MORT BU 182S
NON LNSCRIT SUR L'ARC DE L'KTOILE
S01« riLS RBSPECTVBCX
LES VOIX INTERIEURES
LES VOIX INTÉRIEURES
Ce siècle est grand et fort; un noble instinct le mène; Partout ou voit marcher Tldée en mission ; Et le bruit du travail, plein de parole humaine, Se mêle au bruit divin de la création.
Partout, dans les cités «t dans les solitudes, L*homroe est fidèle au lait dont nous le nourrissions; Et dans Tinforme bloc des sombres multitudes La pensée en rêvant sculpte des nations.
L*échafaud vieilli croule, et la Grève se lave. L'émeute se rendort. De meilleurs jours sont prêts. Le peuple a sa colère et le volcan sa lave» Qui dévaste d*abord et qui féconde après.
Des poètes puissants, têtes par Dieu touchées, Nous jettent les rayons de leurs fronts inspirés. L*art a de frais valions où les âmes ])enchées Boivent la poésie à des ruisseaux sacrés.
Pierre é pierre, en songeant aux vieilles mœurs éteintes, Sous la société qui chancelle à tous vents, Le penseur reconstruit ces deux colonnes saintes, Le respect des vieillards et l'amour des enfants.
Le devoir, fils du droit, sous nos toits domestiques
Habite comme un hôte auguste et sérieux :
Les mendiants groupés dans l'ombre des portiques
Ont moins de haine au cœur et moins de namme aux yeux.
L*austère vérité n a plus de portes closes. Tout verbe est déchiffré. Notre esprit éperdu, Chaque jour, en lisant dans le livre des choses, * Découvre à l'univers un sens inattendu.
0 poètes! le fer et la vapeur ardente Effacent de la terre, â Ijieure où vous rêvez, L'antique pesanteur* à tout objet pendante, Qui sous les lourds essieux broyait les durs pavés.
L'homme se fait servir par l'aveugle matière. Il pense, il cherche, il crée I A sou soufDe vivant Les germes dispersés dans la nature entière Tremblent comme frissonne une forêt au vent !
Oui, tout va, tout s*accroit. Les heures fugitives Laissent toutes leur trace. Un grand siècle a surgi.
Et, contemplant de loin de lumineuses rives. L'homme voit son destin comme un fleuve élargi.
Mais, parmi ces progrès dont notre âge se vante, Dans tout ce grand éclat d'un siècle éblouissant, Une chose, ô Jésus, en secret m'épouvante, C est l'écho de ta voix qui va s'affaiblissant.
Avril 1837.
SUNT LACRYMiE RERUM
Il est mort. Rien de plus. Nul groupe populaire, Urne d ou se répand l'amour et la colère, N'a jeté sur son nom pitié, gloire ou respect. Aucun signe n'a lui. Rien n'a changé l'aspect De ce siècle orageux ; mer de réciÊs bordée. Ou le fait, ce flot sombre, écume sur l'idée. Nul temple n'a gémi dans nos villes. Nul glas N'a p.isse sur nos fronts criant : Hélas ! hélas ! La presse aux mille voix, cette louve har^euse, A peine a retourné sa tête dédaigneuse; Nous ne l'avons pas vue, irritée et grondant, Donner â celte pourpre un dernier coup de dent; Et chacun vers son but, la marée é la grève, La foule vers l'arçeni, le penseur vers son rêve, Tout a continué de marcher, de courir, Et rien n'a dit au monde ; Un roi vient de mourir \
Sombres canons rangés devant les Invalides, Gomme des sphinx au pi^ des grandes pyramides, Dragons d'airain, hideux, verts, énormes, béants, Gardiens de ce palais, bâti pour des géants,
8ui dresse et fait au loin reluire â la lumière n casque monstrueux sur sa tête de pierre ! A ce bruit qui jadis vous eût fait rugir tous ; —Le roi de France est mort!— d'où vient qu'aucun de vous, Comme un lion captif qui secourait sa chaîne. Aucun n'a tressailli sur sa base de chêne.
LES VOIX INTSniEURES.
El d'i, se réveillant p«r on eubil eTTorl,
Dit i sonnoir voUîu : — Le rui de France est morl! —
D'oQ Tleot qu'il s'eil fenné saas vos ulves runébrea.
Ce cercueil qu'on clouoit iâ-bas diDs les ténèbres?
Et que rien n'est sorti de vos moroei alfùla.
Pas mène, d' canons sounla, ce murmure conroi
Qu'au vague battement de ses ailes livides
Le vent des nuits nrraclie i des armures vides?
