‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 78 sur 82 · CHASSE AL' SERPENT A SONSETTES · texte numérisé non relu

CHASSE AL' SERPENT A SONSETTES

NOTICE

Àpn>s le serpent noir de la Nouvelle-Galles du Sud, le

serpent à sonnettes f»st le plus dangereux^de tous les reptiles : | n- de venin plus actif que sujj venin, pas d'haleine pins empcsiée que son baleine. Lona de cinq S six pie sa circonférence est d'un pied i dix-nuit pouces. Ses yeux

OEUVRES DE JACQUES Alt A GO,

sinji toujours tHimrlanN tnÔm« dans les ténèbres. Sttèle e<t plate et semée d' écailles de même que son dos, qui est d'uni* l'iMilcitr ^rise mëh ■ de jaunâtre. Sa L'm-uleade trois

pouces et demi â quatre i vs de. contour; sn langue es]

noire, déliée, bifurquée, cl il l'agile avec nue ^liubihié remarquable. [«es dents iln serneÙL à sonnettes sont crochues et tournées en arrière, de raçon que la proie, une foî> saisie, ne peui plus échappera In gueule du redoutai, repli le, qui, tout eu h retenant avec force, l'infecte du venin tombant de >n mâchoire supérieure. Sous la peau qui recouvre cette mita noire snnt placées les vésicules ou le poison se ramasse. La queue <fu serpent o sonnettes est garnie d'écaillés sonores qui, se frottant mutuellement, produisent un bruit assez sensible pour être entendu à soixante pas de distance. Ce bruit ressemble assea i celui

d'un parchemin qu'on Froisse. Les i lyements de ce dan-

< roux reptile se huii avec une rapiilit»' qu'on a peine i comprendre- Kn un clin d'oui il se replie an cercle, s'appuie sur sa ijuenc, se précipite comme un irait, tombe sur sa victime, la blesse et s'éloigne aussitôt, car il a peur de la vengeance de son adversaire, Ne vous tournez donc pas, si jamais vous allez au Mexique ei qiie tous l'entendiez appeler du nom d'iY.uaKiit, quisîgniflc le vent- Le serpent i sonnettes habile le nouveau momie et plus particulière* ment le* pays situés sous le quarante-cinq uii v me ilr-p'' île latitude septentrionale. Biais, . ■>> i aux travaux qui ferttlisenl et pm-i fient ces contrées, l'empire do ce funeste reptile cède chaque jour une plus large place a In domination de l'homme.

La nourriture du serpenl à sonnettes se compose do vers, de grenouilles, même d'* lièvres, suri nul d'oiseaux été cureuils, car il monte et court sur les arbres avec une vi^ v atité sans pareille» et si Ton eu croit certains naturalistes, il aurait dans le regard une puissance assez magique pour contraindre ranimai qu'il veut dévorer à s'approcher peu ,'l peu ri â se précipiter dans sa gueule, Le serpent i Bonnettes nage avec la plus grandi- agilité, et attaque Les ponts des petits bâtiments, et vous devez penserai alors votre position est affreuse. Tout espoir de fuir serait superflu : il faut vniiicreouTotis préparer à mourir en quel [iiw minutes.

CHASSE

Tout «"ire M'.i'i qui se trouva à portée du serpenta

Konuettes esl regardé par celui-ci comme un e midont

il doit se débarrasser, surtout si cet animal commence l'ai* laque. De son croie, le chasseur, h- planteur, le uaUaralisiou l'esclave qui entendent près d'eux le frôlement de la queue du reptile s'éloignent en frémissant, car 1 ri est la mort, et quelle mort, grand Dieu ! une agonie cour te, mais ii peu de chose prés aussi atroce que celle qui vous est donnée par le serpent noir. Ce frôlement dont je viens di^ vous parler est pareil â celui produit par de m cailloux Fortement frottés l'un contre l'autre, il a quelque chose d'horriblement prophétique; on se seul presque du poison dans les veines; une sueur froide inonde le corps, les yeux se troublent, on n'a nulle force pour fuir, et l'on >ï demande si Ton a encore le temps d'éviter la dent du reptile. t!W1e puissance du serpe ni à sonnettes sur l'homme se&il sentir principalement chez ceux qui, pour la première fois, voient glisser le reptile a travers les bruyères, les Heurs et I* s plantations de café ou de cannes â sucre. Mais nu s'aguerrit â tout péril, on se fail à tome menace, et ce redoutable adversaire» qui s'a^iie mortel â vos côtés» n'est bientôt plus pour vous qu'un de ces erres de mal heur que le ciel a jetés, ou ne sait pourquoi, sur cette terre de désolation, et auquel vous devez déclarer une guerre de tontes les heures. Ainsi font les nègres courbés sur le sol qu'ils creusent sans m làehc; ils n'attendent pns, eux, que ta spirale meurtrière se déroule et les arrête au milieu de leurs travaux- Ils savent que le virus du serpe» I a sonnettes est le feu qui brûle, le poison qui corrompt, l'clau qui étouffe. Eh bien,

