‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 122 sur 130 · MARDOCHE · texte numérisé non relu

MARDOCHE

Et me dit : Je le mots sous la protection Du ciel; qu'il soit sauvé de la corruption!

— Le malheur, dit Mardoclie, est que les demoiselles Sont toutes, par nature ou par mode, cruelles;

Car je vous entends bien, et je sais que c'est mal. Mais que voudriez-vous, monsieur, qu'on fît au bal?

— Oui! vous avez raison, dit le bedeau, le monde Est un lieu de misère et de pitié profonde.

— Donc, dit Mardoclie, avec votre consentement Je reprends mon récit et mon raisonnement.

Or je ne puis pas voir ma maîtresse; hier même J"ai failli m'y casser le cou. — Bonté suprême! Dit le bedeau, c'est Dieu qui vous aurait frappé. Quel est le malheureux que vous avez trompé?

— Malheureux, dit Mardoche; il n'en sait rien, mon père.

— Il n'en sait rien, mon fils! Nul secret sur la terre

N est secret bien longtemps. — Bon, dit Mardoche, mais Je ne bavarde guère, et je n'écris jamais.

— Et quand ceja serait, mon fils, je le demande, Une injure cachée en est-elle moins grande? En aurez-vous donc moins desséché, désuni

Un lien que la main d'un prêtre avait béni?

En aurez-vous moins fait le plus coupable outrage

A la société, dans sa loi la plus sage?

Ce secret, qu'à jamais la terre ignorera,

Pensez-vous que le ciel qui le sait, l'oubliera?

Songez à ce que c'est qu'un monde, et que le nôtre

A quatre pas de long, et pour horizon, l'autre.

— Quittons ce sujet-ci, dit Mardoche, je voi Que vous avez le crâne autrement fait que moi.

Je vous racontais donc comme quoi ma maîtresse Était gardé à vue ; on la promène en laisse.

— Et l'on a, dit le prêtre, éminemment raison. Ah! qu'elle pense donc à garder sa maison,

A vouer au Seigneur un cœur exempt de feinte,

A donner à ses fils un lait pur et la crainte

Du ciel. — Mon révérend, dit l'autre, les oiseaux

Qui sont les plus charmants, sont ceux qui chantent faux.

Ne vous paraît-il pas simple et tout ordinaire

Qu'un rossignol soit laid, honteux, lorsqu'au contraire

Le paon, ce mal-appris, porte un manteau doré,

Comme un diacre à Noël à côté du curé?

Ne vous étonnez donc aucunement, bon père.

Que le plus bel oiseau que nous ayons sur terre,

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[,a femme, chante faux, et sur ce, laissez-moi Vous finir mon récit, je vous dirai pourquoi. Hier (Jonc, je revenais, ayant failli me rompre Les... — Et, dit le vieillard, qui donc l'a pu corrompre Ainsi, fils d'un tel père, et jeune comme il est? N'est-ce pas monstrueux? — J'ai, ditMardoche, fait Mes classes de bonne heure, et puis, dans les familles, Voyez-vous, j'ai toujours trouvé quatre ou cinq filles Contre un ou deux garçons, ce qui m'a fait penser Qu'on pouvait en aimer la moitié, sans blesser Dieu. — Dieu ! mon cher enfant ! voyons, soyez sincère

Y croyez-vous? — Monsieur, dit Mardoche, Voltaire

Y croyait. — Comment donc l'ofTensez-vous ainsi?

— Or, dit le jouvenceau, je reprends mon récit. J'adore celte femme, et ne connais de joie

Qu'à la voir; vous sentez qu'il faut que je la voie, Et j'ai compté sur vous dans cette occasion.

— Sur moi! dit le bedeau, perdez-vous la raison?

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