ODE ONZIÈME
li>r8que j'étais enfant: < Viens, me disait la Muse. c Vient voir le beau génie assis sur mon autel ! c 11 n'est dans mes trésors rien que ie te refuse, c Soit oue Taltier clairon ou rhumble cornemuso « Attendent ton souffle immortel.
« Mais fuis d'un monde étroitYimpure turbulence « Là rampent les ingrats, lé régnent les méchants, «t Sur un luth inspiré lorsqu'une Ame s'élance, c il faut que, l'écoutant dans un chaste silence, « L'ëcho lui rende tons ses chants !
« Choisis quelque désert pour y cacher ta vie. a Dans une omore sacrée emporte ton flambeau. « Heureux qui, loin des pas d'une foule asservie, « Dérobant ses concerts aux clameurs de l'envie, « Léguç sa gloire à son tombeau !
« L'borison de ton âme est plus haut aue h terre a Mais cherche é ta pensée un monde harmonieux, « Où tout, en l'exaltant, charme ton cœur austère! . a Où des saintes clartés que nulle ombre n'altère « Le doux reflet suive tes yeux.
cr Qu'il soit un frais vallon, ton paisible royaume, * (C Où parmi l'églantier, le sanle et le glaïeul, « Tu penses voir parfois, errant comme un fantôme, < Ces magiques palais qui naissent sous le chaume, < Dans les beaux contes de l'aïeul.
« Qu'une tour en ruine, au flanc de la montagne, « Pende et jette son ombre aux flots d'un lac d'azur, c Le soir, qu'un feu de pAtre, au fond de la campagne, « Comme nn ami dont Tœil de loin nous accompagne, c Perce le crépuscule obscur.
c Quand, guidant sur le lac deux rames' vagabondes, c Le ciel, dans* ce miroii*, t'offrira ses tableaux, ft Qu'une molle nuée, en déroulant ses ondes; « Montre é les yeux, baissés sur les vagues profondes, « Des flots se jouant dans les flots.
<r Que, visitant parfois une ile solitaire a Et dès bords ombragés de feuillages mouvants-, «r Tu puisses, savourant ton exil volontaire, a Eh silence épier s'il est quelque mystère « Dans le bruit des eaux et des vents.
«c Qu'à ton réveil joyeux les chants des jeunes mères « T'annoncent et l'eiifance, et la vie et le jour; « Qu'un ruisseau passe auprès de tes fleurs éphémères, a Comme entre les doux soins et les tendres chimères c Passent l'espérance et l'amour.
<E Qu'il soit dans la contrée un souvenir fidèle a De ^uelaue bon seigneur, de hauteur dépourvu, a Ami de Vindigen.ce et toujours aimé d'elle; <r Et que chaque vieillard, le citant pour modèle, « Dise : c Vous ne l'avez pas vu ! ^
«( Loin du monde surtout mon culte te réclame. « Sois le prophète ardent, cfui vit le ciel ouvert, «t Dont l'œil, au sein des nuits, brillait comme une flamme, « Et qui, de l'esprit saint ayant rempli son Ame, c Allait parlant dans le désert ! »
Tu le disais, ô Muse ! Et la cité bruyante Autour de moi polirtant mêle ses mille voix ! Muse! et je ne ruis pas la sphère tournoyante Où le sort, agitant la foule imprévoyante, ^
Meut tant de destins à la fois !
C'est que, pour m'amener au terme où tout aspire, 11 m'est venu du ciel un guide au front joyeux; Pour moi l'air ie plus pur est l'air qu'elle rei;pire ; Je vois tous mes bonheurs, Muse, dans son sourire, •Et tous mes rêves dans ses yeux !