ils vip.it droit an reptile avec une baguette de fer ou avec mu 1 bêche tranchante, et, corps et pieds nus, ils proposent le dHi. Si le serpenl esl allongé, s'il rampe ctarri^ avec sa vitesse ordinaire, c'est la bêche qui portera le coup mortel, Elle planu* eu effet, sur le corps tortueux, vignureusemenl tenue des deux mains, et nu moment on le reptile, sur de sa victoire, ouvre h gueule pour mordre, l*instru« ment saisit et sépare en deux le corps du serpent.

\ oila les deux tronçons ; fuyez encore de quelques pas, car la Lèle conserve un mouvement de vie, et le venin peut glisser dans la plaie, Ne jouez aussi que très-tard avec In gueule du serpent : elle s'ouvre et se ferme comme si elle n'était point séparée du corps; et le nègre le sait si bien, que, lorsqu'il va auprès du gouverneur présenter le cadavi de sa victime pour obtenir le prix de son triomphe, il se dispense d'emporter cette tête, qu il écrase entre deux

pierres. Après la mort, d 1er la mort! Il n'y a guère que

le serpent â sonnettes et h serpent noir qui jouissent de ce doux privilège. Le bruissement de la queue du serpenl a sonnettes est-il un généreux avertissement du danger que vous courez, ou bien une colère qui s'eollamme? Il y Murait la* une utile élude â faire, et (es chasseurs de ec dangereux reptile feraient bien de s'y livrer, car on a lieaucoup « gagner a savoir si l'on se trouve en présence d'un agresseur ou 'l'un adversaire in offensai. Dans le premier cas, les précautions devraient être prises minutieusement ; dans le second, la prudence serait presque toujours une arme suffisante, et Ton aurait tout loisir de - mettre en mesure pour attaquer à son i \ Dés qu'il s'agit du serpenté sonnettes, il n'est pas de minutieuses observations à faire, il nVsr pas de petits détails qui m soient précieux. L'ignorance du péril est toujours funeste, et il semble rationnel qu'on ail plus .i craindre l'astuce que la méchanceté Bien n'est l'effet du hasard dans Tien vie de la création, et peutêtre y a-t-il un bîenfail taché dans l'existence du crapaud, du crocodile, de l'hyène, du serpenl noir et du serpent i sonnettes. Montaigne disait : Que sais- je? Seron*-noua assez vaniteux pour ne pas dire : Quei&tions-nûti&f

Le plus grand ennemi du progrés ce u'csl pas la pares c'est ta vanité. Soyez vain en présence du serpent h sonnettes; vous avez Jes armes qui peuvent ne pas l'atteindre, et si vous le frappez, il est encore probable que vous ne le tuerez pas. Lui, au contraire, s'il vous touche, vous êtes mort, et presque toujours il vous touche quand il veut. Lorsque, par un bonheur fort rare, léchas^ m trouv

i pi nt à sonnettes endormi ou assoupi par le bru i i ihl'orage, il s'avance avec la plus grande précaution, se place de manière â prendre le corps du reptile en profil, r.ui glisser sur te dos une des branches d'un instrument muni d'un Ion;; mauebe. dont le bout esl en (orme de pince et dont un des cotés glissé sons le reptile cl l'autre plane sur le dos. Alors l'agresseur lait un léger bruit, le serpent s'agite et se réveille, le U élément des anneaux de la quene en donne le signal, et, dès que le corps un peu soulevé ouvre un passade a nue dis branches de la pince, un petit ressort touché lait joindre violemment les deux mâchoires de la pince, et L'ennemi se trouve saisi ci pressé comme dans un étau. Ainsi ca] til'. ranimai se débat avec une violemv extrême, ses yeux s'ouvrent it se ferment convulsivement, su lanjrue bifurquée s'agite comme nue flamme, ^a mdchoire se dilate el se contracte d'une façon nerveuse, sa robe change de couleur, son corps crie et >e roule en moraux liévreux, et sa queue ne cesse pas un seul ii^lant de lo ■! ii. et Je fouetter 1 air. L'on comprend que, pour un tel exercice, le chasseur a l"--,nm d'une certaine adresse ri

