MARDOCHE
Et me dit : Je le mots sous la protection Du ciel; qu'il soit sauvé de la corruption!
— Le malheur, dit Mardoclie, est que les demoiselles Sont toutes, par nature ou par mode, cruelles;
Car je vous entends bien, et je sais que c'est mal. Mais que voudriez-vous, monsieur, qu'on fît au bal?
— Oui! vous avez raison, dit le bedeau, le monde Est un lieu de misère et de pitié profonde.
— Donc, dit Mardoclie, avec votre consentement Je reprends mon récit et mon raisonnement.
Or je ne puis pas voir ma maîtresse; hier même J"ai failli m'y casser le cou. — Bonté suprême! Dit le bedeau, c'est Dieu qui vous aurait frappé. Quel est le malheureux que vous avez trompé?
— Malheureux, dit Mardoche; il n'en sait rien, mon père.
— Il n'en sait rien, mon fils! Nul secret sur la terre
N est secret bien longtemps. — Bon, dit Mardoche, mais Je ne bavarde guère, et je n'écris jamais.
— Et quand ceja serait, mon fils, je le demande, Une injure cachée en est-elle moins grande? En aurez-vous donc moins desséché, désuni
Un lien que la main d'un prêtre avait béni?
En aurez-vous moins fait le plus coupable outrage
A la société, dans sa loi la plus sage?
Ce secret, qu'à jamais la terre ignorera,
Pensez-vous que le ciel qui le sait, l'oubliera?
Songez à ce que c'est qu'un monde, et que le nôtre
A quatre pas de long, et pour horizon, l'autre.
— Quittons ce sujet-ci, dit Mardoche, je voi Que vous avez le crâne autrement fait que moi.
Je vous racontais donc comme quoi ma maîtresse Était gardé à vue ; on la promène en laisse.
— Et l'on a, dit le prêtre, éminemment raison. Ah! qu'elle pense donc à garder sa maison,
A vouer au Seigneur un cœur exempt de feinte,
A donner à ses fils un lait pur et la crainte
Du ciel. — Mon révérend, dit l'autre, les oiseaux
Qui sont les plus charmants, sont ceux qui chantent faux.
Ne vous paraît-il pas simple et tout ordinaire
Qu'un rossignol soit laid, honteux, lorsqu'au contraire
Le paon, ce mal-appris, porte un manteau doré,
Comme un diacre à Noël à côté du curé?
Ne vous étonnez donc aucunement, bon père.
Que le plus bel oiseau que nous ayons sur terre,
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[,a femme, chante faux, et sur ce, laissez-moi Vous finir mon récit, je vous dirai pourquoi. Hier (Jonc, je revenais, ayant failli me rompre Les... — Et, dit le vieillard, qui donc l'a pu corrompre Ainsi, fils d'un tel père, et jeune comme il est? N'est-ce pas monstrueux? — J'ai, ditMardoche, fait Mes classes de bonne heure, et puis, dans les familles, Voyez-vous, j'ai toujours trouvé quatre ou cinq filles Contre un ou deux garçons, ce qui m'a fait penser Qu'on pouvait en aimer la moitié, sans blesser Dieu. — Dieu ! mon cher enfant ! voyons, soyez sincère
Y croyez-vous? — Monsieur, dit Mardoche, Voltaire
Y croyait. — Comment donc l'ofTensez-vous ainsi?
— Or, dit le jouvenceau, je reprends mon récit. J'adore celte femme, et ne connais de joie
Qu'à la voir; vous sentez qu'il faut que je la voie, Et j'ai compté sur vous dans cette occasion.
— Sur moi! dit le bedeau, perdez-vous la raison?