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a toujours sujet de trembler sur ses destinées éternelles.
• La société divine dont les lois s'appellent religion, parce qu'elles sont le lien nécessaire des intelligences, et par conséquent la base de toute société même purement humaine, offre nécessairement les mêmes caractères que la religion, et l'on doit la reconnaître comme elle à la marque éclatante de la plus grande autorité. En effet, nous avons fait voir qu'il exista toujours une religion une, universelle, perpétuelle, sainte; donc il a toujours existé des hommes unis par la profession de cette religion, c'est-à-dire par la même foi, la même morale, le même culte, ou une société religieuse une, universelle, perpétuelle, sainte ; et ces caractères de la vraie religion n'appartenant qu'au Christianisme, ainsi que nous l'avons encore prouvé, il s'ensuit clairement qu'ils n'appartiennent non plus qu'à la société ou à l'Église chrétienne. Mais de toutes les Églises qui revendiquent ce nom, l'Église catholique est la seule qui ait pour fondement l'autorité, toutes les autres reposant sur le principe contraire; la seule qui possède et même qui s'attribue tous les caractères dont la réunion forme le plus haut degré d'autorité possible , l'unité, l'universalité, la perpétuité, la sainteté ; la seule qui se dise infaillible, et par conséquent divine, puisque toute société divine, selon la profonde pensée de Malebranche, renferme dans sa notion VinfaHlibUité (1). Donc l'Église catholique est la seule véritable Église, la seule société dépositaire des dogmes et des préceptes révélés, ou la seule société qui professe la vraie religion.
Quoique aussi ancienne que le monde (2), elle n'a pas cependant toujours subsisté sous la même forme : elle devait, constamment une en ces divers états, se développer ainsi
(1) Reclierclie de la vérité, t. II, Liv. m, part, i, chap. 11.
(2) Origon., in Cant. Cantic. Lib. ii.
que l'avaient annoncé les Prophètes, et recevoir de THomme- Dieu sa dernière perfection. Concentrée d'abord dans une seule famille dont le Père était à la fois prêtre et roi, elle s'étend h mesure que le genre humain se propage, bien que le péché •déjà eût établi une séparation terrible entre les fils d'Adam. L'Église croît; Dieu qui l'a fondéfî et qui la gouverne, se réserve des serviteurs fidèles au milieu même des races perverties. Une police admirable par sa simplicité, maintenait parmi eux le règne de la loi divine. Le sacerdoce, inséparable de la souveraineté, se transmettait comme elle héréditairement; l'une et l'autre étaient le partage de l'aîné dans chaque famille (1). Tel fut partout le premier droit politique et religieux (2), et l'on en retrouve des traces chez les peuples mômes où l'institution primitive s'était le plus corrompue (3). Tout dans cette institution était de l'ordre domestique, le seul qui ait été et qui pût être originairement constitué. Ministre du culte saint que le Créateur avait or-
(1) Job n'était pas prêtre, si on prend ce nom pour un ministère public, destiné nar un choix particulier de Dieu et du peuple, et consacré par des cérémonies singulières, pour' oflVir solennellement les sacrifices au Tout-Puissant. Job était le sacrificateur de sa famille et de ses sujets, suivant le droit ancien et universel de toutes les nations, qui voulait que fous les rois fussent pirtros dans leur royaume les gouverneurs et les princes dans les Étals da leur gtDuvernement et chaque père <le famille dans sa maison. Ils n'avaient ni consécration particulière, ni mission étrangère. C'étaient des prêtres selon l'ordre de Mel 'hisédech, qui jouissaient des droits et des privilèges du sacerdoce, qu'ils ne tenaient que de Dieu seul.
— Dom Calmet, Comment, sur Job, ch. I, v. 5, p. 11. Edition in-i». Paris 1722.
(2) Voyez Faber, Ilorx Mosaïcœ, col. 2, secl. 1, chap. I, p. 28. 2« Édit. London, 1818,
(3) Suivant Cicéron, nul ne pouvait ôtro roi de Perse s'il n'était vei'sé dans la discipline et la science des mnges. ( De Divinat., Lib. I. ) Amphilochus et Mop- 8US, rois des Argires, étaient en même temps augures. ( Ibid. ) Thésée confia le soin de la religion et l'interprétation des matières sacrées à la noblesse. ( Plularch. in Thés.) Les rois de Sparte, à leur avènement au trône, étaient obligés d'exercer les fonctions sacerdotales. A la Chine cl au Japon, les empereui-s sont aussi souverains-pontifes.
La direction des choses religieuses appartenait à Rome au.x patriciens, et jusque dans les derniers temps, les empereurs se réservèrent le titre de grands ponlifes, comme un des attributs de la puissance souveraine.
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donné de lui rendre, le père devait encore enseigner à ses enfants les dogmes et les préceptes qu'il tenait de ses aïeux, et dont la tradition, perpétuée d'â^e en âge, remontait jusqu'au premier père de la famille humaine, et jusqu'à Dieu qui l'avait instruit. La longue vie des hommes et l'unité des langues servirent beaucoup à l'établissement de cette importante tradition; comme ensuite l'unité de la tradition, toujours invariable, malgré la diversité des langues et l'éloignement des différents peuples, devint une preuve invincible de sa vérité.
