A M. Dcssoliairc
Paris, î) novembre 1848.
Quand vous me devrez quelque petite somme, mon cher Dessoliaire, elle entrera dans le règlement de nos comptes. No m'envoyez jamais d'argent, surtout par la poste, où il faut l'aller chercher soi-même pour signer sur le registre d'émargement.
La personne dont vous me parlez n'est pas venue me voir. On l'en aura détournée peut-être, dans la crainte que des conseils raisonnables n'ébranlassent sa résolution.
Il est bien vrai que l'absorption dans les intérêts purement matériels, l'oubli et le mépris même de tout ce qui ne se rapporte pas uniquement au corps, non-seulement dégradent l'homme, mais opposent encore un obstacle invincible à la solution que poursuivent les sectes, des problèmes de l'ordre inférieur où elles se renferment exclusivement ; car, tant que le devoir, l'amour désintéressé par lequel chacun se dévoue à ses frères et vit en eux, ne régnera pas au fond des âmes, ce sera, certes, bien inutilement qu'on parlera d'association à des hommes qui, renfermés en soi et rapportant tout à soi, n'auront rien à mettre en commun que leurs besoins et leurs convoitises.
Il n'existe que trois ordres d'êtres, car, au-dessus de Tintelligence d'oîi naît la liberté, il n'y a rien qui puisse en caractériser un plus élevé. Mais parmi les êtres intelligents et libres, on conçoit des degrés de perfection, des natures plus ou moins supérieures à d'autres natures ; et comme on ne saurait admettre que la terre soit le seul monde habité, que cette hypothèse répugne au moins à toutes les vraisemblances, il est présumable que les autres mondes renferment aussi des créatures intelligentes et libres, inconnues de nous en notre état présent, mais douées comme nous d'un corps quelconque ou d'un organisme correspondant à leur nature propre. Ne pouvant rien savoir de plus à l'égard de ces êtres, tout ce qu'on pourrait imaginer d'eux ne reposerait que sur des suppositions chimériques.
J'ai été souffrant pendant plusieurs jours, mais je commence à me trouver mieux. Mille choses affectueuses à madame Dessoliaire et à nos amis. — Votre bien dévoué.
(EU vil ES I ni: DIT ES DE LAMENNAIS 225
3*J8. — .1 M. C'a /nus, à Meuvy-Sff.int-Scpulc/ue.
9 novembre 1848.
Mon cher monsieur, j'ai vu hier M. Arago, qui m'a dit que l'emploi que vous aviez demandé à la gare du chemin de fer de ChAteauroux vous était accordé, et que votre nomination allait partir immédiatement, si même elle n'était déjà partie.
Je vous prie de remettre à notre ami Dessoliaire le bon de la poste ci-inclus qu'il se fera rembourser à Neuvy. Pour le toucher ici, il faudrait que j'allasse moi-même au bureau, ce qui me prendrait une demi-journée.
Ainsi que je vous l'avais mandé, Ledru-Rollin est le candidat des républicains pour la présidence. Nous espérons qu'il obtiendra au moins une forte minorité.
Les représentants de la Montagne viennent de publier une déclaration de principes qu'il a signée, et qui doit dès lors être regardée comme son programme. On l'enverra dans toute la France, afin que partout on sache ce que veulent les républicains et ce qu'ils ne veulent pas. Le peuple des campagnes ne se laissera pas toujours tromper par ses ennemis et pour lui aussi la lumière se fera.
Courage donc et persévérance.