‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 2 sur 130 · ALFI\ED DE MUSSET XI · texte numérisé non relu

ALFI\ED DE MUSSET XI

romaine, déjà! on se mon Irait orgiaque par genre el aussi par goùl, car jamais bande plus joyeuse ne mena la lêle sur le boulevard avec aulanl d'ardeur, et parfois autant de mauvais go:U; l'on s'y l)ermettail des farces de rapins en délire ou d'éludiants en j;oguctlequi s'éloignaient outre mesure des plaisirs aristocratiques.

Avant d'esquisser la biographie de Musset, disons quel: étaient ses ancêtres.

Le manoir de la Bonnaventure, au Gué du Loir, près de Vendôme, n'est plus maintenant qu'une ferme, lière encore de ses quatre tours d'angle, de sa haute toiture, d'une élégante cheminée et d'une porte qui date du xv° siècle. C'est l'époque où le manoir fui bàii; il dépendait alors de la Maison des Templiers de Vendôme. Il devint, en 1418, la propriété de Thomas Thacquin, puis au commencement du xvi" siècle celle de Jean de Salmet, compagnon d'armes el ami d'Antoine de liourbon. Par le mariage de Claude de Musset, seigneur de la Uousselière, du Grand et du Petit-Lude, lieulenant-genéral du bailli de Blois, avec Marie Girard de Salmet, lille de Nicolas Girard de Salmet, vicomte de Vallogne, seigneur de la Bonnaventure, en 1537, les Musset se rapprochent de ce logis; Claude l'incorpore même à sa devise: Courtoisie Bonne-Avenlure aux l'reuses. Courtoi-ie était un ancien fief des Musset. Enfin Charles du Musset (I5S8-1G15) s'intitule seigneur de la Bonnaventure, de la Courtoisie, du Lude el de Beauvoir.

Ces Musset, qui sont maintenant seigneurs au bord du Loir, étaient, au dire de Paul de Musset, originaires du duché de Bar; mais, dès le xv' siècle, ils sont établis dans le Blaisois et le Vendômois. Simon de Musset esl, en 14G1, lieutenant-général du bailli de Blois. Il épouse Jeanne de Bonnas, lille d'André el de Jeanne de Villebresme. Les V.Uebresme passaient pour être alliés à Catherine du Lys, nièce de Jeanne d'Arc.

Et c'est là un cousinage sur lequel il paraît que l'auteur de Rolla n'admeltait pas la plaisanterie.

M. Léon Séché, qui, dans un intéressant article du Mercure lie France résumé par Marc Ferry, rapporte ces détails, en ajoute de plus curieux sur l'ascendance directe de Mussel.

Il faut revenir à la Bonnaventure. Dès le mariage de Claude de Mussel avec Marie de Salmet, la famille Musset y fréquenta beaucoup, el sans doute (Claude y renconLra-t-il souvent Ronsard, s'il n'avait pas déjà fait sa connaissance à Blois, où il était lieutenant-général du bailli dans le temps que Ronsard y saluait la jeune beauté de Cassandre Salviati. Il n'est même pas trop hasardeux de penser que Ronsard dut assister en 1580 au mariage de la fille de Cassandre avec le fils de Claude de Musset

C;issandre Salviati, la Cassandre de Ronsard, appartcMiait à celle fameuse maison florentine, dont un membre était, liùs la fin du XV' siècle, grand gonfalonier de la République, qui avait fourni, selon les généalogistes, trois cardinaux à Rome, douze gonfaloniers à Florence, plusieurs nonces, et qui était alliée aux .Médicis.

Le premier de ses membres établi en France fut Bernard Salviati, qui, en 1517, acheta Talcy, situé entre Vendôme et Marchenoir, et en fil hommage, en lo20, à Jean II d'Orlénns- Longueville. Bernard épousa Françoise Doucet dont il eut quatre fils : Antoine, Jacques, Jean, François, et deux filles, Marie et Cassandre, née sans doute vers 1530.

Ronsard la vit pour la première fois, dans la fleur de ses quinze ans, le 21 avril 1343, à Blois.

