Ait même
Paris, 26 novembre 1845.
J'ai reçu hier, mon cher monsieur Dessoliaire, les effets que vous m'avez envoyés par M. Galvet. Il eut la bonté de me les apporter lui-même, et ils sont arrivés en très-bon
état. Je vous en remercie. Nous réglerons notre compte quand il vous conviendra, soit à l'époque de votre voyage à Paris, soit plus tôt si vous l'aimez mieux.
Les livres que vous attendez depuis si longtemps ne sont pas encore expédiés. Cela tient aux retards inexplicables qu'a éprouvés l'impression d'Une Voiœ de prison. On m'assure qu'ils auront un terme prochain. Toutefois, ne comptez pas sur cet envoi avant trois ou quatre semaines, parce que j'y veux joindre une traduction des Évangiles que je fais imprimer dans ce moment, età laquelle j'ai joint des notes et des réflexions. Je vous en ai tout d'abord destiné un exemplaire qui, de la sorte, vous parviendra et proraptement et sûrement.
Ma santé est toujours mauvaise ; cependant je puis travailler un peu. Je désire vivement que la vôtre se conserve toujours bonne. Dieu vous protégera contre ceux qui se font voà ennemis, parce qu'ils n'ont point eu l'amour du bien. Il les faut plaindre, et user envers eux d'une condescendance charitable, évitant de les choquer inutilement, en leur montrant par cette douceur môme combien les principes qui vous guident, les sentiments qui vous animent, sont au-dessus de ceux par lesquels ils se laissent si malheureusementdominer.
Je vous renouvelle l'assurance de ma bien sincère affection.
3G5. — A M. f:iic, capitaine d'artillerie (1).
Paris, 21 février 1816.
J'ai lu, monsieur, avec beaucoup d'intérêt, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de nrécrire, et j'y répondrais avec
(I) M. l']lio, roimmndanl (rarlilloiio en relraito, a bien voulu nous donner oonimunifution d'un certain nombre de lellivs à lui adressées par Lamennais. Mous le prions de recevoir l'expression de loulc notre gratitude.
quelque détail, si je ne croyais voir que vous ne connaissez pas encore le quatrième volume de VEsquisse^ où je traite spécialement des questions qui vous préoccupent.
Avant qu'il parût, il a été examiné avec soin, quant à l'exactitude scientifique des faits, par plusieurs de mes amis, et notamment par M. Arago, de sorte que j'ai lieu de penser qu'à cet égard je suis en règle, dans l'état présent de la science. Mais, en ce qui touche l'interprétation philosophique de ces mêmes faits, je n'ai que les vues de mon esprit, lesquelles peuvent être fort contestables. Si vous avez soit des objections à me faire, soit des éclaircissements à me demander, je me ferai un vrai plaisir de vous expliquer plus particulièrement mes pensées, autant toutefois que cela est possible dans une lettre.
Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.
36G. -— A M. Camus ^ à Neuvy-Saint-Sépulchre.
4 mars 18i6.
Je vous remercie de la lettre que vous m'avez écrite et de tout ce que vous me dites d'affectueux. Persévérez dans les sentiments que Dieu a mis en vous. L'aimer par-dessus toutes choses et ses frères comme soi-même, ce sont là les deux grands préceptes ; qui les accomplit fidèlement, celui-là peut aller en paix, car il a les promesses de la vie présente et de la vie future.
Aux approches de l'avenir que Dieu prépare au monde, chacun doit être apôtre par ses œuvres, par les exemples qu'il donne, vivre de foi et vivre d'amour. Quoique puissent faire les hommes qui sentent le besoin d'un renouvellement uni-
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versel, h; besoin clNilaMir Ui règne du droit cl le rèf^ii.i du devoir, ils n'arriveront jamais à rien par une autre voie.
Je prii; Ditui de ri'p.'indrt; sur vous ses bénédictions les plus abondantes.
:{(;-. — A M. rJir.
Paiirf, 9 mars 1846.
Selon moi, monsieur, tout ce qui est existe dans l'immensité divine, elle est le lieu de la Création. In Deo vivimus, H movoniiv et suiin/s. Le vide absolu est le rien, le néant, qui n'est pas un lieu. L'idée de création implique, du côté de l'être créé, l'idée de commencement, puisque le temps est le mode d'être nécessaire de la création et que le temps ou la durée successive implique, comme série, un premier terme, sans quoi il serait impossible qu'il yen eût un second. Quant î\ l'acte par lequel Dieu crée, participant à son mode d'être, il est hors du temps, autrement Dieu lui-même serait assujetti aux conditions du temps. Voilà ce que la raison nous force d'admettre, et qu'enferme en soi la double notion de l'infini et du fini : mais là aussi notre esprit s'arrête. Ce qu'il affirme en vertu d'une invincible nécessité logique, il ne saurait le comprendre en soi, le comprendre pleinement, parce que ce serait comprendre l'infini.
La persistance do l'individu personnel après la dissolution de l'organisme présent, n'implique point dans l'avenir infini actuel, mais seulement en ce qui touche la durée, une tendance perpétuelle à Vinfini, une éternelle aspiration au mode d'être de Dieu ou à Dieu même. — Ce n'est que dans le sixième volume de VEsquissc que je traiterai directement la question de la persistance et les questions qui s'y ratta-
chent. Seulement, avant toute discussion, il est clair que si l'individu subsiste avec son moi après ce qu'on appelle la mort, il subsiste nécessairement sous des conditions organiques quelconques, sans lesquelles nulle individualité, nulle existence finie possible. Quant à ces conditions, nous ne les pouvons maintenant connaître ni par l'expérience qui fonde la science des réalités, ni (puisqu'elles n'ont rien de nécessaire) par la raison pure qui fonde la science des nécessités. Mais c'est là un sujet qui nous entraînerait trop loin.
Cette lettre est bien courte, et les réponses qu'elle contient aux difficultés que vous m'avez proposées, bien insuffisantes. Mais je viens de passer trois semaines continues au chevet d'un malade que je n'ai pu quasi quitter un instant, et cette fatigue a épuisé mes forces.
Recevez, monsieur, l'assurance de mes sentiments aussi affectueux que dévoués.