PREMIER SOUPIR
C'est que j'ai rencontré des regards dont la flamme Semble avec mes regards ou briller ou mourir,
Et cette ftme, sœur de mon âme, Hélas ! que j'attendais pour aimer et souffrir.
Émilb DbSCHAJII'S.
ODE PREMIÈRE
Sois heureuse, ô ma douce amie, Salue en paix la vie et jouis des beaux jours ; Sur le fleuve du temps mollement endormie,
Laisse les flots suivre leur cours !
Va, le sort te sourit encore, Le ciel ne peut vouloir, dissipe tout effroi, Qu*un jour triste succède à ta joyeuse aurore. Le ciel doit m'écouter quand pour toi je Timplore. Notre avenir commun ne pèse cjue sur moi !
Bientôt tu peux m 'être ravie :
Peut-être, loin de toi, demain j*lrai languir. Quoi I déjà tout est sombre et fatal dans ma vie !
J'ai dû t'aimer, je dois te fuir!
Puis, — hélas I sur mon front que le malheur retombe! Il faudra qu'à l'absence, à de nouveaux désirs,
Un sentiment bien doux succombe :
Tu m'oubliras dans les plaisirs,
Je me souviendrai dans la tombe !
Oui, je mourrai : déjà ma lyre en est en deuil. Jeune, je m*éteindrai, laissant peu de mémoire, Sans peur: puisque de front j*ai contemplé la gloire,
Je puis voir de près le cercueil.
L'Elysée innnortel est prés des noirs royaumes, Et la gloire et la mort ne sont que deux fantômes,
En habits de fête ou de deuil !
Vis heureuse, ô ma jeune amie.
Jouis en paix de tes beaux jours , Sur le fleuve au temps' mollement endormie, Laisse les flots suivre leur cours!
Décembre 1819.