toute Mie hasardeuse, nul des chasseurs ne veut arriver le dernier au re n dez -vous a s si £ ne" ,
Les voilà donc discutant le plan d'attaque comme on le ferait pour une bataille rm^V, h s/assi^nant les divers pintes avec une pnci>i. n, ■► ■ un calcul tout à fait meiku iiiLs. L'un veut qu'on lui donne la place h plus pè-
te
ŒUVitBS im: JACQ0E3 aiiacu
ri lieuse et attend que son voisin h lui dispute; l'autre sol- I ici te l'honneur de porter le premier coup à la béie furieuse, et se le volt enlever sans regret par un troisième, fort peu satisfait qu'on l'en trouve digne. Tous ont du cœur dans lu télé, lotis oui île chaudes menaces à h boude-
pis un &'j je calme ci le sang- froid do soldat faç n i
combat. Les chiens seuls, parleurs aboiements, demandent
3 ne les délibérations soient closes, et ils tournoient H bouissentdans l'impatience de U lutte qui va s'engager; cest parmi eu* cependant que l'on comptera le plus de victimes. La caravane aventureuse a pris son élan ; elle est dans la plaine» où rien ne lui indique* la présence du tigre; elle arrive sur la lisière d'un bois épais ou elle n'ose point pénétrer, et où pourtant le farouche ifiiadrupi -■ J ■ s'endort , selon son habitude, sur la chair ou dans le sar In ronp de fusil part comme pour interroger, un ranque- M ii mp sourd et lugubre répond à ce sigmil d'alerte, et : chasseurs alors se préparent bravement à l'attaque et a la défense, La meule attentive vient 'le leur donner rexempie du courage par &oo altitude décidée; et, si h coniagiun de la peur dégrade jusqu'à h b- e, celle du courage relève jusqu'au prodîgi .
Le tigre a aéhouqué de la foret, et sous ses bonis redoutables les arbustes ont été brisés, h terre a frémi. Le voilà ru présence de ses adversaires, a qui la grandeur du périt h donné tout leur sang- froid, toute leur énergie. Ils se pressent les uns contre les autres, et prévoient que s'ils se divisent ils sont perdus; leurs regares ne quittée! plus les regards de la Lé Le féroce, dont la langue rouge et tabuleu.se ressemble a un caillot de sang tombant de sa gueule haletante. La meute est là aussi, pressée, Immobile comme le tigre, respirant fort, ci attendant la ci sans praiire en redouter l'issue. C'est un silence solennel de part el d'autre; le ciel est lourd, cuivré, maïs l'orage na pas grondé encore. Il éclate en lin. Le tigre a vu les glaives hors des fourreaux, les ptsLoleti a us poings et les fusils appuyés aiu épaules. Rapide comme les balles qui vont L'ai teindre, H s'est élancé avant que le ressort fatal ail lait son office, et il est tombé, ainsi i[ii*nn bloc de rocher, sur les chasseurs prévenus Ses grïfies n'ont pas touché le sol que, déjà suspendus ;i ses flancs, les chiens tu ont volé au secours de leurs madrés. l'kicés en }iii mi- ri- ligne, ils ont, pour ainsi dire, saisi le tigre au vol sans pouvoir L'arrêter, el ils août tombés avec lui au milieu de û mêlée. Ce n*est p;is d'eux cependant que b'oo cupe le formidable jouteur» il veut une victime parmi les nommes, il la choisit, il s'attache a elle, traînant après lui, ainsi qu'un forçai sa chaîne, les chiens furieux oui lui déchirent Les lianes. Les chasseurs viennent en aiae à leurs
camarades déj; versés k broyés sous la puissante griffe
du tigre. Ils foui] leur de leurs poignards dans Les entrait les de la béte écumeuse, dont les rauquements prolonges attestent les douleurs; ils ne se quittent plus, et quand, accablé par le nombre, succombant sous le poids de la meute acharnée» il Réchit, chancelle et tombe percé d'une balle, vous le voyez, les ongles ensanglantes, attacher sur vous un regard de feu el ouvrir à sa dernière agonie la poitrine du chasseur, sur lequel il pèse de tout son corps sans vie. Autour de lui giseul aussi les cadavres de quelques el liens écrasés sous une de ses rapides pressions; et le champ de bataille où s est déroulé le drame est une mare profonde ou le sang sa mêle à des Lambeaux de chair chauds et palpitants*
i.a lutte a duré um- demi-heure au plus, les Iras tombent île lassitude, les courages sont emoussés, la grandeur il u péril auquel on vient d'échapper s'offre alors dans tout ce qu'elle a de plus imposant, et l'on se félicite !out haut t}r n'avoir a donner la sépulture qu'au s seuls restes d'un ami. Ceux dos chiens serviront de pâture > lîgrc mi\ t passant la nuit prés de la. se reposera joyeux sni ces sanglantes hécatombes.
