‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 188 sur 309 · DUC DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

DUC DE BORDEAUX

Sinite parvalos yenire ad me. — Vénérant reges.

Etaroilb.

ODE NEUVIÈME

c Oh ! disaient les peuples du monde, c Les derniers temps sont-ils venus?

« Nos pas, dans une nuit profonde, « Suivent des chemins inconnus.

« Où va-t-on? dans la nuit perfide, a Quel est ce fanal qui nous guide, c Tous courbés sous un bras de fer?

« Est-il propice? est-il funeste ?

« Est-ce la colonne céleste?

« Est-ce une flamme de Tenfer?

« Les tribus des chefs se divisent :

cc^Les troupeaux chassent les j[>asteurs: « Et les sceptres des rois se brisent c Devant les faisceaux -des préteurs.

« Les trônes tombent; Tautel croule; « Les factions naissent en foule c Sur les bords des deux Océans; « Et les ambitions serviles, « Qui dormaient comme des reptiles, « Se lèvent comme des géants 1

ff Ahl malheur l nous avons fait gloire,

«c Hélas! d'attentats inouïs,

« Tels Qu'en cherche en vain la mémoire

« Dans les siècles évanouis.

« Malheur! tous nos forfaits l'appellent,

« Tous les signes nous le révèlent,

a Le jour des arrêts solennels.

a L'homme est digne enfin des abîmes;

<r Et rien ne manque à ses longs crimes

« Que les châtiments étemels, i»

Le Très-Haut a pris leur défense* Lorsqu'ils craignaient son abandon ; L'homme peut épuiser Toflense, Dieu n'épuise pas le pardon !

Il mène au repentir 1 impie :

Lui-même, pour nous, il expie L'oubli des lois qu'il nous donna; Pour lui seul il reste sévère; C'est la victime du Calvaire Qui fléchit le Dieu du Sina !

Par un autre berceau sa main nous sauve encore ! Le monde du bonheur n'ose entrevoir l'aurore, Quoique Dieirdes méchants ait puni les défis; Et troublant leurs conseils, dispersant leurs phalanges,

Nous ait donné Tun de ses anges.

Comme aux antiques jours il nous donna son Fils; Tel, lorsqu'il sort vivant du gouffre de ténèbres. Le prophète voit fuir les visions funèbres! La terre est sous ses pas, le jour luit à ses yeux; Mais lui, tout ébloui ae la flamme étemelle.

Longtemps à sa vue infidèle La lueur de 1 enfer voile l'éclat des cieux.

Peuples, ne doutez pas ! chantez votre victoire. Un sauveur naît, vêtu de puissance et de gloire ; 11 réunit te glaive et le sceptre en faisceau ; Des leçons du malheur naîtront nos jours prospères;

Car de soixante rois, ses pères, Les ombres sans cercueils veillent sur son berceau !

Son nom seul a calmé nos tempêtes civiles. Ainsi qu'un bouclier il a couvert les villes. La révolte et la haine ont déserté nos murs. Tel du jeune lion, qui lui-même s'ignore.

Le premif^r cri, paisible encore.

Fait de rantre royal tuir cent monstres impurs.

Quel est cet enfant débile

Qu'on porte aux sacrés parvis?

Toute une foule immobile

Le suit de ses yeux ravis;

Son front est nu, ses mains tremblent.

Ses pieds, que des nœuds rassemblent,

N*ont point commencé de pas;

La faiblesse encor Tenchaine;

Son regard ne voit qu*â peine

Et sa voix ne parle pas.

C'est un roi parmi les horoTnes;

En eutrant dans le saint lieu,

Il devient ce que nous sommes : —

C'est un homme aux pieds de Dieu '.

Cet enfant est notre joie;

Dieu pour sauveur nous Tenvoie,

Sa loi l'abaisse ai^jourd'hui.-

so

ODES

Les rois, qu'arme son tonnerre, Sont tout par hûmur la terre, Et ne sont rien devant lui !

Que tout tremble et s'humilie.

L*or^ueil mortel parle en valu; Le lion royal se plie Au joug de l'Agneau divin.

Le père, entouré d'étoiles, Vers Tenfant, faible et sans voiles.

Descend, sur les vents porté; L*Esprit-Saint de feu l'inonde; 11 n'est encor né qu'au monde.

Qu'il naisse à l'éternité I

Marie, aux rayons modestes,

Heureuse et priant toujours,

Guide les vierges célestes

Vers son vieux temple aux deux tours.

Toutes les saintes armées,

Parmi les soleils semées.

Suivent son char triomphant;

La Charilé les devance,

La Foi brille, et l'Espérance

S'assied près de l'humble enfant!

Jourdain ! le souvient-il de ce qu'ont vu tes rives? Naguère un pèlerin prés de tes eaux captives Vint s'asseoir et pleura, pareil en sa ferveur A ces preux qui jadis, terrible et saint cortège.

Ravirent au joug sacrilège Ton onde baptismale et le tombeau sauveur 1

Ce chrétien avait vu, dans la France usurpée, Trône, autel, Charles, lois, tomber sous une épée; Les venus sans honneur, les forfaits impunis; El lui, des vieux croisés cherchait l'ombre sublime.

Et, s'exilant près de Solime, Aux lieux où Dieu mourut pleurait ses rois bannis !

L'eau du saint Ueuve emplit sa gourde voyageuse ; Il partit ; il revit notre rive orageuse. Ignorant quel bonheur attendait son retour. Et qu'à l'enfant des rois, du fond de l'Arabie,

Il apportait, nouveau Tobie, Le reméae divin qui rend l'aveugle au jour.

Qu'il soit fler dans ses flots, le fleuve des prophètes ! Peuples, l'eau du salut est présente à noslétes; Le ciel sur cet enfant a placé sa faveur; Qu'il reçoive les eaux que reçut Dieu lui-même;

Et qu'à l'onde de son baptême Le monde rassuré reconnaisse un sauveur I

A vous, comme à Glovis, prince. Dieu se révèle, Soyez du temple saint la colonne nouvelle. Votre âme en vain du lis efface la blancheur; Quittez l'orgueil du rang, l'orgueil de l'innocence :

Dieu vous offre dans sa puissance, La piscine du pauvre et la croix du pécheur.

Du fardeau d'un peuple accablée.

Frémira d'un effroi pieux, Quand l'évêque sur toi répandra l'huile austère. Formidable inrésent qu'aux maîtres de la terre

La colombe apporta des cieux.

Alors, ô roi chrétien ! au Seigneur sois semblable; Sache être grand par toi, comme il est grand par lui : Car le sceptre devient un fardeau redoutable

Dés qu'on veut s'en faire un appui.

Un vrai roi sur sa tète unit toutes les gloires;

Et si, dans ses justes victoires,

Par la mort il est arrêté, n voit, comme Bayard, une croix dans son glaive, Et ne fait, quand le ciel i la terre l'enlève,

Que clianger d'immortalité.

A LA MCSE.

Je vais, ô Muse, où tu m'envoies !

Je ne sais que verser des pleurs.

Mais au'il soit fidèle à leurs joies.

Ce lutn fidèle à* leurs douleurs !

Ma voix, dans leur récente histoire.

N'a point, sur des tons de victoire.

Appris à louer le Seigneur.

0 rois, victimes couronnées!

Lorsqu'ou chante vos destinées, On sait mal chanter le bonheur.

Mai 1821

L'enfant, quand du Seigneur su» lui brille l'aurore, liçnore le martyre et sourit à la croix; niais un autre baptême, hélas ! attend encore

Le front infortuné des rois. — Des jours viendront, jeune homme, où ton àme troublée.

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