d'un grand sang-froid; L'on devi ine sa fuite doit éiie

i qiiile si le reptile est- manqué ou même s'il esl mal saisi ; et l'on peut se faire une idée de la colère du serpenl venant d'éehapptT â un péril et qui aperçoit lViJiiciiii dont il jure la perte a son tour. C'est presque toujours un cadavre hideux qu'on trouve le lendemiin étendu ruide sur le soi ou tordu comme s'il avait succombé a une attaque de tétanos. Dans le calme, le serpenté sonnettes tue; jugez de sa colère-

Si la l uerre faite au serpent noir par les sauvages de la Nouve)ie*Holiande esl beaucoup plus meurtrière que celle faite au *crpcnl â sonnettes, cest que le naturel de la

CHASSES AUX BÊTES FfillOim

Tandis que le chasseur lui patenta une tord je pur l'éblouir, il la Trappe de son sabre. (Fîig* 59 )

Nouvelle* G a lies du Sud vit da 1 1 -. I. > Lois, sans armes, sans M\ns, sans vêtements, sans drfnisr c T est nue ta, dons ces éternelles et immense solitudes, il a an sol à disnukr à sou ennemi, et que s'il se conclu! sans éloigner *le lui ce redoutable voisin, il est mort* La dent du serpent noir, j*- vous i.ii déjà dit, c'est te coup de foudre qui vous frappe au crâne, c'est l'acide hydrocyam.jue, &*e$t la mort l.-i plus prompte- la plus épouvantables éprouver, la plus hideuse i voir, Ei puis I. . i -prut ûoirauaque l'homme plutôt uuil n'est nu,n[ui ; jiar luî. IL le guette, Le surprend, se rue dessus. Il y a là nu cadavre. Et puis encore il se cache traîtreusement avant de s'élancer, il se luit, cl vous ne l'avez pas encore vu (pie di'jà vous êtes trappe, J'aime mieux le lion qui ru*it p Le tigre qui rauque, le luil'lle >|ui pousse des mugissements. Ici, du moins, vous avez été prévenu, vous vous êtes mis sur la défensive, vous avez regardé voire ennemi en face, cl, avec de Intrépidité cl des armes, il vous a été permis de combattre. Mais le serpent noir, mais lu serpenta son nettes! Bée idem en l j'aime mieux

L'hyène i La dent verdâtre, a la langue rouge, a h gueule L erre use.

Puis encore voici venir â ?ous la morl . une morl alïrense, horrible, rapide, une movl ave îles, unîmes, avec dis tiraillements effroyables, aveu ions les symptômes de VU\ drophoLrie. C'est le serpent à sonnettes qui vous a mordu, c'est lui que vous ave?, regardé en face, c*es| lui ilunt vous n'avez pas entendu le lugnluv ivtrlissement. 11 n'attaque fias comme le serpent noir; maïs si vous l'iiLtaijiiez, vous, il n'es! pas probable que voua sortiez vainqueur de La Imie. car son venin csl actif, son élan rapide, sa gueule prompte à s'ouvrir et à se fermer, et ses dents cnu>rs. par un glisse la mort, sont aiguës et ira ne liantes*

Quelques iMtu ralistes assurent que le serpent a sonnettes , se mordant lui-même par sa propre dent, expire sous Les atteintes de son venin; dWres obse valeurs combattent cette usserii<m et se basent sur des expériences récentes du virus de l'affreui reptile, laites au milieu des dangers les 1-lus imminents. CequIL y a de certain, c'est qu'un serpenl

OEUVIM-S Llti JACQUES AIUGO.