Dans les rençonlri s avec les hommes, on dirait que le lieu attaché quelque prix à |,i victoire, et l'on assure même qu*îl éprouve une certaine pudeur â se débarrasser d'un ennemi sans défense. Il n'en est pas ainsi du tigre, cl sa cruauté ne peul être attiédie ni par la faib ni par La soumission; U n'apprécie que la quantité, et,
pourvu qu il y ait beaucoup de sang à boire, peu lui importe qu il soit tiède ou généreux
que la vengeam-e n\^\ pour rien dans le mas-
sacre, et l'on devine que le plus fort n*a tué que parce
qu'il s'y est vu c raint pour sa sûreté personnelle.
Après les sacrifices, la robe fauve du lion est pure de Sa gueule seule el ses griffes en portent l'em ite tandis que le lijre du 1 le n'est satisfait une lorsqu'il traîne en tous lieux après lui cette odeur de damier, ers émanations de membres putrides au milieu desquelles il vomirait toujours passer sa vie de cruautés.
Le domaine du lion est le désert avec ses calmes' maje*tucux, ses rafales si bruyantes, sa paiivi m-
telle; le domaine du lion, ce sont encore les forèl s lénë breuses et les montagnes dominatrice», les abords des ci tés guerrières, le voisinages des torrents et des cascadi où sa voix lutte contre les eaux courroucées* — Celui du tigre royal, c'est un champ d» khille où dorment sans sépulture cadavres d'hommes et de chevaux, c'est le moraï ■1rs gran-li- villes indiennes, le cimetière du village, cesl le lieu de li t. nv ou il v a le pins de chair â dévorer.
Vous comprenez dès lors que, pour détruire r.n race cruelle m ce s s a m ment en guerre contre ce qui respire et a respiré, tous les nu» yen s sont bons aux hommes, tous les stratagème* légitimes. Au milieu dtà vengeances du lion il y a toujours quelque chose de grand et de noble, tout implacables quelles sont; dans celles du li r n k . on trouve toujours la brisasse jointe à la cruauté, Le [jgre <t le lion tuent d'une seule pression de mtehoîre ; mais, quand celui-ci ne se nourrit pas de sa victime, on la trouve sur le sol sans souillures et sans mutilations, tandis qui) les cadavres abandonnés par le tigre, lassé de* carnage sans en être assouvi r sont horribb-mnil défigurés et attestent la rage du vainqueur. Je ne crois pas à* ta générosité du Lion, parce que M. Routière m'a dit de ne pas y croire; mais le tigre est d'une férocité si brutale, qu'il ïloity avoir une double agonie dans l'âme de celui uonl il vie"nt de s'emparer Tour se faire une Idée â peu pi
i le, quoique toujours au-dessous de la vérité, ne la puissance du tigre, de la force de ses muM-bs, b h vigueur de son cou et de la rapidité de ses élans, il faut lire les récits des voyageurs qui ont parcouru les Indes Onu laies avec les caravanes, et qui ont rencontré ces redoutables bétes féroces dans les déserts- C'eal a faire reçu' la raison, c'est à ôter toute énergie â l'explorateur et le forcer à renoncer â toute excursion, Et pourtant qu'est-ce que le récit â cûlé du tableau, en face du drame? Qu'on vous dise avoir vu une jeune 111 le se précipiter dans la gueule menaçante de l'Etna, vous plaindrez peut-être Tin* fortunée dans un premier et rapide mouvement de ^'-w reuse compassion; mais, que vous soyez a cote de la pauvre fille au moment où elle s'élance, que votre a -il la suive planant sur le gouffre béant, et tourbillonna ni de toc eu roc jusqu'au loml de la fournaise où pétillent le bitume et le soufre, vous verrez si ce terrible souvenir ne
us poursuivra pas au loin dans vos nuits et ne se jettera p. i s souvent au milieu de vos joies les plus vives Ainsi des récits où le tigre occupe un grand espace, el dont on récuserai! I authenticité si tant de voix courageuses ne s'étaient élevées pour les constater.
