SDR ANDRE DE CHENIER
Un livre de poésie vient de paraître. Et quoique l'auteur soit mort, les criti<|[iies pleuvent. Peu d'ouvrages ont été
f»lus rudement traités par les cotmaisseurt que ce livre. 1 ne s'agit pas cependant de torturer un vivant, de décourager un jeune homme, d'éteindre un talent naissant, de tuer un avenir, de ternir une aurore. Non, cette fois la critique, chose étrange ! s'acharne sur un cercueil ; pourquoi? en voici la raison en deux mots: c'est que c'est bien un poète mort, il est vrai, mais c'est aussi une poé~ sie nouvelle qui vient de naître. Le tombeau du poêle n*obtient pas grâce pour le berceau de sa muse.
Pour nous, nous laisserons à d'autres le triste courage de triompher de ce jeune lion arrêté au milieu de ses forces. Qu'on invective ce style incorrect et parfois barbare, ces idées vagues et incoHérentes, cette effervescence d'Imagination, rêves tumultueux du talent qui s'éveille; cette manie de mutiler la phrase, et, pour a|nsi dire, de ia tailler à la grecque ; les mots dérivés des langues anciennes employés dans toute l'étendue de leur acception maternelle; des coupes bizarres, etc. Chacun de ces défauts du poète est peut-être le germe d'un nerfectionnement pour la poésie. £n tout cas, ces délauts ne sont point dangereux, il s'agit de rendre justice à un homme qui n'a point joui de sa doire. Qui osera lui reprocher ses imperfections lorsque la hache révolutionnaire repose encore toute sanglante au milieu de ses travaux inachevés?
Si d'ailleurs 1 on vient â considérer quel fut celui dont nous recueillons aujourd'hui l'héritage, nous ne nensons pas que le sourire efQeure facilement les lèvres. On verra ce jeune homme, d'un caractère noble et modeste, enclin à toutes les douces afi'ections de TAme, ami de l'étude, enthousiaste delà nature. .En ce même temps, la révolution est imminente, la renaissance des siècles antiques est proclamée. Chénîer devait être trompé, il le fut. Jeunes gens, qui de nous n'aurait point voulu l'être? 11 suit le fantôme, ilse mêle à tout ce ]^uple qui marche avec une ivresse délirante nar le chemin des abîmes. Plus tard on ouvrit les yeux, les hommes égarés tournèrent la tête, il n*était plus temps pour revenir en arriére, il était encore temps pour mourir avec honneur. Plus heureux que son frère, Chénier vint désavouer son siècle sur l'échalaud.
Il s'était présenté pour défendre Louis XVI, et, quand le martyr fut envoyé au ciel, il rédigea cette lettre par laquelle la dernière ressource de l'appel au peuple fut en vain offerte à la conscience des bourreaux.
Cet homme si digne de sympathie n'eut pas le temps de devenir un poêle parfait ; mais, en parcourant les fragments qu'il nous a laissés, on rencontre des détails qui font oublier tout ce qui lui manque. Nous allons en signaler quelques-uns. Voyons d'abord le tableau de Thésée tuant un centaure :
11 va fendre sa tète; Soudain le fils d'Egée, invincible, sanslant. L'aperçoit, à l'autel prend un chêne brûlant, Sur sa croupe indomptée, avec un cri terrible,
ET PHILOSOPHIE MÊLËES.
S*claiice, va aaisir sâ cbeTelure horrible, L'entraîne, et quand sa boacbe, ouverte avec effort, Crie, il y plonge entemblo et la flamme et la mort.
Ce moi-ceau présente ce qui constitue longinaUté des poètes ancienu, la trivialilc dans la grandeur; d'ailleurs racUon est vive, toutes les circonstances sont bien saisies ^ etlea épilhéles sont pittoresques. Que lui roanque-t-il? ! Une coupe élégante? nous préférons cependant une ^a- | rcille « uarbane s à ces vers, qui n*ont d*aulre mérite i qu'une irréprochable médiocrité.
Il y a dans Ovide :
Net dicereRhœliiti Plura ainît, rulilisque ferox per apcrta loqucnlis Condidit ont vii-i, perqiic os m pectore flammas.
Cesl ainsi c^ue Ghénier imite. Kq maître. Il nvoit dit | des serviles Imitateurs :
La nuit vient, le corps reste et sou ombre s'enfuit. '
Voyez encore ces vers de Tapothéosc d*llerciil(* :
Il monte, sous ses pieds Kl end du vieux lion li dépouille héroïque, Kl, l'œil au ciel, la main sur la massue antttiuc. Attend sa récompense et l'heure d'être un diru. îiC vent souffle et mu^it, le bûcher tout en feu Br.Ue autour du héros, et la flamme rapide
I orte aux palais divins l'&me du grand Akide.