fl sonm Lies mordu par nu a m i.- serpent meurt deux on trois minutes après. M aiotenant, apprivoises ce redoutable reptile, et vous ferez une utile chasse à sus frère*, Mais Le ser* pent et l'hyène ne sont susceptibles ni d'attachemenl ni de reconnaissance. Leur vie est la mort de lout ce qui les approche*

A l'aide de la (tomme et d'un grand bruit, on parvient n éloigner tes serpent* à sonnettes des hohîtrtiioris, ci c'est ainsi ifiic se garantissent de leurs Atteinte* les nègres employés aux coupes des canne* i\ sucre» abus qu'ils passent les nuiis dans les champs. Il n'est pas rare pourtant de voir le hideux reptile Rapprocher parfois do foyer et eher* cher .1 ehauuer i ta llammc ses membres engourdie par le froid mi la pluie. Dans cet état délaie, les esclaves t« meut souvent à coups de bîhui 00 de sabre, Le moyen le pi n s i .m nu pour se défaire d'un si dangereux adversaire i>tde)e saisir m moment où, étendu .sur le tronc d'un urine, il bave aux Ifd du >nhil. Un violent coup de baguette de fusil parvient alors d briser un de ses anneau? et a Veiupé'cher a* 1 diriger §Jf mouvements Ain i frappé, le reptile meurt dans des convulsions horribles. Mordu en ce moment par le serpent 4 tonnelles, un homme meurt e» deux minute» cl demie,

tl a été ilifJicile de constater d'une manière iirêche si le serpent ri sonnette*» après avoir mordu une fois, pouvait donner la mort par une seconde morsure. Il semble démonlrë aujourd'hui que la seconde blessure du reptile e>i beaucoup moins dangereuse que ta première, et i|ue la troisième, faite une heure après, m: présenterait pas de grands risques A celui qui en serait atteint. Aussi les mûrs • Liaient-ils, dés qu'un de leurs camarades est étendu roide sur le sol, de s'élancer à la poursuite du monstre, de l'en i m mirer avec lu mains. Bien des exemples sanglante devraient pourliint les tenir en «arde contre de semblables épreuves, et la dent creuse du redoutable reptile ne tarde

ère m se remplir et à donner la mort â celui «ju i le louche

— CroytiZ'vnni, dis-jeunjuur â un planteur, à la puis* sain-.- arifaetïve du serpent sur certains quadrupèdes ei sur lues une tous le* oiseaux? — Non, monsieur» et il serait absurde d'y ajouter foi, — Cependant on a vu de* crapauds, des grenouilles, des rats, des lézards même, bondir fébrilement el s'élancer petit a petit vers le serpent â snnm Des et s'engouffrer plus tard dans sa gueule. — C'est un effet de la peur. — t'est donc une attraction?— Oui, puisque vous donnez à ce mol une signification une je lui refuse, Mais le pouvoir du reptile serait nul ou imiïoi produirait un effet répulsif si la frayeur ne troublait pal les sens de celui i|ui s'esi laissé iuliju::tuT. En faveur de U cause que je plaide, j'ajouterai que j'ai vu des grenouïlî endormies et fort paisibles à côté du reptile qui, à leur réveil, s'êlançaiem en Hï'el fûrs le dé v orateur. — Avez-vous vu aussi des oiseaux tomber du haut des arbres dans la gueule du serpent".' — J'en ai vu qui tombaient; mais dans la gueule du serpent, non- — Avez* vous une grande facilité â vaincre le serpent a sonnettes pendant sa diffeslion? — Très 'grande* loutefoU lmjs conquêtes sont cm i- ii" h- reptile, des qu'il ^t repu, se relira dans U- creui de quelque rocher el s'y repose immobile pendant des mois entiers. — N.i l- u alors aucun moyen de le vaincre? —

Mous en employons un qui ne réussît pas toujours, pari mie sa demeure a deux ou trois issues et qu'il est difficile Je les trouver, Maïs quand son gile est parfaitement connu, nous brûlons a l'orifice une longue irai née de soufre: noua mastiquons tous les jours, toute* les petites lentes, elle reptile est étouffé. — Àvei-vous remariiué iule la ma rein- du reptile fut plus rapide Le matin que le soir? — Elle lest beaucoup plus le matin avant le lever du soleil j aussi nos chasseurs ne vont-ils â la poursuite du serpent qufl le soir.