Une caravane traverse un défilé, elle s'avance eu bon ni die avec ses gardes armés veillant a la tête* à la q et buï lianes. Nul hennissement de c tursier ue s'est fait entendre, mil regard investigateur n'a signalé le périt. Tout;! coup un ttgre bondit, pousse un aureux rauqticment, s'élance, plane cl enlève au vol, sans s'ah te
voyageur ou le cavalier solidement cramponne i - tn*
ture. J..i lu" le féroce est retombée sur le sol. et, [ira ut que
us ayez songé à protéger, à ressaisir celui qui vient de vous é'ire si audacteusemenl enlevé, te liera rep rt, n\portant sursoit cou sa victime, comme si rien ne le gênait daus sa course ; et quelques instants après il déjeuned n> la forêt voisine. L'ehn du tigre, c'est le rocher déraciné ■lu mont et creusunt h \.«llee, c'est la cascade tourbillon-
CHASSES AUX BÊTES FÉROCES-
nanti onvranl Le granit, c'est l'ouragan qui renverse, i"est lu bé! tpanl a iiâ muraille. Rien ne peut l'arrêter» tout obstacle est anénnli^ toute barri t brisée. Le tigre I irlî, il faut qu'il passe.
D;ms ses luîtes si fréquentes avec l'éléphant, le rhinocéros ou le limi. c'esi moins sur sa force musculaire que sur h rapidité de rotations qu'il compte pourdfspu- 1er la victoire; et l'on a vti souvent, sans pourtant être
eore vaincu, an île ces formidables quadrupèdes j< au '"in. meurtri et déchiré par un élan du ugre en fn-
r \ La foudre est trop rapide» nul ne peut l'éviter," alors
surtout que l'éclair ne vcws i puiut prévenu de sa menace* Le tigre, c'est la roudrc et Vè\ 1 ■■ S s- en même terni Lirait qu'il n'a de força cl d'intelligence que pour lu
Iruct ion. Lorsque, par le* tr;ui profondes qui] a lais* -■■i-> sur le sol, le chasseur est fondé â penser que c'est lï une route prise par l'habit mie du tigre» i\ dresse r'i celui-ci un pi m jiiei 1 4i bêle féroce échappe rarement Le cadovre d'un chien ou dune bêle fauve est suspendu, entre deux arbres ou deux rochers, ;î dix ou douze pieds de r- ri « ■ on a eu soin de L'us sujet tir par des cordes solides
mitre d'un nœud coula ni dans lequel doit passer Je dévastateur, al L'on attend de loin, dans nue retraite bien barricadée, le succès 'i 1 ' stratagème. Le tigre se présente, ÎJ Il aire le cadavre, creuse la terre de ses ongles tranchants, '■ sur ses pattes de derrière «ans pouvoir atteindre nue proie si aisée, pousse mi long et sinistre rauqnemenl d'impatience, s'éloigne alors, ft accroupit, pan, monte n mime une fusée, s'empare du cadavre, et reste suspendu a ec lui. Le chasseur arrive en ce moment, et* sans se donner la temps d'insulter à la victime, qu'il redoute toujours cl e déb it dans ses dernières tortures» il achève avec les balles son œuvre de destruction*
Cette ingénieuse manière de chasser le li^re est surtout fort usitée dans le haut îudoustan; et Lindsav, qui a sillonné ces districts en savant et courageux explorateur, dit qu'un jour. Lui cl ses amîs apercevant du joui une In'-h 1 féroce suspendue au fatal laeet, ils accoururent, et qu'au lien d'un tigre royal ils Drenl la conquête d'un Mon
mstroeux qui & était laissé prendre au pièjje :la province ne gagna pas gr&nd'chose â la voracité du Lion* Les fossés profonds et recouverts de branches et de feuillage : 1 1 1- lesquels on a jeté (l -Livres d'animaux, som au quelquefois emploi iur In destruction du tigre, du rhinocéros» du Juin, de lY-l^bair, 'lu léopard et de la lanthére* mais on dirai! que l'instinct de la béteferoce ni signale le danger; el maintenant, comme toujours, les talles de plomb, les tridents de fer, les glaives aigus et tr nchanU, les (lèches empoisoni el le cour des chasseurs sent les plu* redoutable n mis des bêles fé* i qui traversent les immenses solitudes de celte par- Lie ilu monde. Qu'un rayon de soleil m'arme ei et
je voua dirai nu jour si vous devez une fui entière aux ! its de certains voyageurs auxquels il faut bien que j'emprunte quelques «Jetai ta pour compléter nu tableau encore si imparfait.
