‹ Œuvres illustrées de Victor HugoChapitre 9 sur 309 · A OR PETITS ENFANTS EN CLASSE · texte numérisé non relu

A OR PETITS ENFANTS EN CLASSE

Juin 1820.

Vous qui, les yeux fixé* sur un gros caractère,

L'imitez vainement sur l'arêno légère,

Et vovez chaque fois, malgré vos aoùia nouveaux,

La cylindre Citai eflacer vos travaux,

Ce tnste passe-tomi», mea enfants, c'ett la vie.

Un jour, vers le bonheur tournant un œtl d'envia,

Voua ferez eomme moi, sur ce modèle heureux.

Bien des projets charmant», bien des pUns généreux ;

Et puis viendra le sort, dont la main inquiète

DéUmira danéun jour votre ébauche imparfaite.

Ëtrea purs ei joyeux, meilleurs que nous no sommes, Enfants, ppur<^uoi faut-il que vous deveniez hommes? Pourquoi faul-il qu'un jour vous soyez comme nous Esclaves ou tyrans, enviée ou jaloux I

Il n*f a plua rlea d*oriffiual aujourd'hui à pécher contre la erammaire, beaucoup a^écrivains noua ont laaaét de celte onginalilé-lâ. U Taut aussi éviter de tirer narti des petits détails, genre qui montre de la recherche et de rafléctation. Il faut laisser ces puérils moyens d*amuser a ces ^ns qui mettent des intentions dans une virgule et des réflexions dans un trait suspensif, fout de Tesprit sur tout et de Térudition sur rien ; et qui, dernièrement encore, â propos de ces pigueurs qui ont alarmé tout Paris» remirent sur la scène les hommes de tous les siècles et de tous les pays, depuis Caligula qui piquait Ijs mouches jusqu'i Don Quichotte qui piquait les moines.

CampistroD, comme Lagrange*Ghaneel, avait montré de bonne heure des dispositions pour la poésie, et cependant Ils ne se sont jamais élevés tous les deux au-dessus du mé« diocre. Il est rare, en effet, que des talents si précoces parviennent jamais à la maturité du génie. C'est une vérité dont nous pouvons tous les jours nous convaincre davantai^e. Nous voyons des jeunes ^ns faire à dix neuf ans ce

3ue Racine n'aurait pas fait à vingt-cinq ; mais â vingt-cinq s sont arrivés à Tapogée de leur talent, et â vingt-huit ans ils ont déjà débit la moitié de leur gloire. On nous objectera que Voltaire aussi avait fait des vers dés son enfance, mats il est a remaruuer que, dés quinse ans, Carnpistrou et Lagrange-Chancel étalent connus dans les ulons et considérés comme de petits grands hommes; tandit qu'au même âge Voltaire était déjà en fuite de ches son père; et, en général, ce n'est pas dansdes cages, fussent-elleadoréft, qu*n faut élever les aigles.

Quand un écrivain a pour qualité principale roriginalilé,

disposées, précédées de ce uni les amène, suiries de ce qu elles entraînent. Liées à Fouvrage, la couleur bien appareillée des parties concourt â Tharmonie de Tensemble ; détachées du tout, celte même couleur devient disparate et forme uue dissonance avec tout ce dont on l'entoure, le 8tvle du critique, qui doit être simple et coulaut, et qui est maintes fois plat et commun, présente un contraste choquant avec le style large, hardi et souvent brusque de Tau-

ET PHILOSOPHIE HÉLÉES.

tear origisal. Une citation de tel grand poète on de tel grand écrifain, encadrée dans la prose luisante, récurée et bourgeoise de tel critiqne» c*est un eCTet pareil à celui qne ferait une flgure de Michel^Ange au milieu des casseroles lrompe-l*œif de M. DrolUng.

Il est difficile de ne point avoir de prévention contre cette manie, aujourd'hui si commune à nos auteurs, de réunir des imaginations toujours diverses et souvent contraires pour concourir au même ouvrage. Gowley, pressé par le marquis de Twîckenham de s'adjoindre dans ses travaux je ne sais quel poète obscur, répondit à sa seigneurie qu'un âne et un clieval (raineraient mal vm cbariot.^Deux auteurs perdent souvent, en le mettant en commun, tout le tal^^t qu'ils pourraient avoir chacun sépi^rément. Il est impossible que deux tètes humaines conçoivent le même sujet absolument de la même manière ; et l'absolue unité de la conception est la première Qualité d'un o'jvrage. Autrement, les idées des divers collaboraleurs se heurtent sans se lier ; et il résulte de l'ensemble une discordance inévitable qui choque sans qu'on s'en rende raison. Lès auteurs excellents, anciens et modernes, ont toujours travaillé seuls, et voilà pourquoi ils sont excellents.

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