‹ Œuvres illustrées; de seize dessins originaux de Bida, de portraits de Musset (volume 2)Chapitre 82 sur 130 · LA LOI DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

LA LOI DE LA PRESSE

Une loi sur la presse! ô peuple gobe-moucho!

La loi, pas vrai? quel mot! comme il emplit la bouchai

Une loi maternelle et qui vous tend les bras!

Une loi, notez bien, qui ne réprime pas,

Qui supprime! Une loi, comme sainte Nitouche,

Une petite loi qui marche à petits pas!

Une charmante loi, pleine de convenance, Qui couvre tous les seins que l'on ne saurait voir. Vous pouvez tout écrire en toute confiance; Votre intention seule est ce qu'on peut savoir. Rien que l'intention! Voyez quelle indulgence! La loi flaire un écrit; s'il sent mauvais, bonsoiri

Avez-vous insulté par quelque raillerie Les hauts représentants de la société?

Médîtes-vous d'un pair ou bien d'un député? L'offense la plus grave a droit de seigneurie; Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie; Sinon, c'est le pays, refait et recompté.

Avez-vous comparé dans quelque théorie L'état de république avec la royauté?

Avez-vous fait un rêve, et dit à la pairie Ce que pour elle un jour vous auriez souhaité? Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie; Sinon, c'est le pays, refait et recompté.

Aviez-vous quelque place, ou bien quelque industrie, Dont les jours de juillet vous aient déshérité? D'un vieux maître banni serviteur regretté, Osez-vous à l'exil faire une flatterie?

Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie : Sinon, c'est le pays, refait et recompté,

N'auriez-vous pas construit, pour quelque espièglerie, Au fond d'une campagne ou d'une métairie, Un théâtre forain sur deux tréteaux planté? Les pairs vous jugeront, s'il plaît à la pairie. Sinon, c'est le pays, refait et recompté; Et vous verrez le bât dont vous serez bâtél

Mais monsieur le ministre a dit à la tribune

Que l'art était perdu, que le goût s'en allait;

Que sa loi, pour la scène, était ce qu'il fallail;

Qu'autrefois l'éloquence était chose commune,

Mais qu'en France, aujourd'hui, l'on n'envoyait aucune,

Et la chose, à l'ouïr, parut claire en effet.

Je voudrais bien savoir, pour la rendre plus claire Ce que c'est que ce goût dont on nous parle tant. Le goût! toujours le goût! — Lorsque j'étais enfant, J'avais un précepteur qui m'en disait autant. Je vois bien trois mille ans depuis la mort d'Homère; Mais depuis trois mille ans, je ne vois sur la terre

Qu'un seul siècle « de goût » qu'on appelle le grand.

C'est celui de Boileau, c'est celui de Corneille.

Mais enfin, monsieur Thiers, cette terre est bien vieille;

Que ce siècle soit beau, soit grand, c'est à merveille,

Et je n'en dirai pas de mal assurément;

Quand le diable y serait, ce n'en est qu'un, pourtant.

Est-ce une loi pour tous qu'un siècle dans l'histoire?

Parce que trois pédants m'ont farci la mémoire

De je ne sais quels vers, à contre-cœur appris,

N'est-il pour moi qu'un siècle, et pour moi qu'un pays?

Eh! s'il est glorieux, qu'il dorme dans sa gloire.

Ge siècle de malheur! c'est du mien que je suis.

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