‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 163 sur 180 · EN MATIÈRE DE RELIGION · texte numérisé non relu

EN MATIÈRE DE RELIGION

Suite au quatrième volume.

TROISIEME CONSÉQUENCE DU PRINCIPE DE L AUTORITÉ : l' ÉGLISE CA- THOLIQUE EST LA SEULE SOCIÉTÉ DÉPOSITAIRE DES DOGMES ET DES PRÉCEPTES RÉVÉLÉS, OU LA SEULE SOCIÉTÉ QUI PROFESSE LA VRAIE RELIGION (1).

De toute éternité Dieu existait heureux en lui-même, et rien n'existait que lui, et dans son être essentiellement un, trois Personnes égales et distinctes formaient une société à

(1) L'Essai snr Vijiâiffércnce ne devait d'abord se composer que de deux volumes. La nécessité de réfuter les objections contre la doctrine philosophique du sens commuyi, donna lieu à la Défmse et l'application de cette doctrine à la preuve de la vérité du christianisme fut l'objet des troisième et quatrième volumes (jui parurent en i82.{.

Du principe ([ue l'autorit''^ est le moyen i,^cnéral ilonné aux hommes de discerner la VI aie reli^Mon des ivli^ions fausses, Lamennais avait conclu premièrement que la révélation est néccssaii-c; secondement que le christianisme est la i-eiigion révé- Jée ou la vraie reliij:ion. Mais il existe diflérentes communions dans le sein de la rcfii^ion chréli(Mine, il restait ;\ chercher (|uelle est la véritable, et celte étude devait terminer VKf^aai. Le volume annoncé par Lamennais n'a pas été achevé; il n'en existe qu'un seul chapitre inédit (pii devait former le trente-huitième de î'ouvrage, ou plutôt le fragment de chapitre que nous publions ici.

jamais immuable, que nulle parole ne peut expliquer, que nulle raison finie ne saurait comprendre, parce qu'elle est le mystère même de la nature divine. Lorsqu'il eût résolu de communiquer à d'autres êtres une portion de la vie dont il possédait la plénitude, ou de manifester au dehors sa puissance, sa sagesse et son amour, il créa de pures intelligences, et, seJon le dessein qu'il avait conçu de fonder une cité immortelle et parfaite où sa gloire éclaterait éternellement, il unit ces purs esprits par des rapports mutuels, et il daigna les établir en société avec lui-même, en se révélant à eux, et en leur imposant des lois. Mais, parmi ces substances célestes, il y en eut qui, ravies des perfections qu'elles découvraient en elles-mêmes et s'admirant avec orgueil, aspirèrent à l'indépendance et s'élevèrent contre Dieu. Séparées dès lors de sa société, de la société du bien, de la lumière et de l'amour, sans espérance d'y rentrer, elles formèrent, au sein du désordre introduit par elles dans la création, une autre société livrée pour toujours à la justice inexorable,, la société du mal, des ténèbres et de la haine (1).

Dieu cependant tient en lui-même comme un secret conseil : Faisons l'homine, dit-il , à notre image et à notre ressemblance. Il le destine à réparer le vide que la chute des anges rebelles a laissé dans la cité sainte : mais l'homme, séduit bientôt par le Père du mensonge, désobéit au commandement qu'il a reçu du Créateur, et de ce moment il devient le sujet de l'Esprit superbe auquel il a cru de préférence à Dieu et qui l'a trompé.

Quelque criminelle que fût sa désobéissance , néanmoins, comme elle ne venait pas originairement de lui seul, et qu'elle renfermait autant d'ignorance que de perversité

(1) s. August. De Civit. Dei. Lib. XI, cap. xxxiil.

volontaire, elle n'excluait pas entièrennent la miséricorde. Di(;u prend pitié de nos pr(3miers parents, et leur promet un llédempteur : il veut que, môme après la sentence de mort prononcée contre eux, ils soient encore, à l'aide de la grAce, maîtres de choisir leur sort, de se sauver ou de ?e perdre, et d'appartenir, par une libre détermination de leur cœur, à la société du bien ou à celle du mal.

De ces deux sociétés l'une est l'empire du Prince de ce monde {\), et elle se compose des esprits tombés qui, refusant de se soumettre au Souverain des cieux, tentèrent de s'égaler à lui, et de tous ceux qu'ils entraînent dans leur révolte; l'autre est le royaume de Jésus- Christ, et elle comprend toutes les intelligences fidèles ; car les bons anges, éclairés, soutenus par la grâce divine (2), animés de la charité que l'Esprit-Saint qu'ils ont reçu comme nous et avant nous, répand en eux (3), croient les mômes vérités qui sont l'objet de notre foi, obéissent, selon leur nature, à la même loi de justice (4), rendent au Très Haut le môme culte, dont la môme adoration, le même sacrifice est Tessence (5); et le Verbe de Dieu , dit saint Augustin , est aussi leur aliment incorruptible (6). Mais fixés dans le bien , ils ne peuvent plus changer, tandis que, durant son pèlerinage, l'homme si faible contre l'erreur et contre les passions ,

(1) Joann., xii, 31.

(2) S. August. , Enarrat. inPs. cxLVin, n° 8.

(3) Id., De Civikit. Dci, lib. XII, cap. xi.

(4) Ibid., lib. X, cap. vii, col. 214. — Enarrat. in Ps. i.xx, Scrm. ii, no 5.

(5) Id., Enarrac. in Ps. cxlviii, n» 8, loni. IV, col. lOTS. — De Cix-ital. Dei, Lib. XII, cap. xi.

(6) Qui ( Dexia) verè cihus est Angelornm, quas Dei ^'crbnm incorniptihiU.t incorntptibiUtcr pascit : quod ut manducarct Iwmo, caro facturu est, et habitavit in tiobis. Enarrat. iyi Ps. lxwii, n** 17. Christ us ergo ]'crbuin vitx. Et vndc manifestata est? Erai enxm ah initio; sed non erat manifestata hominibus, et tanqiiam pane sua cibantibus. InEpist. Joan., cap. I, Tract, i, n" l,lom. \]\, part.Uy col. 817. S. Fuirent. II, De Dupl. nat. Christi.

Page 1