même
Paris, 4 août 1848.
Le voyage que vous me proposez, mon cher monsieur Dessoliaire, et qui me serait agréable de tant de façons, m'est impossible à cause des devoirs qui me retiennent ici et de toutes sortes d'affaires qui exigent ma présence. Gela ne m'empêchera pas d'être au milieu de vous par la pensée et par le cœur, et je me joins d'avance à tous les sentiments qui animeront votre fête de famille.
Votre pays se ressent, comme tous les autres, de la réaction qui domine ici. Elle amènera de grands maux, et peut-être la guerre civile, dont Dieu nous préserve ! Ce sera bien assez de la guerre étrangère qui nous menace. Cependant le travail reprend peu à peu, et la misère est effrayante. Les dix mille prisonniers qui remplissent les casemates des forts détachés ne contribuent pas à rendre plus douce la situation du pauvre peuple. Nous sommes en de mauvais jours; espérons que le terme n'en est pas éloigné.
Veuillez dire à M. X. que j'ai envoyé ses papiers à M. Etienne Arago, avec la demande qu'ils accompagnaient et que jai fortement recommandée. On a fait aussi votre commission relative au journal la Reforme. Les inexactitudes peuvent
venir de la poste, et à celles-là on ne peut rien. Ce n'est pas toujours à Paris qu'elles ont lieu.
Souvenirs affectueux à tous nos amis, et avant tout à madame Dessoliaire. — Votre bien dévoué.
Paris, 13 octobre 1848.
Mon cher monsieur Dessoliaire, j'ai reçu le même jour votre lettre du 9 et le paletot. Il arrive à propos et je vous en remercie. J'apprends avec bien du plaisii' que la position de notre bon Camus va s'améliorer. Ici la misère est effrayante, et elle s'accroîtra encore cet hiver. Je ne sais vraiment ce que deviendront tant de pauvres malheureux , si Dieu ne leur vient en aide. Il faut espérer dans sa Providence.
Je vous enverrai les livres que vous me demandez, mais pour ne pas multiplier inutilement les frais , j'attendrai quelques jours, afin d'y joindre un nouvel ouvrage que je fais imprimer en ce moment. Il se compose de la partie du cinquième volume de VEsquisse o\i je traite de la religion. Sur les instances que l'on m'a faites, j'ai cru devoir publier à part, avant que le volume fût fini, ce qui touche cette question si importante. La forme du livre est un peu abstraite, mais je crois être clair pour ceux qui lisent attentivement, et, de proche en proche, ceux-ci expliqueront aux autres ce qu'ils n'auront pas d'abord entendu.
Les choses continuent d'aller très-mal en politique. Cependant avec de l'union, de la constance et du courage, les hommes de l'avenir, les amis de la république, la sauveront de tous ses ennemis.
Bien à vous de cœur.
39o. — Au même.
Paris, 27 octobre 1848.
Je VOUS remercie, vous et madame Dessoliaire, de la bonne lettre que vous m'avez écrite le 22, et des châtaignes, noix et cormes que vous m'avez envoyées par M. Simon. Je n'étais pas chez moi quand il est venu. Si je peux le voir, je ferai de mon mieux pour le détourner de l'insigne folie qu'il veut faire. Les premiers partis pour cette colonie du Texas, n'ont trouvé ni terre, ni quoi que ce soit. Quelques-uns ont péri, les autres se sont dispersés pour chercher à vivre en se vendant. Voilà, jusqu'ici, le résultat de l'expédition icarienne.
Le Peuple constituant a été condamné hier par la magistrature et le jury de Louis-Philippe. M. Veyron-Lacroix fera un mois de prison, et j'aurai à payer, tous frais compris, à peu près 1,!200 francs pour avoir défendu la république elles principes de Tordre, et le pauvre peuple proscrit en masse, parce qu'il demandait du pain.
On va nommer un Président. Louis Bonaparte et Cavaignac se disputent cette place, et, à dilîérenls titres, en sont également dignes. L'un représente l'état de siège et les mitraillades;
Celui-ci aura pour lui les paysans
et celui-là la bourgeoisie qui craint le peuple et
veut le repousser dans sa misère et dans son ancien esclavage. Les vrais républicains portent Ledru-Rollin. Faites-le savoir, et que l'on se concerte pour soutenir sa candidature.
Des rt^tards dans le tirage de mou dernier ouvrage, ont re-
tardé aussi l'envoi que je vous avais annoncé. J'enverrai, franc de port, à Patureau un paquet qui en contiendra un autre pour vous, dans lequel vous trouverez : deux exemplaires du livre que je publie, quatre Paroles d'un croyant^ et deux Livres du peuple. Concertez avec Patureau les moyens de vous faire passer ce petit paquet. Faites-lui savoir que M. E. Arago m'a promis de ne pas oublier l'affaire qu'il m'avait prié de lui recommander. — Votre bien dévoué.
Ma santé en ce moment n'est pas bonne, je suis épuisé de fatigue.