‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 271 sur 309 · CE OO'ON ENTEND SDR LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

CE OO'ON ENTEND SDR LA MONTAGNE

Aves-vous quelquefois, calme et silencieux^ Monté sur la montagne en présence des deux? Etait ce aux bords du Suud r aux côtes de Bretagne? Aviez-vous TOcéan au pied de la montagne?

Et là, penché sur l'onde et sur Timmensité,

Calme et silencieux avex-vous écouté?

Voici ce qu'on entend : — du moins un jour qu'en rêve

Ma pensée abattit son vol sur une grève,

Et du sommet d'un mont plongeant au gouffre amer.

Vit d'un côté la terre et de l'autre la mer.

J'écoutai, j'entendis, et jamais voix pareille

Ne sortit d'une bouche et n'émut une oreille.

Ce fut d*abord un bruit large, immense, confus,

Phis vague que le vent dans les arbres touffus,

Plein d accords éclatants, de suaves murmures.

Doux comme un chant du soir, fort comme un choc d'ar-

Suand la sourde mêlée étreint les escadrons, [mures

t souffle, furieuse, aux bouches des clairons. C'était une musique ineflable et profonde, Qui, fluide, oscillait sans cesse autour du monde^ Et dans les vastes deux, pr ses flots nyeunis. Roulait élargissant ses orbes infinis Jusqu'au fond où son flux s'allait perdre dans l'ombre Avec le temps, l'espace et la forme et le nombre ! Comme une autre alm(»sphére épars et débordé. L'hymne éternel cou vrai \ tout le globe inondé. Le monde enveloppé dans cette symphonie, Comme il vogue dans l'air, voguait dans l'harmonie.

Et pensif, j'écoutais ces harpes de l'éther, Peitlu dans cette voix comme dans une mer.

Bientôt je distinguai, confuses et voilées. Deux VOIX dans cette voix l'une à l'autre mêlées. De la terre et des mers s'épanchant jusqu'au ciel,

Sui chantaient à la fois le chant universel; t je les dislinguai dans la rumeur profonde Comme on voit deux courants qui se croisent sous l'onde.

L'une venait des mers; chant de ffloirel hymne heureux ! C'était la voix des flots qui se parlaient entre eux ; L'autre, qui s'élevait de la terre où nous sommes. Etait triste : c'était le murmure des hommes ; Et dans ce grand concert, qui chantait jour et nuit, Chaque onde avait sa voix et chaque homme son bruit.

Or, comme je l'ai dit, l'Océan magnifique Epandait une voix joyeuse et pacinque, Cnantait comme la harpe aux temples de Sion^ Et louait la beauté de la création.

Sa clameur, qu'emportaient la brise et la rafale, * Incessamment vers Dieu montait plus triomphale, Et chacun de ses flots, que Dieu seul peut dompter, Quand l'autre avait fini, se levait pour chanter. Comme ce grand lion dont Daniel fut l'hôte, L'Océan par moments abaissait sa voix haute; Et moi, je croyais voir, vers le couchant en feu. Sous sa crinière d'or passer la main de Dieu.

Cependant, à côté de l'auguste fanfare.

L'autre voix, comme un cri de coursier qui s'effare, Comme le gond rouillé d'une porte d'enfer, Comme l'archet d'airain sur la Ijre de fer. Grinçait; et pleurs, et cris, l'injure, l'analhéme, Refus du viatique et refus du baptême, Et malédiction, et blasphème, et clameur, Dans le flot lournovant de l'hitmnine rumeur. Passaient, comme le soir on voit dans les vallées De noirs oiseaux de nuit qui s'en vont par volées. Qu'était-ce une ce bruit dont mille échos vibraient 7 Bêlas! c'était la terre et l'homme qui pleuraient.

Frères ! de ces deux voix étranges, inouïes, Sans cesse renaissant, sans cesse évanouies,

LES FEUILLES D'AUTOMNE

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Alan je médiUi; car mon esnrit fiJèle, Hclss! D'aviit jamais déployé plus grande aile; Duos mou ombre jiraa» n'avait lui tant de jour; tl je rêvais longiemps, contemplant lour-à-lour, Après l'abime obscur que me cachait la lame, L aaire abîme sans fond qui s'ouvrait dans mon éme. Et je me demandai pourquoi l'on est ici, Quel peut être après tout le but de tout ceci. Que Tait l'âme, lequel vaut mieux d'être ou de vivre. Et pourquoi le Sejgneur, qui seul lit i ton livre. Hèle élerneilemeat dans un fatal hymen Le«hanl de la nature au cri du genre humain?

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