Nous préférons celte image à celle d'Ovide, qui pein! Hercule étendu sur son bûcher, avec un visage aussi calme que s*il était couché sur le lit des festins. Remarquons seulement que Tima^e d'Ovide est païenne^ celle d'André de Ghénier est chrétienne.
Veut-on maintenant des vers bien faits? des vers où brille le mérite de la difficulté vaincue? tournons la page, car, pour citer» on n'a guère que l'embarras du choix :
Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche, Quand lui-même, appliquant U flûte sur ma lioudic, Iliant et m'asse][ant près de lui, sur sou cœur, M'appelait son rival et déjà kou vainqueur ;
II façonnait ma !èvre inhabile et peu sûre A souffler une baleine harmonieuse et pure, ÏX ses savantes mains, prenant mes jeunes doif^ts, Les levaient, les baissaient, recommençaient vin^t lois, Leur enseignant ainaii quoique faibles encore, A fermer tour à tour les trous du buis sonore.
Veut«on des images gracieuses?
J'étais un faible enfant qu'elle était grande et belle. Elle me ioariait et m'appelait près d'elle ; Debout sur ses genoux, mon innocente main Parcourait ses cheveux, son visage, son sein; Et sa main quelquefois, aimable et caressante, Feigniiit de difttier mon enfance imonidente. C'est devant ses amants, auprès d'efle confus, Que U fière beauté me caressait le plus. Que de fois (mais, hélas! que sent-on h cet iffe?), Que de fois ses baisers ont pressé mon Visage ! Et lesbcrsers disaient, me voyant triomphant : 0 que de Biens perdus ! 0 trop heureux eifant!
Les idylles de Ghénier sont la partie la moins travaillée de ses ouvragea, et cependant nous connaissons peu de pofimes dans la langue française dont la lecture soit plus attachante; cela tient à cette vérité de détails, à cette abondance d'images qui caractérisent la poésie antique. On a observé que telle églo^ue de Virgile pourrait fournir des sujets à toute une galerie de tableaux.
Mais c'est surtout dans Télcgie qu'éclate le talent d'André de Ghénier. C'est la qu'il est original, c'est la qu'il
laisse tous ses rivaux en arriére. Peut*étre Thahitude de rantiquîlé nous égare, peut-être avons-nous lu avec trop de complaisance les premiers essais d'un poéic malheu« reux; cependant nous osons croire, et nous ne craignons pas de le dire, que, malgré tous ses défauts, André de l'hénier sera regardé parmi nous comme le père et le modèle de la véritable élégie. G'est ici qu'on est saisi d'un profond regret, en voyant combien ce Jeune talent marchait déjà (fo lui-même vers un perfectionnement rapide. En effet, élevé au milieu des muses antiques, il ne lui man-
Suait que la familiarité de sa langue; d'ailleurs il n'était épourvu ni de sens ni de lecture, et encore moins de ce goût qui n'est que l'instinct du vrai beau. Aussi voit-on ses défauts faire rapidement place à des beautés hardies, et, s'il se débarrasse encore quelquefois des entraves gramm.iticûles, ce n'est plus guère qu'ji la manière de la Fontatnt*, pour donner à son style plus de mouvement, de grilce et d'énergier Nous citerons ces vers :
Et c'est Glycèrc, amîs. chez qui la tablo est prC'te !
Et la belle Amélie est aussi de la fùte?
Et Rose qui jamais ne lasse les désirs,
El dont la danse molle aiguillonne aux plaisirs !
J'y coMcasi avec vous je suis pnH à m'y rendre;
Allons. Mais si Camille, ô dieux, vient aTapprendiv !
Quel orage suivra ce banquet tant vanté,
S'il faut qu'à son oreille un mot en soit porté !
Oli ! vous ne savez pas jusqu'où va son empire.
Si j'»i loué des yeux, une Douchc. un snurire;
Ou si. près d'une b«Mle assis en un repas,
Nos lèvres en riant ont murmuré tout bas,
Elle a tout vu. Bientôt cris, reproches, injures :
Un mol, un geste, un rien, tout était un parjure.
c Chacun pour celte belle avait vu mes égards;
u Je lui parlais des yeu\, je cherchais ses regards. »
El puis des pleurs, des pleurs... que Hemnon sur s.i cou<ire
A sa mère immortelle en a moins fait répandre.
Que dis-je? «a colère ose en venir aux coup«...
Et ceux*ci, où éclatent, â un égal degré, la variété des coupes et la vivacité des tournures :
I5ne amante moins belle aime mieux, et du moins,
Humble et timide, à plaire elle est pleine de soins :
Elle est tendre, elle a peur de pleurer votre absence;
Fidèle, peu d'amants attaquent sa constance ;
Et son égale humeur, sa facile gaité,
L'babitude, à son front tiennent lieu de beauté.
Hais celle qui partout fait conquête nouvelle.
