‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 278 sur 309 · L0CA1I · texte numérisé non relu

L0CA1I

Oà donc est le bonheur? disi^s-je. — Infortuné ! Le bonheur, ô mon Dieu, vous me Tavez donné.

Naître, et ne pas savoir que l'enfance éphémère, Ruisseau de lait qui fuit sans une gouUe amére, Est rige du bonheur et le plus beau moment Que rhomme, ombre qui passe^ ait sous le flrmament I Plus tard, aimer.— garder dans son cœur déjeune homme Un nom mystérieux que jamais on ne nomme, Glisser un root furlif dans une tendre main, Aspirer aux douceurs d*un ineffable hymen. Envier Tcan qui fuit, le nuage qui yole. Sentir son cœur se fondre au son d*une parole, Connaître un pas qu'on aime et que jaloux on suit, Rêver le jour, brûler et se tordre la nuit, Pleurer surtout cet Age ou sommeillent les Ames, Toujours souffrir, parmi tous les regards de femmes. Tous les buissons d'ivri], les feux du ciel vermeil, Ne chercher qu'un regard, qu'une fleur, qu'un soleil !

Puis effeuiller en hAte et d'une main jalouse Les boutons d'orangers sur le front de l'épouse. Tout sentir, être heureux, et pourtant, insensé! Se tourner presque en pleurs vers le malheur passé ; Voir aux feux de midi, sans espoir qu'il renaisse, Se faner son printemps, son matin, sa jeunesse. Perdre l'illusion, l'espérance, et sentir Qu'on vieillit au fardeau croissant du repentir! Effacer de son front des taches et des rides; S'éprendre d'art, de vers, de voyages arides,. De deux lointains, de mers où* s'égarent nos pas; Redemander cet Age où l'on ne dormait pas. Se dire qu'on était bien malheureux, bien triste. Rien fou, que maintenant on respire, on existe. Et, plus vieux de dix ans, s'enfermer tout un jour Pour relire avec pleurs quelques lettres d'amour !

Vieillir enfin, vieillir! commodes fleurs fanées, Voir blanchir nos cheveux et tomber nos années. Rappeler notre enfance et nos beaux jours flétris. Boire le reste amer de ces parfums aigris, Etre sage, et railler l'amant et le poète, Et, lorsque nous touchons à la tombe muette, Suivre en les rappelant d'un œil mouillé de pleurs Nos enfants qui déjà sont tournés vers les leurs '

Ainsi l'homme, ô mon Dieu, marche toujours plus sombre

Du berceau qui rayonne au sépulcre plein d'ombre.

C'est donc avoir vécu ! c'est donc avoir été !

Dans l'amour et la joie et la félicité

C'est avoir eu sa part, et se plaindre est folie.

VoilA de quel nectar la coupe était remplie !

Hélas! naître pour vivre en désirant la mort!

Grandir en regrettant l'enfance où le cœur dort,

Vieillir en regrettant la jeunesse ravie. Mourir en regrettant la vieillesse et la vie !

Où donc est le bonheur? disais-je. — Infortuné I Le bonheur, 6 mon Dieu, vous me l'avez donné!

Mai i830.

Le toit s'égnye et ni

AHDEé CHfolEA

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris; son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,

Innocent et joyeux.

Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre A Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre

Les chaises se toucher.

Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère

Tremble à le voir marcher.

Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme, De patrie et de Dieu, des poètes, de l'Ame

Qui s'élève en priant; L'enfant parait, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints ! la grave causerie

S'arrête en souriant.

La nuit, quand l'homme dort, quandi'esprit rêve, A l'heure Où Ton entend gémir, comme une voix qui pleure,

L'onde entre les roseaux, Si l'aube tout à coup la- bas luit comme un phare, Sa clarté dans les champs éveille une fanfare

De cloches et d'oiseaux !

Enfant, vous êtes l'aube et mon Ame est la plaine Qui des plus douces fleurs embaum» son haleine

Quand vous la respirez; Mon Ame est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seuls de suaves murmures

Et de rayons dorés !

Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies. Car vos petites mains, joyeuses et bénies,

N'ont point mal (ait encor;^ Jamais vos jeunes pas n'ont touche notre fange;

LES FEUILLES D*AUTOMNE

Tète sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange ATauréole d'or!

Vous êtes parmi nous la colombe de Farche.

Vos pieds tendres et purs u*ont point l'ftge où Ton marche ;

Vos ailes sont d*azur.

Sans le comprendre encor, vous regardez le monde. Double virginité ! corps où rien n*est immonde,

Ame où rien n est impur!

Il est si beau, Tenfant avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,

Ses pleurs vite apaisés; Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Oiïrant de toutes parts sa jeune Ame i la vie

Et sa bouche aux baisers!

Seigneurl préservez-moi, préservez ceux que j'aime, Frères, parents, amis, et mes ennemis même

Dans le mal triomphants, De jamais voir. Seigneur, Tété sans fleurs vermeilles, / La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,

La maison sans enfants!

Mai 1830

Botu, frais, souriant d'aise à celle vie amère.

SAiKTE-UinrE.

Dans Talcôve sombre, Prés d'un humble autel, L'enfant dort à Tombre Du Ht maternel.

Tandis qu'il repose, Sa paupière rose.

Pour la terre close, S'ouvre pour le ciel.

Il fait bien des rêves.

Il voit par moments Le sable des grèves Plein dé diamants, Des soleils de flammes.

Et de belles dames Qui portent des Ames Dans leurs bras charmants.

Songe oui l'enchante!

Il voit aes ruisseaux.

Une voix qui chante Sort du fond des eaux.

Ses soeurs sont plus belles.

Son père est près d'elles.

Sa mère a des ailes Comme les oiseaux.

Il voit mille choses Plus belles encor; Des lis et des roses Plein le corridor ; Des lacs de délice Où le poisson fflisse.

Où l'onde se plisse A des roseaux d*or!

Enfant, rêve encore!

Dors, ô mes amours !

Ta jeune Ame ignore Où s'en vont tes jours.

Gomme une nl^ ue morlc, Tu vas, que t'importe!

Le courant t'emporte.

Mais tu dors toujours !

Sans soin, sans étude, Tu dors en chemin ; Et l'inquiétude A la froide main, De son ongle aride.

Sur ton front candide Oui n'a point de ride, N'écrit pas : Demain !

Il dort, innocence!

Les anges sereins Qui savent d'avance Le sort des humains, Le voyant sans armes, Sans peur, sans alarmes, Baisent avec larmes Ses petites mains.

Leurs lèvres effleurent Ses lèvres de miel.

L'enfant voit qu'ils pleurent Et dit : Gabriel !

Mais l'ange le touche.

Et ben^nt sa couche.

Un doigt sur sa bouche, L^ve l'autre au ciel !

Cependant sa mère, Prompte à le bercer.

Croit qu'une chimère Le vient oppresser ; Fiére, elle radmire, L'entend qui soupire.

Et le fait sourire Avec un baiser.

Novembre 1831.

ss

LES FEUILLES D'AUTOMNE

MABC-AVUL.

Parfois, lorsque tout dort, je m'assieds plein de joie Sous le dôme étoile qui sur nos fronts flamboie; J'écoute si d'en haut il tombe quelque bruit; Et rheure vainement me fcappe de son aile Quand je contemple, ému, cette fête éternelle Que le ciel rayonnant donne nu monde la nuit I

Souvent alors j'ai cm (|ue ces soleils de flamme

Dans ce monde endormi n'échauffaient t^uc mon Aine;

Qu'a les comprendre seul rétais prédestiné ;

Que j'étais, moi, vaine omore obscure et tacilurns,

Le roi mystérieux de la pompe nocturne;

Que le ciel peur moi seul s*etait illuminé.'

Novembre 1889.

C'est une âme chamaulc.

BI0BBOT.

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