‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 296 sur 309 · SUR LE BAL DE L^HOTEL-DE-VILLE · texte numérisé non relu

SUR LE BAL DE L^HOTEL-DE-VILLE

Ainsi TUAtel-de-Ville illumine son faite. Le prince et les flambeaux, tout v brille, et la fête Ce soir va resplendir sur ce comSle éclairé. Comme l'idée au front du poêle sacré I Mais cette fête, amis, n'est pas une pensée. Ce n'est pas d'un banquet que la France est pressée, Et ce n'est pas un bal qu'il laut, en vérité, A ce tas de douleurs qu'on nomme la Cité! Puissants ! nous ferions mieux de penser quelque plaie Dont le sage rêveur à cette heure s effraie. D'étayer l'escalier qui d'en bas monte en haut. D'agrandir l'atelier, d'amoindrir Téchafaud» De songer aux enfants qui sont sans pain dans l'ombre, *De rendre un paradis au pauvre iinpie et sombre. Que d'allumer un lustre et de tenir la nuit Quelques fous éveillés autour d'un peu de bruit !

0 reines de nos toits, femmes chastes et saintes.

Fleurs qui de nos maisons parfumez les enceintes.

Vous à qui le bonheur conseille la vertu,

Vous qui contre le mal n'avez pas combattu,

A qui jamais la faim, empoisonneuse infâme.

N'a dit : Vends-moi ton corps, — c'est-à-dire votre âme!

Vous dont le cœur de joie et d'innocence est plein.

Dont la pudeur a plus d'enveloppes de lin

Que n'en avait Isis, la déesse voilée,

Cette fête est pour vous comme une aube étoilée !

Vous riez d*y courir tandis qu'on souffre ailleurs !

C'est que votre l»elle âme ignore les douleurs;

Le hasard vous posa dans la sphère suprême;

Vous vivez, vous brillez, vous ne voyez pas même.

Tant vos yeux éblouis de rayons sont noyés.

Ce qu'au-dessous de vous dans l'ombre on foule aux piedsf

Oui, c'est ainsi. — Le prince, et le riche, et le monde

Cherche A vous réjouir, vous pour qui tout abonde.

Vous avez la beauté, vous avez l'ornement;

La fête vous enivre à son bourdonnement.

Et, comme a la lumière un papUlon de soie.

Vous volez à la porte ouverte qui flamboie!

Vous allez à ce nal, et vous ne songez pas

Que parmi ces passants amassés sur vos |>as, ,

En foule émerveillés des chars et des livrées*

D'autres femmes sont là, non moins que vous parées,

Qu'on farde et qu'on expose à vendre au carrefour;

Spectres où saigne encor la place de l'amour;

Comme vous pour le bal, belles et demi-nues;

Pour vous Toir au passage, hélas! exprès venues,

Voilant leur deuil affreux d'un sourire moqueur.

Les fleurs au front, la boue aux pieds» la haine au coeur!

LES CHANTS DU CRÉPUSCULE

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0 Dieu! n vous avei la France sous vos ailes,

Ne 8oalfirei pas, Seigneur, ces luttes étemelles;

Ces trônes qu'on élevé et qu'on brîse en courant;

Ces tristes libertés qu'on donne et qu'on reprend ;

Ce noir torrent de lois, de passions, d'idées.

Qui répand sur les mœurs ses vagues débordées;

Ces trinuns opposant, lorsou'on les réunit,

Une charte de plâtre aux abus de granit;

Ces flux et ces reflux de l'onde contre l'onde;

Cette guerre, toujours plus sombre et plus profonde,

Des partis au pouvoir, du pouvoir aux partis ;

L'aversion des grands qui ronge les petits;

Bt toutes ces rumeurs, ces chocs, ces cris sans nombre,

Ces systèmes affineux échafaudés dans l'ombre.

Qui font que le tumulte et la haine et le bruit

Emplissent les discours, et qu'on entend la nuit,

A llieure où le sommeil veut des moments tranquilles,

Les lourds canons rouler sur le pavé des villes!

AotttiSSS.

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