Au même
Paris, 31 janvier 1849.
Je suis, mon cher Ange, complètement rétabli depuis trois jours. Le temps plus sec y a contribué, je crois. Mais je crains que ce même temps ne nuise beaucoup aux arbres qui commençaient à fleurir. Il gèle toutes les nuits. Ces gelées tardives peuvent faire autant de mal, qu'un mois plus tôt elles auraient fait de bien.
La réaction l'emportera sans doute dans les élections nouvelles, mais moins peut-être qu'on ne se l'imagine. Déjà il s'opère en beaucoup de lieux, dans le Midi notamment, un mouvement en sens contraire. Partout fermente la question sociale, la question de vie et de mort pour les masses, et celle-ci absorbe la question politique. Je ne vois pas comment, la société conduite comme elle l'est, nous pourrions éviter une guerre civile terrible, car elle s'établira principalement dans les campagnes. Il se forme, dans le clergé même, un parti catholique^ qui propage au nom dt» l'Évangile et de
la tradition de l'Église, des doctrines qui peuvent mener loin. Ce parti déclare très-nettement que « toute rente, tout « revenu, tout intérêt de tout capital, ^6-^ un vol; » et en conséquence il en demande l'abolition. Nous sommes à la porte d'une révolution, fille de celle de 89, mais bien autrement profonde. On n'en saurait prévoir en détail les péripéties; on sait seulement, qu'inévitable, il est sage et très-sage de se régler sur cette prévoyance, et c'est pour cela surtout que je vous en parle en ce moment.
Je vous embrasse de cœur et tout ce qui vous entoure.
Votre frère.