‹ Œuvres inéditesChapitre 26 sur 31 · TRANGER · texte numérisé non relu

TRANGER

Je veux te voir... Est-ce BacchusPJe sens Des transports inconnus

La Bacchante.

Oh ! rappelle tes sens.

LÉ

TRAXGER.

Ton masque ?

La Bacchante.

Laisse-moi !

L'Étranger.

Je l'arrache.

La Bacchante.

Est certaine!

Ta perte

L'Étranger.

Je l'ai !

La Bacchante.

iMe voici découverte.

L'Étranger.

La Reine !

La Bacchante.

A moi Sylvain s ! Ménades accourez !

Un homme, de la fête a surpris le mystère î Frappez-le; de son sang qu'on rougisse la terre, Qu'on sème sur l'Haemus ses membres déchirés! ^*^

(i) Voir Corresp. de Flaubert, I, 104.

Un jour que je traînais dans une galerie,

Sous leur poids affaissés, mon corps et mon ennui,

Je vis, sur un tableau, retracé l'incendie

Qui consuma Sodome en sa dernière nuit.

Vers cette ville en feu, blanche et demi vêtue De la femme de Loth se tournait la statue; Pendant qu'à l'horizon elle a l'œil attaché, A l'abri d'un rocher son époux s'est couché. Ses filles, l'œil brillant d'une étrange tendresse, Lui présentent à boire et lui versent l'ivresse.

Plus ardente, l'aînée ofîre à ses doigts hardis Son épaule d'ivoire et ses seins arrondis. Et l'on voit que déjà s'apprêtent deux incestes A la sombre lueur des vengeances célestes.

Je m'arrêtai longtemps, ne pouvant m'arracher

A ce double tableau, la ville et le rocher ;

Me disant que la chair est forte, et toujours vaine,

Pour nous en détourner, la crainte de la peine;

Admirant l'art divin qui me montrait ainsi

Que pour être changé l'homme est trop endurci,

Et, prés du châtiment mettant un nouveau crime,

Faisait de la leçon tirer cette maxime :

Que les foudres du ciel ne sauraient empêcher

La beauté de séduire et l'homme de pécher.

Mars 184...

Quand, des femmes de Tyr, les troupes désolées De l'aride Jourdain parcouraient les vallées

En funèbres habits, On eût dit, à les voir se rouler dans la cendre, Qu'en la sombre demeure elles voulaient descendre

Pour rejoindre Adonis.

Mais bientôt, bondissant d'une joie insensée, Les filles attiraient sur leur lèvre embrasée

Celles de leurs amants.

Et le bruit de l'orgie étoufFait sur la plage Les clameurs de la mer, qui couvrait le rivage

De ses flots écumants.

Ainsi, dans un esprit que la souffrance brise, Se réveillent souvent, par une étrange crise,

Les instincts de la chair.

Et rhomme, dans les feux de la brutale orgie , En son cœur défaillant sent renaître la vie

Prête à s'en détacher ^'^

(i) Voir Corresp. de Flaubert, I, 78.

J'ai revu ce matin les campagnes vermeilles Où, joyeux écolier, je courais autrefois Quand, le congé venu, comme un essaim d'abeilles, Toute la pension s'abattait dans les bois.

La Nature, en ce temps, me paraissait bien belle; J'en avais presque peur, car elle m'enivrait. J'aimais à contempler sa beauté solennelle. Et quand on m'appelait je partais à regret.

J'ai changé, plus d'esprit encor que de visage.

Ils ne m'ont pas ému quand je les ai revus,

Ces champs, témoins aimés des jeux de mon jeuneâge;

Aux Ueux où j'ai passé je ne reviendrai plus!

Ce soir, je suis allé chez une jeune fille

Qui me fit de l'amour connaître les liens ;

Mais en la retrouvant mon cœur était tranquille.

Et mes regards, sans trouble, allaient chercher les siens.

