‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 229 sur 309 · MON ENFANCE · texte numérisé non relu

MON ENFANCE

Voilà que tout cela est passé... mon enfance n'est plus; elle est morte, pour ainsi^dire, quoique je vive encore.

Samt ADGDsnH, Con/ttttons.

ODE NEUVIÈME

J'ai des rêves de guerre en mon âme inquiète ; J'aurais été soldat, si je n'étais poète. Ne vous étonnez point que j'aime les guerriers ( Souvent, pleurant sur eux, dans ma douleur mnellé. J'ai trouvé leur cyprès plus beau que nos lauriers.

Enfant, sur un tambour ma crèche fut posée. Dans un casque pour moi l'eau sainte fut puisée.

70 ODëS.

Un soldat, m'ombrageant d'un belliqueux faisceau, De quelque vieux lambeau d*une bannière usée Filles langes de mon berceau.

Parmi les chars poudreux, les armcfB éclatantes, Une muse des camps m'emporta sous les tentes ; Je dormis sur l'affût des canons meurtriers ; J'aimai les fiers couisiers, aux crinières tiottanies, Bt l'éperon froissant les rauques élriers.

J'aimai les forts tonnants, aux abords difficiles ; La glaire pu des chefs guidant les rangs dociles, La vedette perdue en un bols isolé, Et les vieux bataillons qui passaient dans les villes. Avec un drapeau mutilé.

Mon envie admirait et le hussard rapide,

l^araut de gerbes d'or sa poitrine intrépide,

El le panache blanc des agiles lanciers,

Et les dragons, mêlant sur leur casque gépide

Le poil taché du tigre aux crins noirs des coursiers.

Et j'accuiiais mon âge : — « Ah ! dans une ombre obscure, « Grandir, vivre! laisser refroidir sans murmure « Tout ce sang jeune et pur, bouillant chez mes pareils, < Qui dans un noir combat, sur l'acier d'une armure, c Coulerait é flots si vermeils ! b

Et j'invoquais la guerre, aux scènes effrayantes ;

Je voyais en espoir, dans les plaines bruyantes,

Avec mille rumeurs d'hommes et de chevaui,

Secouant à la fois leurs ailes foudroyantes,

L'un sur l'autre à grands cris fondre deux camps rivaux.

J'entendais le son clriir des tremblantes cymbales, Le roulement des chars, le sifDement des balles, Et, de monceaux de morts semant leurs pas sanglanls. Je voyais se heurier, au loin, par intervalles. Les escadrons étincelants !

Avec nos camps vainqueurs, dans l'Europe asservie J'errai, je parcourus la terre avant la vie; E!, tout enfant encor, les vieillards recueillis • Mëcoutaient racontant, d'une bouche ravie. Mes jours si peu nombreux et déjà si remplis I

Chez dix peuples vaincus je passât sans défense. Et leur respect craintif étonnait mon enfance. Dans l'Age où l'on est plaint, je semblais protéger. Quand je balbutiais le nom chéri de France, Je faisais pâlir l'étranger. '

Je visitai cette île en noirs débris féconde, Plus tard, premier degré d'une chute profonde. Le haut Cenis, dont 1 aigle aime les rocs lointains. Entendit dans son anlre, où l'avalanche* gronde, Ses vieux glaçons crier sous mes pas enfantins.

Vers l'Adige et l'Arno je vins des bords du Rh6ne. • Je vis de 1 Occident l'auguste Babylone, Rome, toujours vivante au fond de ses tombeaux, Reine du monde encor sur un débris de trône. Avec une pourpre en lambeaux.

Puis Turin, puis Florence aux plaisirs toigours prête, Naple, aux bords embaumés, ou le printemps s'arrête Et que Vésuve en feu couvre d'un aais brûlant, Gonune un ffuerrier jalpux qui, témoin d'une fête, Jette au miOeu des ileurs son panache sanglant.

L'Espagne m'accueillit, livrée a la conquête. Je franchis le Bergare, où mugit la tempête; De loin, pour un tombeau je pris l'Escurial ; Et le triple aqueduc vit s'inchner ma itêîe Devant son front impérial.

Là, je voyais les feux des haltes militaires Pfoircir les murs croulants des villes solitaires; La tente, de l'église envahissait lé seuil; Les rires, des soldats, dans les saints monastères, , Par l'écho répétés, semblaient des cris de deuil.

Je revins, rapportant de mes courses lointaines Comme un vague faisceau de lueurs incertaines. Je rêvais, comme si j'avais, durant mes jours. Rencontré sur mes pas les magiques fontaines " Dont J'onde enivre pour toujours.

L'Espagne me montrait ses couventï, ses bastilles ;

Burgos, sa cathédrale, aux gothiques aiguilles ;

Irun, ses toits de bois; Vittoria, ses tours;

Et toi, Valladolid. tes palais de familles,

Fiers de laisser rouiller des chaînes dans leurs cours.

Mes souvenirs germaient dans mou âme échauffée; J'allais, chantant des vers d'une voix étouffée; Et ma mère, en secret observant tous mes~|)as, Pleurait et souriait, disant : « C'est une fée « Qui lui parle et qu'on ne Voit pas ! d

Ifô3.

Orus!

ViRGILI.

ODE DIXIÈME

Il est pour tout mortel, soit que, loin de l'envie, Un astre aux rayoïls purs illumine sa vie ; Soit qu'il suive à pas lents un rercle de douleurs. Et, regrettant queloûe ombre à son amour ravie. Veille auprès de sa lampe et répande des pleurs ;

Il est des jours de paix, d'ivresse et de mystère. Où noire cœur savoure un charnie involontaire. Où l'air vibre, animé d'ineffables accords, Comme si l'âme heureuse entendait de la terre Le bruit vague et lointain de la cité des morts.

Souvent ici, domptant mes douleurs étouffées. Mon bonheur s'éleva comme un château de fées,

ODES

Avec ses murs de nacre, aux pobiles couleurs. Ses tours, ses portes d*or, ies pièges» ses trophées, Et ses fruits merveilleux et ses magiques fleurs. ^

Puis soudain tout fuyait : sur d'informes décombres Tpur à tour é mes yeux passaient de pMes ombres ; D'un crêpe nébuleux le ciel était voile. Et de spectres en deuil peuplant ces déserts sombros, Un tombeau dominait le palais écroulé.

Valloo • j'ai bien souvent laissé dans ta prairie Comme une eau murmurante errer ma rêverie; Je n'ottblirai jamais ce^ fugîlife instants ; Ton souvenir sera, dans mon âme attendrie. Comme un son triste et doux qu'on écoute longtemps

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