A FLORA
D'un Dieu crucifié quand le visage blême Remplaça dans les cieux Apollon Pythien, Des ordres de César un ministre suprême Pour séduire un martyr inventa ce moyen :
Dans un charmant réduit des jardins consulaires, Au milieu des lauriers, des roses et des lys, Sous l'abri protecteur des arbres séculaires Où des oiseaux en fête on entendait lesjcris ;
Sur un lit, préparé pour le catéchumène, Avec des liens de fleurs son corps fut attaché ; Puis on le laissa seul, étonné de la peine, Et de ce qu'il voyait cherchant le sens caché.
Bientôt il le comprit. D'une grotte voisine Une esclave apparaît, belle comme Vénus; Aux regards du jeune homme elle offre sa poitrine Et sous ses bras liés passe ses deux bras nus.
Elle étale à ses yeux ses formes magnifiques ; D'un doigt luxurieux elle parcourt son corps, Et, sur son front collant ses lèvres impudiques, Veut de sa nudité lui livrer les trésors.
Le jeune confesseur rassemble son courage ; Il arrache, éperdu, sa langue avec ses dents, Fixe la jeune fille, et lui crache au visage Ces lambeaux de sa chair, déchirés et saignants.
Ce qu'après cela fit le juge, Je ne le sais, mais je préjuge Qu'il envoya ce maître sot Chercher prés du céleste trône La très glorieuse couronne Qu'aux saints on décerne là-haut.
— Mais que n'étais-je, moi, cet heureux néophyte! Que n'étiez-vous, Flora, l'esclave du préteur! A vos empressements j'aurais cédé bien vite. Et vite des chrétiens renié le Seigneur.
Car bien plus qu'à leur Dieu je crois à tes paroles ; Mes oracles, à moi, ce sont ceux que tu rends! Oui, je t'aurais suivie au temple des idoles, Et je sais bien pour qui j'aurais brûlé l'encens !