LE MIE PRIGIONI
On dit : « Triste comme la porte
D'une prison. » — Et je crois, le diable m'emporte!
Qu'on a raison,
D'abord, pour ce qui me rej^arde,
Mon sentiment Est qu'il faut mieux monter sa gai de
D(5cidément.
Je suis, depuis une semaine,
Dans un cachot, Et je m'aperçois avec peine
Qu'il fait très chaud.
Je vais bouder à la fenêtre,
Tout en fumant; Le soleil commence à paraître
Tout doucement.
C'est une belle perspective,
De grand matin, Que des gens qui font la lessive
Dans le lointain.
Pour se distraire, si l'on bâille
On aperçoit D'abord une longue muraille.
Puis un long toit.
Ceux à qui ce séjour tranquille
Est inconnu Ignorent l'effet d'une tuile
Sur un mur nu.
Je n'aurais jamais cru moi-même
Sans l'avoir vu, Ce que ce spectacle suprême
A d'imprévu.
Pouflant les rayons de l'automne
Jettent encor Sur ce toit plat et monotone
Un rr-wau d'or:
Et ces cachots n'ont rien de triste,
11 s'en faut bien :
Peintre ou poète, chaque artiste
Y met du sien.
De dessins, de caricatures
Ils sont couverts.
Çà et là quelques écritures
Semblent des vers.
Chacun tire une rêverie
De son bonnet :
Celui-ci, la vierge Marie,
L'autre, un sonnet.
Là, c'est Madeleine en peinture,
Pieds nus, qui lit; Vénus rit sous la couverture,
Au pied du lit.
Plus loin, c'est la Foi, l'Espérance,
La Charité, Grands croquis faits à toute outrance,
Non sans beauté.
Une Andalouse assez gaillarde,
Au cou mignon.
Est dans un coin qui vous regarde
D'un air grognon.
Celui qui fit, je le présume,
Ce médaillon.
Avait un gentil brin de plume
A son crayon •.
Le Christ regarde Louis-Philippo
D'un air surpris ; Un bonhomme fume sa pipe
Sur le lambris.
Ensuite vient un paysage
Très compliqué.
Où l'on voit qu'un monsieur très sage
S'est appliqué.