La méthode le plus en usage pour s'emparer du serpent à snnnetie^, celle qui expose le chasseur â moins de dangers, est simple et de facile exécution. On place aux environs des haies sous lesquelles le reptile a ) habitude de se reposer une grande cage en fil d'artha) doni la porte est ouverte, Dans celte Cage est lié un rai, un lapin, une volaille ou quelque antre chétiie béte luttant contre l'obstacle qui la retient captive, Des que le serpent cm end le

bruit dé relui dont il veut faire sa proie, il pari, entre dans la cage lixée solidement â terre, et, a peine a-l il eon> i" 1 -ii repas, qu'une corde mue par le chasseur caché derrière un arbre esi détendue; la porte île La en^e se »■ ferme et te reptile esi prisonnier- Cependant, comme ce dangereux mimai moi souvent plus d'un mois d'intervalle entré un repas et l'autre, il est aisé de corapreudiv L | , d,. pareilles c liasses sont peu meurtrir res, ci qu'il faudrait bleu -I'- > in- les |...] L r dépeupler une colonie de ces hâtes redoutés, si le besoin de .sa secuni>' personnelle n.iii

pas plus efficacement en aide an colon.

On croit généralement â la Martinique que beaucoup de noirs ont des remèdes certains contre Lu mm sure du serpent

a sonnettee; mais alors puirqiim île grandei réi i penses,

la promesse mémo de la liberté, n'aur nient-elles pas arrache ce secret â rcu* qui le possèdent? Ne larntt-ce ]■ plutôt que le venin du reptile est sans puissance contre certaines natures? Le sang noir est-il plus difficile à corrompre que le nôtre? Ce sont là de ces importantes éludes qu'on ne saurait trop recommander aux explorateurs, Quoi qu'il en soit, j'ai connu un esclave qu'un serpent i sonnettes avait mordu au mollet et qui, après s'être fortement frotté avec un certain mélange de feuilles qu'il port.iit dans son caleçon, n'a jamais été malade de sa blessure. Il aérait sage peul-eire, des qu'un mur dit avoir élé impunément luiudii par un serpent d sonnettes, de l'envoyer à la chasse des reptile* <i de lut accorder une récompei

Iiour chaque lé le vénéneuse qu'il apporterait. Cela vaudraîl )ien T je crois, Les travaux du champ de café ou de ta canne a sucre,

Y»iei le soleil dardant ses flèches les plus algues sur la terre qui crie et se crevasse ; le nègre, épuisé, ruisselant, succombe ii ses atteini'-^ le planteur se réfugie sous paieries protectrices, la feuille jaunit, ta tqje de la canne se colore, l'atmosphère entière est comme' une fournaise dans laquelle toute la colonie voudrai soupir, car l'air lourd, écrasant, pèse aux poumons comme un remords à lime; partout le silence et le découragement, par huit on en fournisse ment mortel pendant cette torpeur l> la nature j partout, excepté dans legite du serpent â Bonnettes, qui Relaie dans la plaine, dnm Ici champs de café, sur 1rs grandes roules, et puis se tord» se joue, se roule et lait entendre, comme une menace de mort, son redoutable bruissement.

Ne cherchez pas au sein de cea chaleurs étouffantes â com battre le serpent â sonneties ; son venin a trop d'activité, ses oscillation i sont trop rapides, vos membres sont trop brisée Fuyez si vous en avez la force, suspendez-vous â tin hamac, â cinq ou six pieds du sol, sous la gigantesque feuille du bananier, ou soi] s !<■> couronnes ondoyantes du latanitr, dont la tète se cache dans les nuages, et laissez glisser sous l'herbe le serpent à siunn-ihs eu ifuéte d'une vie lune sans défi use. C'est la morJ qui se promène parmi les vivants alourdis, c'est le virus le pi us actif qui prend en* ccre de l'acreté sous ce ciel de bronze, sur celte terre de lave. L'agonie de celui qu'atteint alors le serpent â sonnettes n est pas longue, je vous l'atteste* et le cadavre oui tombe n'est pas facile non plus à ployez, l'u corps gïl là, comme ii au pe de la foudre, le tronc noueux du tamarinier que les siècles avaient respecté, M. us le ciel se voile, la mer clapote sous une brise folle, sans direction marquée; là-bas, là-bas, l'horizon est rouge comme du san^ sur voire tête, un cliquetis d'oiseaux invisibles fait crier le feuillage; sans nuages au zénith, un roulement sourd Inverse t'espace; sans fiif.ili-, .|.m< Les vallée*. TOrcni

