‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 122 sur 180 · A M. Ange Blaire · texte numérisé non relu

A M. Ange Blaire

Paris, 5 novembre 1848.

Je VOUS remercie, mon cher Ange, des bonnes nouvelles que vous me donnez de mon frère, et de l'envoi que vous m'annoncez.

Il m'est impossible de prévoir l'époque oii je pourrai quitter Paris, même pour peu de temps; car, outre les fonctions qui m'y retiennent, les circonstances où nous nous trouvons, celles qui doivent forcément se produire, créent à tous de grands devoirs qu'ils ne sauraient abandonner.

J'approuve d'avance tout ce que vous ferez pour tirer parti du nouvel enclos. Il n'y a certainement pas à songer à le mettre en jardinage. Quant aux espaliers, je croirais bon de mêler aux poiriers, sous le cordon de vigne, quelques pêchers et abricotiers, et aussi des pruniers choisis parmi les espèces dont le fruit mûrit mal en plein vent, A l'abri du mur, le long de l'allée qui se prolongera au midi, il me semble qu'il serait bon de planter des arbres fruitiers à haute

lige, parmi lesquels quelques abricotiers, là où le vent les atteindra le moins.

Je suis, comme vous le pensez bien, accablé de travail, et, depuis quelques jours, souffrant de l'estomac, ce qui m'ôte toutes mes forces; mais cet état n'est qu'accidentel.

Les légitimistes ont renoncé à porter Bonaparte, au moins en masse. Ils n'ont encore rien arrêté définitivement sur leur candidat. Cavaignac a peu de chances, malgré les changements que M. Duiaure prépare dans l'administration, pour créer des appuis à sa candidature. On n'en veut guère plus dans les départements qu'à Paris. Presque partout il est détesté, et ne mérite que trop do Tôtre. La candidature deLedru-Rollin s'est posée d'elle-même, sans aucun concert, par je ne sais quel accord spontané des provinces, où commence à se développer une contre-réaction très- vive. Il me paraît assez probable , s'il ne survient , dans l'intervalle , quelques nouvelles péripéties, que Ledru viendra au moins en troisième ligne, parmi ceux qui auront le plus de voix.

Vous avez bien fait de retirer les fonds que vous aviez chez les banquiers. Gardez-les jusqu'après la fin de la liquidation générale.

Je vous embrasse de cœur.

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