Au même
Paris, 31 juin 1847.
Je suis bien touché, mon cher monsieur Dessoliaire, do ce que vous me dites d'affectueux, en votre nom et au nom de tous nos amis, à l'occasion de mon jour de naissance. Veuillez en remercier particulièrement Hivernaud et Camus qui ont voulu m'exprimer eux-mêmes leurs sentiments dans votre lettre. Le véritable lien des âmes, comme le fondement de toute espérance d'un meilleur avenir, est cet amour saint qui, descendant de Dieu et remontant à lui, fait des hommes autant de frères, et détruit, avec régoïsme,le principe du mal sur la terre. Telle est la vraie loi que les bons doivent d'abord pratiquer, et ensuite défendre contre les méchants, dont on ne doit pas souffrir que le règne prévale contre le règne de Dieu. Le temps do la lutte viendra; que chacun de vous s'y prépare d'avance.
Je préfère pour les gilets et les caleçons de flanelle, des
boutons de nacre, parce qu'ils ne s'usent pas comme les aun. H
très. Quant à la redingote, mettez-y, si cela se peut, un collet de drap. Le velours ne va pas à un vêtement d'été. Bien à vous de cœur, mon cher monsieur Dessoliaire.
3S2.— A M. Élie.
Paris, 8 novembre 1847.
J'ai reçu avec beaucoup de joie, mon cher monsieur Élie, le témoignage de souvenir qu'on m'a remis de votre part. Comptez, de la mienne, sur la plus vraie et la plus durable affection. Le mauvais état de ma santé, qui, depuis quatre mois, m'empêche de sortir, nuit à mon travail en diminuant mes forces. Cependant, j'ai achevé plus de la moitié du cinquième volume. J'y traite d'abord de la religion, et cette partie, très-importante dans le développement de mes idées, est entièrement finie. J'en suis à la famille; après quoi je parlerai de la société politique et civile.
Si vous venez à Paris l'an prochain, comme vous me le faites espérer, nous causerons à loisir de tout cela. Ce me sera, croyez-le bien, un grand plaisir que de vous revoir. En ces temps malheureux, on a besoin de se raffermir et de se consoler ensemble. Heureusement pour la paix de mon âme, j'ai une foi inébranlable dans l'avenir. Cependant quelquefois tant de nuages l'obscurcissent, qu'on est triste et bien triste malgré soi.
Votre tout dévoué.
383. — A MM. les commissaires du banquet réformiste de Dijon.
Paris, 18 novembi'e 1847.
Messieurs et chers concitoyens.
J'ai reçu avec reconnaissance votre invitation d'assister au banquet réformiste organisé par les patriotes de Dijon. Plus
je serais liciinnix di; lu'associer à la publique manifeslation de leurs sentiments et de leurs vœux, plus j'ai de regret que l'état déplorable de ma santé m'en empoche. Qu'ils sachent du moins que je serai dt; cœur au milieu d'eux, qu'avec eux je protesterai de toute l'énergie de mon âme contre les corruptions, les lâchetés, les hypocrisies du système rétrograde jusqu'au despotisme, dont la France menacée dans sa vie môme, subit depuis trop longtemps l'inexprimable honte; qu'avec eux je réclamerai pour tous les citoyens les droits imprescriptibles dont nul n'a celui de les dépouiller, et sans lesquels point de commune patrie ; qu'avec eux je demanderai que, par des voies conformes aux éternelles lois de la justice et de la raison, à la morale universelle, condition première de la société, Ton s'occupe sérieusement, efficacement de faire disparaître, dans la répartition des fruits du travail, les révoltantes iniquités qui pèsent de tout leur poids sur la portion la plus nombreuse de la famille humaine; qu'avec eux enfin, m'adressant à tous les Français dignes de ce nom, sans aucune de ces distinctions qui divisent et affaiblissent en divisant, à tous les Français animés, comme le furent nos pères aux jours de la grande lutte, du saint amour de la patrie, je les adjurerai de s'unir dans uno même action, forte, persévérante pour la sauver et sauver avec elle l'avenir de l'humanité.
Recevez, Messieurs et chers concitoyens, l'assurance de mes sentiments fraternels.