‹ Œuvres inéditesChapitre 25 sur 31 · RANGER · texte numérisé non relu

RANGER

O Ménade ! dont l'œil sous le masque étincelle, Plus noir que tes cheveux couronnés de raisins, Accompagne mes pas, au Dieu sois infidèle, Et livre-moi ce thyrse agité par tes mains !

La Bacchante.

Je ne le puis ; c'est trop me tenir arrêtée.

Mais toi, crains d'éprouver le destin de Penthée,

Le chœur s'approche, fuis!

— és -

L'Étranger.

Si tu fuis avec moi.

La Bacchante.

Pars donc !

L'Étranger.

Je ne saurais.

La Bacchante.

Les voici, cache-toi !

Le Chœur.

(( Gloire au Dieu couronné de pampres et de lierres,

Au Dieu qui parut autrefois, Visitant sur un char traîné par des panthères

Les peuples soumis à ses lois.

Jupiter à Pandore a donné la corbeille,

Origine de nos malheurs.

Mais Bacchus a caché dans la grappe vermeille

La joie et l'oubli des douleurs.

Evohé ! Evohé ! Gloire au Dieu de l'ivresse.

Au Dieu fameux par ses travaux, Au Dieu vainqueur de l'Inde, au Dieu cher à la Grèce,

Au Dieu révéré dans Naxos !...

(c Ses dons sont précieux, terribles ses colères. Des filles de Minée il punit les dédains; Un roi, contemnateur de ses divins mystères, Fut au milieu des bois déchiré par nos mains.

« Sur le sommet des monts la lune se balance,

Les astres roulent dans les deux, Et, de l'antique Olympe, Eleuthére, en silence,

Écoute nos concerts joyeux.

Allons, ne perdez point les heures fugitives,

Venez à Tappel de sa voix, O Faunes ! ô Sylvains! divinités lascives

Qui vous cachez au fond des bois.

Le Dieu qui de l'orgie aime les voix bruyantes

Se plaît, sur les gazons fleuris, A voir couchés auprès de ses folles Bacchantes »

Les Satyres, ses vieux amis! »

L'Étranger.

O Ménade ! à travers les opaques feuillages Viennent de toutes parts des figures sauvages. Les Dieux aux pieds de bouc, évoqués par le chœur Arrivent; leur présence augmente sa fureur. Ah ! c'est là le secret que cachent les mystères?

La Bacchante.

Viens, ô jeune étranger! en ces lieux solitaires, Pendant la nuit, Bacchus protège ces amours. Viens, je reste avec toi. Mais nul ne sait... Tes jours Répondent

L'Étranger.

Laisse-moi te regarder en face.

Pourquoi ce masque affreux? Retire-le, de grâce!

La Bacchante.

Tamais.

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