Arnold Bancks, de Bristol, dont l'intrépidité était toujours une extravagance, dit qu'étant aile un jour, avec ■ i i ij x. de ses amis, â là rencontre d'un tigre signalés une lit'ue de Bombay, lis tr renl La bâte féroce d m-- un ravin, achevant de manger le cadavre d'un Ma lis donl il
Ht adroitement une sorte de rempart sitôt qu 'il- aperçut
trois ai listes. Ceux-ci, dans leur précipitation de
cor re le tnjre, ou plutôt dans leur insouciance du dan-
- , n'étaient ii in itement que de tridents à manches de fer de fortes cpêes et de \ aussi tout d'abord
ils n'osérenl point descendre dans le fossé ou ëc faisait le hideux repas. Mais le tigre, qui, de son côté, avait résolu de n'accepter pour champ de bal aille que l'étroit espace du il se trouvait, et qui semblait comprendre â merveille qu'on ne l'attaquerait qu'a l'arme blanche, se leva enfin, jeta sur tes chasseurs impatients un regard provocateur; se promena d'ui . tve sans trop s'éloû fier du cada 1 1
à demi dévoré, cl ne rep lit à aucune des provocations
d 'Arnold, qui lui ]aur,.i plusieurs pierres, dont une entre autres l'atteignit vigoureusement au front. Cette manœuvre dura plus d'une ne ure, p< n ' ni laquelle 1rs chasseurs,
vaincus enfin parleur impatience, si- d rent a quitter la place qu'ils avaient d'abord choisie, cl i desc
tis le ravin- Itanck* n'était pas homme a relourner n Bombay sans combat; il fut imprudent comme à s. m ordinaire,— Allons, i]ii-il ;i sus amis, soyons courtois; à Lui le haut du îerrnin, â nouï, par conséquent, pi . gloire dans le triomphe. Vous voyez bien, d'ailleurs, que I" [udrupède n'est résolu I temporiser que parce
[iu* 1 1 nuit approchej et qu'il se llatre que nous l'atti
arous ta. Sa p elle est un éclair dans les ténèbres, nous
en serions éblouis, descendons: il faut en linir ai montrer qm< nous sommes inaccessibles à la peur.
En vain les deux compagnons d'Arnola lui repré i rent ils la témérité de sa résolution, celui-ci avait â cœ de l'accomplir * et, après s'être éloignés i une eentaino de p s, les trois détermines chasseurs descondtrenl dans le rossé, Us trouvèrent le tiçrc continuant sa p rn mena -le circonscrite, ainai que Le fait une sentinelle attendre an poste qui lui a été confié; H ■■ peine se lunni-iU mouii. s dans te ravin, que le liçre* comme pour essayer i'éUsiù in de ses allures, alla bravement au-devant de ses ennero qui cheminaient côte a côte, s'arrêta, poussa un rattque-
ui'irii sarr.ide er ^mhla dire i visiteurs : A la bo •
heure, je savais bien que vous vi< n Iriez me faire visite, puisque vous n'avez pas fui en m'apercevant pour la première fois. De leur cùliV, les courageux chasseurs» le pied
gauche en avant» ci dans la po&iti Eu soldat croisant la
Baïonnette, avançaient semelle par semelle» certains que la lutte ne Larderait pas à commencer,
— Attention» dît Bmcks a vmi liasse» attention» camarades, et union surtout : si nous nous séparons, pas un de nous ne retournera a Bombay; ce sera beaucoup déjà
i trois; nous le pouvons, quoique la bète race it.' 1 icmblodefort mauvaise humeur. Tenez, k vniLi jui gratte 3a \\*\rç+ h voila qui agite *a moustache el qui frémi l de :«ms es membres; attention, mes amîs!
