Au même
Rome, 9 juillet 1824.
Je t'ai annoncé mon arrivée dans cette ville, et depuis ce temps je ne t'ai pas écrit, parce qu'il fait si chaud qu'on n'a pas le courage de prendre une plume, et que j'aime mieux d'ailleurs te raconter de vive voix tout ce que j'aurai à te dire sur mon séjour ici. On m'y a fait le plus agréable accueil.
J'ai VU le S. Pure, et je le re verrai encore mardi. Ayant appris que je me proposais de hâter un peu mon retour, il m'a fait dire qu'il ne fallait pas que je quittasse Rome sans avoir vu ce qu'elle offre de plus curieux. Plusieurs cardinaux nous ont invités-à dîner, et j'ai fait la connaissance de divers prélats et autres ecclésiastiques d'un mérite fort distingué. Je ne laisse pas d'avoir un grand désir de revoir la France, où mes affaires et mes occupations me rappellent. Gomme je m'arrêterai chez M. de Yitrolles, je ne pense pas que je puisse être à Paris avant le mois d'octobre. 11 me tarde de savoir si je t'y retrouverai à cette époque et ce à quoi tu te seras décidé pour l'hiver. J'attends tous les jours une lettre de toi, n'en ayant pas reçu depuis celle que Mgr Mazzio m'a remise à mon arrivée. J'ignore à peu près tout ce qui se passe en France ; ce n'est pas une chose que je regrette beaucoup. M. de Murât (1) a eu pour moi toutes les attentions imaginables ; il est impossible d'être plus obligeant et plus poli. Je serai bien aise que tu en remercies son père de ta part et de la mienne. M. Artaud, premier secrétaire d'ambassade, me comble aussi d'honnêtetés. Nous ne pouvions, en somme, avoir de tout le monde une meilleure réception. Personne ici ne peut se procurer mes deux derniers volumes, quoique beaucoup de gens désirent les avoir. Prie Saint-Yictor d'en faire expédier par Marseille trois douzaines à l'adresse du Révérend Père Orioli, au couvent des Saints-Apôtres ; il voudra bien y faire joindre quelques exemplaires de ma traduction de V Imitation, et, s'il s'en trouvait encore, des exemplaires de ma petite brochure Du Devoir clans les temps aetuels, avec quelques Extraits du Drapeau hlane. Tout cela est inconnu ici.
(1) Attaché k l'ambassade française à Rome.
Je donne aujourd'hui une lettre de recommandation pour Tabbé de Salinis et l'abbé Gerbet, à un jeune ecclésiastique anglais, qui va passer quinze jours à Paris pour voir sa mère. Si tu y es encore quand il arrivera, je prie M. de Salinis de te le présenter ; tu m'obligeras de lui faire un bon accueil.
M. Vuarin te dit mille choses. Rappelle-moi au souvenir de tous nos amis. Je ne t'en dirai pas aujourd'hui davantage, car c'est réellement une fatigue d'écrire de ce temps-là. Je t'embrasse de tout mon cœur.
Je voulais écrire à notre bon Denys, tu lui diras que le chaud m'en empêche et qu'il ne prenne pas mon silence pour de l'oubli.