‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 222 sur 309 · REGRET · texte numérisé non relu

REGRET

Il s'est trouvé parfois, comme pour fiûre voir Que du bonheur en nous est encor le pouvoir, Deux Ames s'élevant sur les plaines du monde, Toiyours l'une pour l'autre existence féconde, Puissantes à sentir avec un feu pareil, Double et brûlant rayon né d'un même soleil, Vivant comme un seul être, intime et pur mélange. Semblables dans leur vol aux deux ailes d'un ange, Ou telles que des nuits les jumeaux radieux D'un fraternel édat illuminent les deux. Si l'homme a séparé leur ardeur mutuelle. C'est alors que l'on Toit, et rapide et 'fidèle, Chacune, de la foule écartant l'épaisseur. Traverser l'univers et Toler à sa sœur

ÂLTRED BK ViGiTr, EéUna.

ODE DEUXIÈME

Oui, le bonheur >ien vite a passé dans ma vie I On le suit; dans ses bras on se livre au sommeil i Puis, comme cette vierge aux champs crélois ravie, On se voit seul à son réveil.

On le cherche de loin dans l'avenir immense. On lui crie ^ < Oh ! reviens, compagnon de mes jours! » Et le plaisir accourt, mais sans remplir Tabsence De celui qu'on pleure toujours.

Moi, si l'impur plaisir m'offre sa vaine flamme. Je lui dirai : « Va, fuis, et respecte mon sort : a Le bonheur a laissé le regret dans mon Ame*,. « Mais loi, tu laisses le remdrd ! »

Pourtant, je ne dois point troubler voire délire. Amis; je veux paraître ignorer les douleurs; Je souris avec vous, je vous cache ma lyre. Lorsqu'elle est humide de pleurs!

Chacun* de vous peut-être, en son cœur solitaire. Sous des ris passagers étoulTe un long regret; Héla^! nous souflffons tous ensemble sur la terre, Et nous souffrons tous en secret !

Tu n'as qu'une colombe à tes lois asservie; Tu mets tous tes amours, vierge, dans une fleur. Mais à (|uoi Ion? La fleur passe comme la vie. L'oiseau fuit comme le bonheur !

On est honteux des pleurs; on rougit de ses peines. Des innocents chn^rms, des souvenirs louchant^: Gomme si nous n'étions, sous les terrestres chaînes Que pour la joie et pour les chants !

Hélas ! if m'a donc fui sans me laisser de trace, Mais pour leo'elenir j'ai fait ce que j'ai pu, Ce temps où le bonheur brille, et soudain s'efface. Comme un sourire interrompu !

Février idSl.

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