‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 113 sur 130 · LE MIE PRIGIONI · texte numérisé non relu

LE MIE PRIGIONI

On dit : « Triste comme la porte

D'une prison. » — Et je crois, le diable m'emporte!

Qu'on a raison,

D'abord, pour ce qui me rej^arde,

Mon sentiment Est qu'il faut mieux monter sa gai de

D(5cidément.

Je suis, depuis une semaine,

Dans un cachot, Et je m'aperçois avec peine

Qu'il fait très chaud.

Je vais bouder à la fenêtre,

Tout en fumant; Le soleil commence à paraître

Tout doucement.

C'est une belle perspective,

De grand matin, Que des gens qui font la lessive

Dans le lointain.

Pour se distraire, si l'on bâille

On aperçoit D'abord une longue muraille.

Puis un long toit.

Ceux à qui ce séjour tranquille

Est inconnu Ignorent l'effet d'une tuile

Sur un mur nu.

Je n'aurais jamais cru moi-même

Sans l'avoir vu, Ce que ce spectacle suprême

A d'imprévu.

Pouflant les rayons de l'automne

Jettent encor Sur ce toit plat et monotone

Un rr-wau d'or:

Et ces cachots n'ont rien de triste,

11 s'en faut bien :

Peintre ou poète, chaque artiste

Y met du sien.

De dessins, de caricatures

Ils sont couverts.

Çà et là quelques écritures

Semblent des vers.

Chacun tire une rêverie

De son bonnet :

Celui-ci, la vierge Marie,

L'autre, un sonnet.

Là, c'est Madeleine en peinture,

Pieds nus, qui lit; Vénus rit sous la couverture,

Au pied du lit.

Plus loin, c'est la Foi, l'Espérance,

La Charité, Grands croquis faits à toute outrance,

Non sans beauté.

Une Andalouse assez gaillarde,

Au cou mignon.

Est dans un coin qui vous regarde

D'un air grognon.

Celui qui fit, je le présume,

Ce médaillon.

Avait un gentil brin de plume

A son crayon •.

Le Christ regarde Louis-Philippo

D'un air surpris ; Un bonhomme fume sa pipe

Sur le lambris.

Ensuite vient un paysage

Très compliqué.

Où l'on voit qu'un monsieur très sage

S'est appliqué.

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