dresse comme des montagnes mouvantes avant de se ruer SUT II pla^e envahie, dont it roule les luihis avec un fracas pouvontanle. Il y a colère iu ciel, colère ardente sur la terre ei an fi nid des Ilots ; mais celte colère esl emprisonnée: la main puissante de Dieu la tient comprimer n que les mères aient le temps d'abriter leurs enfants éj»ai"ji ça et la le long des ruisseaux qui se desséchent. I- 1 '- porb des habitations se bardent de solides m - le 1er les né*

gros se blottissent lOUS leurs cases nien.ni> quadril-

pedes hurlent, aboient, hennissent, grognent, glapissent en a'agitant dans ieuis et i Ides comme l| une Licvtc douletjreuse les avait saisis; ils courent dans la plaine sans

CHASSES AUX BÊTES I ÉROCI

r»si

but. mes direction Hit; ils *e couchent, se mlre^-nf,

veulenJ fuir ci t béni; c'csi le commencement dune

lutte terrible, c'est le prélude d'un combat solennel, ou la rage Ben d'un côté et La résignation de l'autre. Voyez

maintenant '

S troncs des arbres sont d«r.-irïni ; s rt tnut-liillniiii^jû dans 1rs tirs, heurtés par les toih des- m;iisnns en tant-

Ui; Les vagues ecuincuscs tombent sur les ruchers qui crient et contre h i s picls La baleine gigantesque vieni ouvrir sûn dos r r i li r ï l r- . \a> ciel < i vi cuivré, cuivrés aussi sonl Les mornes ou voua admiriez naguère une végétation vertu H Coureuse; les ruisseaux se sont druides en torrents

devorateurs, la bouffée de L'ouragan qui h-> | ^i j Les lait

mi instant après remonter vers leur sourie: r.iii- esl ri la fois un déluge • t un enfer, L'éclair rapide s'y promène au milieu d'une pluie froide, épaisse el pénétrante, et vous ne savez ci que vous avez le plus à redouter il* la foudre qui mugit el s'aba! ou de l'avalanche i[iii se roule et bondit autour ne vous.

La crise a passé, l'ouragan a épuisa sa violence, Le planleur a repris un peu do sécurité, le pègre secoue les débris d'écorce et de branches qui le couvrent et lui ont servi de ma ut eau pendant ce terrible désordre, les quadrupèdes respirent a l'a t se» et qunnd vous avez jeté un coup d'œil sur vos p Sa n talions désolées, vous voyez mules en bluc, comme pour se rapetisser, les serpents a son nettes, frissonnant encore el se laissant tuer comme des êtres In offensifs. Un (ténu a lue un autre ilèau, Le coup de veut a eu > s générosités. J'ai vu des noirs ne pas c ni mire d'attaquer

en tin- le serpent a s lies, eu tenant d'une main nue

lorclie enllan el pétillante qu'ils présentai ni inceslammenl au reptile, et de l'autre un sabre on une baguette do fusil dont ils le frappaient, lie genre d'attaque est fort aouwoil adopte dans un |4. il 1 1. 1 [uiiuhrc d'habit ;itîmis; mais on comprend qu'il faut beaucoup de courage, d'adresse et du K.iit^froid au provocateur pour sortir vainqueur de la lu Lie. Quelquefois aussi il arrive que le chasseur attend le serpent, armé de deux torches* el, taudis qu il lui en pré* seule une pour r éblouir, il le frappe de l'autre, qui brûle le reptile ou lui fait prendre la fuite. Hélas I De n'est pas assez de tous ces moyens pouf détruire un Lies plus redoutables tti des plus audacieux adversaires dis hommes! La

■ ' des servent muettes est loin de s'éteindre; les prîmes promises aux esclaves pour chaque cadavre île reptile en a fort peu diminué le nombre, et il n'est pris d'année que de grands malheurs ne tiennent jeter La désolation et le deuil dans les familles.

