A M. Dessoliaire
Paris, le 4 août 1852.
Ne vous étonnez pas, mon cher Dessoliaire, de ne pas recevoir de lettres de moi. La gêne des temps présents, ma vue qui s'affaiblit d'une manière inquiétante, la fatigue d'écrire, tout cela me fait prendre la détermination de renoncer à toute correspondance, et de ne pas même répondre à moins de nécessité absolue. Ainsi, encore une fois, ne soyez pas surpris de mon silence. Ma santé est ce qu'elle peut être à mon âge, ni meilleure, ni pire que par le passé; seulement chaque année les forces baissent un peu. Rien de plus naturel ; nous avons aussi nos saisons, et l'hiver est la condiiion du printemps.
Recevez du nouveau, vous et tous les vôtres, l'assurance do mon dévouement alîectueux.
4 40. — Au môme.
Paris, 2 janvier 1853.
Nous voici donc, mon cher Dessoliaire, dans une nouvelle année. Je vous la souhaite aussi heureuse qu'on peut l'espérer en ces tristes temps. M. Barbet vous remercie de vos vœux et vous offre les siens. Sa santé, en ce moment, n'est pas mauvaise, bien qu'il courre ici une épidémie de grippe à laquelle peu de personnes échappent. A ma courbature près, je ne suis pas mal non plus. Ainsi que les vieillards de chez vous, je n'ai pas souvenir d'un hiver tel que celui-ci. Puissent ses rigueurs tardives ne pas nous faire payer bien cher sa douceur présente. On écrit du Midi que les amandiers y sont en fleur, c'est-à-dire, en d'autres termes, qu'il n'y aura pas d'amandes cette année.
Je vous remercie de l'envoi de gibier que vous m'annoncez, je vous prie que ce soit le dernier jusqu'à l'an prochain. Je tiens absolument à vous rembourser ce que vous avez payé en sus de la petite somme que je vous ai remise.
Mille choses affectueuses à madame Dessoliaire; j'embrasse vos enfants, et vous renouvelle l'assurance de tous mes sentiments.