Le tigre a délibéré il s'élance,-* b-.^ ; y>. pies en arrêt je frappent â la lui s, l'une à l'épaule, qii*< Ile ^^ use pr fond :. it; rentre au ventre» qu'elle ouvre jusqu l'iiir. illes; et la dernière dans ta gueule môme du moi Ire, donl elle déeltire la j-iiie. An ili ■-. [es chasseurs ■■ m renversés; mais, sur une rapide parole d'Arnold, i[s se redri i à V instant cl se retrouvérenl co ide à coude,
Le lïgro se débat en forcené contre les fers dentelés rcs! i ■ I g li v plaies, et ses évolutions ne fi»nt qu'accroître d r.rur et sa rage. Profllanl du d ! irdre *-t du déconragement du tigre, tes inheiides athlètes vont à lui armés de leurs poignards et l'en frappent jamais l'alinitrr. L'un d'eux, plus courageux» oea L'attaquer de face; mais le tigre» il "us un dernier élan, le saisît au bras et le coupa net aU'Çessus du coude. Ce fut soi nie, Uam désolé d'une victoire qui lui avait cuite si cher, retourna vite i j: i;i ■ v, nu son ami mourut des suites de l'opération qu'il dut subir. Le lendemain de ce terrible combat, quelqu Indiens s'étan! rendus au ravin indiqué par Arnold pour
ai parer de la peau du tigre, ils m- trouvèrent que des m< tu li ies horriblement mutih's el bas traces sanglai I des bêtes féroces qui étiienl venin- |iendant la nuit pour
ouvir leur faim sans cesse renaissante.
A Sïngppoore» en 1819, pendant mu- unir et au milieu d'un épouvantable orage, nu Lïgre monstrueux alla Béremi'iit s installer dans le grand bazar el attendit l'ami
du peup!-'. ' me s'il n'y mit point pèi - il pour lui dans
cetlr témérité Tu matrlian \ de thé, en ouvrant sou ma- .:, le |ui mil r la Lu" le féroco, se hala de se
: •■■ der el donna t'ala m i ses voisins. L*e cri du tigre répondit â cet appel, et bientôt Unit le quartier en < ; r!!--i i -rolnt tir donner la chasse i un si dangereux visiteur. Le brave capitaine Fiedling se mit a la télé d'une i iu^i ituc de sipaves, armés de fusils, et all.i droit au tigre suivi par une foule nombreux de gens munis de fourches, de sabr< de bi tons et de pistolets. À leur epp roche, le tigre seJi el céda le terrain, mais pas â pas, comme mi ennemi qui
veut point combâ Ire. -ai rtanl û h craint. -,
Le capitaine Fîedling se détachant des siens, s'approcha seul de la iiétc féroce, qui, surprise de tanl ^'insolence, s'arrêta aie jeta sur le téméraire un regard foudrayattt.
OEUVRES DE JACQUES ÀlUiîO.
Le capitaïne f remit; U s'aperçut, mais trop lard, qu'il faut plus de circonspection ni pfeence du Ligre royal. ou toutefois, te doigt sur ta détente de sa carabine, H attend bravement ranimai.
De son côté, le monstre prévoyant ne juge pas à propos d'aller au-devant de la balle meurtrière, et, soit adresse, soit a lin d'éviter un combat trop inégal, ^ar un nu unie était la devant lui» il céda une seconde fais la place, mais toujours à reculons, comme celui qui, même dans h définie, ne veut pas mourir seul.
Grâce à celle manoeuvre, on se vit lu m tôt dans une rue étroite ou 1rs mouvements du ligre devaient se trouver comprimés, Habile à profiter de celle heureuse position, lu capitaine Ficdling mit son fusil en joue, lit feu, et La balle pénétra dans L'œil de La bête féroce. Un rugissement affreux se lit entendre; la terreur s'empara de la foule», ou se rua les uns sur Les autres, on se blottit pèle -mêle dans les maisons assiégées, on se sauva jusque dans la campagne; cl eu nu lins d'un quart d'heure Le capitaine se trouva seul a seul avec le tigre, dont les ongles creusaient le sol et qui recevait sur sa langue haletante Le sang qui s 1 lie I tannait de sa blessure,
i'h'illinej s' é lait armé de son second pistolet P et un poignard était â sa main gauche. Le tigre [urieu* s'élance sur son adversaire; une halle part, le terrible quadrupède est frappé, mais il ne meurt qu'après avoir broyé Le mue de son ennemi.
Ne serez* vous point effrayés de la puissance du tigre du R c n g ; i le , I o rsq u e vo us a p pi ë ud re i q u e ne n dan t un e c b a u de
journée dfl septembre, à dm\ lieues ai d de Cnlnitln,
une compagnie de si paye s armés rencontra deux de ces terribles quadrupèdes venant a elle avec des bonds immenses, ne s'arrrlant qu'à «ne trentaine de pas de la milice préparée a Val Laque, el ne pouvant se résoudre à fuir devant un péril aussi grand?