Le boa disparaîtra bientôt de Timor el de» principales ilea malaises, h ne vivra en sécurité que dans l'intérieur désert el presque ignoré de l'Afrique; le lion s'éloigne pwit a petit des habita lions et des dites; l'éléphant, Le rhinocéros, le tigre el la panthère commencent â eonv p endre que, dois hms duels avec les hommes, les chasseurs leur sont souvent funestes; le crocodile même se plûil bien plus dans Les rades tranquilles qu'au milieu des éarênes voyageuses que Pancre relient dans les rades commerciales; le jaguar ne vit plus que dans les pampas et dans l" in lé rieur des forets viei^cs ; le serpent noir est déjà traqué par la civilisation jusqu'au delà des montagnes Bleues; le serpent i sonnettes seul assiège les citoyens d ins leurs demeures, et, loi» de redouter ta colère de ses ennemis! il semble se plaire a venir les provoquer au sein de leurs retraites les mieux défendues.

Lis explorateurs aventureux qui vont étudier les bêtes féroces ou venimeuses dans leurs domaines, sous toutes les zones, mil cru remarquer une tendance à moins de cruautés dans certaines rues. Ils ont comparé leurs ob* servatiuiis avec celles faites par Les anciens naturalistes, et presque Lotis ont conclu que certains animaux ont perdu quelque chose de leur cruauté première et instinctive. Le serpent à sonnettes est moins sujet au caprice, plus constant dans sa nature. Ses colères sont, connue par le passé» des arrêts de mort; les blessures de sa dent, des tortures horribles, quoique de courte durée, et les hommes, • pii ont forcé Lelion et le tigre dans Leurs retraites les plus dîJ », n'ont pu lui faire abandonner les cités dont il leur dispute lacon pn > Pendant un rude Ole et après plu-

irs violents orages, l'habitation d'un des plus riches ce* ions de la Martinique se trouva tellement infectée de serai ni-, .i sonnettes, que le planteur, sa famille et une partis uV ses noire se virent forcés de prendre la fuite, h m- resta dans l'habitation que les esclaves les plus intraitables, ceux ijui avaient mérité quelque rLitimeni cl eaux nui, dans l'espoir des récompenses promises, consentaient d

[poser aux dai d'um: chasse on tant de victimes devaient couvrir le soi,

Parmi les nègres retenus aux L'ers, il y eu avaii un,

m ri*- Pcgu, condamné à recevoir cinquante coups de ro*

Lin par jour, el cela pendant hoile une semaine, L- ■ hi'i* liment subi, il était reconduit au cachoi et n'avait pour reprendre ses forces épuisées par la douleur el la perte de son sang que l'eau bourbeuse qu'on lui donnai! en petite quantité et une bien maigre ration de farine de manioc, Uanl -le regagner ta ville, le maître voulut assister encore uue fois ê L exécution delà sentence de Pégu. Celui-ci, déjà couché sur l'échelle fatale où on allait Le fustiger* vit rentré lui un serpent a sonnettes qui se glissait traîtreusement sous l'hcrW. Pcgu reste immobile, ai ma ni mieux une mort prompte qu'une Lente el douloureuse ag mie de tous les Jours, Déj.ï le redoutable reptile se repliai! sur lui-même pour s'olnucer, lorsque, .i la vibration de la

queue, le plant \ d'abord immobile et impassible, hondil

'■i s'éloigne épouvanté. Au bruit, le serpent tourne la tète, change H'instanl de résolution, et se croyant sans doute

attaqué, il se dirige ■■!■ s nois vers Le planteur, :\n\ n'a

pas même la force de prendre l-i fuite. Tremlihui pil+ i , : res pi' 1 pétrifié, il balbutie a peine quelques paroles Inin- (elligtldes; maîi on devine qu'il demanda du see iiirs. IV'lu se dresse, court au reptile, s'élance sur lui, ci d'une main vrgQiimitt il le saisit a la fûrge, le serre et l'êlouffe api un quart d'heure d'efforts inouï

tiix minutes après, te nègre recevait, par ordre du maître, les i Inquante coups du rotin auxquels il avait été cou*

d u 5 pour être allé, malgré la défense uuYui lui eu avait

fatte, voir sa femme dans la nuit. Pègu subit son rhaLimcui pendant bois jours entiers; mais bu dernier, succombant sous l'-s d-'-i hjrnuenU, il se juta a genoux e( demanda grilce p promettant de rapporter à sou maître deux serpents

muettes morts par jour, et cela pendant une semaine. On éui ivit au planteur, qui accepta les propositions do Pégu. Celuï-ci tint parole; nmis au lieu de quatorze serpents à* sonnettes qu'il avait promis, il iTcu put tuer que irciae. Le lendemain du dernier jour Osé, il recul les cuiqu au te coups de rotin dont il avait cru s'affranchir, el ne

releva plus de L'échelle fatale* On jeta son cadavre au* oiseaux de proir.

