A UNE FEMME
Enfant 1 si j'étais roi, je donnerais l'empire. Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple a geumt. Et mu couronne d'or, et mes bains de porphyre. Et mes flottes, é qui la mer ne i)eut suffire. Pour un regard de vous !
Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes, Les anges, les démons courbés devant ma loi.
Et le profond chaos aux entrailles profondes, L'éternité, l'espace, et les cieux et les mondes. Pour un baiser de toi !
Mai 18..
Qoieo no auia, no vive.
Oh ! qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage,
Si jamais vous n'avez épié le passa||[e,
Le soir, d'un pas lôf^er, d'un pas mélodieux,
D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres,
Et, comme un météore au sein des nuits funèbres,
Vous laisse dans le cœur un sillon radieux ;
Si vous ne connaissez (|ue pour l'entendre dire Au poète amoureux qui chante et qui soupire, Ce suprême bonheur qui fait nos jours dorés. De posséder un cœur sans réserve et sans voiles, De n'avoir pour flambeaux, de n'avoir pour étoiles, De n'avoir pour soleils que deux yeux adorés;
Si vous n'avez jamais attendu, morne et sombre, Sous les vitres d'un bal qui rayonne dans l'ombre, L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront. Pour voir votre beauté, comme un éclair nui brille, Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille, Passer dans la lumière avec des fleurs au front ;
Si vous n'i(vez jamais senti la frénésie
De voir la main c|u*on veut par d'autres mains choisie,
De voir le cœur aimé battre sur d'autres cœurs ;
Si vous n'avez jamais vu d'un œil de colère
La valse impure, au vol lascif et circulaire,
EfTeuitler en courant les femmes et les fleurs ;
Si jamais vous n'avez descendu les collines Le cœur tout débordant d'émotions divines ; Si jamais vous n'avez, le soir, sous les tilleuls. Tandis qu'au ciel luisaient des étoiles sans nombre, Aspiré, couple heureux, la volupté de l'ombre. Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls ;
Si jamais une main n'a fait trembler la vôtre;
Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre,
Ji t'âihk ! n'a rempli votre âme tout un jour ;
Si jamais vous n'avez pris en pitié les trônes
En songeant qu'on cherchait les sceptres, les couronnes,
Et la gloire et l'empire, et qit^'on avait l'amour I
La nuit, quand la veilleuse agonise dans l'urne^ Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne
LES FEUILLES D^AUTOMNE
Arec U tour saxonne et l'église dès Goths, Laisse sans les compter passar les heures noires Qui douze fois, semant les rêves illusoîrej, S'enïolent des clochers par groupes inégaux;
Si jamais vous n*avez, h l'heure où tout sommeille, Tandis qu'elle dormait, oublieuse et vermeille, Pleuré comme un enfant à force de souffrir, Crié cent fois son non du soir jusqu'à l'aurore, Et cru qu'elle viendrait en l'appelant encore, Et mauail votre mère, et désire mourir;
Si Jamais vous n'avez senii aue d'une femme Le regard dans votre Ame allumait une autre Ame, Que vous étiez charmé, qu'un ciel s'était ouvert, Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue, Il vous serait bien doux d'expirer sur la roue;... Vous n'avez point aimé, vous n'avez point souiïerl !
Novembre 1851.
Mens hUnda in corpore bland.o.
Madame, autour de vous tant de grAce étincelle. Votre chant est si pur, votre danse recèle
Un charnfe si vainqueur, Un si touchant regard baigne votre prunelle. Toute votre personne a quelque chose en elle
Ôe si doux pour le cœur,
Que lorsque vous venez, jeune astre qu'on admire, Eclairer notre nuit d'un rayonnant sourire
Qui nous fait palpiter, Gomme l'oiseau des bois devant l'aube vermeille, Une tendre pensée au fond des- cœurs s'éveille
Et se met à chanter I
Vous ne l'entendez pas, vous l'ignorez, madame, Car la chaste pudeur enveloppe votre Ame
De ses voiles jaloux ; Et l'ange que le ciel commit A votre garde N'a jamais à rougir quand, rêveur, il regarde
Ce qui se passe en vous.
Avril 1S3I.
Amor, ch'a null' amato amsr perdons.
Mi prese del costui placer si forte, Ghe, come vedi, aocor non m'abbandona.
OANIS.
Contempler dans son bain sans voilts Une fille aux yeux innocents ; Suivre de loin de blanches voiles; Voir au ciel briller les étoiles Et sous l'herbe les vers luisants;
Voir autour des mornes idoles Des sultanes danser en rond; D'un bal compter les «girandoles; La nuit, voir sur Teau les gondoles Fuir avec une étoile au front ;
Regarder la lune sereine, Dormir sous l'arbre du chemin ; Etre le roi lorsque la reine, Par son sceptre d'or souveraine, L'est aussi par sa blanche main ;
Ouïr sur les harpes jalouses Se plaindre la romance en pleurs ; Errer, pensif, sur les pelouses, Le soir, lorsque les Andalouses De leurs balcons jettent des fleurs ;
RêvëV, tandis que les rosées Pleuvent d'un beau ciel espagnol, Et que les notes embrasées S'épanouissent en fusées Dans la chanson du rossignol ;
Ne plus se rappeler le nombre De ses jours, songes oubliés ; Suivre fuyant dans la nuit sombre Un esprit qui traîne dans l'ombre Deux sillons de flamme à ses pieds;
Des boutons d'or qu'avril étale Dépouiller le riche gazon; Voir, après l'absence fatale, Enfin de sa ville natale Grandir la flèche à l'horizon ;
Non, tout ce qu'a la destinée
De biens réels ou fabuleux
N'est rien pour mon Ame enchaînée.
Quand tu regardes^inclinée
Mes yeux noirs avec tes yeux bleus !
Sepkiembre 18...