Je ne me souvins plus, quoiqu'elle fût la même, Qu'autrefois, aspirant à vivre à ses genoux, Je m'étais dit souvent que le bonheur suprême Attendait celui-là qu'elle aurait pour époux.

— Étrange impression de la première femme Qui montre un autre monde à nos sens éperdus, Tu n'as donc rien laissé dans le fond de mon âme? Où j'ai connu l'amour je ne reviendrai plus!

Il est doux de quitter le sol de sa patrie, Quand l'uniformité nous lasse de la vie. Le malade, parfois, en changeant d'horizon, Des douleurs qu'il ressent trouve la guérison.

Si c'est l'âme qui souffre, on doit faire de même. S'il est pour la guérir un remède suprême, Il faut l'aller chercher sous de nouveaux climats Sur la terre natale on ne le trouve pas.

Si, quand le soir revient, la foule s'amoncelle Aux spectacles semés le long des boulevards ; Si dans tous les quartiers un théâtre l'appelle, Ce n'est pas qu'elle croie au culte des Beaux-Arts.

Si, depuis quelque temps, il n'est humble chapelle Où nombre de croyants ne s'offrent aux regards; Si le peuple a suivi cette mode nouvelle, Ce n'est pas que la Foi naisse de toutes parts.

Pour pousser sans repos la cohue indécise, Quand arrive le jour, aux pompes de l'Église, Aux feux de l'Opéra quand arrive la nuit.

Une cause suffit — c*est qu'un mal la dévore,

Qui rend longue chaque heure et triste chaque aurore

Cet incurable mal, on le nomme Vennui.

(c Éteignez les bûchers où vous brûlez les corps, O Païens! du trépas ne fuyez plus l'image ; Je vous le dis, avant que finisse cet âge. Radieux, des cercueils se lèveront les morts! »

Ainsi parlait Jésus : l'homme prenait courage. Jours trop vite écoulés ! c'était le temps des forts ! Souvent, ils regardaient dans leurs fiévreux transports Si Dieu n'arrivait pas, assis sur un nuage.

— Lente, l'heure a passé : mais, du fond des tombeaux, Nul bruit des endormis n'éveille le repos; Du cœur de leurs enfants la grâce s'est enfuie.

« Quand viendra, disent-ils, le signal espéré ? En vain nous l'attendons; de son dôme azuré Le Christ ne descend pas et la foule s'ennuie! »

Un dimanche, arrêté devant la Madeleine, Je regardais la foule au dedans se presser; Il semblait, à la voir recueillie et sereine, Qu'à la source de vie elle s'en vint puiser.

Te ne sais pas pourquoi je me mis à la suivre, Mais, oubliant le but qui m'attirait ailleurs, J'entrai dans cette enceinte où l'âme se délivre Des choses de la terre et des vieilles douleurs.

Quand on eut dit la messe, et que du saint asile Le peuple s'en alla, je ne le suivis pas ; Seul, je me promenai le long du péristyle, N'entendant pas le bruit que l'on faisait en bas.

Il me vint à l'esprit — chose étrange sans doute - Qu'à tort je m'oubliais dans l'incrédulité; Que j'avais pris, peut être, une mauvaise route, Et que si je souffrais je Tavais mérité.

Les rayons du soleil illuminaient les dalles; Mon œil se dilatait, plein de sérénité; Il me semblait sortir des ténèbres fatales Où depuis si longtemps le doute m'a jeté.

— Pendant que du Seigneur je regardais l'Église, Pensant que son appui, peut-être, m'eût sauvé, Un œuf d'oiseau, tombant des festons de la frise, S'ouvrit prés de mes pieds, brisé sur le pavé.

Je ne sais pas pourquoi cela navra mon âme. Mais je sentis au cœur comme le froid acier ; De l'espérance, en moi, soudain mourut la flamme. Et du temple désert je sortis, sans prier.

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