Peut-on appeler chasses ces combats singuliers livrés

sans relâche à ces ennemis ■!«■ tout ce qui respire ' et vn i ■ , qui cherches â eupli pn r chiiquc [ih'mouhne de la création Cl qui osez avancer que lou1 ee qui se meul est l'ieuvnd'une sagesse immuable, prouvez -moi, je vous prie, 1 milité du serpent â sonnette^, traînant son corps gras et gluant au milieu des belles planta ùi h i< >l>- Limuitiiers el parmi les Heurs rares el embaui des plus riants jardins du nu unie. Jusque-là je croirai que cet affreui reptile est un fléau comme le typhus, la rage et la peste.

Quelques moralistes m'ont reproché, dans certaines feuilles critiques, d'avoir osé prêter une pensée aux quadrupèdes ou aux reptiles. Selon eux. tes hommes seuls ont de l'intelligence, le reste n h a que de L'instinct, M.iis si L'instinct des brûles est plus merveilleux que voire i tison, n'est-ce pas celle-ci qui occupe la seconde ni a ce? IJni d'entre n nus ferait ce que fait le castor? (Jui d entre nous Luit irait coin m- bâtit l'orang-outang; ? KL l'industrie de La sarigue? Et celle du kanguroo? Tout cela est-ce l'oeuvre du hasard î Tout cela est de l'intelligence, ou le mot qui exprime cette divine faculté doit perdre sa signïOcation, J 'ajo ute, i j i o i . que Le serpe n l à so n n ettes est ma I ! ie u v* sus* ment doué de cette haute intelligence que vous accordez a l'homme, et que celui-ci, dan- sa vanité, se réseï tt pour lui seul. Voyez comme il s incline ri v ■ ■ ■ ■ rnpiiiité Lorsque la Li.ui'ite, Levée jiour l'atteindra , fouette dans le vide! Voyez comme il fuîi après vous avoir mordu, car il | revoit que vous voudrez vous venger avant de mourir!

Voyez comme il accepte une première lutte avec plus dardeur qu'une second' 1 car il sait qu'il a moins de venin a pnsent, et que son venin est aussi moins actif 3 Voyez encore comme il se glisse traîtreu-i ment, sons L'herbe pour atteindre sa (noie, et corn un 1 ;que< m m festin il se réfugie pour sa digestion au fond de quelque gîte assuré! Appelés 1 1 1 ■■ l cela les mouvements d'une machine, j'y conseils, mais, encore «ne fols, dites que c-ue machine .1 nne volonté. Quand vous m'aurez marqué la limite exacte qui sépare le h. ml instinct de l'inlel Licence bornée, je consentirai â m humilier devant voire sagesse; jusque-là permettez-moi de croire que le serpent sait qu'il va donner la mort* qui le castor sait qu'il se met â L'alïii de l'attaque des hommes

par la double issue de sa demeure souterraine cl sous-manne, une Le Lion sait : qu'il esl Le roi des quadrupèdes ri l'aigle le roi dos oiseaux. Ne m*en veuille/, pas, je vous prie, dé mesi flexions morales, je suis sous ito ma^uillque palmiste, 1 L'abri d'un soleil à pic; une brise fraîche et embaumée me

caresse le visage, 11 mer soupire ;i mes pied? e me «m le

f;iil après une colin* éteinte: la tète de Irt canne a ancre 1 t dorée, nu! cri d'esclave soumis au fouet noueux n*a frappé mon oreille depuis mon réveil, et tout auprès de moi vient de glisser un serpent à sonnettes regagnanl u profonde demeure après le repas d'un lapin qui a gonflé comme une tumeur ses flancs si élastiques. Un réltéduL i loin ;i sou aise qu;iud le danger n'existe plus,

CHASSE AU POIHÏ-ÉFIfi

Page 1