Cassandre Salviati, qui avait épousé Jehan de Peigné, seigneiir de Pray, quelque temps après sa rencontre avec Ronsard, survécut au poète, mort en lo8o.

Paul de Musset, disait un jour à M. Léon Séché, que son frère Alfred avait le masque et l'àme d'un Italien de la Renaissance. Pensait-il à cette fille de Cassandre Salviati qui épousait en 1580 (Guillaume de Musset, à ce sang italien qui, dès la fin du xvi' siècle, se mêlait au sang des Musset?

Cette ascendance italienne de Musset, qui lui permit d'« absorber » Florence en trois ou quatre jours, n'était pas inconnue. Marty-Laveaux la signalait dans sa biographie de Ronsard, et M. Longnon, en janvier 1902, dans les Revues des (fuextioiis historiques, écrivait : « L'auteur des Nuits, arrière-petit-fils de la C;issaudre de Ronsard, voilà un lien ave;: la Pléiade que ne soupçonnait pas l'école romantique qui prétendait si bien renouer la tradition poétique du xvi" siècle! »

Mais Alfred de Musset se rattache encore à la Pléiade par un autre lien, et dans la géuf^alogie qu'il a dressée, M. Léon Séché releva qu'en 1"07, l'arrière-grand-père du poète, Charles-Antoine de Musset, lui-même petit-fils de la tille de Cassandre, épousa Marguerite-Angélique du Bellay, fille de François du Bellay, gouverneur de Vendôme, descendaiil en droite ligne des Bellay-Langey, cousins de Joachim du Bellay.

Charles-Antoine eut deux fils dont l'ainé s'appela le marquis de Cogners et le cadet Musset-Pathay. Ce cadet, Joseph-Alo.xandre, naquit à La Bonnaventure en 1719, et mourut à Vendôme en 1799, laissant un Bis, Victor-Donatien, qui épousa en 1801 Edmée-Claudette Guyot des (ou Desherbiers) Herbiers, membre du Corps législatif. Victor-Donatien de Musset-Pathay était fonctionnaire, chef de division dans un ministère, et c'est ainsi qu'Alfred de Musset, au lieu de naitre en pays vendôiiiois, vint au monde à Paris, dans une maison de la rue des Noyers,

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qui porte maintenant le n" 51 du boulevard Saint-Germain et qui bientôt sera démolie.

Quant à la Bonnaventure, il est douteux qu'il y soit jamais allé. H la trouva dans l'héritage de son père mort en 1S32 et en fit argent tout aussitôt, l'eut-ôlre enlra-t-elle ainsi dans le viatique qu'il emportait en Italie.

Elle est maintenant la demeure d'un vigneron.

Quoique Musset rappelle vraiment la figure d'un gentilhomme du xviii" siècle, le portrait de Dévéria fait songer à sa descendance italienne et rappelle ces jouvenceaux fiorentins qui suivirent Catherine de Médicis à la cour de Henri II. Ce jeune seigneur romantique est un personnage de Lorenzaccio. C'est un adolescent nerveux dévorant, fou de la vie, avec des « accès de manie •, une verve étincelante, « une impatience de jouir » et l'ardeur « de dévorer le temps •.

Au centre du vieux Paris, près de l'hôtel de Cluny, Alfred de Musset naquit donc le 11 décembre 1810. Son grand-père maternel, Guyol Desherbiers, ami des idéologues, tjui tournait très agréablement l'épigramme et le madrigal, était venu so loger à Paris dans la même rue des Noyers au n° 37. IL était propriétaire d"un jardin (lui s'étendait, jusqu'au pied de la vieille église de Saint-Jean-de-Latran, aujourd'hui détruite. Alfred de Musset, lils de Mussel-l'athay et de Mlle Desherbiers, fit ses premiers pas dans ce jardin.