La terre eût été l'image de la cité céleste, si l'homme, soumis à son Créateur, avait toujours obéi à sa loi connue partout ; mais enclin au mal dès l'enfance, il préféra trop souvent la société du Prince des ténèbres, à la société dont Dieu est le roi. Dominé par ses convoitises et par la curiosité funeste qui l'avait déjà perdu, il poursuivit dans des voies trompeuses le bonheur et la science : le vice flatta ses désirs, et l'erreur son orgueil. Fille des passions, mais tenant encore à la vérité par plusieurs liens que la philosophie acheva de briser, l'idolâtrie détacha successivement jde l'antique Église, de la communion des enfants deDieu, presque toutes les nations du monde. Il s'éleva une multitude innombrable de schismes qui, naissant les uns des autres et se détruisant mutuellement, n'avaient rien de stable, rien d'universel, et n'offraient dans leurs rapides changements et leurs variétés infmies, que la confusion de l'enfer.
Cependant, au milieu de tant de crimes et de folies, la véritable Église demeurait manifestement laplus grande autorité qui fût sur la terre : le paganisme n'ayant, comme nous l'avons prouvé, aucune autorité réelle, et l'univers, même idolâtre, continuant à rendre témoignage àla doctrine immuable qui condamnait ses égarements, et que profcs-
saient sans aucun mélan^'c, le peu crhommes restés, clans la corruption générale, fidèles au vrai Dieu.
Ce Dieu si outrai^é, et néanmoins n'oubliant jamais ses desseins de miséricorde, choisit, quand les nations abandonnèrent son culte, les enfants d'Israël pour le maintenir parmi eux miraculeusement; afin que la société de ses adorateurs fût toujours visible, non-seulement dans les justes dispersés par toute la terre, mais encore dans un peuple entier consacré d'une manière solennelle à son service. L'Église juive qu'il voulut conduire immédiatement, l'Église juive possédant un sacerdoce public , et dépositaire principale de la tradition et des prophéties, était comme le centre de l'Église antique qui, dans l'excès du désordre où le monde se précipitait, conserva les caractères qui la distinguent immuablement.
Elle était une, puisqu'on y obéissait à une seule autorité, celle du Créateur, dont la loi révélée primitivement se transmettait par la tradition générale; elle était une, puisque ses membres, unis par la même foi, la même morale, le môme culte essentiel, reconnaissaient le môme Dieu pour auteur^ et le même Christ pour sauveur du genre humain (1).
Elle était universelle, puisque nulle part on n'ignorait sa doctrine, qui formait le fond des croyances des peuples môme païens, et qu'il y avait partout un certain nombre d'hommes qui, dociles à la grâce, ne prenaient point de part à l'idolâtrie, et se sauvaient en demeurant constamment attachés à la religion primordiale.
Elle était perpétuelle, puisqu'elle remontait sans interruption à l'origine des siècles, et qu'il n'y eut jamais aucun temps où il n'existât sur la terre des hommes agréables à Dieu, et fidèles observateurs de sa loi.
(1) Bossuct, Discours sur l'hist. univ. iV Part.
Elle était sainte, puisqu'elle avait [pour fondateur et pour chef Fauteur de toute sainteté, que nul ne pouvait se sanctifier hors d'elle, et que tous les justes lui appartenaient ; elle était sainte, puisque ses dogmes contenaient toute vérité, ses préceptes toute vertu, et que son culte, jusqu'à l'accomplissement des mystères qui en devaient être la consommation, renfermait tous les hommages dûs à Dieu et qu'il avait ordonné de lui rendre.
Appelés à en faire partie , tous les hommes pouvaient aisément la discerner à ces marques ineffaçables, et dès lors ceux qui se perdaient n'avaient aucune excuse. En abandonnant le vrai Dieu universellement connu, en refusant de le glorifier (1), en substituant leur raison ou leurs passions à l'autorité de la tradition générale, ils sortaient volontairement de la société divine, de l'Église répandue dans le monde entier; car, avant aussi bien qu'après Jésus-Christ, l'Église ne cessa jamais d'être véritablement catholique; elle n^avait point pour limites les frontières de la Palestine , et les Juifs, malgré la loi qui les séparait des autres nations, ne laissaient pas d'être en communion avec tous les adorateurs du vrai Dieu. La Synagogue n'embrassait par son institution qu'un seul peuple (2) ; Dieu ne voulut pas assujettir le reste du genre humain à son autorité ; il ne voulut pas certainement l'exclure du salut : or, comme il n'y a de salut que dans l'Église, ou dans la société divine, il s'ensuit que la Synagogue était sans doute une portion de l'Église et la plus illustre, mais n'était pas toute l'Église dans les âges qui précédèrent la venue du Sauveur.
(1) Ita ut sint inexcxisahihs : quia cum cognovissent Deum, non sicut Deiirn glorificaverunt, aut gratiam egerimi.lEçisl. ad Roman., i, 20. (2j S. Jean. Chrysost,, in Esa'iam, cap. ii.