Celle qu'on ne voit point sans du*c : Qu'elle est* belle I
Insulte en son triomphe aux soupirs de l'amour.
Souveraine au milieu d'une tremblante cour.
Dans son léger caprice in«^gale et soudaine,
Tendre et bonne aujourd'hui, demain froide et hautaine.
Si quelqu'un se dérobe à ses enchantements.
Qu'est-ce enQn qu'un de moins dans un peuple d'amants?
On brigue ses regards» elle s'aime et s'admire.
Et ne connaît d'amour que celui qu'elle inspire.
En général, quelle que soit l'inégalité du slylc de Ghénier, il est peu de paires dans lesquelles on ne rencontre des images pareilles a cclle-d :
Oh ! si tu la voyais, cette belle coupable, Uougir, et s'accuser, et se justifier, Sans implorer sa grâce et sans s'humilier I Pourtant de l'obtenir doucement inquiète» El les cheveux épars, immobile, muelte, Les bras, la gorge nue, en un mol abandon. Tourner sur toi des yeux oui demandent pardon. Crois qu'abjurant soudain le reproche farouche. Tes baisers porteraient le parJon sur sa boucln* !
Voici encore un morceau d'un genre différent, aussi énergique que celui-là est gracieux. On croirait lire des vers de quelqu'un de nos vieux poêles :
Souvent, lai d'être esclave et de bcire li lie, De ce calice amer que l'on nomme la vie,
LITTERATDRB
ciftl, Il main lur It
Lu du m^prii de* eoIi qui suit la uiuvrelé. le regarde la lombe, asile aouhallÉ!
Je (Ouris i la mort Tolontaire et proihalDG. Je œe prie en pleurnnt d'a>er rompre miTcliaine. Le Ter lib^nteur qui pcrcenil mon tein Dfji Trappe n,e> yeux cl Tr^init tous ma mnin ; El pui! mon CŒur l'f coûte pt s'ouvre i la raiblc- Met pirenti, ni«i aum. l'aicnir, ma jouiiesse; Hei écrits imparfiili : car. à sft, propres yeux. L'hornnit! uil te cathcr d'un «uile ipjïieui.. A i{uelque noir ilciliii qu'elle «oit auerric, D'une étreinte invincible il embr.iste la vie, F.t ra chercher bien loin. plulAI qiiD de mourir, Quelque prélcita ir- -■ ' -■ "-■-
lia
ouHerl. il
EtUmort, di Lui lemble ui
luITre, a
u de aoulfrancc en souiïrance.
niùile ii doui, le plut cruel de loua I
Il Ut hors de doute que ni Clicnier avait vécu il se serait placé an jour ati ran^ des premiers poiiles lyrii|iies. jusque dam t*» essnis luformes on iroute déji tiiiil le mérite du genre, la verve, l'cnlrainemeDi. el celle fierlé d'idée* d'un homme qui pense )iar tuj-niéniei d'ailleurs
partout la même ffeiibilité de atyle; là, des image* gracieuses ; ici, des détails rendus avec la plus énergique trivialité. Ses bdes, i U manière antiaue, écrites eu latin, seraient citées comme des modèles d'élévatiiio et d'éner* gie; encore, toutes latines qu'elles Mnt, il n'est point r<irc rl'y trouver des strophes dont aucun poète frtncais ne désavouerait la teinte terme et originale :
Rnuiper e>t dca hùniains l'ambition commune;
C'est lear plaiair. c'eti leur betoin I Voir falipuc leun jeuï. juger lei importune.
lia laissent juger la fortune Qui tait jualc celui qu'elle tait loDl-^iuitsanU Ce n'Mt point U vertu, c'est la aeule Ticloiro
Qui donne et l'honneur el U gltnre.
Teint du lan; dei Ttincus, tout glaive eat inDocenl.
Et plus loin :
ET PniLOSOPHIE HÉLÉES.
na intcnt dit : C'citbicn. qui
L'inceslueiii chanteur, ivre île
Appliudimit à l'incendie.
Il n'y aura point d'opinion miitesur André de Chcnier. Il Taut jelcr le litre ou se résoudre à le relire souTenl; ses \en ne veulent pas éin JuRés. mai* senlia. Ils survi- TrODl À bien d*anlreï qui sujoiird'hui pimisKenl meilleurs. Peut-être, comme le diwîl nnïïement la Barpe. peul-étre parce au'ils renrerment en cITet quelque chose. ïn géaérai, enliHnt Chénier. snlslimet aux termes qui voos choquent leurs équinaleiits latins, il sera rare que ïOus ne rencoDtriei pas de beaux vers. D'ailleurs, vous ironveret diiDS Chénier h manière TniDclie et br^e des anciens ; nremenl de vaines antithèses, plus souvent des penHées nouvelles, des peintures vivantes, partout l'empreinte de celte sensibilité proronde tans laquelle il n'esl point de génie, et qui est peut^Slre le i^iiie elle-même. Qu'est-ce. en effet, qu'un poïte? Un homme qui sent Toriemcnt, eipriminl ses senailioni dnns une lan{;iie plus expressive La poésie, ce n'est presque que sentiment.