Un portrait de Van Bree, dont l'original est au Musée Carnavalet, nous le montre à trois aus. C'est un bébé lout rose avec de jolis cheveux blonds en boucles sur ses épaules. Dans la clairière d'un bois il est assis sur une grosse pierre au bord d'un ruisseau, les pieds dans l'eau, retenant avec ses mains, le long de sa poitrine, une petite chemise qui glisse et le laisse presque nu. A ses côtés est une grande épée pour se défendre contre les grenouilles qui le regardent curieusement.

Quand il eut six ans on le mil comme élève externe dans une pension du quartier où son frère aîné Paul était interne.

En 1818 la famille s'en fut demeurer, rue Cassette, dans une maison appartenant à la baronne Gobert, qui leur ofTrit pendant Pété rhospitalilé à sa maison de campagne des Clignets, à proximité de la forêt de Carnelle. Les vacances furent joyeuses à la ferme et .Musset s'est souvenu des fermiers, famille de colosses dans sa jolie nouvelle de Margot. L'hiver manquant d'air, très nerveux déjà, Alfred, rue Cassette, pour se distraire, brisait los glaces ou coupait les rideaux. Cela ne l'empêcha pas de devenir un écolier très studieux qui pleurait et avait des accès de fièvre lorsqu'il n'était pas le premier dans ses compositions. Il aurait pu terminer ses études à quinze ans si on ne lui avait fait doubler la classe de philosophie.

ALFRED DE MUSSiST

C'est à Henri IV que Musset fil une partie de ses études. M. le baron Flaussman, qui fut ?on condisciple, se le rappelle, dans ses « Mémoires », blond, délicat, nerveux, aux manières féminines; son teint d'une transparence merveilleuse, sa carnation, sa propreté minutieuse lui avaient fait donner par ses camarades le surnon de Mademoiselle', ses rapports avee eux étaient très réservés; il était d'ailleurs studieux et ce que l'on appelait un « bon élève ».

Ponlmartin rapporte qu'ils furent invités tous les deux en même temps, comme lauréats du concours général, à dîner chezM. de Valimesnil, minslre de l'Inslruction publique. Musset ayant eu le premier prix de philosophie, et, à la suite de Pontmartin, le second pris de dissertation latine. On ne soupçonnait pourtant pas que ce philosophe de dix-sept aus était à la veille de devenir un grand poète, et que, plus tard, une statue lui serait élevée.

Au collège il s'était lié très intimement avec le duc de Chartres, qui lui témoignait une préférence marquée, qui lui écrivit maintes fois de jolis billets d'écolier dans lesquel il lui reproche parfois de se montrer trop respectueux vis-à-vis de son camarade royal.

A diverses reprises les vacances se passèrent dans le Vendômois, chez la tante la chanoinesse, aussi peu que possible, car elle était très revèche, mais longtemps dans le petit château des Musset, où demeurait alors un cousin qui fut un ami tendre et dévoué, et dans le vieux manoir de Cogners, résidence seigneuriale du chef de la famille.

A dix-huit ans, Alfred de Musset habitait chez ses parents à Auteuil, cherchant sa voie, travaillant à l'aventure, préparant à la fois son droit et sa médecine, suivant des cours de musique et de dessin; mais en lui s'éveillait peu à peu la passion de la poésie et, en cachette, il écrivait des vers.

Celle année-là, en \&->S, son ami Paul Foucher le conduisit aux soirées de la bibliothèque de l'Arsenal, soirées célèbres dans le monde littéraire et que présidait avec tant d'esprit, dans son salon, Charles Nodier.

Ce gentil blondin frais et rose, dit Léon Séché dans ses remarquables éludes d'histoire romantique, séduisit tout le monde par ses airs d'écolier en vacances, la franchise de ses yeux bleus, la distinclion de ses manières et ses talents de diseur et de valseur, car les soirées de l'Arsenal étaient poétiques et dansantes.

Jeunes filles et jeunes gens s'en donnaient à cœur joie et le poète de dix-huit ans devint aussitôt l'ami de la fille de la maison, qui mit en musique quelques pièces de so^n premier recueil, ce dont il la remercia dans des strophes émues quand elle fut mariée.

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