Au môme
Paris, 7 juin 1847.
Mon cher monsieur Dessoliaire, j'ai reçu hier les deux pantalons. M. Camus m'avait écrit que, si je n'en étais pas très-pressé , il me les apporterait lui-même, ayant le désir de me voir. Je l'attendais donc, et cependant on les a laissés chez le portier. Si c'est M. Camus qui est effectivement venu, je ne sais pourquoi il n'est pas monté. Veuillez lui dire mon regret, et quïl me trouvera tous les dimanches.
3'ai déjà un pantalon de coutil; ainsi je n'en aurai pas besoin d'autre cette année. Je serai bien aise de recevoir la redingote quand vous pourrez me l'envoyer. Quant aux caleçons et aux gilets de flanelle, je n'en suis pas pressé.
Ma santé est toujours ce qu'elle était lorsque vous m'avez quitté, c'est-à-dire très-faible. 11 faut que je m'y accoutume. C'est une suite de l'âge et cela ne se répare point. Remerciez pour moi nos amis de l'intérêt et des sentiments que vous me témoignez de leur part. Je leur rends de tout mon cœur l'affection qu'ils m'accordent. Les temps ont été mauvais cette année et nous approchons d'une époque oii il y aura d'autres épreuves à subir.
En France tout se décompose par une suite de corruption
que le Pouvoira introduite partout, et une sourde fermentation agite intérieurement tous les peuples de l'Europe. De grands événements se préparent. La Providence les dirigera. Il laut des tempêtes pour balayer les vapeurs mortelles des marais. Quoi qu'il arrive, on est en paix quand on ne veut que ce que Dieu veut. C'est à ceux-lù, c'est aux hommes de foi, que Jésus-Christ a dit : « Le monde vous opprimera mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde. »
Croyez, niuu cher monsieur Dessoliaire, à mon attachement bien dévoué.