‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 4 sur 130 · ALFRED DE MUSSET XVII · texte numérisé non relu

ALFRED DE MUSSET XVII

Ainsi nul œil, Ulric, n'a pénétré les endos

De tes douleurs sans borne, ange du ciol tombé.

Tu portes dans ta tète et dans ton cœur doux mondei

Quand le soir, près de moi, tu vas triste et courbé.

Mais laisse-moi du moins regarder dans ton âme Comme un enfant craintif se penche sur les eaux, Toi, si plein, front pâli sous des baisers de femme Moi, si jeune, enviant ta blessure et tes maux.

Déjà l'année précédente, au sortir du collège, pendant un séjour au Mans, dans une lettre adressée à son camarade Paul Foucher qui devint le beau-frère de Victor Hugo, Alfred de Musset se montre fiévreusement passionné en ses impulsions fiévreuses, mais voulant envisager la vie en désabusé.

Déjà on peut lui appliquer la définition de Paul Bourget analj'sant ainsi sa nuance de sensibilité, « la coexistence de l'amour et du doute dans un même cœur ».

... J'ai besoin d'excès quelconques, écrit notre écolier. Mordieu! sais-tu qui je voudrais être, quel caractère j'ai, et quel rôle j'ambitionne? Je voudrais être un homme à bonnes fortunes. Non pour être heureux, mais pour les tourmenter toutes jusqu'à la mort, faisant jouer tous les ressorts de mon esprit sans jamais toucher à mon âme, je voudrais être envié des hommes et aimé des femmes; oh! si parmi elles je trouvais celle que je cherche et qui m'attend peut-être à l'autre bout du monde, peutêtre à deux pas de moi! Je m'arrêterais alors et je dirais : « Ma carrière est finie! • Plais-leur par le charme de la poésie, toi dont l'âme a besoin de chanter ce qu'elle souffre. Us diront : « Quel dommage! celui-là méritait d'être aimé! «Mais pour moi ils ne sauront pas si je puis l'être, et si je le suis, ils ne le croiront pas... •

Nous avons dit comment un peu plus lard, à dix-huit ans, la vocation se dessina. Mais, soudain, le poète se trouva gravement atteint dans sa liberté; son père exigea de lui qu'il occupât un poste d'expéditionnaire dans un bureau du chaulTage militaire.

AITolé, de Musset courut chez l'éditeur de la faction romantique et lui proposa de publier les Contes d'Espar/ne.

Il manquait quelques pages pour que le volume eût le formai iii-8° usité de la jeune littérature; Mardoche fut improvisé en quelques jours de congé que l'auteur obtint de retourner passer au Mans chez l'oncle Desherbiers, et, à la fin de l'année 1829, parurent les Contes d'Espagne et d'Italie, petit livre de 232 pages dont l'apparition fut un retentissant et tapageur succès. Certains critiques entrèrent dans une colère « rouge », d'autres s'enthousiasmèrent; mais la ballade à la lune excita une retentissante colère et le point sur un i provoqua les plus ardentes critiques.

Page 1