Il ; s (léj.-i dans k nouvelle génération née avec ce tié< de des commencements de grands poëtes.
Attendez quelques années encore.
Les fila des dents du Dragon n'avaient pas besoin d'Aire entièrement sortis de la terre pour qu'on reconnut en eni des guerriers; et lorsque vous aviez vu seulement let gantelets d'Erix, vous pouviet juger les forces de l'athlète.
A CN TRABOCTEUR D'IIOHERE.
Les crands poètes sont comme les grande* montagnes : ils ont ncnucoup d'échos. Leurs chan^ sont répétés dans toutes les langues, parce que leurs noms se trouvent dans toutes les bouches. Homère a dû, plus aue tout autre, à son immense renommée le pririlége on le malheur d'ane. foule d'interprètes. Chei tous les peuples, d'impnJtsanU
LITTEBATURE
copiâtes et dMnsiptdes tradacleurs ont défiguré ses poé* mes; et, depuis Âecius Labeo, qui s*écriaît :
Crudiim maodaces Priamum Priamique puellon, Mange tout crus Priam et aet enranta,
jusqu'à ce brave contemporain de Marot, qui faisait dire au chantre d'Achille :
fiOrs, face à fiice, on vit ces doui grand» ductf Pilenaemenl sur la terre étendu* ;
depuis le siècle du grammairien Zoîle jusqu'à nos jours, il est impossible de calculer le nombre aes pvgmêes qui ont tour^ tour essayé de soulever la massue d'UereuIe.
Croyet-moi, ne vous mêles nas à ces niiina. Votre traduction est encore en portefeuille ; vous êtes bien Jieureux d'être à temps pour i«i brûler.
Une traduction d'Homère, en vers français, c'est monstrueux et insoutenable, monsieur. Je vous affirme, en toute conscience, que je suis indiffné de votre traduction.
Je ne la lirni certes pas. Je veux en être quitte pour la peur. Je déclare qu'une traduction en \er8, de n'importe qui, par n'importe qui, me semlile chose absurde, impossible et chimérique. Et j'en sais quelque chose, moi qui ai rimé on français (ce que j'ai caché soigneusement jusqu'à ce jour) quatre ou cinq mille vers d'Qorace, de Lucain et de Virgile; moi qui sais tout ce qui so perd d'un hexamètre qu'on transvase dans un alexanarin.
Mais Homère ! monsieur ! traduire Homère !
Savez-vous bien que la seule simplicité d'Homère a, de tout temps, été l'écueil des traducteui-s? Madame Dacier l'a changée en platitude; Liamotte-Houdard, en sécheresse; Bitaubé en fanaise. François Porto dit qu'il faudrait être un second Homère pour louer dignement le premier. Qui faudrait-il donc être pour le traduire?
EN VOYANT DES ENFANTS SORTIR DE l/IÎCOLE.
Juin J8S0
Je ris quand chaque soir de l'école Toisine
Sort el s'échappe on foule une troupe enfantine.
Quand j'entends sur le seuil le sévère mentor
Dont les derniers avis les poursuivent encor :
— Uâtez*vous, il est tard, vos nièrca vous altcodenil...
Inutiles clameurs uue 1rs vents seuls entendent!
11 rentre. Alors la oaudc, avec des cris aigus,
Se sépare, oublbnt les ordres de Targ^us.
Les uns courent sans peur pendant qu'il fait un somme,
Simuler tics assjuls sur le foiu du bontiomme;
D'flutres jusqu'en leurs nids surprennent les oiseAOx
Qui le soir le charmaient, errant sous ses berceaui;
0(1, se glisaanlsansbiuit, vont voir avec mystère
S'ils ont laisse des noix au clos do presbytère.
Siui doute vous blâmez tous ces jeux dont je ris,
Mais Montaigne, en son$;e.int quMl naquit dans Pari<i,
Vantait son air impur, U fange de aes rues;
Montaigne aimait l*arit jusque dam têt «srrti».
J'ai passé par l'enfance, et cet âge diéri
PlaU, même en ses écarts, à mon cœur attendri.
le ne sniit, mais pour moi sa naïve ignorance
Couvre eucor ses défauts d*uu voile d'innocenc«\
I^e lierre des rochers déguise le contour,
El tout parait charmant aux premiers feux du juur.
Age serein où l'âme, étrangère â l'envie,
Se pré|iairo en riant aux douleurs de la vie,
Prend «on penchant pour guid«, el, simple en ses iran<por(<,
Fait le bien sans orgueil et le mal sans remords t