‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 270 sur 309 · A PROPOS D«UN ROI · texte numérisé non relu

A PROPOS D«UN ROI

Voilures el chevaux é çrand bruit, l'autre jour, I Menaient le roi de Napie au gala de la cour. J'étais au Carrousel, passant avec la foule Qui par ses trois guicnels incessamment s*écoule Et traverse ce lieu quatre cents fois par an Pour regarder un prince ou voir Theure au cadran. Je suivais lentement, comme l'onde suit Tonde, Tout ce peuple, songeant qu'il était dans le monde, Certes, le fils aîné du vieux peuple romain, Et qu'il avait un jour, du revers de sa main, Déraciné du sol les tours de la Bastille. Je m'arrêtai : le suisse avait fermé la grille.

Et le tambour battait, et parmi les bravos

Passait chaque voiture avec ses huit chevaux.

La fanfare emplissait la vaste cour, jonchée

D*bfficiers redressant leur tète empanachée ;

Et les royaux coursiers marchaient sans s'étonner.

Fiers de voir devant eux des drapeaux s'incliner.

Or, attentive au bruit, une femme, une vieille.

En haillons, et portant au bras quelque corbeille,

Branlant son chef ridé, disait à haute voix :

— Un roi ! sous l'empereur, j'en ai tant vu, des rois !

Alors je ne vis plus des voitures dorées La haute impénale et les rouges livrées, Et, tandis que passait et repassait cent fois Tout ce peuple inquiet plein de confuses voix. Je rêvai. Cependant la vieille vers la Grève poursuivait son chemin'en me laissant mon rêve, oomrae Toiseau qui va, dans la forêt lâchée

Laisse trembler la feuille où son aile a touché.

— Oh ! disais-je, la main sur mon front étendue.

Philosophie! au bas du peuple descendue!

D(% petits sur les grands grave et hautain regard !

Où ce peuple est venu, le peuple arrive lard;

Mais il est arrivé. Le voila qui dédaigne!

Il n*est rien qu'il admire, ou (^u'il aime, ou qu'il craigne.

Il sait tirer de tout d'austères jugements.

Tant le marteau de fer des grands événements

A, dans ces durs cerveaux qu'il façonnait sans cesse,

Gomme un coin dans le chêne en&ncé la sagesse!

Il s'est dit tant de fois : — Où le monde en est-il? Que font les rois? à oui le trône? à c^ui l'exil?— Qu'il médite amourdhui comme un juge suprême, Sachant la fin de tout, se croyant en soi-même Assez fort pour tout voir et pour tout épargner, Lui qu'on n'exile pas et qui laisse régner ! ^

La cour est en gala ! pendant qu'au<dessous d'elle, Gomme sous le vaisseau l'Océan qui chancelle, Sans cesse remué, gronde un peuple profond Dont nul regard de roi lie peut sonder le fond.

Démence et trahison qui disent sans relâche : — 0 rois, vous êtes roisl confiez votre tâche Aux mille bras dorés qui soulienuent vos pas! Dormez, n'apprenez point, et ne méditez pas. De peur que votre front, qu'un prestige environns, Fasse en s'élargissant éclater la couronne!

0 rois, veillez! veillez! tâchez d'avoir régné: Ne DOVLfi^ reprenez pas ce qu'on avait gagné ,- Ne faites point, des coups d'une bride rebelle, Cabrer la liberté qui vous porte avec elle; Soyez de votre temps, écoutez ce qu'on dit. Et tâchez d'être grands, car le peuple grandit.

Ecoutez, écoutez, à l'horizon immense,

Ce bruit qui parfois tombe et soudain recommence,

Ce murmure confus, ce sourd frémissement

Qui roule et qui s'accroît de moment en moment.

C'est le peuple qui vient! c'esl la haute marée

Qui monte incessamment par son astre attirée.

Chaque siècle, à son tour, qu'il soit d'or oujde fer,

Dévoré comme un cap sur qui monte la mer.

Avec ses lois, ses mœurs, les monuments qu'il fonde,

Vains obstacles qui font à peine écumer Tonde,

Avec tout ce qu'on vit et qu'on ne verra plus,

Disparait sous ce flot qui n'a pas de reflux!

Le sol toujours s'en va, le flot toujours s'élève.

Malheur à qui le soir s'attarde sur la grève.

Et ne demande pas au pécheur qui s'enfuit

D'où vient qu'à l'horizon on entend ce grand bruit !

Rois ! hâlez-vous ! rentrez dans le siècle où nous »)inine$,

Quittez l'ancien rivage ! — A cette mer des hommes

Faites place, ou voyez si vous voulez périr

Sur le siècle passé que son flot doit couvrir!

Ainsi ce (|u'en passant avait dit cette feâime Remuait mes pensers dans le fond de mon âme, Quand un solaat soudain, du poste détaché. Me cria : — Compagnon, le soleil est couché*

18 mai iB30.

LES FEUILLES D'AUTOMNE

De todo, nada. De todoi, nadie.

CALBHOH.

£e t'importe, mon cœar, ces naissances des rois, i Tktoirea qoi font éclater A la fois Cloches et canons en volées, Et louer le Seigneur en pompeux appareil; Et la nuit, dans le 'ciel dfes vAles en éveil. Monter des gerbes étollées?

Porte ailleurs ton r^ard sur Dieu seul arrêté ! Rien ici-bas qui n*ait en soi sa «vanité :

La gloire fuit à tire d'aile; Couronnes, mitres d*or, brillent, mais durent peu; Biles ne valent pas le brin d*herbe que Dieu

Fait pour le nid de Thirondelle !

Hélas! plus de grandeur contient plus de néant! La bombe atteint plutôt Tobélisque géant

Que la tourelle des colombes.

C'est toiqonrs par la mort que Dieu s*unil aux rois ; Leur couronne dorée a pour faîte sa croix,

Son temple est pavé de leurs tombes.

Quoil hauteur de nos tours, splendeur de nos palais, Napoléon, César, Mahomet, Périclés.

Rien qui ne tombe et ne s*eflace !

Mystérieux abîme où Tesprit se confond ! A quelques pieds sous terre un silence profond,

Et tant de bruit â la surface I

Jain 1850.

0 altiludo I

Page 1