Au mémo
Paris, 3 octobre 1846.
J'ai été, mon cher monsieur Dessoliaire, presque toujours malade depuis que je ne vous ai écrit, et en ce moment encore je suis retenu chez moi par une espèce de rhumatisme, dont j'espère cependant être bientôt débarrassé.
Vous avez raison, vous et vos amis, de compter sur Taveiilr. Il se forme lentement, parce que la vérité pénètre lentement dans les esprits et l'amour fraternel dans les cœurs; mais rien ne l'étoulîera, rien n'empêchera la fleur céleste de s'épanouir enfin sur la terre. Quand chacun, connaissant son droit, et résolu à le défendre, le sera également à remplir ses devoirs, aimant Dieu par-dessus tout, ses frères comme soi-même, ne se séparant, ne se distinguant jamais d'eux en rien, les choses changeront du tout au tout, et le monde sera transformé. C'est ce que nous demandons au Père céleste, lorsque nous disons, selon la magnifique prière évangélique : Que votre règne advienne.
Cette année sera partout bien rude pour les pauvres. Combien le mal serait adouci, si chacun faisait ce qu'il doit ! Travaillons à hâter la venue du temps où il en sera ainsi. Vous tenez la bonne parole, Dieu vous en tiendra compte, et répandra sur elle la rosée qui la fora croître et fructifier. Je vous remercie de ce que vous me dites au sujet de mes raccommodages. Je les réserverai pour le «lois de mars.
Mille choses affectueuses à notre bon ami Camus. Qu'il prenne courage dans la foi et dans l'espérance. Sa lettre m'a fait beaucoup de plaisir.
Je vous renouvelle l'assurance de mon attachement bien dévoué.
20i ŒUVRES INÉDITES DE LAMENNAIS
SIQ.— A M. Élie.
Paris, 15 novembre 1846.
Je vous remercie beaucoup, mon cher monsieur Élie, de votre souvenir affectueux. Nos bonnes causeries philosophiques me sont présentes autant qu'à vous, et j'espère qu'elles se renouvelleront vers le commencement de l'année prochaine, comme vous me l'avez fait espérer. Croyez que je tiens de cœur à cultiver les douces relations qui se sont établies entre nous.
On me propose près de ma famille une petite propriété, à l'acquisition de laquelleje ne puis songer avant le printemps, car il faut d'abord que je la voie pour me décider. Jusquelà je suspends toute recherche. Je ne vous en remercie pas moins de celles que vous avez eu l'obligeance de faire pour moi.
Le temps est si rude, et les matinées sont si courtes, que, distrait d'ailleurs par toute sorte d'autres occupations, je ne puis travailler que de loin en loin à VEsquisse. La vieillesse ne marche pas, elle se traîne. Je ne désespère cependant pas d'arriver en me traînant.
Recevez de nouveau l'assurance de mes sentiments aussi affectueux que dévoués.