ALFRED DE MUSSET XXXI
peut dire que les Êlérfies de Musset, sans altondrir davanlai-'o, ce qui ne se peut, lorlarenl plus délicieusement, parce cprellc-; se rapprochent du genre dramatique et forment comme une sorte de tragédie; et, encore, quoiqu'il n'y ait rien de plus sublime que le Lac, on peut dire qu'avec Musset nous sommes en présence d'une douleur actuelle qui pleure et crie devant nous, tandis qu'en lisant le Lac, nous sommes en face d'une douleur, sinon à demi consolée ou qui se console, du moins d'une douleur que l'on sent capable de consolation et qui tend déjà à une sorte de sérénité mélancolique. Tant que l'on souffrira (iu mal qui vient d'aimer, on lira ci l'on saura par cœur ces vers merveil.eux qui ne semblent pas avoir été faits, qui semblent s'être faits d'eux-mêmes et avoir coulé comme des pleurs. •
La renommée d'Alfred de Musset a cependant sutii de nombreuses vicissitudes. Eclipsé au début par Lanni tine et par Victor Hugo il publia tous ses chefs-d'œuvre dans l'espace d'une douzaine d'années, de 1829 à 1841, c'est-à-dire de dix-huit à trente ans, et, après avoir été contesté, combattu, vécut assez nour connaître sa gloire qui devait être éclatante pendant un quart de siècle.
Il y eut ensuite un mouvement de réaction provoqué par les Parnassiens disciples de Leconle de Lisle qui s'elTorcèrenl d'exalter Hugo aux dépens de Musset. Les Parnassiens, ayant pour objet une poésie nourrie d'érudition, s'attachèrent surlo it à la forme et à la richesse impeccable de leurs rimes, et se persuadèrent qu'ils étaient des poètes très supérieurs à l'auteur des Rolla.
Combien pauvres sont ces rimes riches! On les peut, par milliers, entasser les unes sur les autres, elles ne feront pas un trésor de poésie et je les donnerais presque toutes pour les Nuits d'Alfred de Musset. Celui-ci n'est pas le jongleur de consonnances qui reçoit les mots à la pointe d'une baguette d'or en les agitant dans l'air sonore : pour éblouir les passants; il n'est pas le ciseleur obstiné qui sertit sa pensée à la loupe, l'arrangeur de syllabes, le vociféraleur de verbes creux. Il est vraiment le poète, le chantre divin, l'enfant béni de la Muse. Il porte l'étoile au front.
Ses sujets, il les prend dans l'humanité même; il les trouve dans les souffrances humaines. En lui la passion parle toute pure. 11 ne cherche pas son inspiration; son souffle l'cchaulfe sons l'ardeur de l'invocation.
Les pensées naissent sous ses pas; la source en est abondante et claire, les images fleurissent à ses côtés, comme les fleurs naissent sur les arbres pleins de S3ve. Il conçoit dans la douleur et il enfante dans la joie; il illumine son salon lorsque s'achètent durant la nuit ses œuvres éclatantes.
Certf= tout n'est pas égal dans son œ.i'Te et la postérité qui
XXXlt ALFRED DK MUSSET
ait des coupes réglées dans les œuvres loulTues du pénie, en ■liguera des fragmtnls encore. Mais dans la sotîiélé française toujours éprise de la sincérité et de la beauté, Musset, qu' n'a jamais cessé d'être populaire, n'a plus rien à craindre de l'avenir. Dans tous les mondes maintenant on ose avouer qu'on l'adore et qu'il a du génie.
Musset ne périra pas parce qu'il est le poète de l'amour et s est régénéré, racheté par l'amour; parce qu'il a pétri son œuvre avec sa propre souffrance.
Formé de fange comme tous les hommes il a purifié ses larmes dans le creuset de la passion.
Maintes fois il l'a répété :
Ah! frappe-toi le Cœur, c'est là qu'est le génie!
El c'est à cause de cela que son nom est connu du peuple tout entier, c'est parce qu'il entraîne à la suite du sien les cœurs de ceux qui le lisent oail sera éternellement aimé et que toujours les chansons de sa jeunesse souriront sur les lèvres de nos jeunes filles.
Une réunion de je'jnes gens ses admirateurs a formé une société de Mu?settistes désireux de célébrer chaque année les dillérents anniversaires du poète avec des fleurs et des poésies» nous avons accepté, quoique vieux, de faire partie de cette réunion qui doit être encouragée, car il est utile que Musset demeure immortel pour que nous croyions encore à quelque chose en ces temps oii rien ne demeure debout des belles et poétiques croyances qui faisaient la force et la joie de nos pères.
ÂLFHEb BaHBOU.
Septembre 1901.
Alfred ue MusbEi inspiré par sa Muse.
(Suiue d-ANTON.N MEBClà.
âLiRCD DE Musset. I.
Lli MONUMENT D'ALFRED DE MUSSET
Ce monument a été inauguré sur la place du Thé.Urc- Français le 24 février 1906.
C'est le ciseau d'Antonin Mercié qui a exécuté cette œuvre due à l'infatigable générosité de M.Osiris.
L'inauguration a eu lieu en présence du Ministre de rinstru tien publique, de M. Claretie, administrateur de la Comédie-Française, de M. de Selves, préfet de la Seine, représentant la ville de Paris, à qui a été remise la statue.
Au nom de l'Académie française, le poète délicat et sincère qui y occupe le fauteuil de Musset, et donl le cœur généreux bat près de celui du chantre des Nuits, François Coppée a prononcé une chaleureuse allocution se terminant ainsi :
« ... Grand et bien aimé poète, tu as déjà pris place parmi les Classiques de notre langue et ta gloire est impérissable. Reçois les hommages de notre admiration attendrie. Ceux qui t'aiment allaient naguère en pèlerinage, sur la lointaine colline du Père-Lachaise, pour rêver devant le saule échevelé qui ombrage ton aristocratique et douce effigie. Désormais, tous, aussi bien tes compatriotes que les étrangers, pourront, chaque jour, voir ta statue dressée au cœur de ce Paris qui t'a vu naître et qui est lui-même le cœur de la France. Par ma faible voix, la Patrie te dit sa reconnaissance; car c'est grâce à la foule de chefs-d'œuvre, où les tiens sont au premier rang, qu'elle reste toujours, malgré tant d'épreuves cruelles, la reine de Fart et de la poésie dans le monde entier. »
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