SOIRÉE EN MER
Prés du pécheur qui ruisselle,
Suand tous deux, au jour baissant, ous errons dans la nacelle, Laissant chanter Thomme frêle Et gémir le flot puissant;
Sous l'abri que font les voiles Lorscfue nous nous asseyons, Dans cette ombre où tu te voiles
Suand ton re^rd aux étoiles emble cueillir des rayons ;
8!uand tous deux nous croyons lire e que la nature écrit, Réponds, 6 toi que j*adroire, D*où vient que mon coeur soupire?
D'où vient que ton front sourit?
Dis! d*oû vient qu'à chaque lame, Gomme une coupe de fiel,.
La pensée emplit mon éme?
C'est que moi je vois la rame Tandis que tu vois le ciel !
C'est que je vois les flots sombres.
Toi, les astres enchantés !
C'est aue, perdu dans leurs nombres, Hélas ! je compte les ombres Quand tu comptes les clartés !
Chacun, c'est la loi suprême, Bame, hélas! jusqu'à la fin.
Pas d'homme, ô fatal problème!
Qui ne laboure ou ne sème Sur quelque chose de vain I
L'homme est sur un flot qui gronde, L'ouragan tord son manteau.
Il rame en la nuit profonde, Et Tespoir s'en va dans Tonde Par les fentes du bateau.
Sa voile que le vent (roue Se déchire à tout moment.
De sa route l'eau se joue.
Les obstacles sur sa proue Ecument incessamment!
Hélas ! hélas ! tout travaille Sous tes yeuL ô Jéhova !
De quelque coté qu'on aille, Partout un flot qui tressaille, Partout un homme qui va !
Où vas-tu? — Vers la nuit noire.
Où vas-tu? — Vers le grand jour. Toi ? — Je cherche s'il faut croire.
Et toi? — Je vais à la gloire.
Et toi?— Je vais à l'amour.
Vous allei tous à la tombe!
Vous ailes à l'inconnu !
Aigle, vautour, ou colombe, Vous aUez où tout retombé Et d'où rien n'est revenu I
Vous allez où vont encore Ceux qui font le plus de bruit !
Où va la fleur qu'avril dore î Vous ailes où va l'aurore!
Vous allez où va la nuit f
A quoi bon toutes ces peines :
Pourquoi tant de soins jaloux?
Buvez l'onde des fontaines.
Secoues le gland des chênes, Aimei, et rendormez-vous!
Lorsqu'ainsi que des abeilles On a travaille toujours; Qu'on a rêvé des merveilles; Lorsqu'on a sur bien des veilles Amoncelé bien des jours ;
Sur votre t^s belle rose, Sur votre lis le plus beau, Savez-vous ce qui se pose?
C'est l'oubli pour toute chose.
Pour tout homme le tombeau !
Car le Seigneur nous relire Les fruits à peine cueillis.
Il dit : Echoue ! au navire.
Il dit à la flamme : Expire!
Il dit à la fleur : Pâlis !
Il dit au guerrier qui fonde :
— Je garde le dernier mot.
Monte, monte, ô roi du monde!
La chute la plus profonde
Pend au sommet le plus haut. —
Ha dit à la mortelle :
— Vite! éblouis ton amant.
avant de mourir sois belle, ^is un instant étincelle.
Puis cendre éternellement !
Cet ordre auquel tu t'opposes T'enveloppe et t'enj^loutit.
Mortel, plains-toi, si tu l'oses.
Au Dieu qui fit ces deux choses , te ciel grand, l'homme petit!
Chacun, au'il doute ou qu'il nie, Lutte en trayant son chemin ; Et l'étemelle harmonie Pèse comme une ironie Sur tout ce tumulte humain !
Tous ces faux biens qu'on envie Passent comme un soir de mai.
Vers l'ombre, hélas! tout dévie.
Sue reste-t-il de la vie xcepté d'avoir aimé?
Ainsi je courbe ma tête Quand tu redresses ton front.
Ainsi, sur l'onde inquiète.
LES VOIX INTERIEURES
J'écoute, sombre poète, Ce que les flots me diront.
Ainsi, pour qu'on me réponde.
J'interroge arec effroi j Et dans ce gouiïre où je sonde La fange se mêle à l'onde... — Oh I ne fais pas comme moi !
Îiue sur la vague troublée 'abaisse un sourcil hagard ; Mais toi, belle Ame voilée, Vers l'espérance étoilée Lève un tranquille regard !
Tu fais bien. Vois les cieux luire, Vois les astres s'y mirer.
Un instinct là-haut t'attire.
Tu regardes Dieu sourire !
Moi, je vois l'homme pleurer !
Septembre 18...
Dont le cœur délabré, dans ses recoins livides, N'a plus qu'un triste amas d'anciennes coupes vides, Vases brisés qui n'ont rien gardé que l'ennui, Et d'où l'amour, la joie et la candeur ont fui ! Oui, tu me fais pitié, toi qui crois faire envie! Ce splendide séjour sur ton cœur, sur ta vie. Jette une ombre ironique, et rit en écrasant Ton front terne et chétif d'un cadre éblouissant.
Dans Virgile parfois, dieu tout prés d'être un ange, Le vers porte é sa cime une lueur étrange. C'est que, rêvant déjà ce qu'à présent on sait, Il chantait presque à l'heure où Jésus vagissait. C'est qu'a son insu même il est une des Ames Que rOrlent lointain teignait de values flammes. C'est qu'il est un des cœurs que, déjà, sous les cieux, Dorait le jour naissant du Christ mystérieux !
Dieu voulait qu'avant tout, rayon du Fils de l'homme, L'aube de Betnléem blanchit le front de Rome.
Mtn 1837.