Ils étaient U couchés sur le ventre, h gueule béante, l'œil ouvert â tous les mouvements des soldats qui venaient de glisser une double charge dans les canons de leurs fusils. Le Capitaine de la Iroïipe ordonna uni siens démarchera pas lents, recommandant surtout une décharge générale et une parfaite union.
— Noire force ne doit point être divisée, leur dit-il; si nous nous séparons les uns des autres, il y aura des malheurs: tomba ut 2 coude â coude et la baïonnette en avant»
Quinze pas séparaient les adversaires. Ou commandait déjà le feu, quand les deux tigres, plus rapides que la paroi e, Balancèrent au milieu ùes soldats. Les baltes devinrent inutiles; mais les baïonnettes tirent Leur office, el les tigres, chargés de toutes parts, se virent bientôt réduits ■in courage du désespoir. Ils tombèrent sous mille blessures d'où s'échappait un sang noir et bouillant; et lorsque les îipayes hors d'haleine jetèrent un coup d'aûl sur le champ de bataille, ils virent six des Leurs étendus sans vie sur un lit d'armes brisées.
L'on d'eux, d'un seul coup de mâchoire, avait eu la cuisse séparée du corps ; nu autre a rail perdu le bras droit.
un troisième était méconnaissable, car les dents du tigre lui avaient horriblement broyé la tètc« Presque toutes Les victimes étaient mortes sans agonie, et les poitrines g rertès des cadavres art est aient le délire de ta bète féroce. Quinze fusils furent s r U bau muettes étaient tordues* el les bois durs portaient profondément empreintes les traces des dents aiguës et tranchantes des redoutables quadrupèdes.
On exposa un jour, près de Cbandernagor, un buffle à la voracité de deux tigres qui, louies les nuits, venaient audacieuse ment roder auprès des habitation» et emporta ien! fort souvent quelques pièces de bétail. Des chasseurs intrépides, une meute de chien*; aguerris, se tenaient aux aguets près du buffle captif, et n aitendaienl que le combat pour s élancer contre les vainqueurs. Le soir même, les tigres, qui s'étaient fait une habitude d.- leurs rapini s'avancèrent comme deux frères amis vers ta petite ville témoin de leurs exactions. Les beuglements étouffés du buffle lirenl changer de route aux bêles féroces; elle, se précipitèrent en affamées vers le point on gémissait leur victime, et les vuiia, d'un seul choc, se vautrant dans le sang d'un cadavre.
Lis chassent m- disposaient i sr montrer, afin d'interroni | n % e le re| tas qui a] lait co m me nce r ; m ;i i a r rr t « ■ i ï ■ u i
an premier pas, dans la prévision de la lu Lie qui semblait devoir s'engager en Ire les deux tigres,
En effet, intimes pour le meurtre et la destruction, les iléus terrildes quadrupèdes de vinrent rivaux irréconciliables pour le partage ; chacun voulut la meilleure part du Festin . H e s ra nqu éme n ts s on rd s et sa cea dés p réced è re n t les coups degrïlfcs, les gueules haletantes s'ouvrirent, i adversaires prirent de l'espace; et U, tout prèf de leur victime, eut lieu un de ces combats à moi r dont les solîtudi seules doivent souvent offrir le magnifique spectacle.
La récompense du vainqueur était trop belle pour que In rage des jouteurs demeurai tiède; aussi, après un quart d'heure de frénétiques ranquements, de sanglantes éireintes i:i de déchirements horribles, un des tigres umiLa pour ne I lus se relever Le second, tout meurtri, tout brise, allait se reposer dans le sang du buflle devenu sa légitime propriété, lorsque les chasseurs en alerte s'avancèrent bravement vers lui et ne tardèrent point à l'abattre.
Ce serait a lasser l'aUenlinjj de nies lecteurs que de lent signaler les mille moyens employés p «r les chasseurs du haut luduustan pour la destruction de ce formidable devo* râleur , dont chaque cri est une colère, chaque pas une hostilité, chaque menace une luorL
Nulle arme n'est asseï éprouvée contre le tigre royal du Bengale, nulle barrière assez *olidr, nulle embuscade assez bien combinée. Piques, poignards, tridents, IWUqï empoisonnées, meutes courageuses, fus Us, mitraille, chasse u rs i n tr é pi il es , ton i est infini ctuou x , mut est i m pu i sas ni. Le tigre promène ses. dévastations dans les habitations isolées, dans les bourgs protégés par des milices, dans b cités défendues par de hauts'remparls.
Le tigre est un lleau traînant après lui la destruction,
Malheur à qui se trouve sur la roule du tigre!