‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 109 sur 180 · Au même · texte numérisé non relu

Au même

Paris, 30 janvier 18i7.

Ma santé, mon cher monsieur Dessoliaire, est toujours en mauvais état, c'est-à-dire très-faible ; mais, à mon âge, il faut s'accoutumer h cela. Il est certes plus difficile de s'accoutumer au spectacle de la misère publique dans cette année désastreuse. Je ne suis point surpris que la souffrance

présente et l'inquiétude pour l'avenir engendrent des troubles; mais je suis affligé des excès aussi criminels que stupides auxquels on se porte en différents lieux. Est-ce que briser des meubles, les jeter par la fenêtre, donne du pain? Il en résulte seulement qu'on dit : « Voyez ce que c'est que le peuple, quand il n'est pas contenu. Demandez donc maintenant des droits pour ces gens-là, pour des gens qui, sans même aucune utilité pour cela, ne savent user de leur force que pour dévaster et détruire ? Que deviendrait la société entre leurs mains ? » Voilà comme le peuple, dans son aveuglement, prête des armes à ses adversaires. Et cependant, au fond, il est mû par un sentiment de justice. Malheureusement il ne voit le mal que dans ses effets, et il ne le voit pas dans ses causes ; il ne voit pas que ses souffrances dérivent d'une mauvaise organisation, qu'il ne tiendrait qu'à lui de changer, s'il le voulait sérieusement. Espérons qu'un jour, plus éclairé, il le voudra; et puisse ce jour n'être pas encore loin!

Je vous redois quelque chose que M. Galvet vous portera^ si vous ne venez point à Paris; et, en vérité, ce voyage me paraîtrait un peu hasardé dans une année si difficile. Il me paraîtrait sage de le renvoyer à une autre époque. Les temps ne seront pas toujours si mauvais.

Je vous renouvelle pour vous et nos amis, l'assurance do mes sentiments affectueux et dévoués.

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