C'est que, rouilles, vieillis, rivés à votre place,
Toujours agenouillés devant tout ce qui passe.
Retirés des combats, et dans ce coin obscur
Par des soldats boiteux gardés sous un vieux mur.
Vains foudres de parade oubliés de l'armée.
Autour de tout vainqueur faisant de la fumée.
Réservés pour la pompe et la solennité.
Vous avei pris raciue en cette Ijcheté I
Sofcz llétns! canons que la guerre repousse,
Dont la voix sans terreur dans les fêtes s'émousse.
Vous qui ^loriSeï de votre cri profond
Ceux qui viennent, toujours, jamais ceux qui s'en vont !
Vous qui. depuis trente ans, noirs courtisans de bronie!
Avei, comme Henri quatre adorant Louis onze,
Toujours tout applaudi, toi^'ours tout salué,
Vous taisant seulement quand le peuple a hué !
Lèches, vons préférez ceux que le sort préfère;
Dans le moule brillant le fondeur pour vous faire
Hit l'èlain et le cuivre et l'oubli du vaincu ;
Car qui meurt exilé pour vous n'a pas vécu !
Car vos poumons de fer, où gronde une Apre haleine,
Sont muets pour Goriti, comme pour Sainte-Hélène !
Soyez Oétrisl
Hais non. C'est a noua, insensés, One le mépris revient. Vous nous obéissez. Voua' êtes prisonnien, et vous êtes esclaves. La guerre qui tous fit de ses bouillantes laves Vous âl pour la bataille, et nous vous avons pris Pour vous éclabousser des fanges de Paris. Pour TOUS sceller au seuil d'un palais centenaire, Et pour vous mettre au ventre un éclair sans tonnerre ! C'est nous qu'il faut flétrir, nous qui, déshonorés. Donnons noire ime abjecte à ces bromes sacrés. IfoQS p«ssons dans l'opprobre ; bélss '. ils j demenrenl ! I présents meurent.
« à flots, I inglols,
murailles,
rs funérailles!
i Ts les pavés,
vous rêvez
, , . ibas, tmes douteuses.
Qui font faire à i'airain tant de choses honteuses I
Vous vous taisez.— Hais moi. moi, dont parfois le chant
Se refuse i l'aurore et jamais au couchant,
Hoi que Jadis i Reims Gharle admit comme un hdie,
Hoi qui plaignis ses maux, moi qui blâmai sa faute.
Je ne me tairai pas. Je descendrai, courbé.
Jusqu'au caveau prorond où dort ce roi tombé ;
Je suspeudrai ma lampe à cette voùle noire;
Et sans cesse, à coté ae sa triste mémoire.
Hon esprit, dans ces temps d'oubli contagieux.
Fera veiller dans l'ombre un vers religieux !
Et que m'im|M>rle à moi <iui, déplojaut mon aile. Touche parfois d'en bas à la lyre éiernclle, À moi qui n'ai d'amour que pour l'onde et les champs. Et pour tout ce qui souflre, excepté les méchants. A moi qui prends souci, quand la nef s'aventure. De tons les matelots risqués dans la mlture,
Et dont la pitié grave hésite quelquefois De lo sueur du peuple i la sueur des rois; Que m'importe après tout que depuis six années Ce roi fitt relrancné des tèles couronnées. Froide ruine au bord de nos Dots écumaols. Vain fantôme pencbé sor iea événeroenta ! Qu'il ne changeât de rien ni le poids ni te nombre, Que, rasé dés longtemps, son front plongeât dans l'cHnbre, Et que déjà, vieilfard sans trâne et sans pavois. Il eut subi l'exil, première mort des rots ! Je le dirai sens peur que la baine renaisse, Son avènement pur eut pour sœur ma jeunesse ; Saint-Rem; nous reçut sous aon mur Iriomphanl Tous deux le même jour, lui vieux, moi presque enfant; Et moi je ne veux pas, harpe qu'il a connue, Qu'on mette mon roi mort dans une bière nue! 'Tandis qu'au loin la foute emplit l'air de ses cris. L'auguste Fiélè, servante des proscrits, ; Qui les ensevelit dans sa plus blanche toile, I n'aura pas, dans la nuit que son regard étoile, Demandé vainement i ma pensée en deuil - Un lambeau de velours pour convrir ce cercueill
Oh ! que Versaille était superbe Dans ces jours purs de tout aflront Où les prospérités en gerbe S'épanouissaient sur son front!
