‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 145 sur 309 · PASSÉ · texte numérisé non relu

PASSÉ

Celait un grand chAteau du temps de Louis Treize. Le couchant rougissait ce palais oublié. Ghajiue fenêtre au loin, transformée en fournaise, Avait perdu sa forme et n'était plus que braise. Le toit disparaissait dans les rayons noyé.

Suus nos yeux s'cleiidait, gloire aullauc abattue, Un de ces parcs dont l'herbe inonde le chemin,

On voyait par moments errer dans la futaie De beaux cerfs oui semblaient regretter les chasseurs; Et, pauvres marnres blancs ()u'un vieux tronc d'arbre étaie, Seules» sous la charmille, heiasi changée en haie. Soupirer Gabrielle et Vénus, ces deux sœurs !

Les manteaux relevés par la longue rapière, Hélas I ne passaient plus dans ce jardin sans voix ; Les tritons avaient 1 air de fermer la paupière: Et, dans l'ombre, entr'ouvrant ses mâchoires de pierre, Un vieux antre ennuyé bâillait au fond du bois.

Et je vous dis alors : — Ce château dans son ombre A contenu l'amour, frais comme en votre cœur, Et la gloire, et le rire, et les fêtes sans nombre; Et toute cette joie aujourd'hui le rend sombre. Gomme un vase noirci rouillé par sa liqueur.

Dans cet antre, où la mousse a recouvert la dalle, Venait, les yeux baissés et le sein palpitant» Ou la belle Gaussade ou la jeune Gandale,

8ui^ d'un royal amant conquête féodale, n entrant disait Sire, et Louis en sortant.

Alors comme auiourd'hui, pour Gandale ou Gaussade, La nuée au ciel oleu mêlait son blond duvet» Un doux ravon dorait le toit grave et maussade» Les vitres flamboyaient sur toute la façade» Le soleil souriait, la nature rêvait 1

Alors comme aujourd'hui, deux cœurs unis» deux émes, Erraient sous ce feuillage où tant d'amour a lui ; Il nommait sa dachesse un ançe entre les femmes, Et l'œil plein de rayons et l'œil rempli de flammes S'éblouissaient l'un l'autre, alors comme aujourd'hui.

Au loin dans le bois vague on entendait des riros. G'étaient d'autres amants, dans leur bonheur plongés. Par moments un silence arrêtait leurs délires. Tendre, il lui demandait : D'où vient que tu soupires? Douce, elle répondait : D'où vient que vous songes?

Tous deux, Tange et le roi, les mains entrelacées, Ils marchaient, fiers, joyeux, foulant le vert gazon ; Us mêlaient leurs regards, leur souffle, leurs pensées..." 0 temps évanouis! ô splendeurs éclipsées! 0 soleils descendus derrière l'horizon I

Avril 18...

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