Là, tout faste était sans mesure; Là, tout arbre avait sa parure ; Là, tout homme avait sa dorure; Tout du maître suivait la loi.
Gomme au même but vont cent routes, lÀ les grandeurs abondaient toutes; L'Olympe ne pendait aux voûtes Que (MUT compléter le grand roi !
Vers le temps où naissaient nos pères Versailles rayonnait eucor.
Les lions ont de grands renaires :
Les princes ont des nalais a'or.
Chaque fob que, foule asservie, Le ^uple su cœur rongé d'envie Coulemplail du fond de sa vie Ce fler château si radieux, Rentrant dans sa nuit plus livide.
Il emportait dans son œil vide tin énlouissemeut splendide De rois, de femmes et de dieux!
Les deux Louis, aines de France, Le beau Charles, comte d'Artois.
Tous (rois nés sons les dais de soie.
Prèles entants, mais pleins de joie Comme ceux qu'un chaud soleil noie De rarons purs sous le ciel bleu.
Oh ! d'un beau sort quelle semence !
Près d'eux le roi d'où tout commence, An-dessous d'eux le peuple immense, ■ " aie dJe Dieu !
Au-dessus la bonté dJe Dieu !
[ Qui leur eût dit alors l'aualère destinée?
' Qui leur eut dit qu'un jour cette France, inclinée
Sous leurs fronts de fleurons chargés, i Ne se souviendrait d'eux ni de leur morne histoire, I l'as plus que l'Océan sans fond et si 1 Tie se souvient des naufragés !
LES VOIX INTERIEURES
Qae chaînes, lis, dauphins, un jour les Tuileries Verraient Illluslre amas des vieilles armoiries
S'écrouler de leur plafond nu, El qu'en ces temps lointains que le mystère couvre Un Corse, encore à naître, au noir fronton du Louvre
Sculpterait un aigle inconnu !
Sue leur royal Saint-Gloud se meublait pour un autre; t qu'en ces fiers jardins du rigide Lenôtre, Amour de leurs veux éblouis !
Beaux parcs où dans les jeux croissait leur jeune force, Les chevaux de Crimée un jour mordraient récorce Des vieux arbres du grand Louis!
Dans ces temps radieux, dans cette aube enchantée, Dieu ! comme avec terreur leur mère épouvantée Les eût contre son cœur pressés, pâle et sans voix , Si quelcfue vision, troublant ces jours de fêtes, lùit jeté tout à coup sur ces fragiles tètes Ce cri terrible : — c Enfants ! vous serez rois tous trois I Et la voix prophétique aurait pu dire encore : — « Enfants, que votre aurore est une triste aurore ! « Que les sceptres pour vous sont d'odieux présents ! € D'où vient donc que le Dieu qui punit Babylone « Vous fait à pareille heure éclore au pied du trône? < Et qu'avez- vous donc fait; ô pauvres innocents !
c Beaux enfants qu'on berce et au'on flatte,
c Tout surpris, vous si purs, si août.
c Que des vieux en robe écarlate
c Viennent vous parler à genoux 1
c Quand les sévères MalesnerLes
€ Ont relevé leurs fronts superbes,
« Vous courez jouer dans les herbes,
« Sans savoir que tout doit finir,
c Et que votre race^iui sombre
c Porte à ses deux bouts couverts d'ombre
« Ravaillac dans le passé sombre,
a Robespierre dans 1 avenir!
c Dans ce Louvre où de vieux murs gardent
c Les. portraits des rois hasardeux,
« Allez voir comme vous regardent
c Charles premier et Jacques deux !
« Sur vous un nuage s'étale.
c Sol étranger, terre natale,
« L'émeute, la guerre fatale,
« Dévoreront vos jours maudits.
8 De vous trois, enfants, sur qui pose
« L'antique masure française,
c Le premier sera Louis seize,
< Le dernier sera Charles dix !
« Que l'aîné, peu crédule à la vie, à la gloire, 8 Au peuple ivre d'amour, sache d'une nuit noire c D'avance emplir son cœur de courage pourvu : « Qu'il rêve un ciel de pluie, un tombereau qui roule, c Et là-bas, tout au fond, au-dessus de la fouie, « Quelque étrange échafaud dans la brume entrevu !
« Frères par la naissance et par le malheur frères, c Les deux autres fuiront, battus des vents contraires, c Le règne de Louis, roi de quelques bannis, a Commence dans l'exil, celui de Gharle y tombe, c L'un n'aura pas de sacre et l'autre pas ae tombe, c A l'un Reims doit manquer, à l'autre Saint-Denis 1 »